Climat : François Hollande et ses pom-pom girls aux Philippines

Le mois de février s’achève déjà et malheureusement, en dépit d’une presse empressée et scrupuleuse dans ses triviales poursuites sur le climat, 43 % des Français n’ont pas encore bien compris que la France va accueillir et présider du 30 novembre au 11 décembre 2015 sur le site du Bourget la XXIème Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), aussi appelée Paris 2015. 

Comme indiqué sur le site internet cop21.gouv.fr :

« C’est une échéance cruciale, puisqu’elle doit aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2 °C. »  

L’échéance est jugée d’autant plus cruciale qu’elle s’inscrit intégralement dans le prolongement des conclusions alarmantes, voire alarmistes, du 5ème rapport du GIEC paru en novembre 2014.

Le GIEC, ou « Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat » a été fondé conjointement par l’ONU et l’OMM (Organisation météorologique mondiale) en 1988. Il souffre d’une certaine malformation congénitale dans le sens où, dès le départ, il a pour mission d’étudier les conséquences du réchauffement climatique anthropique (c’est à dire causé par l’homme à travers ses activités économiques), posé comme vérité irréfutable en se basant notamment sur la très discutable courbe en forme de cross de hockey de Michael E. Mann reconstituant les températures moyennes du globe depuis 1000 ans.

« La science est établie » a-t-on coutume d’entendre. Ce n’est pourtant pas l’avis de nombreux scientifiques classés avec un certain mépris dans la catégorie des « climato-sceptiques » (*). En particulier, on observe que les températures moyennes de la planète n’ont pas augmenté depuis 1998 alors que les émissions de CO2 ont continué sur leur lancée. Ce plateau de température a été admis par le GIEC lui-même, mais donne lieu à des explications « nouvelles » telles que effet retard, acidification des océans ou absorption de la chaleur par les océans.

Toujours est-il que dans son 5ème rapport de novembre dernier, le GIEC annonce que dans le scénario le plus pessimiste, c’est à dire celui où les émissions de gaz à effet de serre (dont le CO2) continuent à leur rythme actuel, les températures moyennes à la surface de la planète pourraient montrer une augmentation allant jusqu’à 4,8 °C en 2100 par rapport à la période 1986-2012, et à cette même date, les océans pourraient avoir monté de 98 cm par rapport au niveau de la même période de référence. Admirons la précision quasi comptable des chiffres avancés. Laurent Fabius en tire immédiatement les conséquences pour la COP21. Comme il l’a expliqué dans le monde.fr :

« Le scepticisme n’est plus une option. Les scientifiques ont fait leur travail ; désormais, c’est aux gouvernants d’agir. »

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Ainsi donc, rien ne sera laissé au hasard pour convaincre les électeurs français et assurer le plein succès de cette conférence climatique parisienne. François Hollande lui-même est parti en mission planétaire pour en vanter la justesse et la justice. Jeudi 26 février dernier, il arrivait en effet aux Philippines accompagné non seulement de ministres (Laurent Fabius, Ségolène Royal et Annick Girardin) et de chefs d’entreprises, mais également de deux charmantes actrices, Marion Cotillard et Mélanie Laurent, hautement investies dans la protection de la planète et le développement durable.

Toutes deux sont engagées aux côtés de Greenpeace notamment. La presse people est mal faite, on ignorait tout de leurs compétences scientifiques en matière de climat. Nicolas Hulot, « ambassadeur pour la planète » de François Hollande, est à l’initiative de cette idée glamour. Il s’agit de donner tout l’éclat possible au déplacement du Président de la République en vue de mobiliser les hommes et les esprits pour aboutir à un accord lors de la conférence de Paris à la fin de l’année.

Dans ce cadre promotionnel, Marion Cotillard s’est vue confier le soin de prononcer l’Appel de Manille des Présidents français et philippin, vibrant plaidoyer en faveur d’un accord « ambitieux, équitable et universel » à Paris. « Nous espérons que nous écrirons ensemble l’Histoire à Paris en décembre et que nous ne nous contenterons pas de la regarder se dérouler en simples spectateurs » déclarent-ils par la voix de l’actrice.

Soupçonné au début de sa présidence de n’être pas assez sensible aux questions climatiques et environnementales, François Hollande s’efforce par tous les moyens de redorer son blason écologique. Pour preuve de son engagement total en faveur du climat, il a complété son voyage aux Philippines par un déplacement vendredi sur l’île de Guiuan, profondément ravagée par le formidable typhon Haiyan qui avait fait plus de 7 500 morts en novembre 2013.

Le geste est indiscutablement sympathique sur le plan humain. Il s’est naturellement accompagné du couplet sur la communauté internationale qui « se mobilise pour faire réussir la conférence de Paris » et de la promesse d’une aide de la France de 1,5 millions d’euros, en plus de ce qui avait été donné au moment de la catastrophe. Le sonnant et trébuchant est toujours assez mobilisateur. Il importe en effet que les pays en développement du « Sud » se rallient à la grande cause climatique portée par les pays développés du « Nord », ce qui n’était pas vraiment le cas lors des conférences précédentes. Le Président philippin, progressiste acquis à la cause, compte entraîner ses collègues dans cette voie.

Sur le plan scientifique, en revanche, cette visite parait nettement moins justifiée. En se rendant à Guiuan, François Hollande a aussi voulu « donner une visibilité à ce que peut être le dérèglement climatique », liant de fait la survenance de typhons au réchauffement climatique. Or c’est loin d’être avéré. Selon la doxa en cours, les typhons (ou ouragans ou cyclones) seraient de plus en plus fréquents et de plus en plus ravageurs. Ce déchaînement de catastrophes naturelles, inconnu auparavant, serait dû au réchauffement climatique.

Or l’étude approfondie des statistiques et l’évaluation rigoureuse des circonstances de chaque événement ont plutôt tendance à montrer que les typhons sont aussi fréquents qu’ils l’ont toujours été, et que les pertes humaines et les immenses dégâts sont à mettre sur le compte d’une évolution peu judicieuse des implantations humaines. Par exemple, Magali Reghezza, enseignante-chercheuse en géographie et spécialiste de l’aménagement des espaces urbains à risques nous explique :

« Un cyclone en climat tropical ou une crue éclair en Méditerranée, c’est un « extrême » qui n’a rien d’exceptionnel. Là où les ennuis commencent, c’est lorsque la société qui habite les espaces concernés n’est pas ou plus adaptée à l’existence de ces menaces. En Méditerranée par exemple, on a construit pendant des siècles sur des hauteurs : ce n’était pas pour le point de vue mais pour se protéger des crues. Depuis quelques décennies, on construit du lotissement de plain-pied dans les plaines et on s’étonne qu’il y ait des problèmes… » 

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Dès lors, face aux nombreuses incertitudes qui entourent la science du climat, on ne peut s’empêcher de voir dans ce déplacement de François Hollande aux Philippines une tournée purement promotionnelle d’un événement à teneur purement événementielle. La présence à ses côtés d’actrices jeunes et jolies cantonnées aux rôles de faire-valoir et de speakerine n’est pas sans semer un doute supplémentaire sur la solidité des arguments en faveur du réchauffement climatique anthropique.

Mais qu’à cela ne tienne ! L’accord qui sera (peut-être) arraché à Paris débouchera inéluctablement sur des politiques contraignantes et coûteuses, qui n’apporteront pas forcément la croissance et les emplois promis. Selon Tony Blair en 2009, la lutte contre le réchauffement climatique pourrait générer 10 millions d’emplois d’ici 2020 dans les pays développés : on sent tout le sérieux de telles prévisions ! Ces politiques risquent au contraire de se trouver en complet porte-à-faux avec les réalités environnementales de demain. On a déjà eu l’expérience des revirements dont les pouvoirs publics sont capables. Songeons par exemple au diesel, favorisé hier et mouton noir aujourd’hui.


(*) Pour tout ce qui concerne le climat, l’analyse des rapports du GIEC et le point régulier sur la recherche dans le domaine, il est indispensable de se reporter au site Pensée Unique de Jacques Duran. Directeur de Recherche de première classe du CNRS en retraite depuis 2004, ancien Directeur des Etudes (1996-2003, maintenant Honoraire) de l’Ecole Supérieure de Physique et Chimie de Paris (ESPCI), auprès de Pierre-Gilles de Gennes, et ancien Vice-Président, Chargé de la Recherche, de l’Université Pierre et Marie Curie (1986-1992).


Francois-Hollande-recrute-Marion-Cotillard-et-Melanie-Laurent_article_landscape_pm_v8Illustration de couverture : Marion Cotillard « I am a climate defender ».

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