Liberté d’expression : PRÉCIEUSE et MENACÉE – de toutes parts

Apparemment immunisée contre toute forme d’apprentissage, la France, ou du moins ses gouvernants et ses politiciens, sont en train de nous rejouer en 2020 le même scénario qu’en 2015. C’est d’une tristesse infinie, car il apparaît que même après le choc de la tuerie de Charlie Hebdo, même après le choc de la décapitation d’un professeur qui voulait éveiller ses élèves à la liberté d’expression, cette dernière sera finalement la victime des mesures prises pour sa défense.

En 2015, nous sommes passés de l’attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo qui avaient caricaturé le prophète Mahomet à une grande marche nationale censée clamer haut et fort le choix inconditionnel de la France et des Français pour la liberté d’expression, suivie immédiatement de la promesse gouvernementale de durcir sa lutte contre le terrorisme dans une forme qui sera finalement celle de la Loi Renseignement qui, par la surveillance universelle qu’elle autorise, est de fait une atteinte aux libertés individuelles, et enfin aux interdictions administratives et judiciaires faites à Dieudonné de produire ses spectacles et de s’exprimer sur le terrorisme.

Aujourd’hui en 2020, nous sommes passés de l’assassinat d’un enseignant qui a montré à ses élèves les caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo (tout en les laissant libres de regarder ou non) à un grand rassemblement d’hommage censé clamer haut et fort le choix inconditionnel de la France et des Français pour la liberté d’expression et toutes les libertés individuelles qui caractérisent une société ouverte, puis à une débauche de propositions gouvernementales ou autres qui reviennent toutes à écraser les libertés pour mieux les défendre.

Xavier Bertrand a immédiatement proposé d’interdire les pseudos sur internet, alors même que rien dans l’affaire de Conflans ne s’est fait anonymement. Gros succès, multiples reprises. Laetitia Avia n’a pas tardé non plus à monter au créneau pour relancer sa loi contre la haine en ligne qui a pourtant été censurée très sévèrement par le Conseil constitutionnel comme constituant de fait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. Gros succès là aussi, et s’il faut changer la Constitution pour cela, n’hésitons surtout pas !

Et encore ceci n’est-il qu’un pâle résumé de ce concours Lépine des idées les plus liberticides et les plus décalées du moment. Pour mieux en mesurer toute l’absurde et hypocrite dimension, je vous suggère de lire les analyses de h16 et de Frédéric Mas sur Contrepoints.

Pour ma part, j’aimerais insister sur le fait qu’il n’est pas nécessaire d’être un islamiste endurci pour avoir de graves problèmes avec la liberté d’expression. Il suffit de penser qu’on détient la vérité et de considérer en conséquence que les idées qui ne sont pas les nôtres sont par construction de mauvaises idées dont il faut éliminer l’expression dans le débat public. Ce qui revient à vouloir éliminer le débat pour ne laisser exister que le dogme.

Or la liberté d’expression n’est pas d’abord la possibilité qui m’est offerte de m’exprimer, elle est avant tout ma reconnaissance des possibilités d’expression des autres. C’est en effet dans l’acceptation de la confrontation des idées et des opinions que la liberté d’expression devient véritablement féconde. 

Dans nos démocraties occidentales issues des Lumières, la liberté de pensée associée à l’échange des idées, par tout ce que cela implique pour le développement des connaissances, des sciences et des techniques, a accompagné les formidables progrès que nous connaissons depuis deux cent cinquante ans et qui se sont traduits par une nette augmentation de l’espérance de vie, du niveau de vie et du niveau d’éducation, ainsi que par une profonde évolution des structures de la société, sur la question des relations hommes femmes ou sur la séparation entre les églises et l’État, par exemple.

Il est donc extrêmement préoccupant de sentir une régression s’installer, et pas seulement dans les strates les moins éduquées du pays. On dit beaucoup que l’ignorance est un vecteur d’intolérance et que l’instruction a notamment pour mission de la faire reculer. C’est précisément ce que M. Paty et tous ses collègues professeurs s’évertuent à faire dans leurs classes et nul doute que beaucoup de jeunes consciences ont pu découvrir ainsi les beautés de l’échange d’idées.

Mais quand des gens instruits se mettent à genoux devant des idéologies, quand ils se croient plus en mesure que quiconque, intellectuellement et philosophiquement, de savoir distinguer le bon du mauvais et le vrai du faux, quand ils en viennent à croire que ces qualités « universitaires » supérieures leur donnent un évident pouvoir de censeur, les dégâts ne sont pas moindres que ceux de l’ignorance.

Il se trouve que nous avons eu droit récemment à deux exemples particulièrement affligeants de cet affaissement des valeurs des Lumières :

Ce fut d’abord Geoffroy de Lagasnerie, sociologue proche de la France insoumise, qui déclara sans l’ombre d’une hésitation sur France Inter (vidéo du tweet, 01′ 16″) :

« Je pense que nous perdons notre temps lorsque nous allons dans les chaînes d’info débattre avec des gens inconvaincables. Nous ratifions la possibilité qu’ils fassent partie de l’espace du débat. J’assume qu’il faut reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour reproduire un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes. »

Impossible de faire plus clair : l’espace du débat doit se limiter aux « opinions justes » c’est-à-dire uniquement les siennes et celles de ses amis de l’ultra-gauche. Très Frédéric Lordon, cette attitude. Ce dernier n’admet de débat qu’avec lui-même !

Lagasnerie se rattrape ensuite plus ou moins aux branches en confessant qu’il n’a pas trop de sympathie pour l’appareil d’État et qu’il est plutôt favorable à une censure qui prendrait la forme du mépris et de l’indifférence. Et de fait, ignorer des opinions qui nous déplaisent est une option parfaitement légitime. Personne n’est obligé d’acheter Charlie Hebdo, personne n’est obligé d’assister aux spectacles de Dieudonné, personne n’est obligé d’écouter Éric Zemmour, personne n’est obligé de s’intéresser aux thèses négationnistes de Robert Faurisson.

Sauf que ce n’est pas du tout la méthode Lagasnerie : quand, en 2014, Marcel Gauchet fut invité à prononcer la conférence inaugurale des « Rendez-vous de l’Histoire » de Blois sur le thème des Rebelles, c’est non seulement avec stupéfaction mais également avec « un certain dégoût » que le sociologue s’empressa d’appeler au boycott de la manifestation et à la démission de sa présidente, c’est-à-dire à l’élimination concrète des idées qui lui déplaisent de l’espace du débat public. Cancel culture typique.

Un style de censure que la philosophe Sylviane Agacinski connaît bien. En 2019, elle devait donner une conférence intitulée « L’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique » à l’Université de Bordeaux, mais ses positions anti-PMA lui ont immédiatement valu d’être cataloguée comme « homophobe notoire » par des syndicats étudiants et des associations LGBT qui n’ont reculé devant aucune menace pour obtenir (avec succès) la déprogrammation de sa conférence.

Eh bien, figurez-vous que pour Alice Coffin, la nouvelle égérie écologiste de la mairie de Paris qui milite aussi beaucoup pour les « droits » des lesbiennes et l’effacement des hommes dans la société, la censure est bien évidemment l’odieux procédé auquel l’Institut catholique de Paris s’est abaissé en la déchargeant de ses fonctions de professeur pour incompatibilité de valeurs.

En revanche, rien de tel pour Sylviane Agacinski qui n’aurait récolté selon elle que la juste rétribution de ses opinions réactionnaires (vidéo du tweet, 02′ 08″) :

« Il faut s’insurger devant toute forme de censure, mais attention, moi mon discours n’est pas un discours de l’ordre du racisme, de l’ordre de la lesbophobie, du sexisme (…) Je n’adore pas critiquer les femmes en public, mais je ne suis pas sûre que Sylviane Agacinski soit très au clair avec les lesbiennes (…) »

Que voilà un joli deux poids deux mesures ! Acculée dans ses incohérences et son sectarisme par la journaliste, Alice Coffin tente avec difficulté de masquer son autoritarisme fondamental, mais l’idée est exactement la même que chez Lagasnerie : il y a des opinions justes, les siennes, et des opinions dévoyées, celles de Sylviane Agacinski par exemple, par le simple fait que ceux qui les portent ne sont pas d’accord avec elle.

Il devient dès lors parfaitement légitime, voire même absolument nécessaire de faire sortir du débat public les mauvaises idées selon Coffin, Lagasnerie, les islamistes et tous les totalitaires, et ceci par toutes les censures et toutes les intimidations possibles.

La liberté d’expression est précieuse mais menacée de toutes parts. Défendons-la de toutes nos forces.


Illustration de couverture : La liberté d’expression est un droit, licence Creative Commons.

22 réflexions sur “Liberté d’expression : PRÉCIEUSE et MENACÉE – de toutes parts

  1. Difficile de penser que ces attaques contre la liberté d’expression feront quelque mal que ce soit aux religieux fanatiques, d’autant plus que dans le cas de l’assassinat de M. Paty, tout s’est fait ouvertement dans une grande opération d’agitation des foules. On voit clairement aussi que beaucoup parmi ceux qui en appellent à la limitation de la liberté d’expression ne visent pas les religieux fanatiques, mais au contraire ceux qui s’opposent aux grandes idées progressistes et prétendument indiscutables du moment, telle la GPA, la sur médicalisation des expériences humaines que sont par exemple la procréation ou le bien être psychique, ou encore la possibilité d’avorter jusqu’au neuvième mois pour détresse psycho-sociale.

    Je trouve par ailleurs que l’anonymat est une bonne chose, qu’il faut le préserver, mais je suis également favorable à sa levée a posteriori par un juge dans les cas de diffamation, ou autres délits portant atteinte aux personnes ou à l’ordre public. Ici encore, on voit que les dénonciations plus ou moins calomnieuses à l’époque de « balance ton porc » ne se sont pas faites sous couvert d’anonymat, mais aux grand jour par des personnes sures d’elles mêmes, portées qu’elles étaient par l’air du temps. Heureusement le droit existe encore, et certains parmi les calomniés ont pu obtenir réparation devant les tribunaux.

  2. Merci pour votre article lumineux. Je suis en plein accord avec vous hormis sur deux points.
    1- Les thèses révisionnistes de Faurisson (ou plutôt ce qui était une propagande immonde) et les éructations de Dieudonné ou de Soral sont des insultes aux rescapés de la Shoah et à tout ceux qui en ont souffert directement ou indirectement. Ces individus les traitent de menteurs. La justice a été saisie et a condamné régulièrement ces tristes personnages à cesser leurs insultes. Ils ne risquaient pas leur vie. Juste d’être condamnés. C’est le fonctionnement normal de la justice, on ne peut pas traiter des gens de menteurs sans avoir à en répondre.
    2- La liberté d’expression doit aller de pair avec la responsabilité d’expression. Autrement dit il est normal que nos interventions sur la toile ne soit pas anonymes, nous devons assumer ce que nous disons quitte à reconnaître parfois des erreurs. C’est vrai que cela n’aurait rien changé pour l’assassinat abject de Samuel Paty. Mais ça changerait tout pour les menaces de mort et de viol dont fait l’objet la pauvre Mila sans parler de toutes les autres victimes de harcèlement anonyme.
    De plus, les terroristes concentrent leurs actions sur ceux qui avancent à visage découverts. Ne les laissons pas seuls. La suppression de l’anonymat c’est partager à l’échelle de chaque citoyen le combat de notre société contre l’obscurantisme, c’est prolonger dans le quotidien l’esprit des manifestations qui font suite aux drames, c’est défendre la liberté d’expression. C’est aussi le plaisir de pouvoir débattre librement et sans crainte.

    Joël Crespine

    • Sur votre second point: l’anonymat sur le net n’existe pratiquement pas. Si une personne commet un délit en se cachant derrière un pseudo, le juge pourra exiger l’identification de l’auteur. Les fournisseurs d’accès Internet sont très bien équipés pour ça.

      S’exprimer sous pseudo c’est l’assurance de pouvoir le faire librement et sans crainte tant qu’on reste dans les limites de la loi. Je pense que vous faites un énorme contresens.

    • « La justice a été saisie et a condamné régulièrement ces tristes personnages à cesser leurs insultes. »

      Autogoal.
      En fait, vous n’êtes guère différent de ceux qui considèrent qu’ils détiennent la vérité car eux sont justes, pas les autres, sauf que pour valider votre position vous vous en remettez à la justice: la justice a dit, donc c’est vrai, vive les lois mémorielles…
      Vite une loi pour savoir si le turquoise est un bleu ou un vert, j’ai besoin de savoir LA Vérité, faudrait un Ministère pour ça…

      • Je suis de ceux qui considèrent que la liberté d’expression ne doit pas permettre la diffamation et que, dans ce cas, la justice doit trancher.
        Par ailleurs et de façon plus générale, négationnisme dévoie la liberté d’expression en pratiquant la propagande. Il s’agit dès lors d’élaborer des campagnes mensongères sur le long terme pour répandre une idéologie le plus largement possible. La psychologie de masse ne fonctionne pas selon les lois du marché, en conservant les idées vraies et bonnes et en rejetant les idées fausses et mauvaises. Le contenu d’une propagande savamment élaborée imprègnent les esprits prêts à le recevoir tel un virus quasi-incurable puis diffuse dans la société. Si le processus atteint son but, il instaure généralement un régime totalitaire où la liberté d’expression ne doit même plus être un souvenir. La propagande est l’arme idéologique des totalitarismes. Elle a été celle du nazisme, cher aux négationnistes et, sur une plus longue période du communisme. Il y a même eu des ministères pour ça.
        La propagande est un défi lancé à la liberté d’expression.
        Aujourd’hui, l’islamisme radical pratique la propagande pour recruter des adeptes qui tuent en France et dans le monde. Faut-il attendre que la confrontation des diverses opinions conduise à le rejeter comme une mauvaise idée ou faire taire au plus vite les prêcheurs de haine quitte à les priver de leur liberté d’expression. Pour ma part, j’opte pour la seconde solution.
        La liberté d’expression inconditionnelle est un équilibre instable. Elle laisse s’exprimer ses ennemis avec des armes redoutables face auxquelles les idées et la raison sont impuissantes. Pour la préserver, il faut sans cesse trouver un équilibre, un optimum, ajuster les lois à la situation en faisant taire ceux qui veulent la détruire. La démarche a forcément une part de subjectivité, de petitesse et d’inélégance, je vous l’accorde. Mais elle est le prix à payer pour pouvoir continuer à s’exprimer librement comme nous le faisons.

      • @ herederien 25/10 00h53

        Wahou… par où commencer ?
        Bah déjà regarder un dictionnaire pour ce qui concerne la diffamation…

        J’ai toujours trouvé curieux ceux qui sont pour… sauf…, ou pour… mais…
        On retrouve ça sur la peine de mort, le libéralisme, l’avortement etc…
        En fait ils sont contre, et là vous êtes bien contre la liberté d’expression, il ne faut pas vous voiler la face.

        J’apprends plein de trucs avec vous : Idées vraies qui sont bonnes, les idées fausses qui sont mauvaises… warf, c’est qui qui dit ? Un point de vue moraliste certainement, mais le problème c’est que la morale, chacun a la sienne et vous trouverez toujours sur votre chemin quelqu’un qui sera moins conciliant que vous, avec pourtant exactement le même raisonnement que vous… jusqu’à trouver quelqu’un de fort peu conciliant, je vous laisse deviner la suite…

        La liberté d’expression mène au totalitarisme qui supprime la liberté d’expression… wahou fallait la faire celle-là… la liberté d’expression qui a conduit au communisme, là on réécrit l’histoire…

        À l’occasion vous vous poserez la question de savoir ce qui a permis en france l’émergence de l’islamisme «radical » comme vous dites : ce n’est certainement pas la liberté d’expression de ceux qui avertissaient du danger, mais la justice qui les a condamnés pour ne pas stigmatiser…

        Votre dernier paragraphe : vous arrivez à écrire « s’exprimer librement » sans rire ?

      • Bravo pour se commentaire virevoltant qui fait oublier la question centrale à laquelle vous ne répondez pas : comment la liberté d’expression peut-elle résister à la propagande.
        Avant toute chose, vous souhaitiez une définition de diffamer. La voici « chercher à porter atteinte à la réputation, à l’honneur de quelqu’un ». C’est ce que font les négationnistes et leur propagande en traitant de menteurs les victimes de la Shoah malgré les témoignages, les documents les photos les films, malgré les faits.
        Par ailleurs, l’arme de la propagande dans un contexte de liberté d’expression est théorisée de façon très claire par Hitler dans son best seller, dans un chapitre qui lui est consacré. Je vous conseille de vous y reporter. Les communistes ont quant à eux été aussi des maîtres en la matière notamment dans les année 60 et 70. S’ils ne sont pas arrivé au pouvoir en Europe de l’ouest ce n’est pas faute d’avoir essayé : désinformation, terrorisme…. La réponse de l’Etat consistait alors à limiter la liberté d’expression notamment grâce au ministère de la Vérité qui s’appelait s’appelait alors le ministère de l’information, question de vocabulaire. Quand à réécrire l’histoire … je crois que vous avez lu trop vite.
        Aujourd’hui le danger majeur vient de la propagande islamiste et vous n’avez pas répondu à la question de savoir s’il fallait la laisser prospérer au nom de la liberté d’expression.
        Enfin, aussi incroyable que cela puisse vous sembler, la liberté d’expression inconditionnelle peut conduire au totalitarisme et à la suppression de la liberté d’expression. Votre argument  » wahou, fallait la faire celle là  » me parait assez faible. Ce n’est pourtant pas une idée très nouvelle ni bien originale. De Saint-Just « Il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté » au slogan de mai 68 « il est interdit d’interdire » en passant par Thomas Mann « la liberté ne doit pas être un sauf-conduit pour ceux qui cherchent à l’anéantir », nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur les limites d’une liberté totale et sur sa stabilité. Toutes les réponses ne se valent pas mais la question est légitime. Pour ma part, je vous ai dit comment je tente d’y répondre : en considérant que la liberté d’expression ne peut pas être totale mais qu’il faut trouver un optimum et que ce point d’équilibre doit s’adapter sans cesse à la situation pour ne pas laisser la propagande atteindre son but. Vous avez choisi d’éluder le problème, c’est votre liberté.

      • La propagande se met généralement en place en muselant la liberté d’expression.
        Vous inversez les causes et les conséquences.
        C’est quand le débat est ouvert que la rencontre des idées, opinions et leur expression permet de s’autodéterminer, le but n’étant pas d’avoir une opinion juste ou fausse (ça n’existe pas), mais d’avoir eu tous les éléments à sa disposition pour se faire sa propre opinion.

        Quant à la diffamation, c’est bien pour cela que je vous ai demandé de prendre pour référence le dictionnaire : l’atteinte à l’honneur est quelque chose qui touche personnellement et ça n’a rien à voir avec la négation d’un fait : je doute que ceux qui sont allés sur la lune se sentent atteints dans leur honneur par ceux qui disent que c’est un fake.

        Si pour vous, contredire quelqu’un c’est de la diffamation alors il n’y a plus de liberté d’expression sauf pour le premier qui a parlé, réfléchissez un peu !

        Au fait, vous avez atteint le point Godwin très rapidement !

    • D’abord, bonjour Sam, ravie de vous revoir et surtout si en forme !

      Ensuite, oui, je suis d’avis que les lois mémorielles, les lois de censure de l’opinion ou les lois contre les fake news sont parfaitement liberticides et ont en plus le gros inconvénient d’aboutir à l’exact contraire de ce qu’elles cherchent à faire.
      Dans un contexte où la diversité des opinions et des informations est préservée, de nombreuses opinions contraires auront la possibilité de s’exprimer pour montrer combien les thèses de Dieudonné (par exemple) sont infondées et malfaisantes. C’est ce débat qu’il faut protéger, pas une liste étatique d’opinions admises, aussi mignonnes soient-elles.
      De plus, l’expérience a montré à maintes reprises que toutes les tentatives d’interdiction n’ont jamais réussi à mettre fin à une pratique ou une rumeur et tendent au contraire à lui donner un surcroît d’intérêt. En matière d’information et d’opinion, le public se demande naturellement ce qui se cache derrière l’interdiction et nombre de personnes ont tôt fait de penser que si le gouvernement n’avait rien à se reprocher, il n’interdirait pas. Conclusion : le gouvernement est coupable de ceci ou cela ; il cherche à se protéger en verrouillant l’information ; nous sommes tombés en dictature. Bref, l’interdiction renforce les croyances qu’elle voulait combattre et stimule les théories du complot.

      Sur ce sujet délicat, je suggère la lecture de :

      Contre les « fake news », vive le marché libre de l’info ! (5 janvier 2018)

      – Sur les lois mémorielles et de censure de l’opinion :
      « Manuel, tu nous emmènes où comme ça ? » (18 juin 2015)

  3. Arrêter de rêver: la majorité est entre la bêtise crasse et le moutonisme, le niveau d’ instruction a baissé, la culture et la philosophie ne sert que pour parler et faire beau dans les salons et les bars. Il n’ y a plus d’ individu mais une masse d’ assistés financièrement et intellectuellement, donc peu d’ espoir que cela s’ arrange , ni en France ni en Europe ni dans le Monde.

  4. Et puisque c’ est la liberté d’ expression qui nous préoccupe, je ne vois pas comment cela va s’ arranger avec cette nouvelle génération qui ne voient que par les yeux , les oreilles et les langues des réseaux sociaux, les vérités des médias dépendants de l’ état et de l’ argent des capitalistes qui font la bonne ou mauvaise réputation de personnalités à coup d’ arguments dignes d’ une cour d’ école. La liberté d’ expression sombre en même temps que les valeurs de respect des personnes, l’ altruisme…
    Notre et toutes les sociétés s’ enferme de plus en plus sur elle même au lieu de s’ ouvrir sur l’ autre donc on lui refuse la parole ou on la lui coupe ( au propre comme au figuré).

    • L’uniformisation des masses, le grégarisme afin d’assurer le meilleur contrôle des esprits anesthésiés par toute cette propagande fétide.

      Je m’étais incidemment intéressé au contenu d’un manuel d’Histoire de classe de 5ème il y a quelques années chez une amie. Je fus édifié à sa lecture: tout un florilège de dogmatisme crasse qui se contente d’élaguer les évènements constitutifs de notre passé.

      On polarise l’information qui ne sert plus que la doxa en place, on formate au plus tôt et on détourne toute velléité critique par la censure et la mise au ban.

      Il faudra sans doute que des îlots de liberté comme celui-ci se cachent encore plus pour continuer à nous proposer sincérité des écrits et nous éclairer d’une vérité factuelle.

      Merci Nathalie, vous êtes un phare dans cet obscurantisme; comme d’autres que nous connaissons et qui œuvrent en ce sens.

      « L’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit. » – Gandhi

    • Plus prosaïquement, demandez-vous si certains humoristes de l’époque passeraient encore.

      Personnellement, j’en doute fort.

      Qui sont-ils désormais, avec leurs postures et leur propos apprêtés ? Même l’humour est formaté et politisé.
      On ne dénonce plus que ce qui arrange puisque ce qui dérange n’est plus risible depuis bien trop longtemps, à vrai dire.

      • @Léo C

        Pour aller dans votre sens et même en rajouter une couche : on a appris dernièrement que la plateforme Disney+, s’est crue obligée d’ajouter des avertissements à ses grands films classiques tels que « Dumbo » ou « Les Aristochats » pour mettre en garde les spectateurs contre certaines scènes à caractère raciste !

  5. Les rumeurs du moyen-âge ou les diffamations placardées par un corbeau durant la renaissance, existaient déjà malgré répressions et censures. Mais il y a une grosse différence à notre époque avec l’avènement des réseaux sociaux, c’est le facteur vitesse incomparable. Une fake se diffuse rapidement mais se retrouve corrigée voir moquée aussi rapidement et malheur à son auteur qui en perdra toute crédibilité.

    Si le niveau de l’enseignement baisse à l’école, il n’en demeure pas moins que les réseaux sociaux font baisser l’ignorance de façon spectaculaire mondialement et même dans les endroits les plus reculés, l’obscurantisme s’estompe. Le constat est spectaculaire en une génération, celle des smartphones déconcerte (souvent pour moi en tout cas) autant qu’elle montre indéniablement une ouverture d’esprit étonnante et un discernement certain.

    De même les pseudos masqués sont rapidement repérés. Il est impossible de masquer durablement une signature et son origine électronique, toutes les sessions sont en mémoire quelque part et traçables (c’était déjà le cas avant internet). Sur commission rogatoire le juge a accès à tout cela, procédure pénale ou civile et toutes les lois existantes déjà bien trop nombreuses sont suffisantes.
    Mais on dirait que des politiques incapables d’agir de façon opératoire, veulent laisser leur trace sur le plan législatif pour donner l’impression d’avoir fait quelque chose ; un vrai concours Lépine effectivement.
    En fait on leur a pas donné le bon objectif de leur poste.

  6. Personnellement, je suis un extrémiste de la liberté d’expression. Non seulement je considère qu’il faut abolir les lois interdisant à des gens comme Robert Faurisson de s’exprimer, mais je considère qu’il faudrait abolir les lois contre la diffamation.

    Si vous observez la façon dont elles sont appliquées à travers le monde (penchez-vous en particulier sur l’Angleterre et les Etats-Unis, je ne parle pas de la Chine ou de Cuba), vous verrez qu’elles sont devenues des outils de guerre juridique des puissants contre les faibles, et des riches contre les pauvres.

    Aujourd’hui, des politiciens, des grandes entreprises, des Etats entiers (la Russie, par exemple), menacent de poursuites en diffamation quiconque les critique, et joignent le geste à la parole. De très grands journaux (Forbes, par exemple), ont délibérément renoncé à publier des enquêtes très importantes pour ne pas être ruinés devant les tribunaux. Après plainte de l’Etat russe.

    Je pourrais admettre la nécessité d’un délit de diffamation résiduel, restreint, mais la situation actuelle dépasse de loin le raisonnable.

    Quant à Faurisson, c’est très intéressant, ce qu’il dit. Il faut l’écouter. De même qu’avant la Seconde Guerre mondiale, les défenseurs de la liberté suppliaient les Français de lire Mein Kampf, tant qu’il en était encore temps.

    Je rappelle que c’est Hitler qui a interdit la diffusion de Mein Kampf en France. Ses intentions y étaient trop manifestes. Ce sont des anti-nazis qui ont traduit et publié une édition pirate de Mein Kampf en France, en violation des lois sur le droit d’auteur.

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