Royaume-Uni : Elections générales, UKIP et murmure persistant des cornemuses

—–>     Cet article a également été publié le mardi 5 mai 2015 sur        icone_redacteur3

Mise à jour du 8 mai 2015 :  CHIFFRES DEFINITIFS  Les élections ont eu lieu et les résultats sont très clairs. Y aurait-il eu un « shy tory vote » comme en 1992 pour John Major ? Faisant mentir les sondages, les électeurs ont validé les bons résultats économiques du gouvernement sortant : les conservateurs de David Cameron remportent la majorité absolue avec 331 sièges sur 650 tandis que les travaillistes sont les grands perdants avec seulement 232 sièges. Le SNP réalise sa grande percée en Ecosse avec 56 sièges, les Lib Dem deviennent anecdotiques (8 sièges) et l’UKIP est dans l’épaisseur du trait (1 siège). A noter : Miliband, Clegg et Farage, leaders battus, ont tous démissionné de la présidence de leur parti. 

Mise à jour du 4 mai 2015 : Les élections générales britanniques ont lieu ce jeudi 7 mai. Même si les chiffres des derniers sondages ont légèrement évolué (les conservateurs devanceraient de peu les travaillistes), cet article du 16 février reste d’actualité : l’issue du scrutin est incertaine. Qui formera le gouvernement britannique, Ed Miliband (labour) ou David Cameron (tories) ? 


Comme en France, le jeu électoral du Royaume-Uni est bousculé depuis quelque temps par un parti populiste d’extrême-droite arrivé en tête aux dernières élections européennes de mai 2014. Mais contrairement à la situation française, de plus en plus bloquée dans un tripartisme ravageur, s’y ajoute la nouvelle donne obtenue à l’issue du referendum (raté) sur l’indépendance de l’Ecosse, avec la consolidation du parti indépendantiste écossais qui pourrait détenir les clefs du scrutin britannique. 

Les élections présidentielles françaises de 2002 ont vu s’affronter au second tour le candidat de la droite Jacques Chirac au candidat du Front National Jean-Marie Le Pen, après élimination du candidat socialiste Lionel Jospin, Premier Ministre sortant, arrivé en troisième position. Depuis lors, pas une élection ne se profile à l’horizon sans que l’on s’interroge avec autant de gourmandise que d’effroi sur les possibilités du FN de réaliser tel ou tel score, de décrocher telle ou telle mairie, d’obtenir tant de députés à Paris comme à Strasbourg et, en 2017, pourquoi pas, la magistrature suprême. L’élection législative partielle qui s’est tenue dans le Doubs au début du mois et qui s’est soldée par la victoire laborieuse du candidat PS face au FN, est une bonne illustration des capacités du FN à bousculer les rapports politiques traditionnels. Son arrivée en tête lors des dernières élections européennes de mai 2014, malgré une abstention élevée de 58 %, illustre quant à elle son attractivité réelle sur des électeurs déçus autant par le parti au pouvoir que par son opposition classique.

Cette situation de tripartisme par entrée d’un parti populiste dans la cour des grands n’est pas cantonnée à la France. De nombreux pays d’Europe sont concernés (Podemos en Espagne, le M5S de Beppe Grillo en Italie, le Vlaams Belang en Belgique, et enfin l’UKIP de Nigel Farage au Royaume-Uni (*), pour citer les plus connus). C’est même complètement concrétisé en Grèce depuis janvier avec l’élection de Syriza (extrême-gauche) à la tête du pays avec le renfort d’un parti d’extrême-droite. Au risque de perdre quelques nuances, on peut dire que tous ces partis se caractérisent par leurs positions anti-establishment, anti-Europe, anti-libérales et par des programmes fortement démagogiques. La différence entre le populisme d’extrême-gauche et le populisme d’extrême-droite se manifeste à travers les discours sur la nation et sur l’immigration, mais l’exemple grec montre que ce n’est pas suffisant pour empêcher des alliances. On observe de plus que les partis d’extrême-droite cherchent activement des voix du côté de la gauche extrême (cas du FN vis-à-vis de la CGT, par exemple).

Il sera donc très intéressant d’observer le résultat des prochaines élections d’ampleur nationale qui vont se dérouler au Royaume-Uni en mai prochain, afin de voir si l’UKIP, version anglaise de notre FN, est susceptible de changer la donne, ou si une petite musique écossaise peut prendre sa revanche après l’échec du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Comme prévu par la loi électorale britannique, l’actuel Parlement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande sera dissout le 30 mars 2015 et des élections générales se tiendront le 7 mai 2015 afin d’élire les 650 membres du 56ème Parlement depuis 1801. Le mode de scrutin est uninominal majoritaire à un tour, c’est à dire que dans chaque circonscription est élu le candidat qui arrive en tête.

Lors des dernières élections générales de 2010, le Parti Conservateur (Tories) de David Cameron avait obtenu le plus de sièges sans atteindre la majorité absolue (Parlement minoritaire ou Hung Parliament) ce qui l’avait contraint à former une alliance avec le parti centriste des Liberal Democrats (Lib Dem) de Nick Clegg. Tous les sondages récents indiquent qu’on s’achemine à nouveau aujourd’hui vers la nécessité de former une coalition de gouvernement autour de l’un ou l’autre des deux grands partis traditionnels : les Conservateurs avec David Cameron, ou les Travaillistes avec Ed Miliband.

Selon le dernier sondage Opinion/Observer, les travaillistes sont actuellement en tête avec 35 % des voix, suivis de près par les Conservateurs avec 33 %. L’UKIP recueille 14 % des voix tandis que les Lib Dem et les Verts sont au coude à coude avec 8 et 6 % respectivement. Le parti nationaliste écossais, qui ne présente des candidats qu’en Ecosse, obtient 4 %. Toutefois, lorsqu’on teste la popularité des chefs de partis, David Cameron domine (41 % de bonnes opinions) et la seconde place revient à Nigel Farage de l’UKIP (27 %) qui a même eu la première place pendant plusieurs semaines. Ed Miliband arrive troisième avec 23 % de bonnes opinions. De ce fait, les commentateurs s’accordent à dire que l’issue de ces élections générales est plus ouverte que jamais.

Depuis les élections générales de 2010, la situation politique a évolué selon deux axes : celui du populisme d’extrême-droite de l’UKIP et celui du nationalisme écossais du Scottish National Party (SNP) :

– Comme le FN, l’UKIP (United Kingdom Independence Party) jouit depuis plusieurs élections d’une percée dans les sondages comme dans les votes et a réalisé le meilleur score britannique lors des européennes de mai 2014 (27 % des voix). Comme on l’a vu plus haut, la popularité de son chef Nigel Farage  est la deuxième meilleure après David Cameron, et plus de 90 % de ses électeurs aux Européennes de mai 2014 se disent prêts à revoter pour lui. Cependant, en dépit de ses 14 % d’intentions de vote (17 % selon certains instituts de sondages), l’UKIP pourrait avoir du mal à transformer ses voix en sièges en raison de l’éparpillement de ses électeurs dans tout le Royaume-Uni. Il lui sera difficile d’arriver en tête dans de nombreuses circonscriptions. Les projections en sièges lui attribuent environ 6 sièges au total.

– L’indépendance de l’Ecosse a été rejetée par referendum en septembre 2014, mais le SNP qui soutenait ce projet continue de bénéficier d’une plus grande visibilité en Ecosse. Idéologiquement proche des travaillistes (Labour Party) et plutôt pro-européen, le SNP est pourtant en train de siphonner de nombreux votes travaillistes car les électeurs ont du mal à pardonner le front formé par les Tories, le Labour, et les Lib Dem contre l’indépendance. Du fait de la concentration de ses candidats en Ecosse, chacune de ses voix obtenues se transformera d’autant plus facilement en sièges. On parle de plus de 30 sièges qui passeraient ainsi du Labour au SNP. Aussi, malgré un modeste résultat en voix au niveau du Royaume (environ 4 %) qui le placerait derrière l’UKIP, les Lib Dem et les Verts, certains commentateurs pensent que le SNP pourrait les devancer largement en terme de sièges, et en obtenir une bonne cinquantaine.

En conséquence, une configuration très plausible de ces élections générales serait de voir les Conservateurs arriver en tête du scrutin et former une coalition (probablement complexe à gérer à terme) avec le SNP, ne laissant à l’UKIP qu’une faible part en nombre de sièges au Parlement.

On voit que le mode de scrutin majoritaire en vigueur (ainsi que la répartition des votes sur le territoire du Royaume-Uni) crée une nette distorsion entre les voix obtenues et les sièges finalement acquis. Comme en France, il est régulièrement mis en cause comme étant anti-démocratique. De plus en plus de commentateurs se demandent si le système électoral britannique pourra survivre aux résultats de mai 2015, et de nombreux partis, notamment les Lib Dem, les Verts et l’UKIP, militent en faveur de l’introduction d’une dose plus ou moins importante de proportionnelle. Indépendamment des sympathies ou antipathies que l’on peut ressentir vis-à-vis de tel ou tel parti, on observe toutefois que si la proportionnelle permet d’assurer une meilleure représentativité du corps électoral, elle a aussi de nombreux inconvénients. En particulier, elle tend à favoriser mécaniquement la multiplication des partis politiques, ce qui rend difficile, voire impossible, la formation d’une majorité stable dans les Parlements et la constitution d’équipes gouvernementales cohérentes.

(*) Il existe un autre parti populiste nationaliste au Royaume-Uni, le British National Party (BNP). Il se situe encore plus à droite que l’UKIP mais son impact électoral est très faible.


House of Commons, Houses of Parliament, London - Interior view of Commons ChamberIllustration de couverture : Bancs de la Chambre des Communes au Parlement de  Londres.

6 réflexions sur “Royaume-Uni : Elections générales, UKIP et murmure persistant des cornemuses

  1. Bonjour Nathalie,

    J’avoue d’emblée ne pas franchement être d’accord avec la substance de cet article. J’ai quelques réserves majeures. Je suis de très près cette élection mais ne vivant pas en Angleterre et ne supportant pas les articles du Guardian ou de la BBC, je ne lis que ceux du Telegraph, classé à droite pour le dire tout net. Ajoutons que mes amis financiers à la city sont comme moi, mus par des idées de droite libérale mais un tantinet eurosceptiques, j’avoue bien volontiers avoir un avis biaisé.

    Ce préalable fait, passons vite sur un premier point : Nicola Sturgeon du SNP écossais s’alliera sans difficulté avec Ed Miliband, ils sont communistes tous les deux. Pour rappel, en France Miliband serait un « frondeur » au sein du parti socialiste : Haine des riches, lutte des classes, augmentation de la dépense publique. Autant dire que tout à l’heure, il DOIT être battu. La seule chose qui les différencie c’est que Sturgeon a un côté populo hélas sans le pragmatisme d’un Bérégovoy et que Miliband est un héritier bobo très content du capitalisme de connivence mais ça ne fait pas un clash entre les deux, ils sont mus par les mêmes ressorts.

    Ensuite, j’ai tiqué sur UKIP présenté comme extrême droite. Alors Maggie l’était car de mon point de vue Farage est son plus valable successeur. Même la pravda qui nous sert de quotidien du soir se borne à qualifier UKIP de populiste. Ce qui n’est pas faux car plus UKIP se rapproche de Westminster, plus il est prudent sur les questions économiques et fiscales et mise sur le référendum sur l’appartenance à l’UE et l’immigration. Reste quelques détails intéressants : Il plaide pour une flat tax sur l’IR (qui en France ?) que sur la NHS dont Miliband accusait Farage de vouloir privatiser, il plaide pour un système publique qu’idéalement les revenus confortables pourraient s’extraire pour aller s’assurer dans le privé imitant le modèle allemand. Sur l’immigration Farage est clair depuis des mois : Il veut faire la même chose que Tony Abbott PM d’Australie (dont le parti s’appelle « parti libéral australien » en passant). Enfin ses 2 recrues transfuges des torries siégeant au parlement sont deux juristes/économistes ouvertement libéraux voire libertariens.. (Douglas Carswell et Mark Reckless).

    Sur bien des point le discours de UKIP n’est pas libéral et Farage choque, il n’a pas attendu cet imbécile d’Estrosi pour parler de 5ème colonne dès janvier 2015 au parlement européen. Il pense – c’est un désaccord que j’ai – qu’il est inévitable que l’UE ne devienne la prochaine URSS mais ses arguments font mal sur l’euro, les interventions au nom du droit d’ingérence béatifié par BHL et Kouchner en France. Prenez le temps de l’écouter sur son dernier passage sur la BBC du we dernier : Calme, posé, charismatique, pertinent, Farage n’a rien à voir avec la médiocrité agressive de la poissonnière nationaliste française obligée médiatiquement de commettre un parricide et de son roquet chevènementiste.

    Si j’étais anglais, avec quelques réserves je voterais surement UKIP. Je loue une partie des efforts courageux menés par Cameron mais il a commis des grosses boulettes. Le fait qu’il risque de passer à la trappe alors qu’il réformé son pays comme personne en Europe pose question, il paraît que Boris Johnson le mal-coiffé (volontaire et étudié) maire de Londres guète comme un vautour avec un discours possiblement encore plus eurosceptique. J’ai également été très déçu et agacé par les mensonges répétés par le leader du Lib-Dem Nick Clegg : Sympa mais une machine à balancer du prêt à penser. Libéral peut être mais en dehors du mariage homo je ne sais pas où mais pour bombarder Assad, opérer la « transition énergétique » et autres imbécilités du moment il est bon.

    En conclusion, j’admets mon manque d’objectivité que mon éloignement et le fait que je ne suis pas britannique peuvent m’avoir fait rater certains éléments plus forts que ceux que j’ai mentionné. De tous les candidats aux élections générales, Farage présente un programme bien plus intéressant que les quelques points qui font s’étrangler les bien-pensant. Oui je préfère que Cameron rempile mais qu’il sente bien le coup passer près.
    Cordialement

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    • Je suis d’accord avec vous pour dire qu’entre UKIP et FN il y a une vraie différence de qualité du leader. D’ailleurs à l’UE, l’UKIP n’a pas voulu siéger dans le même groupe que le FN car il le trouve trop raciste, c’est dire. Mais on ne peut pas être libéral côté flat tax et pas du tout sur d’autres points. Et le fait d’être un ex-employé de la City n’est pas forcément non plus une garantie.
      Pour l’instant, l’UKIP serait plutôt en perte de vitesse selon les derniers sondages.
      Le SNP pourrait être un faiseur de roi, c’était ça l’objet de l’article (écrit mi février), avec les effets du scrutin majoritaire à 1 tour.
      Quand je l’ai écrit, tories et labour étaient au coude à coude, et c’est encore le cas. Donc résultats ce soir, ou demain pour les alliances de gouvernement.
      Personnellement, j’aurais voté Cameron, parce que pour la formation du gouvernement, c’est entre lui et Miliband que ça se joue.
      Bien à vous, Nathalie MP

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      • J’ai découvert Farage il 4 ou 5 ans à cause de ses saillis dont il a le secret. Il vient en effet de la City ça ne fait pas de lui un bankster repenti. Dans ces discours il s’oppose violemment aux lois pour la plupart venant de Bruxelles favorables aux « big banks, big businesses ». Et c’est très juste, rien qu’à voir à qui profite le CICE en France alors qu’on installe un compte pénibilité sur les artisans et les TPE, de ce point de vue l’UK et la France souffrent des mêmes maux. Je vous recommande l’émission des experts de ce matin qui prouvent comme je l’ai écrit je ne sais où qu’il suffit de regarder la BBC pour voir que nos deux pays sont très proches y compris dans les aspirations des deux peuples. Mais la dépense publique est à 41% du PIB et la croissance de 2 à 3% et le chômage 2 x moins élevé. On a ce qu’on mérite avec les tocards de politiciens livrés avec.
        cdlt

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      • je ne vous surprendrais plus si je vous annonçais que que j’étais à 86% UKIP, 85% Tory et à 55% libdem…

        https://uk.isidewith.com/results/889575373

        N’étant pas hostile à l’UE autant que UKIP, je partage votre satisfaction d voir Cameron réélu mais j’ai peur que la victoire de Cameron ne cache en réalité la dislocation du RU malgré le référendum perdu par le SNP. Le référendum pour ou contre à l’adhésion à l’UE me semble bien accessoire.

        Les résultats en cours de dépouillement montrent que l’Angleterre veut sortir de l’UE au contraire de ses provinces qui veulent s’émanciper de Westminster mais rester dans l’UE. Malgré des résultats macro-économiques probants, Cameron marche sur des œufs…

        J’écrirai un truc une fois les résultats finaux connus et ayant écouté les analyses des uns et des autres.

        cdlt

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