Mise à jour du 4 mai 2026 : Pressé de faire adopter un budget qui le maintiendrait sans heurts à Matignon, le Premier ministre Sébastien Lecornu y avait inclus plusieurs mesures visant à amadouer le Parti socialiste, notamment la généralisation à tous les étudiants du repas à 1 euro dans les restaurants universitaires. Cette mesure parfaitement absurde entre en vigueur ce lundi 4 mai 2026. REPLAY :
Le vote récent de l’Assemblée nationale en faveur du repas à 1 euro pour tous les étudiants, que j’évoquais dans mon précédent article, est une excellente occasion de rappeler que non seulement « il n’existe pas de repas gratuit », mais que toute « gratuité » accordée avec un admirable volontarisme empreint de compassion sociale et solidaire par les pouvoirs publics se solde à plus ou moins long terme par une dégradation manifeste de la qualité du produit ou du service ainsi mis à la disposition du public.
Nos députés, du moins ceux de la gauche, du Rassemblement national et du groupe centriste LIOT, ont donc décidé, contre l’avis du gouvernement, d’ouvrir le repas universitaire à 1 euro, jusqu’alors réservé aux boursiers sur critères sociaux, à tous les étudiants, approuvant ainsi une proposition de loi socialiste visant à « soulager rapidement la précarité alimentaire étudiante ». Pour les non-boursiers, le repas servi dans les restaurants universitaires des Crous (centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires) passe donc de 3,30 euros, ce qui n’était déjà pas très élevé, à 1 euro, somme on ne peut plus symbolique s’approchant de la « gratuité ».
On ignorait que l’État français, qui peine laborieusement depuis des mois pour boucler un budget 2025 pas trop déficitaire (5,4 % par rapport au PIB quand même), fût en mesure de se livrer à ce genre d’aimable galéjade. Car vous remarquerez qu’il ne s’agit pas ici d’alléger le fardeau alimentaire des plus précaires (c’est déjà inscrit dans les textes) mais d’accorder à tous le régime de la précarité. Autrement dit, les députés qui ont voté ce texte dans les circonstances actuelles de nos comptes publics donnent dans un pauvre misérabilisme larmoyant, et ce faisant, je peux vous garantir que loin de favoriser croissance, emploi et pouvoir d’achat, ils ne réussiront qu’à accentuer le malaise économique du pays à force d’accroître les impôts et la dette.
Il faut dire qu’en France, on aime croire, ou faire semblant de croire, que les politiques sociales mises en place afin d’encourager tel ou tel type de comportement ou soutenir telle ou telle catégorie de population « ne sont pas chères » ou « ne coûtent rien » car « c’est l’État qui paie », c’est l’État « qui fait l’effort ». Toute ressemblance avec une phraséologie fort prisée de l’ancien président de la République et actuel député PS François Hollande n’est absolument pas fortuite.
En réalité, à quelques exceptions près, l’État n’a jamais rien payé car il n’a jamais tiré de revenus de productions qui lui seraient propres. En revanche, il est en position de force pour extorquer aux citoyens (qui produisent) les fonds nécessaires pour financer tout ce qui passe par la tête de ses représentants, la limite entre le nécessaire, l’utile et le n’importe quoi étant fixée par le résultat aux élections. Et encore ; les rapports nombreux et touffus de la Cour des comptes sont là pour nous montrer que la gabegie institutionnalisée n’est même pas un motif d’échec électoral.
Bref, celui qui fait l’effort, le seul et unique qui fait l’effort, c’est le contribuable d’aujourd’hui (et celui de demain via la dette publique), qu’il soit particulier ou entreprise. S’agissant de ces dernières, ce sont in fine des personnes physiques avec leur casquette de consommateur qui « font l’effort » car les impôts et taxes qui pèsent sur les entreprises sont considérés comme un coût de production de plus qui sera répercuté sur le prix de vente, pour autant que l’état du marché le permette. Si l’ajustement des prix à la hausse n’est pas possible, ce seront les actionnaires, ou les salariés, ou à nouveau les consommateurs via la baisse de la qualité des produits, qui en pâtiront.
En d’autres termes, ceux de Milton Friedman en l’occurrence, « there is no such thing as a free lunch » (il n’y a pas de repas gratuit). Les dépenses de l’État se font toujours aux frais de quelqu’un, le quelqu’un en question étant très concrètement l’ensemble des citoyens d’un pays en tant que contribuables et consommateurs.
Dans l’affaire du repas universitaire à 1 euro, il se trouve que la présidente des Crous n’était guère favorable à la mesure. Elle a immédiatement compris que les structures d’accueil actuelles (personnel, salles de restaurants, cuisines) seraient incapables de faire face à l’afflux des nouveaux étudiants attirés par le faible tarif des repas. Elle craint d’une part que les files d’attente s’allongent jusqu’à atteindre une heure, voire une heure et demie ; et d’autre part que les restaurants ne parviennent pas à produire et à servir le nombre de repas requis. On peut aussi se poser des questions sur la qualité des mets servis à ce prix.
On observe également qu’à partir du moment où un service est gratuit, il n’est plus considéré comme ayant de la valeur tandis qu’un service doté d’un prix significatif est plus facilement perçu comme digne d’être acheté et respecté.
Voici une petite anecdote qui exprime très bien cela. Je l’ai entendue il y a quelques années dans la bouche d’une élue en charge des écoles et des activités périscolaires. Elle racontait combien elle avait été surprise de voir qu’une maman de condition modeste, plutôt éloignée de l’école, était devenue soudain très présente et très attentive au trousseau, aux livres, au matériel scolaire, aux horaires et aux leçons à revoir à la maison dès lors que sa fillette avait rejoint l’école privée, donc payante, du quartier.
Disons que la plupart du temps, la gratuité du service n’inspire au mieux que parfaite indifférence aux bénéficiaires qui estiment qu’ils sont dans leur droit et que le service leur est dû ; et au pire, elle provoque trop souvent une forte augmentation des dégradations et des incivilités.
De la même façon, les agents qui en assurent le fonctionnement se sentent moins liés par des obligations d’amabilité, de serviabilité et de professionnalisme à l’égard des bénéficiaires considérés comme de simples usagers administratifs. La qualité du service se détériore et c’est à ce moment-là que des remarques du style « vous mangez pour rien ou presque, vous voyagez pour rien ou presque, et vous vous permettez de vous plaindre ! » commencent à émerger.
Il en résulte une forte augmentation des coûts pour embaucher plus de personnel, assurer les réparations et augmenter les capacités, tandis que les usagers perdent en confort. Nombreux sont ceux qui, de guerre lasse, finissent par déserter le système. Idem dans les transports publics. Et j’aurais tendance à dire, idem à l’hôpital, idem dans l’Éducation nationale.
Idem dans toute la France de la subvention compulsive, finalement, à l’image de ce repas à 1 euro que certains députés, décidément très généreux mais peu regardants sur l’utilisation de l’argent des autres, ont jugé bon d’offrir à des étudiants qui n’en ont nul besoin. De là à penser que nous sommes entrés en campagne électorale pour 2027, il n’y a qu’un tout petit pas… et ce n’est pas réjouissant.
Illustration de couverture : l’Assemblée nationale (photo AFP) et l’économiste libéral américain Milton Friedman.
Connaissez-vous les discrets restaurants « gastronomiques », au dernier étage des CROUS ? Réservés aux professeurs et aux hauts fonctionnaires de l’Education Nationale, ils sont financés par les frais de fonctionnement de l’Université…
Dans la même veine, en Allemagne, suite à l’introduction du « Deutschland Ticket » (abonnement mensuel permettant d’emprunter tous les transports régionaux et locaux pour 49EUR par mois) , il a commencé à manquer des millions et certaines régies de transports ont commencé à réduire les services et supprimer des lignes, alors que l’objectif était d’amener plus de gens dans les transports en commun. Depuis début janvier, le prix a été augmenté à 59EUR.
Cette gabegie est par ailleurs payée par tous mais ne profite qu’aux citadins, les réseaux de transport dans les campagnes étant annecdotiques (1 bus par heure dans le meilleur des cas, 2 bus par jour le WE).
Enfin bon, heureusement, ce sont les riches qui payent 😉
Lorsqu’à la tête d’un royaume il y a un poulet sans tête, il est d’usage que sa basse cour soit étêtée
NB.: J’enregistre les 3 points à chaque fois sans qu’ils deviennent pérennes
Les politiciens sont toujours généreux avec l’argent des autres …
Les repas offerts par les restaurants du CROUS n’étaient pas fameux lorsque j’étais étudiant il y a fort longtemps…
Si on observe l’implantation des fast-food (burger et kebab) autour des zones universitaires, on peut constater que le marché est florissant, c’est une concurrence difficile à soutenir pour les restaus U, voire perdue d’avance.
Le bilan est donc assez évident et pousserait à supprimer les restaurants du CROUS au plus vite (je pensais d’ailleurs qu’ils avaient disparu vu leur qualité déficiente depuis des décennies), quitte à fournir des tickets restaurants aux étudiants les plus nécessiteux. Ce serait au final une économie de dépenses pour l’Etat.
Cela évitera aussi à l’assemblée de se préoccuper de prestations qui ne relèvent en rien des pouvoirs publics (outre l’utilisation par les élus de « cadeaux » à but électoral) comme d’ailleurs une multitudes d’autres.
D’une façon générale, réduire le périmètre permettrait de diviser le nombre de députés par deux, économie supplémentaire, pour ne s’occuper ainsi que de celles faisant partie des prérogatives réellement fondamentales de l’Etat qu’il peine déjà à assurer correctement.
Dans les temps très lointains où moi aussi il m’arrivait de manger dans les restaurants universitaires, ce qu’on y servait était tellement dégueulasse que pour finir, il n’y avait que le yaourt qui soit mangeable, ce qui même au prix du ticket restaurant, fait cher !
Le seul restaurant où on mangeait bien était le restaurant médico-social. Mais pour y avoir droit il fallait être très malade – à l’époque il y avait beaucoup de tuberculeux – ou être enceinte, allaiter etc, ce qui était mon cas.
En manière de codicille, je me permettrais d’ajouter qu’on peut très bien survivre en ne prenant qu’un repas par jour ! Cela m’est arrivé à plusieurs époques de ma vie, et une fois pendant six mois où j’étais partie travailler en Suisse et ne mangeais ni petit déjeuner, ni goûter, ni dîner, mais seulement le repas de midi dans mon entreprise.