LFI 2027 : la grande offensive – et ce n’est PAS joli joli…

Jean-Luc Mélenchon se plaît volontiers à passer pour l’homme le plus vertueux du pays. En tant que responsable politique, il n’est pas du genre à s’accrocher à un poste ou à songer à sa carrière. Certainement pas. Mais quand les circonstances l’exigent, quand la guerre est à nos frontières, le climat en surchauffe, le racisme à tous les coins de rue et le pouvoir d’achat confisqué par les ultra-riches… Bref, le voilà candidat à la présidence de la République pour la quatrième fois ! Qu’on se le dise, la grande bataille culturelle des Insoumis contre le fascisme, c’est-à-dire contre tout ce qui a l’impudence d’exister sur sa droite, est lancée !

Pas le moins du monde découragé par la relaxe, cet automne, de l’essayiste Raphaël Enthoven, qui avait qualifié son parti La France insoumise (LFI) de « passionnément antisémite », et pas plus retenu par le dégoût qu’il a suscité il y a deux mois en écorchant à dessein le nom de Raphaël Glucksman, possible candidat présidentiel du Parti socialiste, comme pour mieux en jeter l’essence juive en pâture à un public prêt à rire de toutes les ignominies, notre fonctionnaire de la Révolution(1) persiste et signe par soutiens interposés.

Avant-hier, lundi 11 mai 2026, c’était au tour de Radio Nova et de son humoriste Pierre-Emmanuel Barré de nous expliquer par le menu toutes les subtilités du Mélenchonisme triomphant. Radio Nova qui, comme chacun sait, fait partie du groupe Combat Média détenu par l’homme d’affaires et ancien de la banque Lazard Matthieu Pigasse. Lequel Matthieu Pigasse a renouvelé publiquement son engagement très à gauche dans une double page du journal Libération(2) du 13 janvier 2025 titrée « Je veux mettre les médias que je contrôle dans le combat contre la droite radicale ».

Donc Pierre-Emmanuel Barré lance sa chronique à visée humoristique (vidéo ci-dessous, 4′ 20″) en se demandant si la finale de l’Eurovision (qui va se dérouler samedi soir prochain) ne serait pas l’événement dont il a « le plus rien à foutre ». Jusque-là, pourquoi pas ? Je ne me sens pas très concernée moi-même. Mais ensuite, tout se gâte et s’écroule, car il n’est plus question que de dérouler les éléments de langage de La France insoumise, sans aucun recul ni la moindre autodérision, le tout dans une débauche de ricanements aussi complaisants que médiocres et à coup sûr totalement dénués de l’humanisme supérieur dont ce parti se pare volontiers.

Pour les Insoumis qui tomberaient par inadvertance sur ce blog, sachez qu’il ne s’agit nullement ici d’appeler à la limitation de votre liberté d’expression ou de faire jouer la censure dont vous vous dites perpétuellement victime. Exprimez-vous tant que vous voulez, comme vous l’entendez. Mais permettez à ceux qui ne partagent pas votre humour, et qui n’en disposent pas moins de la même latitude d’expression que vous, de vous dire qu’il est non seulement faiblard mais qu’il s’apparente de très près à une forme de terrorisme intellectuel, exactement comme à l’époque où quelqu’un comme Sartre pouvait dire sans broncher « un anticommuniste est un chien » (1961).

Mais reprenons. Second sujet dont Pierre-Emmanuel Barré a « le plus rien à foutre » : la candidature de François Ruffin. À une époque, ce dernier était vu comme le dauphin de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, il a claqué la porte de LFI et qualifie le leader insoumis de « boulet pour la gauche », lui reprochant une dérive communautariste en faveur des minorités noires et arabes des banlieues qui laisse de côté les classes populaires blanches de la ruralité. Or il a réussi à réunir 2 000 personnes à Lyon fin avril. Il devenait urgent de faire comprendre aux troupes LFistes qu’il est « cool » de se moquer de lui, qu’il ne compte pas, qu’il ne vaut rien. Prolongement de la blague un peu plus tard dans la chronique avec tous les dissidents de LFI et tous ceux qui veulent une primaire à gauche sans Mélenchon. Mission accomplie lundi sur Radio Nova.

Troisième sujet dont Pierre-Emmanuel Barré a « le plus rien à foutre » : le cancer de Gabriel Attal. L’ex-Premier ministre et potentiel candidat du parti macronien Renaissance n’a pas de cancer, mais s’il en avait un, non seulement M. Barré s’en foutrait, mais il s’exclamerait même « dommage ! » si on lui apprenait qu’il ne s’agit pas d’un cancer du pancréas (cancer à faible taux de survie). Quel rapport avec la choucroute ? Aucun, si ce n’est que Gabriel Attal est juif. À croire que la propagande de LFI ne peut plus se passer de sa minute très nommément antisémite. Et quelle façon délicate de sous-entendre que les adversaires politiques ne sont appréciables que morts ! Radio Nova ou l’antisémitisme décomplexé.

Rebelote avec Sophia Aram. De culture musulmane et athée, elle n’est donc pas juive, mais elle dénonce sans relâche les complaisances de la gauche vis-à-vis du Hamas et vis-à-vis du regain d’antisémitisme qu’on observe en France depuis le massacre du 7 octobre 2023 et la riposte israélienne. Faute impardonnable aux yeux de LFI, elle attend qu’une cour de justice internationale autorisée se prononce sur l’existence effective d’un « génocide » à Gaza pour utiliser ce terme. Le sort qu’elle mérite, selon Pierre-Emmanuel Barré ? D’être renversée par une Kangoo. Et si la bagnole roule encore, qu’elle repasse en marche arrière pour achever le travail… Ce n’est pas consternant, c’est simplement immonde d’inhumanité et de violence. Et c’est sur Radio Nova, la radio qui prétend lutter contre les ignominies de la droite radicale et du fascisme.

Dernier point important de la chronique : le vote. Pierre-Emmanuel Barré en a tellement « le plus rien à foutre » de l’Eurovision qu’il en vient à penser que quiconque vote à l’Eurovision « ne devrait pas avoir le droit de voter aux élections ». Raisonnement sous-jacent : quand on s’enthousiasme pour un spectacle qui admet l’État génocidaire d’Israël parmi les pays participants, on est méprisable et on s’exclut de fait du champ de la démocratie et de la morale. Tiens, tiens… On pense à Aymeric Caron, on pense à Geoffroy de Lagasnerie qui tous deux estiment que seules les belles idées – les idées de gauche, naturellement – devraient pouvoir s’exprimer politiquement. Barré imagine un candidat à l’Eurovision : « Mais maman, pourquoi t’as pas voté pour moi ? – Alors déjà, parce que tu me fais honte et puis parce que je préfère Mélenchon. » Le message est clair, non ? Votez Mélenchon, seul vote populaire, légitime, moral et autorisé !

Un message que le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a considérablement contribué à renforcer en déclarant récemment sur LCI que si le candidat du Rassemblement national gagnait l’élection de 2027, il aurait sans doute la légitimité institutionnelle, mais certainement pas la légitimité populaire. Avant cela, il avait évoqué une possible « insurrection populaire » au cas où le RN accéderait au pouvoir. Du Mélenchon dans le texte.

On se rappellera en effet qu’en 2017, alors qu’il venait d’échouer pour la seconde fois à la présidentielle, le chef des Insoumis avait lancé une grande opération médiatique destinée à faire savoir combien Emmanuel Macron avait été mal élu par les urnes, tandis que lui, Mélenchon, disposait de la légitimité de « la rue ». Autrement dit, quoi qu’il arrive dans les urnes, qui reflètent pourtant la volonté du suffrage universel, la seule légitimité politique reconnue par la France insoumise est la sienne, quitte à exciter des ardeurs insurrectionnelles non majoritaires dans le pays pour s’emparer du pouvoir.

À vrai dire, selon les sondages disponibles aujourd’hui, le seul critère à propos duquel lequel Jean-Luc Mélenchon peut se vanter d’être largement majoritaire dans le corps électoral est celui du rejet qu’il inspire : 81 % des presque 11 000 personnes interrogées par l’institut Ipsos BVA le mois dernier seraient mécontentes de le voir gagner les élections de 2027 (voir schéma ci-contre).

C’est dans ces moments-là qu’on mesure à quel point il est indispensable de disposer d’une liberté d’expression pleine et entière. Si le discours, et notamment le discours politique, devait être contrôlé, que saurait-on des intentions profondes des uns et des autres, et comment pourrait-on y répondre ?


(1) Ne pas oublier que Jean-Luc Mélenchon fut 20 ans sénateur (en deux périodes), député et ministre. On a vu mieux comme parcours anti-système.
(2) À noter que les relations entre Libération et Matthieu Pigasse se sont considérablement rafraichies depuis que le quotidien a publié une enquête sur le « climat de pression et d’humiliations verbales » qui régnerait chez Combat Média.


Illustration de couverture : Jean-Luc Mélenchon (fondateur LFI) est candidat à l’élection présidentielle de 2027. Photo : X (ex-Twitter).

Une réflexion sur “LFI 2027 : la grande offensive – et ce n’est PAS joli joli…

Laisser un commentaire