Petit INTERLUDE viande, planète et barbecue

Les écologistes n’existeraient pas, faudrait-il les inventer ? Peut-être faudrait-il surtout qu’ils parviennent à se tourner vers une écologie réellement soucieuse d’inscrire le développement de l’homme de façon aussi harmonieuse que possible dans son environnement plutôt que d’agiter les peurs sur l’épuisement des ressources et le réchauffement climatique afin d’imposer leur vison autocratique de la vie sur terre.

Mais ne méprisons pas leur talent infini pour nous faire rire, surtout lorsque le contexte politique et économique s’avère aussi peu réjouissant qu’en cette rentrée 2022. Lundi dernier, justement, il y avait de quoi bondir d’indignation en entendant Emmanuel Macron s’exonérer une fois de plus de toute responsabilité dans la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et la fin programmée de 12 autres réacteurs d’ici 2035.

Mais par bonheur, la petite aventure du maire de Grenoble Éric Piolle avec ses menus végétariens à la cantine est venue apporter une distraction amusante et bienvenue dans le cours globalement sinistre et désespérant de l’actualité.

Voici toute l’affaire : 

Avant l’été, il avait été décidé en Conseil municipal grenoblois que dès la rentrée 2022, les quatre menus hebdomadaires des cantines scolaires seraient végétariens par défaut. Pour obtenir un menu avec viande ou avec poisson, il faudrait le demander spécifiquement. Ce que M. Piolle, convaincu des immenses progrès qu’il faisait ainsi faire à l’humanité sur la route de la sauvegarde de la planète, s’était empressé de rendre public avec une satisfaction non dissimulée le jour de la rentrée des classes :

Quelques jours plus tard, un nouveau tweet de l’édile nous confirmait que « l’écologie doit être radicale » et que « le menu végétarien devient maintenant la norme » :

Or, et c’est là que l’épisode prend toute sa saveur, je dirais même toute sa saignante saveur, il semblerait que malgré sa brillante réélection lors des élections municipales de juin 2020 – enfin, brillante, si l’on oublie l’abstention de 64 % – M. Piolle n’ait pas vraiment convaincu les parents d’élèves, qui optèrent pour les menus avec poisson ou viande à… 94 % ! C’est cocasse. Et c’est surtout un formidable revers pour tous ces écologistes manipulateurs qui n’ont de cesse de vouloir « changer les mentalités » en poussant les citoyens dans des choix qui ne sont pas les leurs par des subterfuges de plus en plus voyants et autoritaires.

Mais hier, rebondissement ! Probablement dépité de voir ses grands projets de société aussi massivement snobés par les familles grenobloises et, encore pire, d’en voir l’échec étalé au grand jour dans la presse non seulement locale mais également nationale, le Maire de Grenoble a immédiatement hurlé à la « fake news » immonde :

D’après lui, jamais il n’a été question d’imposer quoi que ce soit ; uniquement de donner le choix entre trois menus, tout simplement. Dialogue de sourds, car personne ne lui a fait ce reproche. C’est l’introduction du choix par défaut, clairement calibré pour aiguiller le plus de monde possible vers le menu végétarien, qui pose problème – et c’est le ratage subséquent de la manœuvre qui fait éclater de rire. Ou alors il faudra nous expliquer ce que signifie « la logique est inversée : il faut demander pour manger de la viande et/ou du poisson » et « le menu végétarien devient maintenant la norme ».

Une norme assez manifestement rejetée par les parents. Ce que M. Piolle nous confirme lui-même (les repas végétariens représentent 7 % dans ses cantines) non sans tenter une ultime cascade pour transformer ces 7 % en un formidable succès à l’échelle nationale. 

Peu de temps auparavant, la députée EELV-Nupes Sandrine Rousseau expérimentait des déboires assez similaires.

Sandrine Rousseau – vous savez, cette ancienne candidate à la primaire écologiste qui surfe sur le concept d’écoféminisme, qui se félicite en permanence d’avoir un mari merveilleusement « déconstruit », qui « préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR », qui ne voit aucun problème à instituer un délit de non-partage des tâches ménagères au sein des couples, qui a même prétendu avoir été la victime d’une odieuse tentative de déstabilisation machiste de la part d’Éric Piolle lui-même lors de la primaire écologiste – bref, vous l’avez compris, Sandrine Rousseau compte bien éradiquer d’un même trait de plume le patriarcat et le capitalisme, causes indiscutables du réchauffement climatique si dommageable à la planète.

Mais bien sûr que vous savez tout cela car Sandrine Rousseau ne perd jamais une occasion d’attirer l’attention sur elle par des prises de position évidemment calculées pour faire le buzz. Il faut dire qu’elle a un nouveau livre à vendre, Par-delà l’androcène, qui dénonce comme d’habitude l’oppression que les mâles non-déconstruits à sa convenance exercent depuis toujours sur les faibles femmes et autres valeureuses minorités exploitées. Le capitalisme, c’est l’horreur, mais la promotion n’attend pas et Amazon, ce n’est pas si mal, apparemment.

Or fin août, Mme Rousseau nous régalait justement d’une de ses déclarations péremptoires comme elle les aime : 

« Il faut changer aussi de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité. »

On hésite sur l’interprétation. Faudrait-il militer pour l’égalité hommes femmes devant le barbecue pour faire accéder les femmes aux mêmes plaisirs que les hommes ? Probablement pas la bonne réponse tant la notion de plaisir semble totalement étrangère à l’écoféminisme de combat. Faudrait-il alors demander aux hommes de faire la sourde oreille au nom de leur déconstruction bien comprise quand leur femme les prie de bien vouloir s’occuper du barbecue, affairée qu’elle est à préparer la salade, les petites sauces, etc… Voilà qui porterait un coup terrible au partage des tâches. 

Non, rien de tout cela, Mme Rousseau n’est pas si bête. Il s’agit essentiellement de dire que non seulement la viande, c’est mal car l’élevage est responsable de trop d’émissions de gaz à effet de serre (versant écologiste retenu également par M. Piolle) mais que les hommes, avec leurs idées complètement stéréotypées et dominatrices sur la virilité, sont directement responsables de son excès de consommation (versant féministe). Notons quand même qu’en France, la consommation de viande n’a pas attendu les fines remarques de Sandrine Rousseau pour diminuer continument depuis presque 25 ans. Cerise appréciable sur le gâteau, la volaille, moins polluante, en occupe une part de plus en plus importante.

Mais la députée, tout heureuse du tollé qu’elle a ainsi provoqué et encore plus certaine d’avoir marqué des points précieux, s’est mis en tête de pousser son avantage en proposant un petit sondage de son cru sur Twitter. Elle y a quelque 100 000 followers, autrement dit on l’adore, on s’accroche à ses moindres paroles. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Et pourtant, grosse déconvenue pour la dame. Car invités à choisir entre Bifteck ou Planète, les 66 566 répondant se sont portés à 73 % sur Bifteck ! Je ne sais pas vous, mais moi, j’en ris encore !

Une angoisse tout de même : et si elle se disait que devant tant de machisme assumé, confirmé, chiffré, il lui fallait redoubler d’ardeur dans la déconstruction écoféministe ? Car voyez-vous, elle a reçu hier un soutien de poids, celui de Jean-Luc Mélenchon lui-même personnellement. Et ce dernier n’a pas lésiner sur les compliments flatteurs :

« Ce qu’elle a dit est intelligent. Pourquoi ? Parce que nous avons intérêt à interroger tous les comportements sociaux pour mettre à nu leurs contenus genrés. Et je la remercie, parce que je n’avais jamais réalisé cela. »

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Entre mégalos constructivistes, on se comprend si bien… Ça promet.


Illustration de couverture : Les écologistes Éric Piolle, maire de Grenoble et Sandrine Rousseau, député Nupes de Paris. Photos Twitter.

9 réflexions sur “Petit INTERLUDE viande, planète et barbecue

  1. Bonjour j’ avoue que les écologistes et autres de constructeurs en tout genre ne me font pas rire du tout même quand ils se prennent une gamelle.
    Ceux sont des enfants gâtés opportunistes et ego centristes ils sont à notre image, malheureux triste sans réelle imagination et surtout sans amour pour son prochain.

    • Cela ne fait pas rire non plus. Je suis même très inquiet de penser que Piolle, maire de Grenoble, influe sur la vie quotidienne des 160000 habitants de sa ville (plus de 400000 si on compte l’agglo…) et que Rousseau est député et qu’elle a donc le pouvoir de proposer et de voter des lois qui s’imposent à 70 millions d’habitants. Et bien entendu ils font toutes ces idioties avec l’argent des autres.

      • A JP/Terminated etc… : A votre aise.

        A l’attention des autres commentateurs :

        Je maintiens ma position du pseudo unique sur ce blog. Il n’y a pas de « flicage » (tout de suite les grands mots de l’indignation vertueuse) dans la mesure où l’on se fiche pas mal de l’identité IRL. Les pseudos sont parfaitement admis, mais il y a une volonté de maintenir un débat fondé sur le respect des autres commentateurs, la bonne foi et la responsabilité personnelle. Engager une conversation avec JP, ne plus voir de JP, puis voir apparaître Terminated, ce n’est pas mon idée d’un débat constructif et respectueux.
        J’ai trop vu ici des comptes de commentaires changer de pseudo pour donner l’impression que leur avis est partagé par d’autres, parfois même (un cas) pour s’auto-décerner des félicitations appuyées comme si elles venaient d’un autre, ou pour au contraire se refaire une virginité après avoir été un peu challengé.

  2. D’abord, il faut vraiment avoir un problème d’identité genrée (en bon français, être une lesbienne dissimulée) pour prétendre que griller une entrecôte au barbecue est un symbole de virilité.

    Si des gens font ça, c’est juste qu’ils aiment le goût. Apparemment, c’est trop simple pour une femme qui déclare sans rire être mariée à « un homme déconstruit » (dont l’identité reste secrète : il doit être vachement déconstruit).

    Ensuite, on ne grille pas une entrecôte au barbecue, bon sang de bonsoir. On fait ça proprement sur une table de cuisson au gaz, à induction, tout ce que vous voulez, mais pas sur un accessoire à la con qui sert essentiellement à foutre le feu à des immeubles lorsqu’on s’en sert sur des balcons (ou alors, plus banalement, à incendier des forêts).

    Comme tous les communistes, Sandrine Rousseau a un sérieux problème avec l’humour. Elle prétend que le site Twitter Sardine Ruisseau, qui lui est consacré, se livre à du « cyberharcèlement ». Cela ne la gêne pas de se servir des réseaux sociaux pour faire la propagande de son fascisme vert, mais elle semble avoir complètement loupé la pratique traditionnelle du compte Twitter parodique.

    Même le Kremlin, à ma connaissance, ne s’est jamais plaint de l’existence d’un compte Twitter comme https://twitter.com/darthputinkgb.

    Enfin, comment appelle-t-on une folle furieuse qui veut « éliminer les hommes de nos esprits, de nos images, de nos représentations » ? Elle a oublié « de nos lits », mais ça, ça la regarde, à moins qu’elle veuille généraliser la pratique. Ce genre de « racisme » ou de génocide est admis, apparemment.

    Donc : on arrête de se nourrir correctement, on arrête de se reproduire… le programme me semble clair. C’est la disparition de l’humanité. La « déconstruction » de son mari, époux imaginaire ou non, n’est que le prélude à celle de l’espèce humaine en général.

  3. Bah moi ça me fait rire car ils se tirent une balle dans le pied…
    Le revers de la médaille c’est qu’à force de surenchères, la mesure un peu moins privative de libertés va passer tout debout et certains auront l’impression d’avoir gagné car ça aurait pu être pire : ça marche avec les impôts et avec un tas de mesures retoquées avant qu’elles reviennent sous une autre forme plus soft

  4. Article très bien écrit, avec un humour fort pertinent, c’est ça qui fait sourire surtout. Et le fait qu’ils se prennent les pieds dans le tapis effectivement. Mais tout à fait d’accord avec le commentaire de Sam player ci-dessus… C’est un des ingrédients manipulatoires, qui passe tellement bien, en particulier depuis 2 ans 1/2.

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