Et si l’on reparlait de la CHARGE de la DETTE publique française ?

27 mars 2026 : mise à jour sur les comptes publics en 2025 en fin d’article.

Le taux de la dette française à 10 ans a atteint lundi 23 mars dernier son plus haut depuis 2009, soit 3,86 %. Il existe bien sûr des causes contextuelles. Avec ses bombardements sur les infrastructures énergétiques régionales et la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite 20 % du pétrole mondial, la guerre en Iran contribue à renchérir le prix de l’énergie, donc à provoquer de l’inflation, d’où la hausse des taux observée actuellement. Mais cela n’est pas sans poser quelques questions spécifiques sur la hausse de la charge de la dette publique française.

Qui dit charge de la dette dit évidemment dette. Car si la charge dépend du niveau des taux – et l’on parle ici de la partie valeur de sa hausse -, elle dépend aussi de l’ampleur de ladite dette publique – et l’on parle alors de la partie volume de la hausse. Supposons par exemple que le prix de l’unité de tartimuche passe de 10 à 12 tandis que le volume acheté passe dans le même temps de 100 à 120 unités. La hausse de la facture totale sera de 440 (12 x 120 – 10 x 100), dont 200 du fait de la hausse du volume et 240 du fait de la hausse du prix.

Or les lecteurs de ce blog le savent bien, la dette publique française se caractérise par une irrésistible propension à croître et embellir. Si l’on se reporte à la Loi de finances pour 2026 telle qu’elle a été arrêtée le mois dernier après moult discussions plus tragiquement dépensières les unes que les autres, le déficit public devrait se fixer à 5 % du PIB et la dette atteindre en conséquence 118,2 % du PIB à la fin de l’année. Deux chiffres qui nous installent clairement dans les derniers de la classe européenne.

Pas de quoi pavoiser, d’autant que tout ceci est jugé très incertain par le Haut Conseil des Finances publiques (HCFP) dans son dernier avis datant du 19 février 2026.

Or, à nouveau, l’on sait déjà que la dette publique qui devait s’établir à 115,9 % du PIB à la fin de 2025 atteignait le ratio de 117,4 % et 3 482 milliards d’euros à fin septembre 2025. Dans ces conditions, les ambitions affichées pour 2026 sont-elles tenables ? On en saura plus sur les réalisations effectives de l’année 2025 dans quelques jours, mais une chose demeure absolument certaine : la charge de la dette qui pèse chaque année un peu plus dans les comptes publics de la France du fait de son incapacité à se réformer va s’alourdir encore plus sous l’effet de la hausse des taux. L’impact sera progressif car il ne touchera pas tout le stock de la dette française immédiatement, mais cela affectera incontestablement le nouvel endettement de l’année, 310 milliards d’euros en 2026 si tout se passe « bien ».

Au final, si l’on en croit l’avis du HCFP cité plus haut, la charge annuelle de la dette publique française se montera à 74 milliards d’euros en 2026 après 60 et 65 milliards en 2024 et 2025 respectivement.

Non seulement ces montants dépassent largement les budgets de la défense ou de l’enseignement scolaire, mais, ajoute le HCFP dans sa synthèse :

« La persistance d’un déficit important et le refinancement progressif du stock de dette publique à des taux de marché plus élevés devraient ainsi porter les dépenses d’intérêts à plus de 100 Md€ à l’horizon 2029, contraignant de manière croissante le reste de la dépense publique et les marges de manœuvre pour financer les priorités nationales. » (soulignements de ma main)

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Marges de manœuvre, voilà précisément ce dont nous manquons cruellement. Chaque secousse exogène – covid en 2020, Iran aujourd’hui, pour parler des soubresauts les plus récents et les plus impactants – nous tombe dessus dans l’impréparation la plus totale, nous pousse au « quoi qu’il en coûte » effréné et nous rend encore plus vulnérables à l’orée de la crise suivante. Qui arrivera, n’en doutons pas, ainsi va le monde.

La solution paraît simple : mettons fin à la cavalcade absurdes et compulsive des dépenses, stoppons le dirigisme obsessionnel de l’État, bref, changeons de modèle ! Simple, et pourtant si difficile, ainsi que la période des élections municipales qui vient de se refermer en témoigne. Comment se faire élire, surtout localement, sans promettre aides, places, subventions et chèques pouvoir d’achat à propos de tout et n’importe quoi ? Comment se faire élire sans promettre la main sur le cœur qu’on fera tout pour préserver le modèle social et les acquis sociaux qui en découlent, notamment en ce qui concerne les retraites ?

Oh, je sais, il existe des théories économiques et monétaires qui prétendent que la dette n’est pas un problème. Celle du tout nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, pour commencer. Il considère en effet que la redistribution est un investissement (sic) et qu’il est parfaitement naturel de financer les investissements (« d’avenir », comme dirait la novlangue social-démocrate) par de la dette. Fort bien. Encore faudrait-il que tout ceci débouchât sur de la croissance, ce qui n’est nullement avéré, bien au contraire, puisque le taux de dette sur PIB ne cesse d’augmenter.

À gauche, justement, deux thèses s’affrontent. On a d’abord celle de l’annulation pure et simple de la part de la dette publique de la France détenue par la Banque centrale européenne (BCE) portée notamment par Jean-Luc Mélenchon. Argumentaire de cette école : on annule, on se « libère du boulet de la dette » (dixit Mélenchon) et l’on se retrouve avec de la capacité d’endettement pour lancer des investissements en faveur de la justice sociale et climatique.

Sauf qu’on ne se retrouve nulle part, car qui va vous prêter à nouveau si vous effacez vos dettes d’un impassible trait de plume chaque fois que ça chauffe ? Et pourquoi les contribuables continueraient-ils à payer des impôts si le financement par la dette peut être annulé par l’opération du Saint-Esprit ? C’est pourquoi une autre école, représentée notamment par notre Thomas Piketty national, préconise plutôt de lever de nouveaux impôts en taxant, retaxant et surtaxant les multinationales et les riches.

Même remarque que précédemment : Et la croissance dans tout ça ? Et l’emploi ? Et le pouvoir d’achat ? Plutôt en berne, dans la France d’aujourd’hui, malgré toute cette redistribution et toute cette dette.

C’est bien pour cela que la hausse actuelle des taux d’emprunt à 10 ans de la France combinée aux éternels besoins de financement de ses pouvoirs publics a toutes les chances de déboucher à terme sur un cocktail explosif qui ne fera du bien ni aux comptes publics du pays ni, et c’est cela qui importe in fine, aux Français. Ça promet.


Complément du 27 mars 2026 : l’INSEE a publié ce jour sa premières estimation des comptes publics 2025. Le déficit public s’établit à 5,1% du PIB contre 5,4% attendu. Mais ATTENTION, pas par baisse des dépenses, qui continuent d’augmenter, mais par hausse encore plus forte des prélèvements obligatoires (de 42,8 à 43,6 % du PIB) – c’est-à-dire l’inverse exact de ce qu’il faut faire. (Rappel pour info : l’inflation fut de 0,9 % en 2025).


À mes lecteurs : ceci était mon article n° 1 000 ! Merci pour vos lectures attentives !


Illustration de couverture : Évolution de la charge de la dette publique française. Graphique extrait de l’avis du HCFP du 19 février 2026. 

10 réflexions sur “Et si l’on reparlait de la CHARGE de la DETTE publique française ?

  1. La France emprunte aujourd’hui à 4,12 % sur 15 ans alors que l’Allemagne, notre premier partenaire économique, emprunte à 3,34 % ; soit un spread de 0,78 %. Pour 2025, les intérêts de la dette s’élèvent à 62 milliards d’euros, un montant équivalent à celui de l’éducation nationale (63 Md€).
    Avec le niveau de notre dette publique (3.500 milliards d’euros), la charge des intérêts va bientôt devenir le premier poste de dépenses du budget de l’Etat. Sans une réduction de nos déficits nous allons droit dans le mur de la dette. Et pourtant l’Etat est considéré comme porteur d’une vision à long terme…

  2. Mon précédent commentaire n’ayant pas abouti, je recommence donc.
    Loin de moi l’idée, chère Nathalie, de vouloir minimiser l’importance de l’article 1000 !
    Mais pour ce qu’il en est de la CHARGE de notre DETTE, n’aviez-vous pas déjà traité le sujet à fond, dans votre article du 21 octobre 2025 ? Or notre situation politique et économique s’est encore dégradée depuis.
    Mais lorsque vous en arrivez à parler du « tout nouveau maire de Paris » je ne peux que citer ces vers lus encore ce matin

    « Eux mènent comme à l’abreuvoir
    Les troupeaux blancs à l’abattoir »

  3. La simulation de l’iFrap confirme votre analyse !
    https://www.ifrap.org/budget-et-fiscalite/une-plateforme-progressiste-ps-verts-reconnait-quil-faut-plus-de-50-deconomies-dans-un-ajustement-budgetaire

    MAIS, faut pas désespérer, Pascal Canfin, eurodéputé écologiste, a lancé une plateforme progressiste cherchant à ménager un terrain d’entente et de proposition pour les partis de la gauche et du centre qui y sont associés, ainsi que leurs sympathisants : PS, Ecologistes, Place Publique, Renaissance et MoDem. Considérés comme appartenant à un « arc progressiste ».

    HELAS, une capacité avérée à assumer la contrainte budgétaire mais une préférence toujours persistante pour la « facilité » du freinage conjoncturel au détriment des réformes structurelles en matière d’économies en dépenses.

    C’est pas gagné !

  4. 1 000 articles ! Félicitations ! Et dire que je n’arrive même pas à finir ma liste de courses. Sinon, pour la dette, je crois que chacun devrait faire son devoir. Pour ma part, un petit don discret et sans ostentation. J’ai d’ailleurs reçu le CERFA, en temps et en heure, belle efficacité des services. Ce que je ne m’explique pas, c’est pourquoi il s’agit d’un commandement de payer.

  5. La dette est le symbole de notre économie socialiste et ne s’ arrêtera que lorsque les financements seront insuffisants et impossibles à rembourser. Elle est à l’ image de la fracture politique donc rien ne va s’ arranger tant que nous restons dans l’ état actuel tant politique que culturel.

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