Fin juin, alors qu’on enregistrait en France des records de chaleur difficilement supportables, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut se déclarait « horrifiée » par tous ces gens qui disaient « qu’il n’y a qu’à mettre de la clim partout ». Et de contre-argumenter ensuite sur le mode :
« Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ? Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons ? (…) Vous croyez que ça va éviter quoi ? Rien. Ça, ce n’est pas de l’adaptation, c’est une mesure d’urgence. » (Vidéo ci-dessous, 41″)
« Je suis horrifiée par les gens qui me disent qu’il n’y a qu’à mettre la clim’ partout (…) Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt, la mort des animaux ? ça n’est pas de l’adapation, c’est une mesure d’urgence », déclare la ministre Monique Barbut #BFM2 pic.twitter.com/eD64B4wB3Y
— BFM (@BFMTV) June 26, 2026
Traduction : Je suis experte en réchauffement climatique, je sais ce qu’il faut faire. Alors ne venez pas me parler de vos horribles climatiseurs populistes et pollueurs.
Moi, ce qui « m’horrifie », c’est de voir une ministre appartenant à un gouvernement censé nous représenter et censé travailler à l’amélioration du développement humain de tous les citoyens de ce pays se montrer incapable de s’élever au-dessus du cadre étroit de ses anciennes fonctions militantes chez WWF (Fonds mondial pour la nature) et créer une polémique politique sans rapport avec les questionnements du jour par rejet purement idéologique de la climatisation – un rejet très français qui nous vaut d’ailleurs quelques quolibets amusants dans la presse étrangère.
Car enfin, qui a prétendu que la climatisation était la solution à tout ? Personne, à ma connaissance. Les espaces agricoles et forestiers ont certes leurs propres défis à relever, mais les climatiseurs ne sont entrés dans le débat public que lorsque les Français ont constaté factuellement que nombre de leurs lieux de vie quotidiens (logements, bureaux, écoles, hôpitaux, maisons de retraite) les protégeaient mal des pics de chaleur exceptionnels.
Résultat, on meurt plus de la chaleur en France (et, plus largement, en Europe) qu’au Mexique ou au Brésil. Vous parlez d’un progrès humain… On découvre même qu’un logement classé A au DPE (diagnostic de performance énergétique) peut parfaitement être une bouilloire thermique en été ! Vous parlez d’une omniscience de l’État…
D’où une idée assez simple : tout comme l’on utilise un mode de chauffage lorsque les températures baissent au-delà du supportable pour nos organismes, en cherchant d’ailleurs de plus en plus à en limiter les effets indésirables sur la santé et l’environnement, pourquoi ne pourrait-on pas avoir recours à un système de refroidissement en cas de météo caniculaire ? Il se trouve que les technologies disponibles s’améliorent notablement et constamment, en particulier dans les domaines du bruit et des gaz frigorigènes.
C’est ainsi qu’il faudrait réfléchir. Pas en fonction de croyances idéologiques intouchables, qui conduisent par exemple les écologistes les plus virulents à combattre l’électricité d’origine nucléaire alors qu’elle est idéalement pilotable, efficace et décarbonée, mais en fonction de ce qui marche le mieux pour améliorer le bien-être global des humains. Des humains qui ont pleinement pris conscience de ce qu’ils devaient à leur environnement et qui en prennent soin de mieux en mieux, quoi qu’en disent les acharnés de l’écologie radicale décroissante.
Dès lors, oublions les lamentations anticapitalistes de ces derniers et convoquons plutôt la liberté d’innover et d’entreprendre, convoquons plutôt le débat technologique et la concurrence des idées.
Ce nouvel épisode de la grande bataille contre la climatisation que nous a joué Monique Barbut constitue à mon sens un exemple supplémentaire de la « total-politisation » qui s’immisce de plus en plus dans les moindres recoins de notre vie. Par « total-politisation », j’entends cette tendance à haute teneur idéologique qui consiste à dire que tout est politique, même ce qui relève des aspects les plus privés, les plus personnels de nos existences.
Dans la Route de la servitude, Hayek cite un appel incroyable adressé aux joueurs d’échecs (et laisse le lecteur deviner s’il est soviétique ou nazi) :
« Nous devons en finir une fois pour toutes avec la neutralité dans les échecs. Nous devons condamner une fois pour toutes la formule ‘on joue aux échecs pour jouer’ comme la formule ‘l’art pour l’art.’ «
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Exemple parfait de totalitarisme. Rien ne peut échapper à l’idéologie au pouvoir, ni l’économique, ni le social, ni le scientifique, ni l’éducatif, ni le culturel, ni le sportif. Les divertissements sont politiques, les logements sont politiques, les transports sont politiques, les vacances sont politiques, la recherche du bonheur est politique, bref, tout est politique. Et la vérité sur tout cela doit obligatoirement venir d’une autorité autoproclamée sachante et supérieure, qui se fait fort d’encadrer l’individu à chaque pas, jusqu’à le formater dans l’unique profil d’existence qu’elle admet.
Plus contemporain de nous, difficile de ne pas repenser aux déclarations de la députée écologiste Sandrine Rousseau sur le fait que « le privé est politique » – « privé » étant entendu au sens de vie privée, vie personnelle. En vertu de quoi notre célèbre écoféministe de combat voulait voir reconnaître un délit de non-partage des tâches domestiques au sein des couples. Dans le même ordre d’idée, j’ai souvenir d’une sage-femme très médiatique qui, au détour d’une enquête du journal Le Monde sur « l’âpreté (du) quotidien » des femmes enceintes et des jeunes mamans, préconisait d’en venir « à l’action politique autour du ‘devenir parent’, et vite. » C’est très clair : l’individu quel qu’il soit est considéré d’entrée de jeu comme incapable de vivre sa vie par lui-même.
Si « le privé est politique » comme le prétendent ces dames – et comme le prétendait aussi Éric Zemmour quand il parlait de limiter par la loi le choix des parents quant aux prénoms de leurs enfants – il en résulte assez directement que l’individu est dépouillé de sa capacité à faire des choix et à prendre des décisions informées et autonomes. Sa seule et unique liberté consistera dès lors à se conformer aveuglément à ce que l’autorité politique aura décidé pour lui – même si elle se fourvoie complètement – ou à devenir hors-la-loi, puni, rejeté de la société.
Une bonne nouvelle cependant : à voir la réaction des Français, cette « total-politique » rampante semble assez mal partie en ce qui concerne la diabolisation des climatiseurs. Selon un sondage Odoxa du 26 juin 2026, ils sont en effet 79 % à considérer que la généralisation de la climatisation serait plutôt une bonne idée. Mieux, la segmentation en fonction des opinions politiques montre une belle unanimité rarement atteinte !
Sur ce, je vous souhaite un très bel été 2026 !!
Illustration de couverture : la ministre de la Transition écologique Monique Barbut à Paris en juin 2026. Photo AFP.

Oui, bonnes vacances, « passez à l’ombre », il fait chaud au soleil… N’empêche, cette politico-écologiste est vraiment hors de ses pompes ; ahurissant !
Qui l’a faite ministre ? Ah, on me dit que c’est un… politic(h)ien.