Trois petits mots sur les élections américaines de 2020

1. Avancées libérales  –  2. « Qualité » du scrutin  –  3. « Qualité » du programme de Joe Biden.

Il s’est passé des choses très intéressantes lors du grand round électoral américain de cette année. Appelés à choisir le 46ème Président des États-Unis, à renouveler un tiers du Sénat ainsi que l’intégralité de la Chambre des Représentants, les électeurs devaient également se prononcer par référendums locaux sur plusieurs sujets socio-économiques d’importance. Ce n’est pas une mince victoire libérale que de constater combien des politiques typiquement dirigistes ont été fermement rejetées, y compris dans des États acquis de longue date au parti démocrate.

En Californie, 40 millions d’habitants, la nette et prévisible victoire du candidat présidentiel démocrate Joe Biden n’a pas empêché les électeurs d’écarter sans ménagement la « proposition 16 » qui visait à introduire un principe de discrimination positive pour les femmes et les minorités dans leur accès aux emplois publics et dans les universités. Malgré un budget colossal consacré à la promotion du projet et un soutien de toute la gauche californienne, dont la colistière de Joe Biden Kamala Harris, il semblerait que le rêve américain d’une égalité de traitement basée sur le mérite de chacun et non sur son genre ou sa couleur de peau soit plus vivant que jamais.

Un résultat d’autant plus appréciable que le féminisme et l’antiracisme très en vogue sur les campus américains sont en train de sombrer lamentablement dans la radicalisation autoritaire de la cancel culture, technique qui consiste à faire disparaître ses opposants du débat public. À noter d’ailleurs que selon des sondages « sortie des urnes », Donald Trump a amélioré son score auprès des minorités par rapport à 2016.

Second revers pour les partisans de la régulation à l’extrême, la « proposition 22 » présentée par quatre grands acteurs du transport et de la livraison à domicile via des applis internet dédiées dans le but de conserver aux chauffeurs et livreurs qui travaillent avec eux le statut de travailleurs indépendants a été approuvée par 58 % des électeurs californiens. Uber, Lyft et les autres se battaient pour revenir sur une récente loi californienne qui obligeait ces entreprises à considérer leurs partenaires comme des salariés. L’initiative individuelle et l’esprit d’entreprise qui font aussi partie du rêve américain semblent également très vivants.

Citons pour finir les différents votes qui ont eu lieu dans plusieurs États d’obédiences politiques diverses pour légaliser un certain nombre de drogues. L’idée étant non pas d’en encourager la consommation, mais de traiter le réel problème de la toxicomanie américaine autrement que par des mesures de prohibition qui n’ont jamais marché nulle part.

Ceci étant dit, il est bien évident que le grand résultat attendu depuis le 3 novembre, jour de l’élection, est le nom du vainqueur de la course présidentielle. Dans une poignée d’États (Arizona, Nevada, Géorgie, Pennsylvanie et Caroline du Nord), les résultats sont si serrés que les instituts de sondage attachés aux grands organes de la presse américaine n’ont pas été en mesure de donner leur estimation du vainqueur avant le samedi 7 novembre, sachant que le décompte des bulletins est toujours en cours au moment où j’écris.

Pas de dissonance entre eux : aussi bien le média conservateur Fox News, que l’agence Associated Press ou le média pro-démocrate CNN indiquent que l’ex-sénateur démocrate et ancien vice-président de Barack Obama Joe Biden, 78 ans, a toutes les probabilités d’être le 46ème Président des États-Unis. À noter que Fox News a pris de l’avance sur tous les autres en attribuant l’Arizona à Biden très tôt dans le dépouillement (voir cartes, à gauche Fox et à droite CNN) :

   

Un résultat qui ne convainc pas le Président sortant Donald Trump. Il s’est déclaré vainqueur du scrutin dès le 4 novembre et il dénonce depuis une vaste fraude à son encontre, notamment via les votes par correspondance que son concurrent a toujours encouragés par précaution sanitaire contre le Covid-19 et que lui, Trump, a déconseillés en raison du vecteur de triche potentielle qu’ils pouvaient devenir. Du fait de la pandémie, ceux-ci représentent en effet 100 millions de bulletins sur un total de l’ordre de 160 millions de suffrages. 

Loin d’admettre sa défaite, Donald Trump promet au contraire quantités de poursuites judiciaires et des demandes de recompte pour faire éclater la vérité au grand jour. Tout le camp républicain ne le suit pas dans cette voie, à commencer par Fox News et un certain nombre de personnalités qui se désolidarisent, mais sur les réseaux sociaux, la bataille fait rage dans une montée aux extrêmes assez décourageante.

Entre certains pro-Biden qui se réjouissent d’avoir vaincu le fascisme, rien que ça, et certains pro-Trump qui déjouent complot mondial sur complot mondial, rien que ça, je partage pour ma part la position adoptée par le comité éditorial du Wall Street Journal (WSJ) dans son article du 6 novembre.

En l’occurrence, Donald Trump a tous les droits de demander des recomptes lorsque les résultats sont très serrés et il a de même tous les droits de faire appel à la justice s’il pense que des fraudes ont eu lieu. Mais pour cela, il lui faudra un peu plus de biscuits que des déclarations aussi tonitruantes que vagues sur la « massive fraud » qui se dresse contre lui.

Si, à l’issue de toute la procédure, Biden venait à conserver les 270 grands électeurs dont il a besoin pour entrer effectivement à la Maison-Blanche, le WSJ exprime l’espoir que Donald Trump concéderait sa défaite avec élégance, ceci pour donner le panache final à tout ce qu’il a réalisé de bien sur le plan économique comme sur le plan diplomatique en quatre ans de mandat à la tête des États-Unis.

Mais le départ de Trump signifierait-il pour autant que Joe Biden serait une bonne affaire pour les Américains ? À considérer son programme tout en dépenses publiques, impôts et réglementations supplémentaires dans la plus fine tradition française, c’est douteux.

Donald Trump ne s’est pas montré non plus très scrupuleux sur les dépenses, avec pour conséquence que le déficit public a explosé et que la dette publique des États-Unis atteint maintenant 100 % du PIB, mais au moins a-t-il fortement baissé les impôts et éliminé bon nombre de réglementations inutiles, ce qui s’est vu dans la croissance de l’économie américaine et un taux de chômage tombé à 3,5 % avant l’apparition du Coronavirus.

Mais avec Biden, ce sont 11 000 milliards de dollars de dépenses supplémentaires sur 10 ans qui sont prévus afin d’élargir l’Obama Care (couverture santé), financer son propre Green New Deal (écologie et climat), augmenter les prestations sociales, financer les écoles et relancer l’économie dans le contexte du Covid-19. Toutes proportions gardées, on croirait entendre Bruno Le Maire nous expliquer l’effort prodigieux à base de « quoi qu’il en coûte » du gouvernement français en ces temps de pandémie.

Face à cela, il est évidemment prévu d’instaurer de nouveaux impôts, mais la dépense est devenue tellement « out of control » – pour reprendre l’expression du site libéral reason.com dans la vidéo explicative ci-dessous (03′ 36″) – que la dette américaine continuera à augmenter follement.

Mais ce n’est pas tout. Joe Biden compte aussi réguler drastiquement tous les aspects possibles de la vie de ses compatriotes, des contrats de travail entre employeurs et salariés jusqu’à la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, exactement comme la loi Avia tentait (inconstitutionnellement) de le faire en France.

Perspectives bien moroses compte tenu du ralentissement attendu de l’économie mondiale suite à la pandémie de Covid.

Mais il y a quand même quelques bonnes nouvelles !

La première, c’est que Joe Biden ne pourra sans doute pas mettre son programme en application comme il l’entend. Il devra compter avec la volonté du Congrès, or tout montre que le Sénat va rester républicain tandis que la majorité démocrate à la chambre des représentants est en passe de perdre beaucoup de sa superbe. 

Et la seconde, c’est que dans la configuration qui s’annonce – Joe Biden à la Maison-Blanche et les républicains dans l’opposition – tout est en place chronologiquement, économiquement et idéologiquement pour qu’une candidature républicaine dépouillée des aspérités inutiles du trumpisme et revenue aux valeurs du conservatisme fiscal et de la protection des libertés voulues par les pères fondateurs trouve un écho significatif dans le pays dès 2024.


Illustration de couverture : Le Président sortant Donald Trump et le Président donné gagnant par les instituts de sondage Joe Biden. 

13 réflexions sur “Trois petits mots sur les élections américaines de 2020

  1. Excellent article qui sait résumer en termes concis qu’il nous faut garder à l esprit que la possible défaite de Trump aujourd’hui est véritablement une victoire à moyen terme.
    S’affranchir de ses dérapages pour rebondir sur de saines valeurs est à mes yeux l’essentiel pour ce pays.
    Même si au fond il eut été fort appréciable de voir les administrations clinton et obama se faire botter les fesses…
    Allez un coup de folie d’Arnault et on fait de même en France? 🙂

  2. Biden n’est rien dans cette élection, il ne dirige rien, il n’est qu’un pantin aux mains d’extrémistes. Les complices de Biden sont d’authentiques communistes et lorsque les communistes accèdent au pouvoir, ils font tout pour y rester par tous les moyens même (et surtout) illégaux. Ils ont déjà montré leur capacité à transformer la presse en organe de propagande, l’administration et les universités sont largement infiltrées.
    Croire que les Républicains, sans leader valable en dehors de Trump, vont pouvoir récupérer le pouvoir dans 4 ans est une illusion.
    Je pense que l’Amérique est en train de basculer dans un communisme mou (comme la France) et peu
    à terme basculer dans un communisme dur (comme la France).

  3. Merci d’attirer notre attention sur ces référendums que pour ma part je n’avais pas suivis. J’ai vu la vidéo de reason tv que vous mentionnez, ils font un excellent travail.

    Ce qui me semble inquiétant dans cette élection c’est le basculement indiscutable des médias dans le militantisme, désormais ce qui prime ce ne sont pas les événements mais l’opinion qu’on s’en fait. C’est la même chose en France malheureusement. Le moralisme a pris le pas sur l’information, le militantisme et la propagande sont devenus la norme.

  4. Apparemment, seul Aldo Sterone et de rares chroniqueurs américains se souviennent de l’épisode Al Gore en 2020. La prudence commanderait donc de ne pas commenter à chaud. Attendre un candidat miraculeux en 2024, quand tout se précipite de manière aussi folle, c’est déraisonnable. « Cette fois, on a perdu, mais la prochaine fois, nous serons prêts et les populations suivront », c’est un calcul digne des astrologues. Mes correspondants américains sont très inquiets, eux (évolution démographique, perspectives économiques, oubli des principes fondateurs…). 🙂

  5. L’hypothèse de la fraude ne peut pas être écarté d’un revers de main. Après tout, celle-ci est consubstantielle à la démocratie, et l’exacerbation des tensions entre les deux camps s’y prêtait. Il serait dommage que le rejet de la personnalité de Trump serve à couvrir une fraude qui ravalerait la première puissance mondiale au rang de république bananière.

    Par ailleurs, la santé de Biden, sa santé mentale en particulier, lui permettra-t-elle de tenir son rôle ? Une destitution passe par le sénat, et la majorité républicaine n’est sans doute pas très enthousiaste à l’idée de voir Harris à la Maison Blanche. Beau paradoxe que celui d’un président démocrate maintenu en place par la volonté d’un sénat républicain.
    Ce ne serait pas une mauvaise nouvelle pour l’amérique après tout, un gouvernement qui ne fait rien, et donc n’embête personne, trop empêtré dans ses querelles intestines.
    « Le meilleur des gouvernement est celui qui gouverne le moins » disait le très libéral président Jefferson. Les USA auront-ils, contre toute attente, le meilleur gouvernement de leur histoire ?

    • Lorsque Jefferson disait cela avec raison, il pensait que les populations et leur commerce s’en porteraient d’autant mieux. D’ailleurs on blague aussi de nos jours quand les belges ou les italiens n’ont plus de gouvernement pendant des mois, l’économie s’en porte mieux.
      Malheureusement à notre époque, il y a d’autres pôles de gouvernances internationaux, institutions, organisations qui militent pour leur survivance, leurs profits et ceux de leurs connivences et certainement pas pour le bénéfice des populations.

  6. Nelson Hultberg avait bien analysé la situation à la suite de l’élection de Trump :
    http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-le-deep-state-trump-et-jfk.aspx?article=10317736348H11690&redirect=false&contributor=Nelson+Hultberg.

    Trump était l’ennemi absolu du deep state. Son arme redoutable étant de frapper de façon imprévisible et apparemment incohérente, celle d’un révolutionnaire. Son style a donc fait de lui l’homme à abattre. Haï par les grands médias nationaux, Donald Trump a subi pendant quatre ans les feux de l’intelligentsia mondialisée.

    L’Amérique va donc subir de nouveau une politique où les décisions seront prises dans d’infimes comités pour notre bien. Biden n’aura aucune volonté et capacité de s’interposer et c’est donc le président qui convient pour un étatisme amorphe au sein duquel un gouvernement global centralisé règne sur l’humanité.

    On va fabriquer de la monnaie par flots autant que nécessaire, d’ailleurs la bourse du jour acclame la rupture, l’industrie financière va prospérer comme jamais !
    Les ventes massives d’armes par le complexe militaro-industriel vont reprendre, la CIA va raviver les guerres du Proche-Orient. On va se rabibocher avec la Chine. Et on va procéder au Great reset pour changer le climat, les institutions internationales vont pouvoir de nouveau prospérer.
    https://www.weforum.org/great-reset/

    Toutes comparaisons avec la situation politique de la France sont particulièrement pertinentes et nous n’avons aucun Trump en vue.

  7. Moi j’aimerai simplement que les américains « se foutent dessus » » pour montrer au mondes entiers que les démocrates progressistes socialistes, sont ceux qui ont provoqués et entretenus le plus de guerres dans le monde entier.
    Jusqu’à la mettre chez eux, pour sauver leurs démocratures profondes.
    J’espère que leur Cour Suprême, n’aura pas peur d’ordonner de refaire en 1 mois une nouvelle consultation nationale populaire dans les 5 ou 6 Etats fédéraux litigieux, avec suppression des votes par correspondance et par procuration.
    Ceux qui n’ont jamais tenus un bureau de vote en France me comprendront.
    Seuls les votants, réellement présents et identifiés comme tels, sur leur lieu de vote pourront « voter ».
    Quant aux médias papiers, radio et télévisuels, interdiction absolu de diffuser des informations sur les votes en cours durant ce mois de « votation fédérale ».
    Sinon, je veux voir ce pays devenir une ruine comme certains films catastrophes nous le montrent,
    Avec eux, et en même temps, ce doit être notre tour. Cela nous apprendra qu’on ne « discute pas » avec les ennemis de la Liberté.
    Aucun français éduqué et libre, ne peut croire qu’il vivra mieux « masqué et bâillonné et aseptisé mais rassuré », grâce la volonté d’un gouvernement mondialisé progressiste virtuel qui s’occupera en plus du bonheur de 7 milliards d’humains.
    Heureusement Marie retient encore le bras du Père, mais demain, lorsque toute l’eau du ciel nous sera tombée du ciel, tout le monde enviera ses morts.

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