Ségolène Royal : J’exiiiiiiste !!! Saison 30+, Épisode 1000

C’est évidemment opportuniste, mais une fois n’est pas coutume : Ségolène Royal a dit une chose très juste au micro de Ruth Elkrief sur BFM TV jeudi 16 janvier dernier (vidéo complète en fin d’article). Convaincue que Marine Le Pen pourrait fort bien battre Emmanuel Macron à l’issue de l’élection présidentielle de 2022 car « rien n’est écrit à l’avance », elle a ajouté :

« L’instrumentalisation du Front national pour dire ‘Tout sauf le Front national’, je pense que c’est fini. Ça fait partie des schémas du passé. Donc si on pense uniquement que ça suffira pour faire le résultat, on se trompe lourdement. » (à partir de 30′)

De fait, la gauche française, aussi bien dans sa déclinaison « extrême » que dans sa variante « social-démocrate », joue depuis des années sur l’effet repoussoir de l’ex-Front national (devenu Rassemblement national) pour garder le pouvoir.

Depuis 1984, très exactement, date à laquelle François Mitterrand s’était arrangé par pure tactique électorale – on était à la veille d’élections européennes – pour faire inviter Jean-Marie Le Pen sur le plateau de la grande émission politique de l’époque « L’heure de Vérité » afin d’affaiblir la droite.

Une tactique qui a eu le désastreux effet collatéral de bloquer toute évolution de la réflexion politique et économique française.

Un parti de gauche pouvait aller d’échec en déficit et briller par un personnel politique des plus médiocres, il s’estimait à l’abri de tout tant qu’il appelait à « battre la droite et l’extrême-droite » avec force gesticulations vertueuses et démonstrations bruyantes de son proverbial « monopole du cœur ». Quant à la droite, presque complètement déstabilisée par ce coup de Jarnac, elle se contenta le plus souvent d’essayer de se soustraire aux accusations de proximité avec l’extrême-droite.

On n’aura pas la cruauté de rappeler à Mme Royal qu’elle n’a jamais hésité à jouer elle-même de ce registre mis au point par son mentor en politique et que son principal argument lorsqu’elle était candidate à la présidentielle de 2007 contre Nicolas Sarkozy consistait à appeler à battre la droite, ce qui lui a permis de resserrer les rangs de la gauche autour d’elle – même si ce fut finalement insuffisant pour accéder au pouvoir.

On n’aura pas non plus la cruauté de lui rappeler qu’encore récemment, à l’occasion des élections européennes de mai 2019, elle a soutenu la liste « Renaissance » de Nathalie Loiseau qui avait elle aussi pour première ambition – comme c’est original ! – de « battre l’extrême-droite » !

Tiens, mais au fait, la liste « Renaissance » n’était-elle pas la liste LREM ? Et LREM n’est-il pas le parti d’Emmanuel Macron ? Autrement dit, Ségolène Royal n’était-elle pas du côté du Président de la République il y a huit mois à peine, alors que la crise des Gilets jaunes commençait à s’estomper sous l’effet des 17 milliards d’euros lâchés par le gouvernement afin de mettre un terme à la crise ?

Il est vrai qu’elle avait d’abord tenté de s’imposer à la tête d’une liste d’union de la gauche. Hélas, trop « d’egos » se sont ligués contre elle. Comme souvent, sa vision quasi-unique dans le paysage politique français, ses idées novatrices en écologie et ses pratiques originales dans la gestion des fonds publics, bref sa réussite continue dans tout ce qu’elle touche depuis plus de 30 ans qu’elle grenouille en politique « fait des jaloux » qui l’obligent – oh, bien temporairement ! – à renoncer.

Prise aujourd’hui d’une inexplicable amnésie sur ses allers et retours opportunistes entre ce qu’il reste du PS et le confort élyséen dans lequel vit encore la Macronie, l’ancienne ministre nous explique maintenant que depuis son élection, Emmanuel Macron a jeté le pays dans une « brutalité » sociale qui découle logiquement et inéluctablement de « l’effondrement du modèle social français » qu’il a lui-même orchestré, la réforme des retraites n’étant qu’une preuve de plus de cette indiscutable volonté destructrice.

Ségolène Royal ne dit pas « la casse du modèle social », terme consacré qui revient tous les deux mots dans la bouche d’un Mélenchon ou d’un Martinez, mais elle aurait pu, tant son discours relève des raisonnements économiques tarabiscotés de la gauche (et d’une bonne partie de la droite) qui font d’Emmanuel Macron… un libéral ! Un adepte du capitalisme de connivence, comme Mitterrand avant lui, sans aucun doute, mais un libéral, permettez-moi de sourire !

Alors les 17 milliards ! La dame a trop d’expérience politique pour tomber dans un panneau aussi grossier !

« On connaît ça par cœur. Ça fait 20 ans. J’ai une certaine expérience politique, les paquets d’argent comme ça, annoncés par le pouvoir en place, dont les gens ne voient pas la première couleur, c’est pas la première fois que ça se fera. » (Vidéo BFM, à partir de 7′)

Comme si Ségolène Royal n’avait jamais annoncé de paquet d’argent du temps où elle était ministre de l’écologie de François Hollande !

À propos d’argent, justement, il semblerait que « Cette très chère Ségolène Royal » ait eu tendance à pratiquer un mélange des genres pas tout à fait recommandable entre son rôle officiel (et bénévole mais défrayé) d’ambassadrice des pôles, poste auquel elle a été nommée en 2017 par Emmanuel Macron, et ses activités personnelles qui consistent essentiellement à faire la promotion de ses livres et à s’occuper de sa fondation « Désirs d’avenir pour la planète ».

D’après Mme Royal, tout est parfaitement en règle et tous les justificatifs nécessaires ont été remis au Parquet national financier qui a ouvert une enquête préliminaire sur le sujet. Quant aux remontrances du Premier ministre Edouard Philippe qui lui reprochait de manquer au devoir de réserve inhérent à sa fonction d’ambassadrice par ses déclarations intempestives récentes contre la politique du gouvernement, elles ne l’impressionnent pas, mais alors pas du tout !

Au contraire, elle y voit la preuve qu’elle est non seulement discriminée en tant que femme mais qu’elle gêne prodigieusement dans les cercles du pouvoir et que toute l’affaire n’a été montée contre elle que pour la réduire au silence et à l’immobilisme politique. Mais non, elle exiiiiiste encore et compte bien le faire savoir :

« Macron et sa bande de gros machos pensaient que j’allais rester dans mon coin et me taire. Ils croyaient que la gauche était morte et que j’étais finie. Mais je suis très déterminée. » (Le Monde)

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Très déterminée à quoi ? Mais à se lancer une fois de plus dans une candidature présidentielle, bien sûr ! Elle a tant d’expérience… Et 17 millions de voix à son actif !

Candidature présidentielle qu’elle fait miroiter aux journalistes en mal de scoop depuis plus de deux ans, histoire de rester en bonne place dans leurs listes de contacts et recevoir en conséquence d’agréables invitations à venir faire son show dans les matinales, pour peu que l’actualité ait un vague rapport avec l’écologie ou le féminisme et lui permette de manifester l’une de ces « saines colères » parfaitement surjouées dont elle a le secret.

« Mon envie, c’est la présidentielle. Ce n’est pas une aventure personnelle : il s’agit de desserrer l’étau qui est en train de se mettre en place entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. » (Le Monde)

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Vous l’aurez compris, la perspective d’un duel Macron Le Pen en 2022 déprime tout le monde et Ségolène Royal, dépitée qu’Emmanuel Macron la tienne un peu trop franchement à l’écart, se verrait bien en « recours » de la nation.

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Son nouveau mouvement « Désirs de France, avenir de la planète » est créé et son site internet est lancé. Quant à son programme, il est très simple : il s’agira de protéger notre modèle social. Pourquoi ?

Parce que « le modèle social français, c’est le modèle social français. » (Vidéo BFM, à la minute 35)

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On croirait entendre Emmanuel Macron nous débiter son sempiternel « La France n’est pas un pays comme les autres » ou Marine Le Pen se moquer de la « vision comptable » d’un journaliste qui lui faisait remarquer que son programme présidentiel pour 2017 n’était pas financé. Pas sûr que ce trio-là apporte beaucoup de renouveau dans les réflexes politico-économiques de la France.

En revanche voici Ségolène Royal en train d’exiiiiiister à nouveau sous les projecteurs médiatiques. Il ne reste plus qu’à attendre patiemment l’épisode 1001 qui ne manquera pas d’être diffusé prochainement sur nos écrans. Ça promet !


Vidéo complète de Ségolène Royal sur BFM TV le 16 janvier 2020 (37′) :


Pour plus de divertissement, retrouvez ci-dessous le making off de la célèbre série « J’exiiiiste !!! » écrite, réalisée et interprétée chaque année depuis plus de 30 ans par Ségolène Royal sur les planches de la vie politique :

La vie rêvée de Ségolène Royal, ministre durable de son développement personnel (14 avril 2015)
Hé oh, la gauche, ta foutue morale est en lambeaux ! (5 décembre 2016)
Au secours, Royal revient ! (25 octobre 2018)
Au secours, Ségolène Royal revient ENCORE ! (4 septembre 2019)
Royal : la « Fake Science » n’a aucun secret pour elle ! (6 octobre 2019)


Illustration de couverture : Ségolène Royal sur BFM TV le 16 janvier 2020. Capture d’écran.

8 réflexions sur “Ségolène Royal : J’exiiiiiiste !!! Saison 30+, Épisode 1000

  1. « Ségolène Royal : J’exiiiiiiste !!! »

    Hahaha, excellent… Parfois, il faut une femme pour balancer la vacherie qui va bien à une autre femme. C’est gentil de se dévouer pour nous autres, parce que de notre part, ce serait sexiiiiiste…

    « Parce que ‘le modèle social français, c’est le modèle social français.’  »

    Ah oui, quand même…

  2. « le modèle social français, c’est le modèle social français. »
    Seul un être exceptionnel peut faire preuve d’une telle profondeur d’analyse et surtout est capable de partager ses conclusions en public.

    Dans une classe politique déjà peu encline à l’humilité, réussir à se distinguer par l’hypertrophie de son ego et son narcissisme exacerbé n’est pas un mince exploit.

    Pour le pire, c’est la meilleure.

  3. Comment analyser la saisine du parquet national financier ? D’habitude cet organisme est particulièrement prompt à s’attaquer aux adversaires politiques du pouvoir, et frappé de cécité lorsqu’un dossier LREM fait la une des médias et des réseaux sociaux…
    Il me paraît clair que Ségolène indispose tellement Macron qu’il a ordonné de lâcher les chiens du PNF, malgré la sympathie qu’elle lui inspirait au début du quinquennat…

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