Supériorité de la MÉDECINE à CUBA : la légende se LÉZARDE

« L’humain d’abord » – le slogan est connu. C’était celui de Jean-Luc Mélenchon pour les élections présidentielles de 2012, alors qu’il se présentait sous la bannière du Front de Gauche. Mais c’est aussi le magnifique objectif affiché de tous les gouvernements inspirés du marxisme-léninisme depuis la révolution d’Octobre 1917. De la Russie à Cuba, en passant par le Cambodge ou le Venezuela, les faits se sont chargés d’en démontrer la parfaite inanité, voire la criminelle fausseté. Mais certaines légendes ont la vie dure. Cas d’école : la haute qualité du système de santé cubain.

Au départ, une certaine réalité. En 2018, Cuba comptait 8,4 médecins pour 1 000 habitants soit peu ou prou le double de la moyenne des pays de l’OCDE. Ajoutez la gratuité des soins et l’intense médiatisation des brigades médicales cubaines envoyées, selon le vœu de Fidel Castro, dans tous les recoins les plus déshérités du monde et la belle histoire était lancée : Cuba maîtrise le champ médical mieux que n’importe quel pays au monde et le communisme est bel et bien le lieu de l’intense « combat de la solidarité contre l’égoïsme » (Castro), le lieu de « l’humain d’abord ».

Avec le Covid, nouvelle occasion de briller sur la scène internationale. Même la France, dépassée qu’elle était dans le contrôle sanitaire de la pandémie, a reçu sa petite brigade de 15 médecins et infirmiers en juin 2020 en Martinique.

Une expérience essentiellement politique, poussée par le mouvement indépendantiste martiniquais et acceptée par le gouvernement français, qui s’est avérée assez peu concluante sur le plan médical, malgré le grand besoin en renfort des médecins locaux. Pour ces derniers, qui ont reçu les « missionnaires » cubains dans leurs services respectifs, l’aide apportée a été proche de zéro au sens où aucun des arrivants ne parlait français et où personne ne savait vraiment ce qu’ils étaient capables de faire, leur niveau en médecine n’ayant pas été évalué.

En revanche, rapporte Le Point, le niveau d’équipement (en radiologie, notamment) dont disposait la Martinique les a passablement impressionnés. Selon le chef du pôle réanimation-anesthésie du Samu local, la médecine cubaine serait surtout une médecine de guerre, utile sur un champ de bataille, car « ils n’ont pas les machines », d’où leur discret mouvement appréciatif.

Voilà qui tranche avec cette impression de modernité médicale absolue qui nous est renvoyée régulièrement par les amis du régime cubain. Disons qu’avec la chute de l’URSS puis la descente aux enfers du Venezuela, les ressources font défaut pour maintenir le système à flot. Le nombre de médecins perd de son importance lorsque vous n’avez ni les médicaments de base, ni les désinfectants, ni les antibiotiques, ni l’oxygène, ni les lits indispensables pour assurer un niveau minimum de soins et lorsque vous devez faire face à des coupures récurrentes d’eau et d’électricité.

La situation sanitaire est à ce point dégradée dans l’Île que même le New York Times, généralement très prompt à adopter le point de vue cubain sur la supériorité mondiale de son système de santé, a été jusqu’à titrer en août 2021 : « Submergé par le coronavirus, le célèbre système de santé cubain vacille. » En lieu et place de « vacille », comprendre : révèle son état d’effondrement. Sous-titre éloquent :

« ‘Les pompes funèbres n’arrivent pas à faire face, les hôpitaux n’arrivent pas à faire face, les cliniques n’arrivent pas à faire face’, a déclaré un médecin cubain qui a été licencié pour avoir déploré publiquement l’état de détresse des soins médicaux. »

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L’homme fort actuel de Cuba, l’apparatchik communiste Miguel Díaz-Canel s’est empressé d’entonner la rengaine habituelle en de telles circonstances : il n’y a pas d’échec du socialisme à Cuba, dont l’esprit de solidarité reste au plus haut pour sauver des vies dans le monde entier grâce aux brigades médicales ; tout est de la faute des Américains, tout est de la faute du « blocus » :

[Traduction : Alors que les États-Unis tentent de nous étouffer avec un blocus insensé, le noble travail des brigades médicales « Henry Reeve » a permis de diffuser la solidarité de #Cuba à travers les continents et de sauver des vies. Fin du blocus ! C’est aussi un virus !]

Il n’empêche qu’au même moment, les Cubains sont descendus en masse dans les rues pour protester contre les conditions de survie qui leur sont imposées depuis trop longtemps par le régime, bien au-delà des seules circonstances covidiennes. Quant à parler de « blocus », c’est un abus de langage. Il existe un embargo américain qui fait que l’île peut commercer avec tous les pays qu’elle veut sauf avec les États-Unis. Et encore l’embargo s’est-il fortement allégé depuis le début des années 2000 puisque le commerce des aliments et des médicaments avec Cuba est maintenant autorisé.

Il y a bien asphyxie de l’économie cubaine, mais elle n’est pas à rechercher ailleurs que dans ce que les Cubains eux-mêmes appellent le « blocus interne », c’est-à-dire l’échec économique, social et bureaucratique qui ponctue dramatiquement toutes les expériences de « socialisme réel » sans exception. 

Du reste, sur le plan médical, il faut savoir qu’au moment où Castro a pris le pouvoir en 1959, Cuba se situait au quatrième rang d’Amérique latine pour l’espérance de vie. De plus, son système de santé était déjà « très développé ». L’île avait à l’époque un taux de mortalité infantile de 32 ‰, soit l’équivalent de la France. De là à penser que le régime castriste est parvenu à casser par collectivisme et autoritarisme idéologique un secteur qui était plutôt bien parti avant son arrivée, il n’y a qu’un pas. 

La preuve par les modalités d’envoi du personnel médical cubain dans les pays étrangers.

Derrière le discours de la solidarité internationale, derrière le soft power des missions humanitaires, derrière les drapeaux, l’hymne national et la photo du grand chef qui ponctuent chaque départ selon les codes de la meilleure propagande (voir photo de couverture), force est de constater que les milliers de soignants formés à la pelle à la Havane ne sont rien d’autre qu’une marchandise destinée à ramener des devises au pays. Au point que saisie d’une plainte déposée au nom de centaines de médecins concernés, l’ONU évoque « une forme de travail forcé qui s’apparente à de l’esclavage moderne » dans un rapport de 2020.

Côté gros sous, l’opération rapporte 8 à 10 milliards de dollars par an à Cuba quand le tourisme ne contribue qu’à hauteur de 2,5 milliards environ. On comprend l’enjeu. Mais le régime ne reverse aux médecins que 10 à 20 % de ce que leur paient les États partenaires. De plus, ces sommes ne leur sont pas attribuées directement ; elles les attendent sur un compte ouvert à Cuba auquel ils n’auront accès qu’à leur retour.

Eh oui, l’enthousiasme des « missionnaires » est si vif que le régime craint par-dessus tout les désertions. De la même façon, leur passeport est confisqué par le chef de mission à leur arrivée à l’étranger et ils ne peuvent emmener leur famille avec eux. Il va sans dire que les contacts avec les populations locales sont interdits et que chaque départ est précédé d’une formation non pas médicale mais politique de haut niveau. Si d’aventure désertion il y avait – et de fait, il y a assez souvent désertion – les familles sont retenues en otages à Cuba tandis que le déserteur encourt 3 à 8 ans de prison.

Pour compléter le propos, je vous invite à visionner la vidéo ci-dessous (22′ 11″). Publiée en avril dernier par le magazine Reason – free minds and free markets, elle présente les témoignages de plusieurs médecins cubains ayant participé puis échappé aux missions médicales cubaines à l’étranger. Ils nous confirment notamment qu’il y a bien deux médecines à Cuba – celle, complètement délabrée, des gens ordinaires ; et celle, beaucoup plus rutilante, réservée aux élites et aux touristes :

Je vous propose également de lire le témoignage de la blogueuse cubaine Yoani Sánchez qui tente de faire vivre, parfois au prix de sa liberté, un média non-officiel à Cuba afin de faire émerger la réalité de la vie quotidienne des Cubains hors de la propagande de leur gouvernement. Sur le système de santé :

« C’est un jeu d’ombres et de lumières : il peut y avoir, dans un hôpital, un appareil sophistiqué de tomographie axiale, mais les patients doivent apporter leur aspirine, le chlore pour désinfecter les toilettes et toute leur nourriture, parce qu’il n’y a rien. »

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Sachant tout cela, on ne peut qu’être saisi d’un profond dégoût à l’idée que le gouvernement français a jugé bon d’avoir recours pendant quelques mois à ce système profondément antidémocratique, profondément inhumain, pour pallier ses propres déficiences.

À ce sujet, et alors que nos services médicaux d’urgence sont une fois de plus au bord du gouffre (sans que la pandémie de Covid puisse être incriminée), alors que les pénuries de médecins sont monnaie courante, alors qu’on a déjà vu des malades « stockés » dans des couloirs, j’aimerais alerter à la lumière de la situation cubaine sur le fait que trop de collectivisation pourrait bien finir par tuer complètement notre hôpital.

Ne serait-il pas temps de repenser notre système de fond en comble ? Ne serait-il pas temps d’admettre que les moyens de plus en plus élevés (11,2 % du PIB comme en Allemagne) qui lui sont consacrés échouent régulièrement à résoudre les problèmes dénoncés ? Ne serait-il pas temps de le défonctionnariser afin de permettre aux bonnes idées de s’exprimer ? Bref, ne serait-il pas temps d’ouvrir une petite porte de liberté dans la pratique médicale ?

Pour plus d’information sur le sujet, je suggère la lecture de l’article « Mystère à l’hôpital » du 18 mai 2020 et de « Médecine générale : et si l’on faisait confiance au MARCHÉ ? » du 5 mars 2021.


Illustration de couverture : Personnel médical cubain envoyé en Italie lors de la pandémie de Covid, mars 2020. Photo AFP.

16 réflexions sur “Supériorité de la MÉDECINE à CUBA : la légende se LÉZARDE

  1. Loin de moi l’idée de dire quoi que ce soit sur la médecine cubaine, mais puisque Mélenchon arrive sur le tapis, que tous ceux, peu nombreux ici sans doute – mais sait-on jamais – qui lui trouveraient néanmoins quelques qualités, prennent la peine de lire ce qu’est exactement ce monsieur qui se rêve en PM de la France soumise :

    https://www.lefigaro.fr/vox/politique/pourquoi-le-fonctionnement-de-la-france-insoumise-est-anti-democratique-20220503

  2. De mémoire et parfois elle me joue des tours, du temps de l’URSS les pays étaient plus ou moins spécialisés dans un domaine et Cuba aurait bénéficié de la médecine.

    Pour la médecine actuelle je lisais ce matin la dernière page du télégramme consacrée à l’excellent médecin urgentiste Mathias Wargon, il suggérait de remettre le système à plat et de le reconstruire plutôt que de pondre un énième rapport flash pour recruter médecins et infirmières qui n’existent pas. Médecins et infirmières quitteraient le public pour le privé pour un meilleur salaire mais surtout de meilleures conditions de travail (horaires, week end, charge de travail..)….

  3. J’vais vous dire concernant Cuba :

    Grâce à Ry Cooder et au film de Wim Wenders, « Buena Vista Social Club » de 1999, il a été réalisé un gros coup marketing.
    https://www.imdb.com/video/vi1086062873/?playlistId=tt0186508&ref_=tt_pr_ov_vi
    Cela a permis d’attirer le tourisme (géré par l’armée cubaine, dépenses et recettes) et de rendre l’image de Cuba assez flatteuse et en tout cas très à la mode.
    Je n’y suis jamais allé mais certains de nos enfants y ont goutté. Ok on y fait de belles photos mais comme ailleurs dans les Caraïbes sauf que là le délabrement généralisé fait très pittoresque.

    Cuba ne fait pas partie de l’OCDE ni même des partenaires donc on ne risque pas d’y trouver une évaluation dans le « Panorama de la santé » produit annuellement.
    Il n’y a que des blaireaux y compris dans notre gouvernement, pour croire une minute aux compétences médicales du pays.

    A part les cigares et encore on peut en trouver d’autres provenances !

  4. Merci pour votre billet. Je ne me lasse pas de venir vous rendre visite, fussé-je très rarement en désaccord.

    Ouvrir une petite porte de liberté ?

    Lorsque on accorde, à l’échelle nationale, 20 % de suffrages à une crapule appointée, voulant représenter le communisme le plus crasse, qu’on risque de voir ses séides et impétrants de toute sorte, qui se raccrochent au wagon, venir plomber encore plus ce pays à partir de demain, je crains qu’il ne s’agisse que d’un vœu pieux.

    Je l’avais, je crois, déjà écrit ici: j’envisage de partir, malgré mon âge; un de mes fils a entamé ses démarches.

    J’espère que cela sera positif pour eux, au moins.

  5. Un point qui rend le communisme cubain différent de tous les autres est la façon dont Fidel Castro a manipulé les médias occidentaux dès le début, afin de s’attirer un écho favorable.

    Avant même d’avoir réussi à prendre le pouvoir, et alors qu’il ne représentait personne en dehors d’une douzaine de militants révolutionnaires, il a réussi à faire publier un article extraordinairement complaisant par le New York Times. Après quoi, il n’a pas cessé de cultiver les idiots utiles chez les journalistes et les intellectuels occidentaux.

    Son truc a marché au-delà de toute espérance : aujourd’hui encore, vous avez des gens qui n’étaient pas nés quand Castro a pris le pouvoir, et qui vont vous servir la fable de « la grande qualité du système de santé cubain ».

    • Tout comme une majorité (jeunesse, fonds de commerce NUPES) qui a voté alors qu’elle n’était pas même née à la chute du Mur de Berlin.

      Il y a un musée du communisme à Prague, dont l’affiche publicitaire montrait une matriochka avec des dents de vampire, lorsque j’y étais.

      Voilà, voilà.

      Je disais, dans un précédent fil, que rares sont ceux qui perçoivent le danger Mélenchon. C’est effrayant.

    • Compte-tenu de la marge de votre commentaire qui n’a pas de décalage, nous pourrions croire que vous commentez le billet de notre hôtesse.

      Néanmoins, la teneur de vos écrits indique que vous commentez mon choix.

      Merci de m’éviter ce genre de remontrance et de rhétorique; je ne fuis pas, je souhaite simplement quitter un pays où j’ai de moins en moins ma place et dont les dirigeants se moquent copieusement de leurs concitoyens.
      Beaucoup ont agi ainsi avant et continueront encore. Un mien collègue, parti il y a deux ans, sur l’insistance de Madame, m’a réaffirmé n’avoir aucune intention d’envisager un retour, malgré sa perception d’une France ce carte postale.

      Sa sœur les a rejoints il y a 3 mois. Après un an en Nouvelle-Zélande, les charmes hexagonaux, à son retour, devenaient très sommaires.

      Je vous en prie, restez et contribuez à la renaissance (fort à propos, donc) de notre pays. Faites-vous une de ces forces vives de notre nation rayonnante.

      Arrêtez-vous dans nos beaux départements fleuris d’Île-de-France et prêchez la bonne parole.

      Personnellement, je suis las. Maintenant que mes fils sont adultes, je tente le coup. Je l’aurais fait bien avant sinon.

  6. Les chiffres de mortalité infantile (qui viennent je suppose de l’article cité) sont faux, avant la révolution, la mortalité infantile était autour de 60 et est resté assez haut jusqu’au milieu des années 70 (autour de 40) pour baisser de manière spectaculaire.

    • La source vient en effet d’un article de Libération donné en lien. Dès le début, on nous explique que l’une des grandes réussites de Cuba, c’est d’être parvenu à noircir considérablement le tableau de la situation avant 1959 et enjoliver ensuite les réalisations post-révolution castriste.
      La question de la mortalité infantile, inférieure dans certaines régions à celle de cantons suisses extrêmement performants, est un sujet qui intrigue compte tenu de la pauvreté qu’on observe par ailleurs. Elle a été abordée à la fin de la vidéo que j’ai intégrée, et également dans cet article :
      https://fee.org/articles/why-cubas-infant-mortality-rate-is-so-low/
      L’explication principale tient au fait que pour faire baisser ce taux – objectif clairement politique et non sanitaire car il faut à tout prix montrer que le castrisme, ça marche – il y a transfert entre les « early neonatal deaths » et les « late fetal deaths », entre la mortalité neonatale et la mortalité foetale.
      On observe en effet qu’à mesure que la premières diminue, la seconde augmente.

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