Florian Philippot : traumatisé par les privatisations Balladur, il retrouve le sourire grâce à MLP !

Mise à jour du jeudi 21 septembre 2017 : C’est l’automne pour le FN. Après une période post élection présidentielle très houleuse, Florian Philippot, artisan du programme sur lequel Marine Le Pen s’est présentée – et a échoué – à la candidature suprême, a annoncé aujourd’hui qu’il quittait le Front national. L’article ci-dessous retrace son parcours politique.

contrepoints-2L’histoire politique de Florian Philippot est extraordinairement touchante. Dès l’âge de 11 ans, jeune garçon sensible et effacé, sentimentalement attaché au Franc et à la figure de Marianne, il vit mal le traité de Maastricht (1992) et découvre à cette occasion son attachement à l’idée de Nation. Deux ans plus tard, nouveau traumatisme fondateur. Les privatisations mises en oeuvre par le gouvernement Balladur l’horrifient parce que « l’Etat perd quelque chose » : 

« Là, j’ai déjà une réflexion politique, avec un profond attachement à la France et à son Etat. » (L’OBS, Le Plus, 2012)

Souverainisme et étatisme, voilà en deux mots ce qui, après les émotions de jeunesse, continue à définir et motiver Florian Philippot. Il lui faudra un petit peu de temps pour se trouver complètement, il visitera la plupart des boutiques spécialisées dans le domaine, mais finalement, en 2009, happy ending : il rencontre Marine Le Pen (MLP), fait la connaissance de ses chats, en adopte un, bref, c’est le coup de foudre immédiat et réciproque ! « Au bout de dix minutes, je finissais ses phrases, il finissait les miennes », raconte  pour sa part MLP.

♦ Quand on considère le Front national aujourd’hui, on est frappé de voir un bloc, une masse compacte et inébranlable, non miscible avec les autres partis, dont les scores aux dernières élections attestent de la solidité et confirment l’attrait du discours auprès de larges pans de la société française. Sur le reste de l’échiquier politique, les forces en présence ont tendance à s’éparpiller, et beaucoup d’hommes politiques tentent régulièrement l’aventure soliste, quitte à revenir au bercail de la droite ou de la gauche au second tour.

Chez les frontistes, rien de tel. Alors que pour se faire une idée du poids de la gauche ou de la droite, il faut additionner plusieurs lignes dans les résultats électoraux fournis par le ministère de l’Intérieur, le décompte du FN est simple à faire. Prenez par exemple le résultat du 1er tour des élections régionales de décembre 2015, repérez la ligne FN et lisez : 27,73 % (abstention 50 %). Aucune autre ligne prise isolément n’atteint ce score, ce qui permet au FN de se déclarer aujourd’hui premier parti politique de France, en dépit d’un nombre d’élus relativement réduit du fait du scrutin majoritaire à deux tours dans la plupart des cas.

Cette position enviable avait été actée précédemment lors des élections européennes de mai 2014. Réalisées entièrement au scrutin proportionnel, elles avaient donné au FN la première place avec 25 % des suffrages (pour une abstention de 57 %) et le nombre d’élus français le plus important au Parlement européen (24 sur un total de 74 à pourvoir).

De quoi conforter Florian Philippot dans ses choix et ses projets. Il se propose précisément de suivre Marine Le Pen « jusqu’à la victoire, jusqu’à l’Elysée. Cela peut aller très vite, on sera au pouvoir dans moins de 10 ans, j’en suis sûr. » 

Alors que Jean-Marie Le Pen, Président d’honneur et fondateur du parti (aujourd’hui exclu pour propos outranciers), avait accédé comme par inadvertance au second tour de l’élection présidentielle de 2002 avec un score de 16,86 % qui reflétait plus le mauvais résultat des socialistes sortants et l’émiettement des candidatures de gauche que ses propres mérites ou ses ambitions profondes, le parti présidé aujourd’hui par sa fille Marine est là pour gagner et le recrutement de Florian Philippot fait partie de la fameuse stratégie de « dédiabolisation » pour y parvenir.

♣ Né en 1981 à Bondues, village très chic des alentours de Lille, Florian Philippot est le fils d’une institutrice et d’un directeur d’école. Après son bac S obtenu avec la mention très bien, il entre en classe prépa au lycée Louis-le-Grand et intègre HEC dont il sortira diplômé en 2005.

C’est là qu’il prend son premier engagement politique, conformément au souverainisme étatique qui a posé sur lui son empreinte indélébile depuis l’enfance. Lors de l’élection présidentielle de 2002, il préside le comité Grandes Ecoles de soutien à Jean-Pierre Chevènement sous le slogan « HEC avec le Che. » Il voue une admiration particulière à son candidat qui a eu le courage de démissionner à plusieurs reprises de ses postes de ministre.

Chevènement ne recueille que 5,33 % des voix. Philippot est déçu et vote blanc au second tour. Hier matin (21 septembre 2016) il confiait sur France Info que « Jacques Chirac demeure dans l’inconscient collectif français comme peut-être le dernier vrai président. » On comprend sans peine la manoeuvre, les deux présidents suivants seront sans doute des adversaires directs de MLP en 2017, il importe de les banaliser autant que possible. Toujours est-il qu’en 2002, ni Chirac ni Le Pen ne l’intéressent. Il considère notamment que le programme économique de ce dernier est « incomplet » et que le rôle de l’Etat n’est pas exprimé avec assez de clarté.

En 2005, il milite pour le « Non » lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE). A cette occasion, il se rapproche de Jean-Luc Mélenchon et lui apporte son soutien. Leur collaboration achoppera cependant assez vite car Mélenchon voit en Chevènement un nationaliste (défaut) tandis que Philippot voit un patriote (qualité).

Après HEC, il décide de préparer l’ENA « pour être au service de l’Etat, l’Etat étant un peu confondu avec la France à ce moment là. » En 2007, il intègre la promotion Willy Brandt de cette école et rejoint l’Inspection générale de l’Administration (IGA) en  2009.

Et justement, en 2009, c’est LA rencontre. Tout ce qui, aux yeux souverainistes et social-étatistes de Philippot, manquait dans le programme de Le Pen père, il le trouve dans l’approche de Le Pen fille. Comme je l’ai déjà dit plus haut, l’entente entre eux est immédiate. Il commence à travailler pour le FN en utilisant des pseudonymes car il est toujours fonctionnaire à l’IGA. A la même époque, et jusqu’en 2011, il est aussi blogueur associé pour le site internet du magazine Marianne.

En 2011, Philippot adhère au FN, abandonne les pseudos et devient directeur stratégique de la campagne présidentielle 2012 de MLP. Dans ce cadre, il présente le programme économique du parti à la presse. Celui-ci est toujours en ligne actuellement dans l’attente des ajustements et des nouvelles idées de Philippot pour 2017. La fameuse formule répulsive « les puissances d’argent », c’est lui. J’ai eu l’occasion de commenter ce programme dans un article de mars 2015 intitulé Front national : étatisme, protectionnisme et miroir aux alouettes qui reflète toujours aussi bien ce que j’en pense.

Après les législatives de 2012, qui le voient échouer au second tour pour un siège de député en Moselle, il devient l’un des vice-présidents du FN, en charge de la stratégie et de la communication*. Son influence est telle qu’il est toujours présenté comme le n° 2 du parti. En 2014, il est élu député européen. Lors des élections régionales de décembre 2015, il est tête de liste en « Alsace Champagne-Ardennes Lorraine » mais échoue à prendre la première place au second tour et doit se contenter d’un simple mandat de conseiller régional.

Lors du congrès du Front national de 2014, Philippot réalise un score moins bon que Marion Maréchal Le Pen, Louis Aliot et Steve Briois pour son élection au Comité central du Parti. Les militants de longue date se méfient de cet homme dont l’influence paraît excessive auprès de la patronne, dont la formation HEC / ENA ridiculise les prétentions anti-systèmes du parti, et dont l’implantation en Moselle apparaît comme un vulgaire parachutage tout aussi peu anti-système après ses déclarations de solliciter les votes de sa terre natale du Nord.

♠ Dans ces conditions, Florian Philippot sera-t-il capable d’imposer le « new FN », plus policé, plus social-conscient, plus étatiste – c’est-à-dire finalement plus conforme aux canons de la politique française, droite et gauche confondues – sera-t-il, disais-je, capable de l’imposer aux militants du « FN canal historique », aux fidèles du fondateur, qui s’identifient plus à une ligne à la fois iconoclaste, anti-système et fortement identitaire ?

La question se pose, car derrière le bloc apparent, les tensions et les divergences existent. Récemment, l’avocat Gilbert Collard, député du Gard sous les couleurs du Rassemblement Bleu Marine (entité proche du FN), avait à coeur d’expliquer que « contrairement à ce que tout le monde croit, Florian Philippot ne décide rien (…) Il ne dit et ne fait que ce que Marine lui dit de dire et de faire. » Toujours d’après Collard, c’est un vice-président parmi d’autres qu’on entend beaucoup car il se lève tôt et participe à beaucoup de matinales, 65 en 2015 d’après le décompte du Lab d’Europe 1. Ambiance.

Ne parlons pas de l’opinion de Jean-Marie Le Pen. Il le prend pour un « jeune con » qui a comploté spécialement pour le faire éliminer du parti. De son côté, Philippot l’a traité de « vieux chanteur qui a du mal à partir et qui veut faire un dernier tour de scène. » Encore une fois, ambiance. Tout ceci parait très raccord avec ce que l’on sait de la vie au sein des partis politiques. Le positionnement anti-système n’a pas l’air de créer de grandes différences à cet égard.

En réalité, ces querelles ne sont pas aussi superficielles qu’elles en ont l’air. Derrière Jean-Marie Le Pen, ou plutôt devant lui maintenant, avance Marion Maréchal Le Pen, petite-fille du fondateur et nièce de MLP. Plus en phase que son grand-père avec les jeunes générations qui sont arrivées au FN depuis 2012, elle n’en représente pas moins la continuité avec le parti d’origine, contre MLP et Florian Philippot qui tentent de dédiaboliser le FN en tuant le père.

Or Philippot vient de réaliser un coup magnifique en lançant en vue de l’élection présidentielle le slogan Marine2017 qui efface impitoyablement toute allusion au nom Le Pen, pour ne garder que le prénom Marine, et  écarter symboliquement le père, mais aussi et surtout la nièce. La rivalité qui s’est installée entre Philippot et Marion Le Pen ressemble à une querelle  pour l’héritage du parti, mais elle est plus profonde encore car elle montre clairement que l’apparent « bloc » FN est composé de deux tendances idéologiques opposées.

Pour s’en convaincre, on pourra s’intéresser à la façon dont la loi Travail a été appréhendée au FN. D’un côté MLP et Philippot n’avaient pas de mot assez durs pour dénoncer « l’infâme loi El Khomri » qui menace les travailleurs de « précarisation » et de « dérégulation » selon des instructions directement reçues de Bruxelles. De l’autre, Marion Le Pen (député) secondée par Gilbert Collard déposait des amendements (elle devra les retirer) afin de soutenir la position des chefs d’entreprise.

Quant aux déclarations récentes de Philippot sur l’intention du FN d’élargir la loi de 2004 sur l’interdiction du voile et autres signes religieux ostensibles à l’école à tout l’espace public, elles répondent non seulement au besoin de confirmer à l’électorat frontiste la fermeté totale du parti à l’égard des musulmans, mais aussi à celui de se démarquer des positions catholiques intégristes de Marion Le Pen, quitte à se fâcher avec une frange des catholiques d’extrême-droite.

Cette réalité duale profonde du FN est-elle de nature à compromettre ses chances d’accéder au second tour de la présidentielle de 2017 ? Je ne crois pas. Beaucoup de militants, qu’ils se perçoivent comme « new FN » ou « canal historique », sont moins préoccupés de la ligne politique détaillée du FN que de donner une leçon durable aux autres partis, notamment PS et LR, pour leurs échecs répétés sur le plan économique comme sur le plan régalien. Le discours anti-immigration et anti-Europe n’a pas besoin d’être très affiné, il représente surtout l’illusion qu’on n’aurait pas tout essayé et que le FN aurait donc, seul contre tous les autres, une véritable politique alternative à proposer.

Au fond, le FN profite actuellement surtout de sa virginité gouvernementale. Si le rêve du jeune Philippot devait se réaliser, si le FN devait un jour parvenir au pouvoir, on peut cependant être certain qu’il se trouvera des centaines de petits Philippots enfièvrés par les idées d’Etat et de Nation ou simplement par leur ambition personnelle pour se porter soudain au secours de la victoire. Et on peut être tout aussi certain que ceci ouvrira une période de repli douloureux.

Car contrairement à ce que le matraquage sur l’anti-système veut nous faire croire, les options économiques et sociales du FN, basées sur la protection et les décisions d’un Etat tout puissant, souvent proches de ce que propose un Mélenchon par exemple, ont déjà été essayées à divers degrés en France ou ailleurs (Vénézuela avec Chavez et Maduro, Grèce avec Syriza*) et elles ne marchent pas du tout.

Philippot, les privatisations vous révulsent car « l’Etat perd quelque chose. » Est-ce bien la question ? Ne faudrait-il pas plutôt s’interroger sur ce que les citoyens, les vrais gens, gagnent ou perdent ?


* Dans ses attributions de Vice-Président chargé de la stratégie et de la communication, Florian Philippot anime aussi une cellule de « veille et prospective » qui a pour rôle de suivre de près les programmes des extrêmes-gauches européennes telles que Podemos en Espagne et Syriza en Grèce. Le FN a intégré dans son programme de nombreuses mesures populistes directement importées de ces partis : augmentation brutale du salaire minimum et des petites pensions, baisse de l’âge de départ en retraite à 60 ans,  baisse des tarifs de l’énergie etc…


f-philippot-regionales-2015-alsaceIllustration de couverture : Florian Philippot, n° 2 du FN et candidat malchanceux en « Alsace Champagne-Ardennes Lorraine » lors des élections régionales de décembre 2015.

8 réflexions sur “Florian Philippot : traumatisé par les privatisations Balladur, il retrouve le sourire grâce à MLP !

  1. « Ne faudrait-il pas plutôt s’interroger sur ce que les citoyens gagnent ? ».
    C’est sur ce plan que j’analyse la trajectoire du FN-philipotisé !
    Ancien du CERES, j’ai cru que le « Nouveau PS » était révolutionnaire (pardonnez-moi, j’avais trente ans). évidement le réveil fut brutal jusqu’à l’arrivée de Phlippot et la nouvelle stratégie du FN.
    Ne me dites pas (à la mode Brassens) « con à 30, con à 70″…
    mais ce nouveau parti est le « parti révolutionnaire du XXIème siècle » !
    Le seul à lutter contre le « IVème Reich » (pardon) et le « Nouvel Ordre Mondial » ! Amicalement, Nathalie.

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  2. Clair, incisif, même un enfant de 8 ans comme moi peut comprendre.
    Il est clair que le FN est en ordre de marche, les militants le doigt sur la couture. Et peu importe les divergences de chacun, la quête du pouvoir fédère cette famille. Elle masque même la provenance énarchique de certains cadres. En dédiabolisant le FN, Marine et Florian courrent un risque : voir le parti se banaliser, vivre les mêmes travers, les mêmes vices que les autres.

    Aimé par 1 personne

  3. @Théo : c’est effrayant de voir à quel point Philippot se gargarise en permanence du mot Etat. L’idée que l’Etat n’a de sens qu’à titre de représentation des individus pour garantir leurs droits individuels lui échappe totalement, ou du moins est perçue comme une gêne totale pour un homme de pouvoir (pas que lui, tous les hommes de pouvoir qui sont passés par cette haute fonction publique française qui s’auto-préserve et qui se juge indispensable et supérieure).

    @Calvin : je suis ravie de penser que je vous épargne peut-être de traverser les affres étatistes de Philippot quand vous aurez dans les 11/13 ans !

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  4. Pingback: Florian Philippot, de Chevènement à Le Pen | Contrepoints

  5. L’article avait bien commencé. Mais il se termine par ce que je pense être une idiotie consistant à rapprocher le FN de Mélenchon. On n’a jamais vu le Front national manifester aux côtés des ouvriers pour défendre les droits sociaux. Où était le FN lors des manifs sur les retraites ? Où était le FN lors des manifs contre la loi « travaille ! » ? Le parti de la millionnaire Le Pen a toujours été du côté du manche. Vous devriez vous intéresser sur la façon dont les Le Pen sont devenus millionnaires. Tapez sur votre moteur de recherche préféré Le Pen + ciments Lambert.

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