Fake News : Macron veut contrôler, les Libéraux préfèrent DÉBATTRE

Si l’on s’en tient à la France, la plus effarante « fake news » de ces derniers mois s’appelle la taxe Zucman. Adorée par la gauche, qui cherche perpétuellement sa mesure symbolique pour soutenir ses prétentions à être le camp des gentils solidaires de la République, mais puissamment contestée par les économistes qui s’intéressent encore à la rigueur méthodologique, elle repose intégralement sur l’idée que les ultrariches paient moins d’impôts qu’une caissière de supermarché.

Or c’est tout simplement faux, sauf à triturer complètement le concept de revenu et à oublier que l’État français est avant tout une immense lessiveuse à redistribution.

Cela n’a pas empêché les médias, audiovisuel public compris, de ne parler pratiquement que de cela pendant un mois. Cela n’a pas empêché l’économiste Gabriel Zucman, auteur de ladite taxe, d’écrire en urgence un petit pamphlet intitulé « Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin ». Cela n’a pas empêché les prestigieuses éditions du Seuil de lui ouvrir prestement les portes de sa collection Libelle.

Dans une perspective libérale, rien de tout ceci ne pose problème, à condition que les possibilités de réponse d’ampleur équivalente existent – au Seuil directement, pourquoi pas ?, chez d’autres éditeurs, lors de matinales radios, sur les chaînes d’infos et sur les réseaux sociaux. Dans une perspective libérale, il est normal d’être d’accord ou pas d’accord, il est normal de débattre, il est normal de souligner les faiblesses d’une argumentation adverse, il est normal de pouvoir présenter sa contre-argumentation. (Au petit bémol près de l’audiovisuel public : financé par les contribuables, il doit théoriquement s’astreindre à la plus parfaite neutralité, ce qui est impossible. Idéalement, il ne lui reste plus qu’à chercher des financements non étatiques).

Or l’on constate une nouvelle fois sans surprise que les projets d’Emmanuel Macron concernant l’information et la lutte contre les fake news ne consistent nullement à favoriser l’émergence d’un terrain concurrentiel des médias, mais à réguler, encadrer et contrôler toujours un peu plus ce qui se pense, se dit et s’écrit. Dernière idée en date, mettre en place un « label » des médias afin de guider les préférences des lecteurs, auditeurs et surfeurs du web, ces derniers étant évidemment considérés comme incapables de faire le tri par eux-mêmes dans les flux d’information qui leur parviennent. Autrement dit, presse labellisée, presse de référence ; presse non labellisée, méfiance. 

Le président de la République a beau se défendre de vouloir impliquer l’État en tant que tel dans cette affaire – le label de déontologie serait octroyé par des professionnels du journalisme -, difficile d’oublier que pour lui, l’information est un bien public par excellence que l’État doit protéger à travers le financement de structures de contrôle de la neutralité (neutralité qui, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, est impossible) :

« Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer. (…) Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. » (Rapporté par Emmanuel Berretta dans Le Point en 2019)

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Difficile d’oublier que cette vision de l’information a déjà donné lieu en décembre 2019 à la création du Conseil de déontologie journalistique, initiative soutenue et subventionnée par le gouvernement, même si dès le départ, elle a profondément divisé la profession. Six ans plus tard, on se demande à quoi elle sert. Et il faudrait doubler la mise ?

De même, difficile d’oublier qu’au tout début de la pandémie de Covid et des confinements subséquents, le gouvernement de M. Macron s’était mis en tête d’ouvrir un espace gouvernemental dédié aux « sources d’information sûres et vérifiées » concernant le Coronavirus. Concrètement, la page internet des communications officielles du gouvernement sur le Covid-19 avait été complétée d’une rubrique Désinfox alimentée par une sélection d’articles de presse jugés « fiables » par le Service d’information du gouvernement.

Pas d’atteinte apparente à la liberté de la presse en l’occurrence, mais une volonté gouvernementale de canaliser la bonne presse par rapport à la mauvaise dans l’esprit du public en s’érigeant en arbitre ultime du vrai et du faux. Ne se serait-on pas cru revenu à l’époque de l’ORTF où chaque journal télévisé était validé par le ministre de l’Intérieur avant diffusion ? Inutile de dire que l’expérience fut de courte durée. Devant le tollé, le gouvernement fut rapidement contraint de supprimer cette page.

Quant à considérer qu’un organisme qui ne serait pas formellement l’État mais une entité issue de l’ensemble des acteurs pourrait avoir une activité de validation démocratique parfaitement juste et parfaitement dénuée de tout biais d’opinion sur l’information, c’est une pure illusion.

À ce sujet, rappelons-nous la tentative du journal Le Monde (en 2018) d’accorder une note de bonne tenue journalistique et informationnelle à l’ensemble des titres papier et des sites en ligne. Plutôt que de laisser les lecteurs juger par eux-mêmes, son Decodex (désactivé depuis) vous mâchait le travail en classant les sites d’information en quatre catégories : fiable, moyennement fiable, pas fiable et satirique. Vous appreniez sans surprise que les médias traditionnels allant de la droite bon teint à l’extrême-gauche étaient fiables. L’Humanité, qui aime tresser des lauriers à Che Guevara, y était jugé fiable. Le Monde s’auto-qualifiait de « quotidien et site Internet d’information généraliste » (comme s’il n’avait pas ses petites partialités « de gauche » !) tandis que Le Figaro, tout en étant labellisé fiable, était brocardé « de droite »

Alors oui, l’IA sème le doute sur la véracité de telle image ou de telle vidéo ; oui, les usines à trolls qui inondent les réseaux sociaux en quelques jours à la veille d’élections importantes créent la confusion ; oui, TikTok, X ou autres ne sont pas dénués de leurs composantes « café du commerce », furieuse envie de se faire remarquer, recherche purement commerciale du clic. Aux médias, aux plateformes, aux titres de presse eux-mêmes de s’organiser afin de rehausser au maximum la qualité de leurs sources et la crédibilité de leurs contenus, et charge au système judiciaire, pas à un pouvoir administratif arbitraire, de juger à charge et à décharge les éventuels litiges de diffamation et harcèlement. 

L’information, la vie intellectuelle, les opinions, les idées… forment un marché qui, comme tous les marchés, fonctionne d’autant mieux qu’il est libre. Tout marché qui commence à subir des distorsions, que ce soit par l’encadrement des prix, la distribution de subventions, un numerus clausus ou diverses autres réglementations, est un marché faussé qui génère tôt ou tard le mécontentement de ses acteurs. Il en va de même dans le domaine des idées. À partir du moment où il est question d’encadrer certaines idées, d’en interdire d’autres et de favoriser certains thèmes, on débouche inéluctablement sur une vie intellectuelle en route pour l’appauvrissement.

L’ancien ministre de l’Écologie François de Rugy s’inquiétait hier d’un projet de loi déjà déposé par deux députés de la famille écolo-socialiste visant à lutter contre la désinformation climatique. Objectif clairement énoncé par la députée Sophie Taillé-Polian : sortir CNews de la TNT pour cause d’opinion divergente sur ce sujet. Rugy craint donc que sous des dehors vertueux, il ne s’agisse en fait de fixer par la loi ce que l’on aura le droit de dire ou pas sur l’écologie. Crainte, à mon sens, totalement justifiée. Si tel porteur d’opinion ne pense convaincre les citoyens du bienfondé de sa pensée que par l’éradication de tout ce qui vient lui apporter la contradiction, il n’est plus dans la défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, il est dans un autoritarisme selon lequel seule son opinion a le droit d’exister. 

Dès lors, chers amis de la liberté, une seule solution : contre la caricature des faits, les méthodologies douteuses, les omissions pratiques et les idées liberticides, d’où qu’elles viennent, engageons le débat !


Illustration de couverture : le président de la République Emmanuel Macron en novembre 2025. Photo AFP.

6 réflexions sur “Fake News : Macron veut contrôler, les Libéraux préfèrent DÉBATTRE

  1. Ce commencement de ministère de la Vérité va faire pschitt. Macron montre à travers cette proposition de « label », décerné éventuellement par Reporters sans frontière (un gag ?), son allergie à la pluralité des sources d’information. Normal, ils sont le Cercle de la raison et tout ce qui est considéré comme en dehors sont de dangereux manipulateurs d’information. En fait, ils veulent simplement la peau de CNews.

  2. C’est une affaire extrêmement grave, qui vise à rien moins que museler la droite à l’approche d’échéances électorales capitales. Et vous en parlez comme d’un débat qu’il faudrait avoir. Ce n’est pas un débat parce qu’il n’y a aucune bonne foi chez Macron et à gauche.
    Macron est un chef d’État qui ne répond à aucune question, qui n’assume aucun échec, que ne s’explique jamais sur son bilan, qui s’agite sur la scène internationale, où il n’a guère plus de poids que sur la scène intérieure, pour faire croire qu’il dirige encore quoi que ce soit.
    Quant à la gauche, elle devine que l’heure du jugement dernier approche et qu’il ne sera pas tendre. Elle veut donc, elle aussi, faire taire le camp opposé.
    Bref, une bataille, et non pas un débat, est engagée où l’enjeu est essentiel : le droit à la libre expression des citoyens.

  3. Le rapport Harris pour L’Étudiant de 2022 montrait que 73 % des jeunes s’informaient via les réseaux sociaux. Confirmation par le CRÉDOC en 2024 : 50 % des moins de 25 ans ne consultent jamais les médias traditionnels et près de 90 % d’entre eux s’informent via TikTok, YouTube, Instagram ou X. Le Parlement européen notait en 2023 dans son étude «Young people and the news» que 84 % des jeunes s’informent d’abord via les réseaux sociaux quand moins de 45% d’entre eux regardent les médias traditionnels. La tendance est inéluctable et la rupture est sévère pour la profession journalistique et … pour le pouvoir aussi.

    Il y a une grosse différence voir fondamentale, entre les médias traditionnels et les réseaux sociaux, c’est que ces derniers sont interactifs, cela veut dire qu’on peut très rapidement y commenter, réagir, ou apporter la contradiction par la preuve de l’erreur ou du ragot. On y a vite fait de ridiculiser l’auteur et de lui faire perdre toute crédibilité. Dans tous les cas c’est le support de discussion libre par excellence.
    Ainsi pour vous Nathalie, vos rédactions sont bien plus exigeantes qu’elles le sont pour n’importe quel journaliste du service public qui pourvu qu’elles soient convenues ne prendra aucun risque. Sa direction est de toute façon protégée même avec une fréquentation en baisse car les 4 Mds que nous approvisionnons seront garantis tant que nous l’acceptons, hein !

    On peut donc pronostiquer sans trop se tromper où se trouve l’avenir avec la disparition des médias dits traditionnels, même si quelques tentatives désespérées visent à imposer régulations, labels, contraintes et censures.

  4. Ah, merci Nathalie de rappeler que les affirmations de Zucman relèvent de la pure fabulation, littéralement de fausses informations, déversées à longueur d’antenne sans la moindre retenue ni le moindre scrupule. Sans doute parce qu’il n’existe pas encore de label qualité pour filtrer ces contre-vérités. Notre apprenti Erdogan national y pourvoira bientôt, n’en doutons pas.

    La lecture de votre article m’a immédiatement rappelé un poème bouleversant de Kevin Eluard, le petit-fils du célèbre poète. Dans ce texte d’une grande puissance lyrique, il évoque avec une émotion poignante les nouvelles formes de normalisation des opinions.

    Sur le bandeau rouge « Contenu choquant pour votre sensibilité »
    Sur l’avertissement sournois « Ce contenu manque de contexte »
    Sur l’étiquette dorée « Source fiable, conforme aux textes »
    Sur les badges rutilants « Information de qualité certifiée par nous-mêmes »
    J’écris ton nom : Liberté domestiquée.

    Sur tous les suppléments subventionnés des inverseurs de vérité
    Sur Libération qui ne libère personne
    Sur l’Humanité qui piétine l’humain au nom du reste
    Sur Le Monde qui se moque du monde
    Sur Le Tocard Enchaîné qui enchaîne les scoops en toc
    J’écris ton nom : Liberté surveillée.

    Sur les bandeaux promettant « Un débat équilibré entre quatre invités d’accord entre eux »
    Sur les montages habilement mensongers et les documentaires soigneusement bidonnés
    Sur les chroniques de commissaires politiques grimés en bouffons d’État
    Sur les fiches bristol du petit roitelet sans envergure et sans postérité
    Je grave ton nom en capitales souveraines, Liberté chérie.

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