Éducation : chronique ordinaire d’un DÉSASTRE annoncé

Les résultats 2019 du classement scolaire international TIMSS viennent de tomber et c’est une véritable gifle, une de plus, pour nos experts en pédagogisme, pour le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et pour le Président de la République Emmanuel Macron. Qu’on parle des élèves de CM1 ou des élèves de 4ème, qu’on parle de mathématiques ou de science, la France poursuit inlassablement sa dégringolade éducative.

Le classement TIMSS (pour Trends in International Mathematics and Science Study) est réalisé tous les quatre ans par un organisme international indépendant à but non lucratif auprès des élèves de CM1 (Grade 4) et de 4ème (Grade 8) originaires de plus de 60 pays (64 en 2019). La France y a participé en 1995, première année de l’étude, puis en 2015, mais uniquement pour les CM1, puis à nouveau en 2019 pour les deux niveaux et les deux matières examinées. Lors de cette dernière évaluation, 4 186 élèves de CM1 et 3 874 élèves de 4ème ont été testés.

Comme on peut le voir dans les tableaux ci-dessous, et comme d’habitude, Singapour domine tout le monde de la tête et des épaules. Les principaux pays d’Asie de l’Est tels que Japon et Corée du Sud suivent de près, mais l’Angleterre, l’Allemagne ou les États-Unis ne déméritent pas. Pour sa part, la France se situe en dessous du point central de l’étude (500) et nettement en deçà des moyennes internationales (UE ou OCDE) dans les quatre cas de figure :

· En CM1, avec un score de 485 en maths pour une moyenne de l’Union européenne de 527 et un score de 488 en science pour une moyenne de 522, elle occupe même le dernier rang des pays européens.
· En classe de 4ème, elle n’est plus qu’avant-dernière de l’UE en maths (483) grâce à la Roumanie (479) et avant-avant-dernière en science (489) grâce à Chypre (484) et encore une fois la Roumanie (470).

Petit résumé des résultats du classement TIMSS 2019 :
Sources : TIMSSMoyennesNiveau avancé.

Résultats TIMSS 2019 CM1/Maths CM1/Science 4è/Maths 4è/Science
Nombre de pays   58 58 46 46
Premier pays   Singapour Singapour Singapour Singapour
Scores   625 595 616 608
Élèves niveau avancé 54,0% 51,0%
Dernier pays   Philippines Philippines Maroc Afr du Sud
Scores   297 249 388 370
Moyenne UE / OCDE 527 522 511 515
Scores France   485 488 483 489
Élèves FR niv. avancé 3,0% 2,0%

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Élèves de CM1
(classement maths à gauche, science à droite – cliquer pour agrandir) :

       

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Élèves de 4ème
(idem) :

   

La comparaison dans le temps n’est pas plus flatteuse pour la France. Aucune amélioration à signaler depuis 2015. À l’époque, nos élèves de CM1 avaient obtenu 488 points en mathématiques et 487 points en science, soit peu ou prou ce qu’ils ont été capables d’atteindre aujourd’hui. Singapour caracolait déjà à la première place avec 618 points en maths contre 625 aujourd’hui et les moyennes de l’étude et de l’Union européenne se situaient déjà à 500 et 527 points respectivement en mathématiques.

Quant aux 4ème, ils n’avaient pas été évalués depuis la première vague TIMSS de 1995. La chute est brutale : c’est un recul moyen de 47 points qu’ils enregistrent en 24 ans. Comme les élèves de 5ème évalués aussi en 1995 étaient 46 points en dessous des 4ème, on est bien obligé d’en déduire que le niveau des 4ème d’aujourd’hui correspond au niveau des 5ème de 1995. Pourtant, cela fait pas mal d’années que les ministres successifs de l’Éducation nationale nous l’assurent : le niveau monte ! Il n’y a qu’à regarder les résultats du Bac !

Autre point extrêmement préoccupant qui augure d’un avenir scientifique et technologique assez sombre pour la France, les élèves français brillants en maths sont proportionnellement très peu nombreux. Cela est vrai à l’échelle européenne, où la part des élèves de niveau avancé est seulement de 11 % quand elle dépasse les 50 % à Singapour et les 30 % au Japon, mais c’est simplement catastrophique en France : seuls 3 % des élèves de CM1 et 2 % des élèves de 4ème parviennent au niveau avancé(1) comme indiqué sur les graphiques ci-dessous, extraits du journal Le Monde :

       

Tout ceci n’est malheureusement pas nouveau. Les classements internationaux qui s’intéressent à un plus large éventail de matières (PISA 2015 et 2018) et à la compréhension et à la maîtrise de l’écrit (PIRLS 2016) ne sont pas plus favorables à la France. En 2015, les élèves français étaient médiocres dans le classement PISA, et en 2018, ils stagnaient – dans la médiocrité, donc.

Mais à la rentrée 2017, on a vu arriver Jean-Michel Blanquer et on a cru un instant que c’était le moment où la France allait enfin renverser la vapeur. Le ministre disait vouloir renouer avec une pédagogie éprouvée, il disait vouloir remettre les savoirs fondamentaux lire-écrire-compter au cœur des enseignements.

La méthode de Singapour, notamment en mathématiques, n’était plus écartée d’une main dédaigneuse avec une remarque perfide sur la pression infâme que subissent les pauvres élèves asiatiques. Il était même question de s’en inspirer pour redonner aux élèves l’envie des maths. Notre médaillé Fields Cédric Villani, accessoirement député LREM puis non inscrit, et l’inspecteur général Charles Torossian furent chargés de trouver comment donner le goût des maths aux enfants.

De la même façon, le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les zones d’éducation prioritaire, le retour à la méthode syllabique pour la lecture – alors que la méthode globale a déstructuré tant d’enfants, la dictée quotidienne pour l’attention et l’orthographe, la lecture à voix haute – autant de bonnes idées qui ne demandaient plus qu’à être mises en oeuvre.

Est-il trop tôt pour en voir les effets ? Ou faut-il au contraire se préparer à recevoir encore beaucoup de ces résultats éducatifs absolument affligeants ?

Comme le présent résultat traite de mathématique et de science, l’explication généralement avancée pour expliquer la débâcle française du jour consiste à dire que 80 % des instituteurs sont issus des filières littéraires et sciences humaines. Peu à l’aise avec les maths, trop rapidement formés à cette matière, ils ne sont pas en mesure de donner confiance et curiosité à leurs élèves.

De façon plus générale, puisque c’est en réalité le niveau dans toutes les matières qui pose problème, j’aurais surtout envie de dire que plus le niveau des élèves baisse, plus le niveau des futurs enseignants baisse et plus le niveau des futurs élèves s’en ressentira et s’en ressent déjà négativement. 

Mais au-delà de ce point particulier, j’aimerais évoquer trois autres aspects, qui n’ont pas évolué depuis des années, bien au contraire, et qui me semblent constituer les principaux obstacles de principe à toute amélioration du niveau de notre système d’instruction.

· Tout d’abord, l’Éducation nationale est un monopole d’État absolument énorme, un mammouth, comme disait avec justesse Claude Allègre – un mammouth perclus d’immobilismes qui se traîne péniblement dans ses habitudes et qu’on ne fait pas gambader à la demande. Elle reste une énorme machine extrêmement coûteuse, alourdie par un syndicalisme plus idéologique que pragmatique, ce qui la rend inapte à répondre de façon souple et diversifiée à tous les profils d’élèves, les plus intellectuels comme les plus disposés à se tourner vers des filières pratiques.

Or rien n’est entrepris pour casser ce monopole destructeur. Rien n’est entrepris pour faire émerger des idées novatrices. Le peu d’autonomie, le peu de liberté d’enseignement qui existent dans notre système éducatif sont même menacés par le projet de loi sur les « séparatismes » qui sera examiné aujourd’hui en Conseil des ministres. Il est en effet question d’interdire l’école à domicile (sauf problèmes graves de santé) et d’encadrer encore plus les établissements privés hors-contrat qui le sont déjà énormément(2)

· Ensuite, l’Éducation nationale, comme tout ce qui se fait en France à bien des égards, est malade d’égalitarisme. Depuis qu’en 1985, Jean-Pierre Chevènement donnait à la France l’objectif d’amener « 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat d’ici à 2000 », le nivellement par le bas est devenu la règle de la réussite.

Dans son idée, il s’agissait probablement d’améliorer le système et non pas de le tuer. Mais très concrètement, le travail, l’effort, le soin de se perfectionner et de se cultiver ont été complètement dévalorisés puisque les échecs du pédagogisme ainsi qu’un certain clientélisme électoral ne permettaient pas d’atteindre l’objectif sans abaisser en permanence les exigences.

Résultat des courses, on a eu un taux de réussite au bac de 95,7 % cette année, après 88 % en 2019 et 2018. Rien qu’à lire ces chiffres mirobolants, on sent que quelque chose ne va pas. Ce que les piteux résultats des classements internationaux nous confirment année après année sans ménagement – mais sans nous faire réagir non plus.

· Enfin, la question de l’égalité a pris partout le pas sur celle de la qualité. Vous pensez qu’il faudrait chercher à remettre du niveau dans les enseignements et de l’efficacité dans les méthodes d’apprentissage, qu’il faudrait œuvrer à restaurer l’autorité des professeurs et revenir à une sélection fondée sur le mérite scolaire des élèves et seulement lui ?

Eh bien pas du tout. Il n’est question que de points bonus pour les boursiers dans l’enseignement supérieur et à l’entrée des grandes écoles ; il n’est question que de « prétextes inclusifs » et de « rituels positifs » comme la semaine du goût à l’école qui permettrait à « chaque parent d’apporter une spécialité culinaire de son pays » – une des brillantes idées de la député LREM Aurore Bergé ; et il n’est question que de l’accès des filles aux filières scientifiques – et tant pis si le niveau de ces mêmes filières est de plus en plus désolant.

Bref, tout est en place pour le désastre. Ça promet.


(1) Lecture et éléments complémentaires : en CM1 en maths, 85 % des élèves atteignent le niveau bas (donc 15 % des élèves n’ont pas ce niveau), 57 % atteignent le niveau intermédiaire, 21 % le niveau élevé et enfin 3 % le niveau avancé.

(2) À noter que le Conseil d’État ayant alerté le gouvernement sur une possible inconstitutionnalité de ces mesures, le texte pourrait être assoupli.


Illustration de couverture : Classe de mathématiques.

41 réflexions sur “Éducation : chronique ordinaire d’un DÉSASTRE annoncé

  1. Je suis scandalisée que les mathématiques soient devenues un enseignement de spécialité en 1ère, ce qui fait que les élèves qui ne l’ont pas choisie n’ont plus de maths du tout. Les mathématiques sont un enseignement fondamental au même titre que le français, comment a-t-on pu les rendre optionnelles ?

  2. D’un autre côté, lorsqu’on importe massivement des immigrés en provenance de régions du monde où le QI moyen est de 85 (Afrique du Nord), ou même de 70 (Afrique noire)… Singapour n’a pas ce petit problème.

    Il se trouve que le QI moyen, en Asie du Sud-Est, est de 110, contre 100 en Europe. Enfin, il était de 100 il y a un certain temps, mais il commence déjà à décrocher… Rien à voir avec l’immigration de masse, bien sûr…

    Combien de prix internationaux de mathématiques au Maghreb et en Afrique noire ?

    • Si l’arrivée d’élèves moins bien dotés intellectuellement était la seule explication de notre dégringolade, ce ne serait pas trop grave. On aurait encore de très bons élèves. Or ce n’est pas le cas.
      Une étude du ministère de l’EN intitulée « L’évolution des performances en calcul des élèves de CM2
      à trente ans d’intervalle (1987-2017) » montre que la baisse affecte les enfants de TOUTES les catégories socio-professionnelles. Voir schéma très explicite dans cette note :
      https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/15/9/depp-ni-2019-19-08-evolution-des-performances-en-calcul-des-eleves-CM2-a-trente-ans-d-intervalle-1987-2017_1100159.pdf
      Tout ne vient pas du « mix élèves » (un mix qui existe aussi au RU et au USA, du reste). « Pédagogisme » débridé, mise à mal de l’autorité du professeur sur l’élève, « nivellement par le bas » – tout cela a joué.

      • Certes, cela n’explique pas tout, mais c’est un facteur important.
        D’une part, ces populations fournissent le gros du contingent des éléments perturbateurs (litote). Dans une classe, il en suffit de 2 ou 3 pour tirer tout le monde vers le bas, en empêchant les cours de se dérouler normalement.
        Par ailleurs, le gros de l’effort budgétaire est en leur faveur, l’investissement va donc en priorité là où il est le moins rentable au détriment des autres. De plus, c’est un exemple détestable de prime à la nullité.

        Pour être juste, les élèves de milieux favorisés ne sont pas exempts de reproches, ces enfants roi à qui personne n’a jamais dit non considère que tout leur est du, sans effort. Cela tient à l’idéologie de la facilité post 68, à des parents séparés qui « compensent » en donnant toujours raison à leur enfants.
        Cela dit, à leur décharge, vues les perspectives d’avenir que nous leur bâtissons, à quoi bon les efforts…

        Joue également l’idéologie égalitariste des pédagogistes, profondément anti-humaniste, quoi qu’ils en aient, puisque selon eux les personnes sont interchangeables et peuvent donc être choisies sur des critères idéologiques plus que sur leur capacités.
        Que les inspecteurs constituent une brochette de prof ratés exfiltrés des classes n’est un secret pour personne.

        Enfin, et Nathalie le signale, les jeunes professeurs sont désormais issus de ce système dégradé, ils ne peuvent pas enseigner les savoirs qu’ils n’ont pas acquis, ni appliquer des méthodes qu’ils n’ont jamais rencontrées.

      • @ JHDR
        « Joue également l’idéologie égalitariste des pédagogistes » : Il me semble que j’en parle. Et je pense que c’est le point central, car cet aspect joue aussi bien sur la discipline en classe que sur le nivellement par le bas des savoirs et que sur le sentiment archi-répandu dans la société que le bac est un dû, que le 10/20 en licence est un dû, etc.

      • Je n’ai pas dit que l’immigration expliquait tout. Mais elle explique beaucoup.

        La baisse du niveau des élèves autochtones n’est pas une preuve que l’immigration n’est pour rien dans la baisse globale. Non seulement il y a d’autres explications à ce phénomène que le quotient intellectuel, qui est génétiquement hérité dans une large mesure, mais il y a aussi des phénomènes sociaux qui font que l’arrivée en masse d’élèves immigrés fait, par elle-même, baisser le niveau des élèves blancs.

        Quand la présence des « populations défavorisées » dans les classes, comme on dit hypocritement pour ne pas dire noires et arabes, devient un problème tellement lourd qu’il prend la priorité, alors les méthodes et l’idéologie dominante s’adaptent à ces « populations », et les autochtones doivent se soumettre à la baisse d’exigence générale qui est adoptée, parce que les élèves immigrés sont mauvais.

        Et c’est sans compter avec le terrorisme exercé par ces derniers dans les classes, qui conduit à une inversion des valeurs : il est très mal vu d’être un bon élève, il convient d’avoir de mauvais résultats et de mal se conduire si l’on veut échapper aux brimades.

        « Act white », c’est une insulte dans la bouche des Noirs américains. « Act white », cela veut dire faire des efforts, travailler, réussir à l’école, se soumettre à la discipline, etc. C’est très mal vu. Ca commence très tôt, et une dynamique similaire est à l’oeuvre en Europe.

        La baisse de niveau se constate partout en Occident. Les Américains et les Anglais se tordent les mains à notre image. Ils sont peut-être devant nous dans les classements, mais eux, ça ne les console pas : c’est la tendance qui compte.

        Singapour, qui ressort sans cesse dans ces classements, ne fait pas partie de l’Occident. Il fait partie de l’Asie. C’est une race et une civilisation différentes.

        Le libéralisme plus accentué des Etats-Unis ou de l’Angleterre permet de mettre en oeuvre des palliatifs. Les écoles à charte, aux Etats-Unis, ont de meilleurs résultats parce qu’elles sont plus indépendantes de l’Etat. Mais elles sont vigoureusement combattues par la gauche et par les syndicats de professeurs, très puissants.

        Les collèges « historiquement noirs » permettent de pratiquer la ségrégation raciale sans le dire, et sans que ce soit « raciste ». Ils améliorent les résultats : les Noirs sont entre eux, avec des professeurs noirs. L’éternel coupable blanc n’est pas là pour servir de bouc émissaire. L’enseignement s’adapte au niveau et à la mentalité des élèves. Parallèlement, ces derniers ne sont plus en mesure de perturber l’éducation des élèves blancs.

      • Oui et le salaire des professeurs des écoles très inférieur par rapport à l’Allemagne, le Luxembourg , ect… On ne s’étonne pas que les masters en mathématiques, physique, sciences se dirigent vers d’autres voix !!!

      • Réponse au message de zelectron.
        Lorsqu’on se permet de critiquer le corps enseignant, on s’assure de son orthographe. Compétent. Et non pas compétant…..rien d’autre à ajouter.
        Signé : un prof compétent.

      • @Lelu: c’est de l’écriture inclusive qui correspond à notre minorité, svp ne nous opprimez pas avec vos privilèges d’éduqué, ce serait condescendent, malveillent et excluvent.

  3. Bonjour,

    Pour le député LREM Rémy Rebeyrotte, la chanteuse Aya Nakamura « est en train de porter au niveau international de nouvelles expressions et évolutions de la langue.Et ça, ce sont des choses extrêmement fortes »

    « Oh Djadja
    Y’a pas moyen Djadja
    J’suis pas ta catin Djadja genre
    En Catchana baby tu dead ça
    Oh Djadja… »

    Alors franchement, pourquoi s’inquiéter du niveau moyen des jeunes Français(e)s en sciences ou en mathématiques alors que la langue française évolue avec cette vigueur ?

    Et puis, pourquoi embêter les jeunes avec tout ça puisque un smartphone permet d’accéder aux résultats sans avoir compris les problèmes.
    N’est-il pas plus aisé de décider de l’avenir d’une population occupée à écouter Aya Nakamura ou jouer dans une vie virtuelle en fumant un joint ?

    Les premiers de cordée, ceux qui ne sont pas rien, ceux dont l’intelligence subtile échappe au tout venant, ceux là se reproduisent entre eux, préparent des soldats « augmentés » et décident du monde.

  4. Serait-il si extravagant de juger d’une idée au regard du résultat obtenu ?
    Parlant de Chevènement et de son objectif « d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat », vous écrivez : « Dans son idée, il s’agissait probablement d’améliorer le système et non de le tuer. »
    Mais le système étant mort, ne serait-on pas en droit de dire : il s’agissait probablement de tuer le système ?

    • Cela fait typiquement partie de ces « bonnes intentions » très « volontaristes » qui produisent le résultat inverse de ce qu’on espérait avoir. Mais c’est une caractéristique des dirigistes (gauche, mais aussi une bonne partie de la droite) de vouloir être jugée uniquement sur leurs intentions (forcément bonnes) quels que soient les (mauvais) résultats ultérieurs.

      Et nous autres, les libéraux, pas trop enclin au « volontarisme », sommes toujours accusés de mauvaises intentions (baisse du salaire minimum, pas de quotas de ceci ou cela, etc.) même si cela pourrait produire (et produit où cela est appliqué) des résultats somme toute assez agréables

  5. Le déclin du niveau des élèves est à rechercher dans l’organisation de l’enseignement mais pas seulement. Pointer du doigt le fait que l’Etat est en charge de l’éducation des jeunes ne me parait pas justifié. Le système éducatif des IIIe et VIe Républiques, quand l’ascenseur social existait encore, était un quasi monopole d’Etat. Pourtant les élèves titulaires d’un certificat d’études de l’époque en savaient plus que bien des bacheliers d’aujourd’hui, sans parler des bacheliers de l’époque. Les causes de l’effondrement me paraissent plus larges. L’éducation est un des domaines d’une société qui se délite. Il n’y a pas de raison qu’elle reste intacte quand le reste s’étiole. La connaissance n’interesse plus, elle a cessé d’être une valeur. Lorsqu’on parle du pourquoi des choses on vous répond « là tu fais de la philosophie ». Le « comment » suffit bien. La culture est devenue tantôt un sujet de mépris, tantôt un ensemble de recettes de cuisine, « l’art » des tags ou une façon de parler. Finkielkraut annonçait la couleur il y a plus de trente ans. Le problème est de faire retrouver le goût de la connaissance et de l’action à l’heure de la collapsologie et des fake news. Je ne pense pas que diversifier l’offre éducative par un retrait de l’Etat changerait grand chose à l’état d’esprit qui s’est emparé du pays. En tout cas cela limiterait assurément la réussite des enfants de milieux modestes qui n’auraient pas accès à cette offre élargie. Sans l’école publique et quelques hussards noirs, Camus serait resté dans l’anonymat.

    • Comment dire…

      Sauf votre respect, votre propos est l’illustration même de ce que Nathalie dénonce, à savoir les bonnes intentions vendues sous prétexte de générosité et indépendantes des résultats.

      Selon vous « Je ne pense pas que diversifier l’offre éducative par un retrait de l’Etat changerait grand chose à l’état d’esprit qui s’est emparé du pays. ».

      Remettons les choses dans l’ordre selon un point de vue plus libéral : le retrait de l’état permettrait de diversifier l’offre éducative. Et une offre diversifiée donnerait bien plus de chance de modifier l’état d’esprit qui s’est emparé du pays. Etat d’esprit (dont votre propos est encore une fois une parfaite illustration) selon lequel il ne peut y avoir qu’une seule bonne solution à une problématique donnée et que cette pierre philosophale ne peut provenir que de l’état.
      Et si vous ne comprenez pas pourquoi la diversité donnerait plus de chance, l’expression « tous les œufs dans le même panier » pourrait vous aider.

      Par ailleurs, si les résultats du système éducatif sous les IIIe et IVe Républiques (dont je n’ai aucune connaissance) avaient de meilleurs résultats, l’explication est peut-être à chercher dans les choix effectués à ces époques.

      Et en ce point, vous n’avez pas tout-à-fait tort. « Le déclin du niveau des élèves est à rechercher dans l’organisation de l’enseignement mais pas seulement ». On peut en effet penser que la cause du déclin est sans doute plus dans les choix éducatifs effectués que dans l’organisation. Finalement, l’organisation (extrême centralisation, unicité de l’offre…) ne fait que rendre ces choix si catastrophiques.

      « En tout cas cela limiterait assurément la réussite des enfants de milieux modestes qui n’auraient pas accès à cette offre élargie. » Je ne vois aucune raison de conserver un mode de financement centralisé et monopolistique si nous décentralisions et cassions le monopole. La centralisation, le monopole et l’aide aux enfants de milieux modestes ne sont en effet liés que dans la mentalité collectiviste. La modification du système éducatif en France pourrait certes être source d’économie, mais plus en évitant les gâchis d’un organisme (l’EN) démesuré, ingérable et non géré et sans forcément supprimer toute aide à ceux qui en ont besoin.
      Et vous la voyez où, vous, « la réussite des enfants de milieux modestes » ? Vous même vous constatez « quand l’ascenseur social existait encore »…

      « Sans l’école publique et quelques hussards noirs, Camus serait resté dans l’anonymat. » Mais enfin, qu’en savez-vous ? Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer une telle chose avec une telle force ? Et pourquoi pas plutôt 10 Albert Camus au lieu d’un seul ? Vous sentez-vous capable de ré-écrire l’histoire et d’en prévoir les résultats ?

      • Voici quelques éléments de réponse. Tout d’abord, vous affirmez que mon propos traduirait « de bonnes intentions vendues sous prétexte de générosité et indépendantes des résultats ». Il ne s’agit pas de bonnes ou de mauvaises intentions mais de décider si l’éducation doit faire partie des missions de l’État ou si elle doit être considérée comme une marchandise. C’est un choix de société.

        Vous dites que vous n’avez pas connaissance des résultats du système éducatif des IIIe et IVe Républiques. N’avez-vous jamais constaté que la plupart des personnes âgées qui n’avaient pour diplôme que le certificat d’études primaires, écrivaient sans faute, maîtrisaient le calcul et la règle de trois, connaissaient les préfectures des départements (on disait les chefs-lieux à l’époque), avaient appris l’histoire de France (même si elle était romancée, c’étaient toujours mieux que le néant actuel) ?

        Depuis l’instauration de l’école gratuite, laïc et obligatoire par Jules Ferry, et surtout grâce à l’homme de l’ombre, Ferdinand Buisson, à qui l’histoire n’a pas rendu justice, l’enseignement français a été parmi les meilleurs du monde. L’école publique se voulait alors non pas libre mais libératrice en donnant aux garçons et aux filles de tous les milieux le bagage minimal pour affronter la vie. Depuis les années 1970, le niveau n’a cessé de régresser au rythme des réformes, des allègements de programmes et de la mise en œuvre de méthodes qui se voulaient toujours plus ludiques et interactives. L’enseignement étant sous la tutelle de l’État pendant la période de l’excellence comme pendant la crise actuelle, son principe ne me parait pas en cause.

        On peut rechercher les raisons du déclin dans les décisions des ministres successifs et de ce côté-là on n’a pas été gâtés durant les mandats de Sarkozy et surtout de Hollande. Défendre le principe de la tutelle de l’État n’est pas défendre tous les ministres de l’Éducation nationale. Mais quel est l’effet réel de leurs décisions ? Luc Ferry avait reconnu en son temps avoir eu peu de prise sur le niveau des élèves et, après les errances de Vincent Peillon et de Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Michel Blanquer n’arrive pas à redresser la barre avec des méthodes qui ont pourtant fait leurs preuves.

        La raison principale du déclin me parait être, comme je l’ai dit, l’état d’esprit qui a gagné le pays lié au consumérisme effréné et aux nouvelles technologies qui donnent l’impression fausse qu’il est inutile d’apprendre puisque tout est disponible en trois clics. Ce n’est pas un hasard si les patrons de la Silicon Valley envoient leurs enfants étudier dans des établissements low tech. Bien entendu tous les pays du monde sont exposés à ces phénomènes mais leur vulnérabilité est de toute évidence différente.

        Par ailleurs, vous contestez le fait que les enfants des milieux modestes auraient un accès limité au nouveau système éducatif dont l’État se serait retiré et que vous appelez de vos vœux. Très bien, alors c’est quoi le projet ? Vous êtes plein de bonnes intentions et de générosité pour aider les enfants qui en ont besoin mais sans apporter aucune précision. Un chose vous échappe : les enfants modestes n’ont pas besoin d’aide. Ils ont le droit, comme tous les autres enfants, de recevoir un enseignement de qualité. C’est là l’enjeu, une égalité des chances qui ne soit pas une égalité des malchances.

        Enfin, si j’ai parlé de Camus, c’est parce qu’il est la parfaite illustration de ce que peut faire l’école publique et les enseignants habités par leur mission. Je vous conseille de lire « Le premier homme », le récit autobiographique inachevé et paru bien après sa mort dans lequel il raconte comment, alors qu’il vit dans la pauvreté à Alger, son instituteur, M. Germain, lui permit d’entrer au lycée, inaccessible aux enfants de sa condition.

      • @herederien : vous avez raison de rappeler la qualité du niveau des anciennes générations. Mon père et ma mère n’avaient qu’un certificat d’études mais ils écrivaient sans aucune faute d’orthographe et ils connaissaient leur géographie.

        Vous avez également raison de situer le début du problème dans les années 70. J’ajouterais également le début des années 80 lorsque J-P Chevènement donna à l’institution l’objectif d’emmener 80% de chaque classe d’âge au bac. Et c’est à mon avis un des principaux facteurs explicatifs des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Une telle massification, parce qu’elle est artificielle, ne pouvait pas se faire sans une baisse du niveau.

        Puis vous ajoutez : « La raison principale du déclin me parait être, comme je l’ai dit, l’état d’esprit qui a gagné le pays lié au consumérisme effréné et aux nouvelles technologies qui donnent l’impression fausse qu’il est inutile d’apprendre puisque tout est disponible en trois clics. ». Là je ne suis pas d’accord parce que le déclin a commencé bien avant et que les nouvelles technologies ne sont qu’un prétexte, qu’un hochet que les politiciens et les responsables agitent pour laisser croire qu’ils engagent la France sur le chemin de l’innovation et des nouvelles technologies. Quand au consumérisme, pardon de le dire, mais c’est un cliché il faudrait expliquer en quoi il impacte le niveau.

        Vous rappelez à juste titre que les dirigeants des sociétés high tech envoient leurs enfants dans des écoles traditionnelle où on apprend les disciplines classiques ainsi que des enseignements manuels que l’on trouverait ici désuets. Et je suis d’accord sur le fond. Je suis pour comme vous en faveur de l’enseignement des fondamentaux, de ce qu’on appelait auparavant les humanités, de la science, des maths, etc.. Un exemple parmi d’autres : aujourd’hui un enfant qui obtient le bac n’a jamais étudié la théorie de la relativité, quelque soit la filière, ça ne fait plus partie des enseignements.

        J’ai été délégué de parents d’élèves et ce qui m’a surpris en tant que non-professionnel de l’éducation nationale c’est à quel point les enseignants ont une compréhension fine du niveau de chaque enfant. Ils connaissent exactement les problèmes de chacun. Et pourtant, si ce n’est pas la famille qui agit pour aider ses enfants, rien ne se passe. Je n’ai jamais au grand jamais assisté à un conseil de classe à l’issue duquel on prenait des mesures spécifiques pour aider les enfants en difficulté. Du coup on laisse des enfants aller au casse pipe parce que pour certains d’entre eux les familles sont impuissantes à les aider ou à financer les soutiens qui pourraient les aider. Je trouve que c’est hypocrite de la part de l’institution.

        L’institution sait très bien qui sont les enfants qui ne sont pas adaptés à l’enseignement académique et elle sait très bien qu’elle ne peut rien faire pour eux. Du coup elle préfère adapter l’enseignement à ces enfants en difficulté au lieu de prendre la seule mesure qui pourrait vraiment les aider, à savoir les diriger vers des filières non académiques dans lesquelles ils pourraient s’épanouir et retrouver une estime d’eux-mêmes que les échecs trop souvent répétés ont définitivement entamé. Pour moi l’égalité ne consiste pas à donner le bac à tout le monde et à envoyer chacun à la fac. L’égalité c’est permettre à chaque enfant d’accomplir son plein potentiel sans considération de sa situations sociale.

        Ce n’est certainement pas la seule explication bien entendu mais il me semble que si déjà on commençait par en finir avec le collège unique, on s’engagerait vers une bonne solution.

      • @ herederien

        « Si l’éducation doit faire partie des missions de l’État ou si elle doit être considérée comme une marchandise. »

        Si vous pouviez éviter de parler par slogans…

        L’éducation ne doit pas « être considérée comme une marchandise ». Elle est, bien évidemment, une marchandise, comme tous les services que les gens demandent.

        De même que deux est un nombre, une mésange est un oiseau, etc.

        Une fois cette évidence rappelée, reste à discuter de la façon dont ce service doit être apporté (car c’est un service, au même titre qu’une coupe de cheveux).

        La véritable opposition à laquelle vous faites allusion est celle-ci : l’éducation doit-elle être fournie par l’Etat, ou par le secteur privé ?

        Et la première réponse, la deuxième évidence, est : c’est un faux choix. Il n’y a aucune obligation de choisir. Cela peut être les deux.

        Dans d’innombrables pays du monde, c’est les deux, d’ailleurs.

        Y compris en France. Y compris à l’époque dont vous prétendez (ce qui demanderait à être prouvé) qu’elle avait le meilleur système du monde. A l’époque, je vous signale que l’Eglise tenait un rôle majeur dans l’éducation.

        L’Eglise n’est peut-être pas une entreprise, mais elle n’est pas non plus l’Etat.

        La France a toujours un système mixte, où l’Etat et le privé sont non seulement en concurrence, mais où ils coopèrent.

        Les grandes écoles françaises sont peut-être publiques, mais les universités américaines et britanniques qui les dépassent de la tête et des épaules sont privées.

        Le système le plus souvent préconisé par les libéraux est mixte. Il laisse une large part à l’Etat, pour ne pas dire une part décisive. Il consiste à faire financer l’éducation obligatoire par l’impôt, suite à quoi l’Etat rend cet argent aux parents sous forme de chèque-éducation, afin qu’ils puissent acheter la marchandise appelée éducation dans l’école de leur choix.

        Sachant qu’ils ont la possibilité de confier leurs enfants soit à une école d’Etat, soit à une école privée — et que celles-ci sont libres de se créer et de se diriger comme elles veulent.

        Sachant aussi, bien entendu, qu’on met fin à la prétendue gratuité de l’éducation dans les écoles publiques, qui n’existe pas (il faut bien les payer par l’impôt), mais qui leur permet d’être mauvaises, en supprimant l’obligation d’avoir à convaincre leurs clients de venir chez elles.

        Et là… que le meilleur gagne. On verra bien. Nous ne serons plus soumis à des édits péremptoires de gens nous assurant que « l’éducation n’est pas une marchandise », ce qui est une autre façon de justifier la tyrannie de l’Etat obligeant les parents à lui confier leurs enfants — à moins qu’ils ne soient prêts à payer deux fois l’école : une fois l’école publique qu’ils refusent, et une deuxième fois l’école privée qu’ils préfèrent.

        Si l’école d’Etat est si bonne que cela, pourquoi avez-vous peur de la mettre en concurrence ? Elle devrait l’emporter haut la main…

        Quant à la baisse du niveau, qui est réelle, vous échouez à l’expliquer. Vous suggérez qu’elle serait due au caractère étatique de l’éducation d’antan, mais c’est faux : l’école aujourd’hui est bien plus étatisée qu’au XIXe siècle.

        D’autre part, cette baisse de niveau est générale dans le monde occidental, et ce, dans des pays où le poids de l’Etat dans l’éducation varie grandement.

        Les écoles privées, ou semi-privées, ont de bien meilleurs résultats que les écoles publiques. Cela est vrai en France, comme aux Etats-Unis, en Angleterre, en Suède ou ailleurs.

        Si votre grand’mère savait mieux compter que vous au même âge, c’est en raison de la décadence générale de l’Occident, et de l’irruption de la télévision et d’Internet. Ce n’est pas parce qu’elle vivait en pays communiste.

      • Je reprends ce fil après en avoir été éloigné quelques semaines. Voici les réponses à vos arguments :

        1.Concernant « l’évidence » du fait que l’éducation est une marchandise : la définition d’une marchandise est dans mon dictionnaire « tout ce qui se vend et s’achète ». L’éducation dispensée par l’État ne se vend pas et ne s’achète pas. Elle est un service qui est financé par l’impôt, dont le montant ne dépend pas de l’usage qu’en fait chaque contribuable. Ce sont même les contribuables qui n’ont pas d’enfants à charge qui paient le plus d’impôts, à revenu égal. En revanche, une coupe de cheveux, puisque c’est votre exemple, est bien une marchandise. Plus vous consommez, plus vous payez et si vous n’allez jamais chez le coiffeur, c’est gratuit. Méfions-nous de ce qui semble évident.
        Mais l’éducation peut devenir une marchandise. Les établissements d’enseignement peuvent proposer des prestations soumises à des conditions de niveau des élèves (pas de problème) et à des frais de scolarité laissés à leur appréciation dans une logique de faire payer ce que l’on consomme (problème pour les élèves modestes).
        La question de savoir si l’éducation doit ou non être une marchandise est légitimement posée. Il ne s’agit en rien d’un slogan exprimé de façon péremptoire. (Je partage votre agacement pour ceux qui s’expriment de façon péremptoire).
        2. Concernant votre deuxième « évidence » relative au faux choix entre le public et le privé, je n’ai jamais prétendu qu’il ne fallait pas d’enseignement privé mais que l’État devait avoir prise sur lui notamment pour assurer la possibilité d’y avoir accès à tous les enfants qui le souhaitent. Quant à mettre les établissements en concurrence pour que chacun puisse choisir où il veut aller, pourquoi pas, si chacun peut effectivement choisir. Notre système actuel est déjà inégalitaire (et donc injuste s’agissant de l’éducation des jeunes) : les étudiants modestes sont obligés de travailler pour payer leurs études alors qu’à niveau égal les étudiants de milieux plus favorisés peuvent se concentrer sur leur réussite. De plus le prix de la scolarité dans certains établissements privés d’enseignement supérieur est rédhibitoire pour certains étudiants. Vous trouverez sûrement ces propos bien convenus mais c’est une réalité. Si vous voulez un système de concurrence entre les établissements, il faut aller plus loin dans la définition du financement pour ne pas en arriver à dire aux étudiants modestes : « tiens, voilà 5000 euros pour ton année, dis merci et ferme-la » quand les universités ou les écoles de qualité seront à 50000 euros par an. Pour se donner bonne conscience on pourra aussi trouver quelques personnes brillantissimes d’extraction modeste et dire « voilà la preuve que tout le monde peut réussir ! ». Le système que vous préconisez doit, pour être juste, garantir la sélection au mérite, indépendamment des moyens financiers des parents. Que proposez-vous ?
        Vous ajoutez « si l’école de l’État est si bonne que cela, pourquoi avez-vous peur de la mettre en concurrence ? » Ai-je dit que l’école publique actuelle était bonne ? J’ai dit qu’elle avait été excellente et qu’elle avait constitué un ascenseur social formidable pour des générations d’enfants modestes ce qui montre que la tutelle de l’État n’est en rien néfaste, bien au contraire.
        3. Concernant votre affirmation que « si ma grand’mère savait mieux compter que moi au même âge c’est en raison de la décadence générale de l’Occident, et de l’irruption de la télévision et d’Internet. Ce n’est pas parce qu’elle vivait en pays communiste », je vous répond que j’ai fait mes études bien avant Internet et que les programmes n’avaient pas évolué pour nous donner le temps de regarder « L’îles aux enfants ». Si la génération de mes grands-parents savaient mieux compter c’est parce que la mienne a connu les mathématiques modernes dans les années 1970. Des pédagogues avisés avaient considéré que donner des notions de la théorie des ensembles à des enfant de 6 ans était plus important que de leur apprendre à compter. Leurs successeurs ont dépassé les maîtres et maintenant une majorité de gamins ne savent plus ni compter ni quoi que ce soit sur les ensembles. Quant à la « décadence générale de l’occident » je préfère la formule moins lyrique de délitement de la société et je pense aussi qu’Internet y est pour beaucoup ou du moins l’a accélérée.
        Enfin, le fait que vous n’aimiez pas la politique des dirigeants élus d’un pays démocratique n’en fait pas un pays communiste. Là, vous êtes dans le slogan.

    • L’ascenseur social n’a pas attendu Jules Ferry pour exister. Dès le 18ème siècle, un système de bourse existe pour assurer la promotion sociale de ceux qui en avait la possibilité. Un aïeul, né dans les années 1820 et fils de meunier a ainsi pu devenir titulaire d’une chaire d’université…
      Point n’est donc besoin d’un état trop présent pour ela.

  6. Les fantaisies éducatives passées se retrouvent maintenant chez les adultes. L’enquête OCDE sur les compétences des adultes (Littéraires et math) place la France dans le dernier quart du classement: https://www.oecd.org/skills/piaac/Country%20note%20-%20France%20(FR).pdf
    Quand je regarde autour de moi, très peu de gens savent encore faire une simple règle de 3, les RH avec qui j’ai eu à travailler sont incapables de faire un calcul avec approximation de tête, quant à l’orthographe et la grammaire chez les derniers embauchés… j’ai encore les yeux qui saignent.
    Comme dit un autre blogueur bien connu de nous: CPEF

  7. La réponse du mammouth est déjà prête : les maths sont réformées par Cedric Villani, donc on verra ce qu’on verra, mais dans quelques années. Donc circuler, il n’y a rien à voir. Les autres disciplines ne sont pas dans le rapport, donc ce n’est pas le sujet. Là encore, circuler…
    On va juste avoir le droit à un énième « Grenelle de l’école », entre-soi de ceux qui nous ont conduit au désastre et qui aboutira à la conclusion qu’il faut continuer ainsi et même en faire plus.
    Et puis ce rapport partira au pilon, comme ses prédécesseurs, en attendant le prochain.
    Ce monstre ne se réformera pas de l’intérieur et personne n’est en capacité de le faire de l’extérieur.
    Ca promet, comme tu dis.

    • Une réforme des mathématiques par Villani, je m’inquiéte un peu beaucoup.
      J’ai eu comme un livre de vulgarisation de maths (je suis un peu rouillé, je l’avoue), encensé par C.Villani en préface.
      Sauf que cet ouvrage est vite illisible et est en fait, destiné à des habitués des maths. Et ça, Villani ne peut pas tout simplement le comprendre, il ne me semble pas être pédagogue.
      Je crains le naufrage.

      • Villani a eu une médaille Fields, une des rares distinctions majeures non encore dévoyée. Ca en impose encore, et le procès en bêtise ne fonctionne pas avec lui. Ceci dit, pour l’avoir vu intervenir lors d’un salon, il est passionné d’un sujet : lui-même. Par son ego, il ne dépare pas dans la bande à Macron. Il prend les autres pour des médiocres et ne s’en cache pas, bien qu’il semble pour sa part assez loin du réel.
        Donc pour réformer le secondaire et plus encore le primaire, je ne suis pas sûr qu’il soit l’homme de la situation.

  8. Les systèmes de santé et d’éducation français souffrent depuis des décennies d’un mal similaire, monolithisme bureaucratique et syndical fermé à toutes évolutions. Les rapports coûts sur résultats sont les plus mauvais de l’OCDE mais rien n’y fait dans l’opinion qui pense toujours avoir les meilleurs systèmes que tout le monde nous envie.

    Les rapports sur l’éducation, OCDE, Ifrap, IREF, Molinari, Cour des Comptes, s’empilent avec constats et solutions. Cour des Comptes :
    http://www.sien-unsa-education.org/images/stories/documentation/actualites/synthese-rapport-cc.pdf

    Le boulet immigration n’est pas suffisant pour expliquer notre dégringolade. La Suède qui s’est réformée, est l’un des pays les plus ouverts à l’immigration d’Europe avec 14% de sa population d’origine immigrée, et a maintenant de meilleurs résultats que la France.

    Pour l’égalitarisme, c’est sacrément raté car en France, il faut 6 générations pour que les descendants d’une famille modeste atteignent le revenu moyen.
    http://www.oecd.org/fr/publications/l-ascenseur-social-en-panne-comment-promouvoir-la-mobilite-sociale-bc38f798-fr.htm

    Après la QS, les coûts :
    https://www.institutmolinari.org/2019/12/01/education-la-france-peut-mieux-faire-evaluation-de-lefficacite-du-systeme-deducation-et-de-formation-en-france/
    La France est 16 sur 27 en efficacité des dépenses d’éducation primaire et secondaire
    La France est 17 sur 27 en efficacité des dépenses d’enseignement supérieur
    La France est 21 sur 27 dans l’adéquation de l’éducation et de la formation avec le marché de l’emploi.

    Une étude prospective du département Éducation de l’OCDE met en rapport chèque éducation et liberté pédagogique, en vain.

    Conclusion : On n’a pas encore touché le fond !

  9. J’apporte ma petite contribution à la discussion que je sens déjà très intense. Je voudrais parler d’un facteur qui n’a pas encore été mentionné : le collège obligatoire, dit unique. Le problème c’est qu’à la sortie du primaire on envoie tout le monde au collège sans prendre en compte ce fait essentiel que tous les enfants ne sont pas fait pour un enseignement académique généraliste.

    Je peux faire la comparaison avec l’Allemagne et la Suisse. En Suisse, le primaire est moins performant qu’en France, oui je sais que ça peut vous surprendre, mais c’est ce que tout le monde dit ici, français et suisses. Là où les choses changent dramatiquement c’est à l’entrée au collège. En Suisse, comme en Allemagne, il y a deux voies et cela dès 11 ans : d’une part les filières techniques que nous appellerions manuelles chez nous et d’autre part l’enseignement académique classique qui correspond à notre collège.

    Pour ceux qui suivent l’enseignement académique leur niveau est bien plus élevé qu’en France. Chez nous on a cherché à imposer la norme absurde de l’enseignement académique pours tous en en abaissant le niveau. Je connais des jeunes allemands et des jeunes suisses qui ont suivi la filière classique et dont j’envierais presque les études qu’ils ont suivies et les postes qu’ils occupent , je pense que cela ferait rêver plus d’un gamin ici. Mais au lieu de cela chez nous on explique aux gamins et aux familles que les boulots manuels c’est nul et que tout le monde doit pouvoir faire un master de sociologie.

    En Allemagne comme en Suisse les métiers techniques sont valorisés et côté jeunes, les apprentis ont une vraie place dans la vie professionnelle. Oui une vrai place je pèse mes mots parce que croyez moi la différence est flagrante. Sans compter que les personnes issues de filières techniques ne sont pas contraints de rester dans la petite case sociale qu’on leur attribuerait dans notre système de caste.

    Parce que je ne sais pas si vous vous en rendez compte mais la France est un pays de caste, je sais que ça peut vous choquer, mais discutez avec des européens ou mieux encore avec des américains et vous comprendrez que dans notre système chacun a une place qui lui est assignée en fonction du diplôme qu’il a obtenu à 21 ans. En Suisse à l’opposé, un jeune peut faire un apprentissage dans l’horlogerie puis travailler dans l’industrie, puis, et c’est le plus important, exercer des fonctions de cadre, voire de direction, ce qui serait inconcevable chez nous.

    Donc en plus de toutes les choses intelligentes que vous avez dit, je demande pour ma part la fin du collège unique, véritable frein à l’excellence pour les enfants qui sont faits pour les études académiques et véritable mouroir pour les enfants qui ne sont pas faits pour cela.

    • « je demande pour ma part la fin du collège unique » etc.

      En effet, c’est tout à fait ce que je veux dire quand j’écris que le gros pachyderme de l’Ed Nat est « inapte à répondre de façon souple et diversifiée à tous les profils d’élèves, les plus intellectuels comme les plus disposés à se tourner vers des filières pratiques. »

      Mais j’ai eu l’occasion d’observer autour de moi que la combinaison du collège unique et de l’égalitarisme fait que beaucoup de parents français veulent absolument que leur enfant passe un bac général, même s’il n’a ni le niveau ni l’envie ni le profil requis. Résultat, leur enfant a son bac au rattrapage, puis va grossir les rangs des étudiants qui quittent la fac sans diplôme, alors que dans une filière plus adaptée à ses goûts et ses capacités, il aurait pu s’épanouir.

      • Oui, 100% d’accord avec vous. Dans la classe de mon aîné, plutôt au fond, il y a un garçon qui s’ennuie, qui somnole, et qui affirme avoir passé tout le collège sans rien faire. Chaque année, il est passé dans la classe suivante parce que les redoublements sont devenus exceptionnels. A la fin, les motivés s’ennuient parce que ça n’avance pas, que le niveau est trop faible, et ceux qui ne sont pas faits pour ce type d’études se découragent.

        Certains de ces jeunes sortent du système sans qualification ce qui n’est pas de bonne augure pour leur entrée sur le marché du travail. Psychologiquement ils sont cassés parce qu’ils n’ont connu que l’échec dans un système qui n’était pas fait pour eux. Et vous avez raison de rappeler que c’est également la responsabilité des familles, parce que nous voulons tous, à tort, que nos enfants se retrouvent dans les grandes écoles ou à l’université.

        Cependant je suis persuadé que si l’offre était différente, davantage de jeunes s’épanouiraient dans les filières techniques. Ca réduirait d’une part le nombre de personnes sortant du système scolaire sans qualification et ça réduirait également la pénurie de main d’oeuvre qualifiée dans certains secteurs.

        Ce qui est triste aujourd’hui c’est que l’égalitarisme consiste à imposer le même moule à tous, sans prendre en compte les différences individuelles. La véritable égalité c’est l’égalité des chances, nous le savons, bien que ce soit devenu politiquement incorrect de l’affirmer. Parce que la mode aujourd’hui c’est de proclamer que l’égalité c’est le droit à l’échec pour tous, de même que le Venezuela et les régimes socialistes ont démontré que l’égalité des classes c’était la pauvreté et les pénuries pour tous (sauf pour la nomenklatura bien entendu).

        Enfin vous avez raison de parler de pachyderme à propos de l’éducation nationale, j’ai été délégué de parents d’élèves au collège et ça a été une expérience déprimante. J’ai également vécu les « réformes » de l’école primaire, du collège et du lycée, qui ont toutes conduit au résultat paradoxal de ne rien changer tout en démotivant parents et enseignants. Peu d’enseignants se rendent compte que leur vie et leur salaire seraient grandement améliorés par une privatisation. Sans aller si loin, il faudrait déjà transférer la gestion du personnel enseignant aux communes ou aux régions comme cela a été fait pour le personnel non-enseignant. C’est une autre aberration. Dans un même établissement, certains personnels peuvent être gérés par le département, d’autres par la région et enfin les enseignants par l’état.

        On pourrait déjà commencer par quelque chose qui est facile à faire : en finir avec toutes ces fausses réformes qui désorganisent le système et qui ne sont là que pour flatter l’ego du ministre dont elles portent le nom et qui se convainc tout seul que son comportement autiste et brutal est la preuve ultime de son intelligence. En fait, j’exagère, le problème ce ne sont pas que les ministres, il faudrait également parler du rôle de l’administration centrale.

      • @Tino

        Permettez-moi de ne pas accorder de crédit à ces articles sur les « postes non pourvus ».

        J’ai été sans ressources durant plus d’un an, et ai tout tenté pour obtenir un boulot, n’importe lequel. Je n’ai posé aucune contrainte, ni de rémunération, ni d’horaires, ni de lieu, rien rien rien… En bon libéral, j’étais sur le modèle : donne moi du taf, je prends (j’ai quand même un CV correct).

        Ce fut refus sur refus. Parce que j’ai un gros problème : je ne suis pas commercial.

        Je n’ai eu en face de moi que des gens qui attendaient que je me vende, et ça, je ne sais pas faire. Et plus le temps passe, plus le déphasage entre les besoins d’une entreprise et les critères de recrutement sont opposés.

        Donc l’ednat fournit des cancres certes, mais les entreprises ont des cahiers des charges de recrutement complètement à l’ouest. L’ednat pourrait fournir des génies, ces derniers seraient à la rue de la même façon, sauf s’ils sont génies du commerce.

        Si, enfin, au bout d’un an, j’ai pu accéder à un poste et faire valoir mes compétences, c’est uniquement parce que j’ai pu bypasser la case DRH. Merci le Piston.

        Donc aujourd’hui, dans notre beau pays, il vaut mieux être un cancre pistonné qu’un bon élève paumé dans la nature.

  10. Un autre point, plus discret est également à rendre en compte : l’EdNat, comme beaucoup d’autre secteur et peut être plus que les autres, est en proie à un délire administratif totalement débridé. Les plans d’aide personnalisé, les plan de progrès ont envahi l’espace. Ils représentent une charge de travail aussi conséquente qu’inutile, de véritable tue-l’envie. A des fins statistique ou pour des théories fumeuses, la paperasserie est omniprésente. Qui comprend quelque chose à la notation par compétence, absurde et chronophage ? Les réunions de ceci ou cela, courroies de transmission de la bonne parole ministérielle sont prioritaire sur les cours, de gré ou de force.
    Tout est organisé pour accroitre la charge de travail des professeurs pour des motifs annexes, l’enseignement étant quasiment oublié du bilan moral, qui se retrouve en position de variable d’ajustement. La finalité de l’école est oubliée par ceux qui la dirigent.

    • @Jacques Huse de Royaumont: OUI ! Vous pointez un problème essentiel que l’on retrouve dans tous les autres services publics : la bureaucratisation dont l’effet n’est pas seulement de faire perdre le temps de ceux qui y sont confrontés, véritables corvées punitives telles ces attestations absurdes que l’on remplit soi-même. La bureaucratisation a également pour effet d’absorber une partie importante des postes et des moyens.

      Les postes qui fournissent un service rendu au public sont en baisse (enseignants, policiers, magistrats, etc.) tandis que se développent les postes qui rendent un service aux administrations centrales et au gouvernement. Sans parler de toutes les agences prétendument indépendantes dont la seule finalité semble se résume au pouvoir qu’elles procurent de caser les copains en leur assurant une rémunération hors grilles de la fonction publique.

      Voila ou passe une partie du pognon : dans tous ces postes qui ne rendent aucun service au public, qui ne servent qu’aux administrations centrales et à leurs chefs, les membres du gouvernement. Notre pays est sur-administré et sous-géré. Exemple type: les ARS. Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer en quoi elles ont amélioré quoi que ce soit depuis leur création, si ce n’est le niveau de vie de leurs dirigeants ?

      Mais dites vous bien que cette bureaucratie n’est pas une dérive, ce n’est pas le sous-produit indésirable de quelque chose qui serait bon, ce n’est pas un épiphénomène. C’est la conséquence du pouvoir de la haute-administration sur le pays. Parce qu’à chaque fois qu’un politique édicte une loi imbécile, il justifie la création de budgets, de postes, de moyens financiers qui seront accordés aux obligés. Comment pensez-vous que Ségolène Royal a obtenu son poste d’ambassadeur des pôles ?

      J’appelle ce phénomène le centralisme bureaucratique, parce que c’est un système et qu’il faut déjà commencer par le reconnaitre comme tel. Merci pour votre message.

  11. Nous sommes dans une Union Soviétique qui ne veut pas dire son nom. Tous les corps de l’Etat sont touchés de la même façon. L’URSS ne s’est jamais reformée et, comme elle, nous finirons dans le même genre de faillite.

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