Primaire : à quoi joue le PS ? J’aimerais qu’on m’explique …

Mise à jour du dimanche 29 janvier 2017 Benoît Hamon remporte les primaires de gauche avec environ 59 % des voix contre 41 % à Manuel Valls. On s’y attendait un peu …

contrepoints-2Ça se confirme, Cambadélis est vraiment mon socialiste préféré. Non content d’avoir plastronné sans retenue pour annoncer par avance à quelle point « la primaire citoyenne de gauche de la Belle Alliance Populaire » était « déjà une réussite » – et ça c’était le 9 janvier, lui, le parti qu’il dirige et le Comité d’organisation de la primaire nous ont régalés depuis dimanche soir d’une série de pantalonnades hallucinantes sur les chiffres de participation au vote. Pantalonnade ? Subterfuge ridicule pour se tirer d’embarras. 

• On peut avoir le goût de la farce et de la mise en scène pour berner les autres sans avoir pour autant le moindre sens de l’humour quand on est pris la main dans le sac. Fidèle à son habitude d’apparatchik ex-trotskiste, Cambadélis n’a pas oublié de menacer de poursuites judiciaires quiconque contesterait les chiffres « officiels » de la primaire, comme il l’avait déjà fait à l’époque de son référendum de pacotille sur « l’unité de la gauche » aux élections régionales de 2015 :

« La haute autorité qui recueille les résultats a parlé. Toute mise en cause sera passible des tribunaux. »

Il n’empêche que les cafouillages en série qui ont émaillé la publication des résultats entre dimanche soir et lundi ont pris des proportions suffisamment inhabituelles pour que même le journal Le Monde s’en plaigne. Lundi soir, après avoir expliqué la teneur des « curiosités » relevées dans les chiffres, le vénérable quotidien du soir se fendait d’un encart spécial particulièrement corrosif sous le titre « Primaire à gauche : pourquoi « Le Monde » ne peut pas publier de résultats détaillés »  :

« Une élection démocratique (…) s’évalue également par le niveau de transparence et la précision des données électorales rendues publiques par les organisateurs du scrutin. Sur ce point, le premier tour de la primaire de la gauche, dimanche 22 janvier, se caractérise par le flou et l’amateurisme – dans la meilleure des hypothèses. »

Notre Cambadélis n’allait certainement pas se laisser désarçonner pour si peu. En bon producteur de théâtre, il sait crier « Rideau ! » quand les acteurs se mettent à dérailler et il sait que le show must go on, surtout quand on coule à pic, quitte à venir lui-même à l’avant-scène pour rassurer les spectateurs. C’est donc sur un ton de bon apôtre pénétré de reconnaissance à l’égard des bénévoles et des votants qu’il annonçait dans son édito vidéo de lundi dernier à quel point le PS a bien eu la réussite qu’il avait prédit pour la primaire :

« Nous avons un résultat satisfaisant, au-delà de nos espérances. (…) Il y a 1,7 millions de votants et c’est très encourageant. (…) Il y a un second tour, où ne se jouent pas deux conceptions de la gauche. » etc…

• On se demande à quoi joue le PS. Car si les résultats sortis des urnes de la primaire ont une signification, c’est bien de montrer au contraire que loin des félicitations que Cambadélis est toujours prêt à s’adresser, le Parti socialiste n’est plus guère vendeur et qu’il ne sait même plus exactement ce qu’il vend.

Même en admettant les 1,6 ou 1,7 millions de votants annoncés, la participation à la primaire de gauche fut très inférieure à celle de 2011 qui, nouvelle du genre, avait attiré 2,6 millions de personnes dans ses bureaux de vote. Elle fut surtout très faible comparativement aux 4,3 millions de votants à la primaire de droite. Voilà qui ne va pas faciliter la mise en route d’une dynamique forte pour le candidat finalement vainqueur.

Et ce ne sont certainement pas les petites manipulations dans les chiffres qui vont inverser la tendance et apporter la moindre crédibilité dans la corbeille dégarnie du PS. Elles sont au contraire le symptôme d’un parti qui se sait en grande difficulté. On a rarement vu des entreprises florissantes faire de la cavalerie.

Plus grave encore, l’arrivée en tête de Benoît Hamon avec 36 % des voix et Manuel Valls avec 31 % révèle comme jamais la fracture qui écartèle le PS de part en part dans une sorte de bataille pas vraiment nouvelle mais paroxystique aujourd’hui entre ce qu’on pourrait appeler les « Anciens » et les « Modernes ».

Le premier, qui se voit conforté pour dimanche prochain par l’apport des voix d’Arnaud Montebourg (17 %) et par le soutien vocal de Martine Aubry, est le représentant de la tendance frondeuse de ce quinquennat, façon vieille gauche marxiste utopiste, calquée sur le Programme commun de Mitterrand en 1981, la peur des robots et le revenu universel en prime pour donner un petit ravalement XXIème siècle à des mesures largement déconsidérées par les faits pendant tout le XXème.

Le second, ex-premier ministre de François Hollande, dont on dit qu’il l’aurait poussé à la renonciation à la limite du harcèlement, se veut porteur d’un socialisme rénové, gestionnaire et responsable. Il incarne, comme Hollande avant lui, la deuxième gauche social-démocrate tentée (sans succès) par Michel Rocard en son temps, dans un grand écart compliqué et finalement casse-gueule entre les thèses keynésiennes de dépenses publiques qui permettent de se dire « de gauche » sans être marxiste et les nécessaires adaptations à un monde qui avance et qui innove sans se préoccuper de nous attendre.

En réalité, d’un point de vue libéral, la différence entre ces deux tendances n’est qu’une question de degré. Dans le premier cas, la France est rétamée en deux ans (voire moins, notre situation de départ est pire), comme nous en a aimablement avertis l’expérience catastrophique du Programme commun menée de 1981 à 1983 puis hâtivement oubliée pour passer à autre chose.

Dans le second, c’est la mort lente qui nous attend. Lente, parfois peu perceptible du fait de notre modèle social qui, à raison d’une dette publique dangereusement située à 98 % du PIB, nous offre une apparente sécurité, mais néanmoins certaine. C’est l’Etat en faillite dont parle Fillon depuis 2007, c’est la lente décomposition à l’œuvre dans notre pays par des lois et des décisions soit absurdes, soit inutiles, soit coûteuses, soit liberticides, soit tout cela à la fois, dont le blogueur h16 tient jour après jour la chronique aussi agréablement précise que désespérément réaliste.

• Mais pour le PS, il y a bien fracture, il y a bien aujourd’hui deux gauches « irréconciliables » selon les termes mêmes de Valls avant qu’il ne décide de participer à la primaire et oublie tout à fait ses analyses antérieures pour vanter la formidable unité que la primaire permettra de construire face à la droite et l’extrême-droite.

Sauf que depuis que les résultats du premier tour sont connus, sa seconde place assez peu glorieuse pour un ex-Premier ministre confronté à un ex-ministre plus qu’anecdotique lui fait à nouveau complètement changer de discours et lancer les hostilités contre son rival dans des termes que la droite ne renierait pas :

« Est-ce que la gauche renonce à gouverner ? Est-ce que la gauche, c’est plus d’impôts, plus de déficits? (…) Un travail qui rémunère, qui soit digne, ou est-ce qu’on distribue la même allocation à tous ? »

Monsieur Valls ne serait-il pas en train de tomber dans la « brutalité » qu’il dénonçait chez François Fillon ? Et où sont passées ses bonnes résolutions de rassembler ? Interrogé sur son éventuel soutien à Hamon à l’issue de la primaire, il a refusé de répondre.

Le dépit de se sentir en position de faiblesse pour le second tour n’y est sans doute pas pour rien. Et il est vrai qu’il doit être rageant de constater que le vote des sympathisants socialistes qui ont bien voulu se déplacer donne maintenant la première place, avec toutes les chances de l’emporter dimanche prochain, à la frange des députés frondeurs qui a perpétuellement mis des bâtons dans les roues de François Hollande et de son premier ministre Valls. La faute au mix politique intenable « mon ennemi c’est la finance – loi Macron – loi Travail » que la deuxième gauche tente de faire vivre sans succès depuis toujours.

L’équation du PS pour accéder au second tour de l’élection présidentielle s’est donc considérablement compliquée depuis dimanche, tant la guerre de tranchées entre les « Anciens » et les « Modernes » s’est réveillée par la prise de pouvoir des « Anciens. » C’est d’autant plus grave que cette fracture avait déjà été mise en musique hors du PS, par Jean-Luc Mélenchon d’abord, avec la création du Parti de gauche et son alliance avec le Parti communiste pour les « Anciens », par Emmanuel Macron tout récemment, avec la création de son mouvement En marche ! pour les « Modernes ».

Si, contre toute attente, Valls gagnait cette primaire, on pourrait éventuellement imaginer un rassemblement du Parti socialiste autour de sa candidature. Les députés PS dans leur majorité seraient rassurés et ne se sentiraient pas soudain attirés par la candidature Macron pour sauver leur poste. Il y aurait certes trois candidats de gauche. Mais d’un côté, la position de Mélenchon est connue, elle n’évolue guère et elle n’avait pas empêché la victoire de Hollande en 2012. Et de l’autre côté, la position de Macron, qui s’active sur le même créneau que Valls sans l’appareil électoral du PS, serait possiblement contenue.

Mais ce scénario, déjà très difficile à jouer, est fort peu probable. Hamon l’outsider part favori, l’unité du parti est ouvertement compromise, et les députés PS non frondeurs sont nombreux à tourner leurs regards vers Macron. Anxieux de savoir qui a les meilleures chances pour la présidentielle et qui leur offrira la meilleure soupe, ils demandent aux journalistes :

« Après la primaire, vous le publiez quand le premier sondage ? »

Et peu importe qu’on soit toujours en attente du programme d’Emmanuel Macron ! Il est question de nous donner deux ou trois pistes en mars. Pour l’instant, le site internet de son mouvement se remplit de la liste de ses meetings, de ses passages médias et de petites histoires vécues, mais pas l’ombre d’une solution, pas l’ombre d’une réponse, à part les promesses faciles et creuses de faire bouger les choses, débloquer la France, rénover l’action politique et rebattre les cartes ….

Sans compter qu’un ralliement trop voyant d’une colonie complète de députés socialistes risquerait de porter un coup fatal à la fraîcheur politique dont Macron prend tant de peine à se prévaloir. Ça pourrait même faire le jeu de Fillon. Equation bien compliquée à gauche.

Nous sommes ici dans les petits calculs politiciens, loin, très loin des programmes de transformation de la France en profondeur. Elle en aurait pourtant bien besoin pour se remettre en mouvement, gagner en dynamisme, et retrouver envie d’entreprendre, indépendance financière et prospérité réelle pour tous.

Songeons que les chiffres du chômage tombés hier pour fermer l’année 2016 font état d’une hausse du nombre de demandeurs d’emploi de 26 100 personnes en catégorie A après des évolutions en dents de scie depuis le début de l’année, et ce malgré les mises en formation et les emplois aidés explicitement prévus par le gouvernement pour aider la courbe du chômage à s’inverser.

Dès lors, comment croire que le socialisme des « Anciens » ou des « Modernes », à l’intérieur ou à l’extérieur du Parti socialiste, pourrait fonctionner mieux à partir de 2017 qu’il n’a fonctionné jusqu’à présent ?

Si la gauche veut renaître, elle aurait intérêt à calquer rapidement les contours de ses formations politiques sur les deux tendances présentes en son sein plutôt que de se répandre en trois ou quatre courants différents au gré des ambitions des uns et des autres.

Mais si la France veut renaître elle aurait intérêt à tourner résolument le dos aux « Anciens » et aux « Modernes » de tout poil et à se mettre en quête de vrais libéraux.


entree-du-parti-socialiste-rue-de-solferino-a-parisIllustration de couverture : L’entrée du siège du Parti socialiste, rue de Solférino à Paris.

9 réflexions sur “Primaire : à quoi joue le PS ? J’aimerais qu’on m’explique …

  1. Tout est dit.
    Alors que l’on a l’impression d’être devant le champ de ruines du PS, nous sommes peut-être devant celui du pays.
    À force de refuser des solutions qui marchent parce qu’elles seraient méchantes, brutales ou inégalitaires, nos élites n’ont plus d’idées.
    Ne restent que les postures, les écarts avec le réel, la réécriture des faits.

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  2. Le PS existera-t-il encore dans 1 an. Partis comme ils sont, leur score aux présidentielles sera à 1 chiffre, les députés avides de servir la république (sic) iront ramper devant Macron pour une investiture (si le score du banquier-énarque autoproclamé révolutionnaire le justifie).

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  3. Pingback: Parti socialiste : la nouvelle querelle des Anciens et des Modernes | Contrepoints

  4. Je m’autorise une lecture complémentaire du paysage de gauche en cette veille d’élection : pour moi les candidats socialistes n’ont, à juste titre, aucune illusion sur leur défaite annoncée aux présidentielles, et jouent par conséquent le coup d’après. Or le coup d’après c’est de savoir qui sera le candidat élu aux primaires, puis perdant aux présidentielles et perdant probablement ensuite aux législatives. Dés lors le gagnant final à la direction du PS (car il s’agit bien de cela), sera celui qui, bien que perdant aux primaires, n’aura pas subi les sanctions populaires successives aux 2 scrutins nationaux, apparaissant comme le recours ultime contre le désaveu populaire et le risque de disparition définitive du PS. C’est seulement à ce moment là qu’on saura si le PS embraye sur une réforme à la badgodesberg (hypothèse Valls) ou sur un recentrage marxiste libertaire (hypothèse Hamon). Ce qui est certain, c’est que Valls est définitivement condamné à agir et convaincre au sein du PS (ou mourir dans l’hypothèse Hamon), Macron lui ayant volé le marché libre du socialisme réformiste.

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    • « Le gagnant final à la direction du PS (…), sera celui qui, bien que perdant aux primaires, n’aura pas subi les sanctions populaires successives aux 2 scrutins nationaux, apparaissant comme le recours ultime contre le désaveu populaire et le risque de disparition définitive du PS. » :

      Je trouve votre hypothèse osée. Parce qu’elle consiste à dire que Valls aurait intérêt à perdre. C’est ce qui lui pend au nez. Trop facile !
      Le désaveu populaire, c’est d’abord celui de la primaire auprès des sympathisants socialistes. Si le perdant de la primaire se retrouve à la tête du PS, ce sera d’un PS qui n’existera plus que par son nom, le gros des troupes étant parti ailleurs.

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  5. En fait il semble bien que suite à la déconfiture du parti communiste ces derniers se sont recyclés au parti socialiste façon entrisme comme d’ailleurs l’avait déjà pratiqué les trotskistes bien avant eux pour noyauter le parti : l’arroseur arrosé. Ce sont les frondeurs d’aujourd’hui.

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    • C’est ce qu’ils font le mieux. On appelait ça le « noyautage » du temps de ma jeunesse dans les années 1970. Mais ceux qui sont restés au PC canal historique se sont bien débrouillés aussi puisqu’ils doivent souvent leurs postes d’élus locaux grâce à des accords de désistement avec le PS, d’où d’ailleurs les petites tensions (d’appareil, pas de militants) avec Mélenchon pour le soutien à la présidentielle.
      Jeu de go, la politique, pas jeu d’échecs. On ne sait jamais vraiment qui encercle qui. 🙂

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