Quand les DÉGAGÉS de l’ancien monde rêvent tout haut de 2022

Offensive Sarkozy, en cette rentrée 2020. François Baroin, dûment massé en ce sens, n’est plus sur la ligne de départ de la droite et Brice Hortefeux, l’ami de toujours, s’emploie à savonner la planche de Xavier Bertrand. Bref, les dégagés de l’ancien monde rêvent tout haut de 2022 [REPLAY] :

François Hollande en est convaincu, la victoire présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017 ne doit rien au « nouveau monde » à base de « ni droite ni gauche » qu’il promettait aux Français mais tout au refus de ces derniers de voir arriver l’extrême droite à l’Élysée. Et ce d’autant plus que l’élection s’est déroulée dans un « contexte particulier » où lui, Hollande, ne se représentait pas et où le candidat de la droite était affaibli par l’affaire des emplois fictifs de sa femme.

Autrement dit, plus qu’un programme séduisant, son ex-ministre de l’économie aurait surtout eu beaucoup de chance.

Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas entièrement vrai non plus. À l’époque, l’électorat était tout autant travaillé par le désir de jeunesse et de renouveau qu’Emmanuel Macron incarnait que par une puissante volonté de dégagisme dont les représentants de « l’ancien monde », les Juppé, Sarkozy et même Duflot, ont fait les frais les uns après les autres.

Et ce que les électeurs n’ont pas fait, le nouveau Président s’en est chargé lui-même en expédiant Ségolène Royal aux Pôles au lieu de lui proposer un poste de ministre de l’Écologie dans son gouvernement et en persistant à la tenir à l’écart après la démission de Nicolas Hulot au motif qu’elle allait « lui pourrir la vie » (Oh, quelle idée !)

Quant à François Hollande, aurait-il oublié que son discrédit dans l’opinion était tel qu’il a été lui-même poussé sans ménagement vers la sortie par son propre Premier ministre Manuel Valls, lequel a été ensuite « dégagé » en bonne et due forme au profit de Benoît Hamon lors de la primaire de gauche ? Aurait-il oublié que même à gauche existait un sentiment persistant d’échec et un désir acharné de changement de tête qui s’est matérialisé dans la demande et l’obtention d’une primaire alors qu’en tant que sortant il aurait dû en être le candidat naturel ?

L’amnésie est à l’évidence une disposition d’esprit indispensable pour qui veut assurer sa longévité en politique. L’amnésie, et aussi la conviction inébranlable d’être éternellement indispensable à son pays et l’étonnante capacité à revenir sur scène paré des plus beaux atours du dévouement démocratique après avoir été piteusement renvoyé en coulisses sous une avalanche de quolibets.

Or non seulement les petites péripéties de 2017 appartiennent dorénavant à un passé lointain et si possible enterré, mais force est de constater qu’entre-temps, le printemps macronien s’est fracassé sur tant d’affaires, tant de contestation, tant d’incompétence et tant d’impopularité que Macron lui-même en est à se demander comment restaurer sa légitimité aux yeux d’une opinion de plus en plus convaincue que le « nouveau monde » ressemble comme deux gouttes d’eau à l’ancien.

Force est de constater également que malgré le profond désaveu dans lequel les Français tiennent leur Président, aucune opposition n’apparaît actuellement en position de force. La gauche est faible et morcelée en mille petits partis, la droite LR est faible et morcelée en mille petits prétendants (Bertrand, Baroin, Aubert notamment). De plus, l’une et l’autre manquent cruellement d’un vrai poids lourd de la politique susceptible de s’imposer dans l’opinion.

Quant à Marine Le Pen, elle ne souffre nullement des faiblesses évoquées ci-dessus. Elle a la notoriété, elle a le parti et elle a les éléments idéologiques qui vont avec – tout cela en un seul morceau. Mais nouveau monde ou ancien monde, tout le reste de la classe politique est convaincu de pouvoir la battre aisément au second tour si jamais elle y parvenait à nouveau, en appelant comme d’habitude à faire barrage à l’extrême droite.

Il n’en fallait pas plus pour que les « dégagés » d’hier se disent qu’ils avaient toutes leurs chances aujourd’hui. 

· En ce domaine, nous avons une véritable experte en la personne de Ségolène Royal qui n’en finit pas de faire come-back sur come-back. En septembre 2019, dans un grand tour des matinales et des rédactions, elle laissait déjà planer le doute sur une éventuelle candidature présidentielle en 2022 :

« S’il y a une candidature pour 2022, ce sera en avant, avec l’écologie, le féminisme et à gauche, bien sûr. » (LCI)

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Rebelote ces jours-ci sur BFM au micro de Jean-Jacques Bourdin. Ce dernier parviendra-t-il un jour à obtenir d’elle l’annonce officielle de sa candidature ? Ce ne sera pas faute d’avoir essayé et réessayé. Mais la dame tergiverse, parle de décision collective, de capacité à se rassembler, tout en se disant prête à proposer « une alternative démocratique, sociale et écologique ». Dans son collimateur, la méthode Macron :

« On en a assez de l’hyper-présidentialisation d’un régime qui fait que quelques-uns, que des hommes d’ailleurs, pensent qu’ils savent tout. Ils décident à deux ou trois, ils nous assènent des décisions, et ensuite, lorsque ça se passe mal, ils disent : ah ben si on avait réfléchi, peut-être que ça se serait passé autrement. » (BFM)

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Il y a seulement un mois, Ségolène Royal jugeait pourtant que ce n’était pas le moment de critiquer l’exécutif. Espérait-elle retrouver un ministère à la faveur du remaniement annoncé et a-t-elle été éconduite ? Toujours est-il qu’en quelques semaines, le ton a bien changé… 

· L’ancien Président Nicolas Sarkozy est aussi un grand habitué des come-back. Supplanté par François Hollande en 2012, il a tenté à nouveau sa chance lors de la primaire de droite de 2016 et a fini balayé dès le premier tour.

À le voir multiplier les visites politiques chez les élus Les Républicains, on lui prête maintenant l’intention de revenir en politique sans qu’il soit très clair si ce retour se ferait avec ou contre Emmanuel Macron dont il serait actuellement une sorte de conseiller officieux. Aux dernières nouvelles, il aurait même engagé ce dernier à se débarrasser du poste de Premier ministre ! Rien d’étonnant à cela, il a toujours donné lui-même dans l’hyper-présidence.

Pour ce qui est de son avenir, Sarkozy ne se mouille pas au-delà de la langue de bois sirupeuse attendue :

« Quand on a été président de la République, on doit rester à la disposition de son pays. » 

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Mais posez la question à François Hollande et il vous dira que son prédécesseur est très loin d’avoir abandonné la politique comme il l’avait annoncé après sa défaite de 2012 et à nouveau après 2017 :

« Sarkozy a repris du service ! La preuve, c’est qu’il redit du mal de moi. »

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Et de fait, Nicolas Sarkozy adore tacler celui qui a eu raison de lui en 2012.

L’Obs du 20 février 2020 rapporte que lors d’un déjeuner organisé quelques jours plus tôt par le vice-président du conseil d’État, l’ancien Président a fait montre « d’une forme éblouissante », donnant son avis sur tout et tous sans mâcher ses mots :

La réforme des retraites ? « Illisible ». Delevoye ? Un « abruti ». Et ce « pauvre Hollande » ? « Le seul à penser qu’il puisse revenir » en politique.

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· Car oui,
François Hollande aussi s’active à donner l’impression que si certaines conditions étaient réunies, il pourrait peut-être, éventuellement, envisager une candidature en 2022. Comme il le confiait récemment au quotidien italien Corriere della Sera :

« La vie est pleine de sollicitations mais aussi d’imprévus (…) En ce qui me concerne, j’ai servi mon pays et je me considère comme un militant de la démocratie. (…) Je ne peux pas me séparer de cet engagement civil qui a éclairé ma vie et auquel je reste et resterai fidèle. »

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· Et pour finir en apothéose, notons un désir similaire chez Manuel Valls. Peu après avoir été débouté de ses prétentions présidentielles lors de la primaire de gauche de 2016, il filait dans sa Catalogne natale avec l’intention de devenir maire de Barcelone. Nouvel échec, qui le cantonne au simple rôle de Conseiller municipal.

De quoi réévaluer ses priorités avec force trémolos patriotiques audacieux :

« Je n’ai jamais abandonné ou oublié ce pays qui m’a tant donné. Et au-delà de mon amour pour la France, ma seule patrie, je veux dire simplement que si mon retour en politique n’est pas à l’ordre du jour, je ne manquerai jamais d’être utile aux Français. » (Le Parisien, 28 fév. 2020)

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Plus qu’une candidature en 2022, il envisage pour son compte un remaniement ministériel rassembleur au sein duquel il pourrait avoir sa place, mais seulement si Emmanuel Macron venait le chercher. II ne voudrait pas se rendre « ridicule » en se jetant à la tête du gouvernement ! En attendant, il multiplie les déclarations positives à l’égard de l’exécutif. On ne sait jamais(*).

Comme vous voyez, un casting de rêve et d’avenir ! Ça promet.


(*) À noter qu’ « on » pense à lui : il figurait dans la liste « secrète » établie par le patron des députés LREM Gilles Le Gendre afin de proposer des noms pour un futur remaniement.


Illustration de couverture : Nicolas Sarkozy, François Hollande, Ségolène Royal et Manuel Valls. Photos AFP et Wikimedia Commons.

18 réflexions sur “Quand les DÉGAGÉS de l’ancien monde rêvent tout haut de 2022

  1. macron annonce un double barrage pour 2022 : barrage à la haine et barrage aux vieux cons (et vieilles connes, pas de sexisme). Y’a de la nouveauté, ça peut le faire.

    Ce qui m’épate, c’est que d’une part ces rebus de fond d’état se pensent toujours providentiels et que d’autre part, il existe encore des gens dans ce pays à croire à l’homme politique providentiel.

  2. L’ancien monde a tellement écorné la démocratie que les Français ne vont même plus voter tellement ils n’y croient plus. Pendant ce temps, les vautours dégagés qui savent que le peuple a une mémoire de poisson rouge, et que la comédie va quand même se jouer faute de mieux (soit disant !), se tiennent prêts pour 2022… où ils pourront postuler au poste de larbins pour une caste d’intouchables oligarques qui leur donneront les consignes à appliquer nationalement pour pousser leur propre agenda global… au détriment du peuple… qui se shootera encore et encore devant le sport ou en regardant des séries financées par les mêmes oligarques. Drôle de monde…

    • Tant qu’ils bénéficieront d’avantages outranciers lorsqu’ils sont en fonction (leur traitement est de l’argent de poche) et de quelques résiduels lors de leur cessation (hors PR et PM), nous les reverrons.

      La gamelle est trop bonne.

      Ces gens s’enrichissent une fois leur maroquin obtenu, avant également. Je n’évoque ni le Premier Ministre ni le Président qui palpent à vie et qui cumulent en se faisant recaser dans des sinécures où ils finissent de pantoufler, comme le Conseil Constitutionnel.

  3. J’ai vu quelque part que Macron avait envisagé de démissionner pour se représenter aussitôt tant qu’il n’y a pas d’adversaire de poids. Ce serait marrant qu’il annonce ça ce soir: c’est pas bête mais gonflé, et Le Pen pourrait en profiter, on ne sait jamais. En tous cas, je ne suis pas inquiet: ceux qui dirigent réellement la France et qui ont imposé la marionnette actuelle à l’aide de la presse nous en sortiront une nouvelle en 2022, si celle ci ne peut plus servir…

  4. Tout ce qui peut contribuer à diviser la gauche, à l’empêcher d’être au second tour et à dégager Macron est bon à prendre. Que la Bravitude des Neiges, son ex, Valls, etc nous reviennent et réitèrent 2002.

    Seul problème: qui placer, à droite, face à MLP, pour l’emporter ? Parce que là……

    Ça n’a, de surcroît, pas l’air de les émouvoir beaucoup, à dextre. Ça ne serait d’ailleurs pas aussi aisé que 20 ans auparavant.

  5. Posons comme postulat que sans Hitler de Gaulle n’aurait point fait la carrière qu’on lui connaît. Donc avant de dénicher un homme (ou une femme… S. Weil eût été peut-être »l’homme » de la situation…) Il nous faut trouver malheureusement notre Hitler qui plongera – si tant est que cela ne soit pas déjà la réalité – notre pays au fond du gouffre. Cherchons !

    • Avant de le trouver ( ce que je n’espère pas ) et de le mettre aux manettes, il faut que nous vivions la crise vraiment majeure. Nous n’y sommes pas encore, c’est ce qui est effrayant. Attendons les retombées post-Covid, les suppressions d’emploi, les taxes en sus, les syndicalos qui vont s’en mêler pour attiser encore plus la braise sociale.

      Nous avions la colère jaune il y a presque 2 ans, elle change désormais de couleur et s’étend. Chez nous, c’est de la récupération politique qui finira par nous être préjudiciable.

      Quelques policiers refusent d’interpeler désormais les taux de mélanine qui ne conviennent pas. Que vont penser les « émotifs » déjà rodés à la confrontation urbaine et au bellicisme de principe ?

      Qu’ils avaient déjà une certaine marge de manœuvre entretenue par le laxisme institué, la soumission à l’intolérable pour garant d’une paix sociale de façade.
      Ils savent désormais qu’on leur délivre un blanc-seing.

      Prochaine étape, la culpabilité orchestrée, la honte d’être blanc, la crainte permanente d’être agressé en sortant ?

      2022 me fait peur car Macron et sa clique de pitres sont à dégager d’urgence et personne de probant ne pointe son nez.

    • Ce n’est pas sans Hitler que De Gaulle n’aurait pas fait la carrière qu’on lui connait, mais sans la guerre et les délires de conquête allemands. Hitler serait resté bien au chaud dans sa chancellerie, à mener son peuple à coup de bâton et de carotte, il ne se serait rien passé. Or, aucun politique frouze, aussi pourri soit-il, est assez stupide pour aller tenter le diable à l’extérieur et retourner l’opinion (et les armes) contre lui.

      Donc, on pourrait avoir la pire des raclures au pouvoir, il ne se passera rien. Parce que :

      1) les frouzes l’ont décidé comme tel
      2) Rananfout’ de ce qui se passe à l’intérieur de la france tant que ça éclabousse pas à l’extérieur

      La perpétuelle quête de l’homme providentiel mène à la perte. Pas besoin de « Hitler » et consort, cette attente d’excuse pour justifier un soi-disant réveil, mantra répété à l’envi par ceux qui attendent de se prendre le mur en pleine quiche pour se dire que maintenant, fa fuffit (et encore, pour ceux réchapperont de la collision).

      • « ..Rananfout’ de ce qui se passe à l’extérieur de la France tant que ça n’éclabousse pas à l’intérieur… » est plutôt à retenir.

        Quoique cela soit valable dans les deux sens en ce qui nous concerne, nous Frouzes.

        Sinon, je pense que ceux qui veulent vraiment un changement ou agir sincèrement sont catalogués populistes, complotistes, factieux, subversifs, provocateurs, intégristes, fachos… Notre riche vocabulaire ne fait pas défaut.

        Certes, nous ne sommes pas des vaillants mais force est de constater que la moindre velléité est étouffée, ligotée. Nos libertés ne sont plus qu’une façade pour des dirigeants qui nous veulent moutons.

        Personne surtout pour canaliser et exalter ces quelques volontés.

        Bonjour à la Belgique.

  6. Il faut oublier ces castings d’égos dont le peuple ne veut plus mais qui recherche désespérément la gentille personne providentielle qui va sauver le système pour pas cher.

    Au bord du gouffre, nous y sommes. Ce sera la tutelle du FMI avec un gouvernement « technique » type Monti (Italie) pour quelques années de purges structurelles.

    Les guignols seront ainsi pratiquement oubliés pour laisser place soit à d’autres guignols soit un système plus moderne de démocratie participative exploitant à fond le numérique pour un gouvernement plus rapide et plus horizontal…Réduction des coûts et mesure de la qualité des services et bénéfices pour la population ainsi optimisés…On peut rêver.

  7. Yes, le FMI peut aider, mais pas plus. L’impossible, seul, peut sauver la France et il s’appelle changement de République avec un changement RADICAL de constitution.
    Bon, une fois le rêve passé, on retombe vite dans la réalité Française qui veut du changement tant que c’est celui des autres. Alors….

      • Les mêmes pitres, les vieilles badernes qui pantouflent au CC.

        Sauf, on y revient, si quelqu’un (je ne le nommerai pas providentiel) d’opportun se présente et fédère.

        Les révisions ou changements de constitution se sont produits lors de crises institutionnelles ou conjoncturelles.

        La Vème République est née de ces deux occurrences. Les circonstances étaient favorables.

        Nous sommes à nouveau dans cette urgence mais les circonstances sont tout autres.

    • Le FMI peut aider ? Rien n’est moins sûr, il applique des théories largement étatistes et interventionnistes. A-t-on d’ailleurs des analyses à moyen terme des interventions du FMI ?

      • Evidemment le FMI n’est pas la panacée.
        Après les avertissements, que ce soit l’UE, la BCE, la banque mondiale ou le FMI, il arrive un moment où celui qui prête, exige des engagements, ce qui revient à une mise sous tutelle.
        A ce stade on retrouve toujours une lutte classique entre les théories étatistes ou libérales.

        Néanmoins, on observe concrètement, que le FMI et la Banque mondiale demandent des ajustements structurels, libéralisation du marché du travail, diminution des déficits, privatisation d’entreprises nationalisées, etc…Désétatisation et déréglementation sont donc préconisées en général.

        L’exemple du bilan de l’intervention en Grèce est donc forcément polémique et pas encore finalisé, pourtant :
        https://www.capital.fr/economie-politique/athenes-veut-rembourser-de-facon-anticipee-ses-prets-au-fmi-pour-restaurer-la-confiance-1350107

        Bref, ce sera pour la France un gouvernement « technique » pas composé des « dégagés » en tout cas. Je n’imagine pas d’autre solution.

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