G7 : au théâtre avec Macron

Rentrée politique 2019 : sur les planches du G7, Macron poursuit son opération reconquête des Français entamée avec le Grand débat. En ligne de mire : les Municipales de 2020. En substance : cap à gauche.

Pour Le Monde, pour Libération, pour Les Echos, pour Le Figaro, bref, pour toute la presse française ou presque, le G7(*) s’est terminé en formidable succès pour le Président français : ce sommet s’annonçait rocailleux – avec des énergumènes comme Trump et Johnson sans oublier leur disciple Bolsonaro, c’était fatal – mais voilà qu’Emmanuel Macron, retrouvant la niaque diplomatique de ses débuts, est brillamment parvenu à remettre un peu d’harmonie au sein d’un concert des nations devenu des plus discordants !

Ce n’est pas totalement faux. La conférence de presse de clôture qu’il a donnée avec le Président des États-Unis Donald Trump, témoigne clairement d’un apaisement des relations entre les deux dirigeants et de la possibilité d’accords sur plusieurs points de friction au niveau mondial :

Il n’est pas exclu que l’Iran et les États-Unis puissent se reparler prochainement sur le délicat sujet du nucléaire iranien ; il n’est pas exclu que la pression commerciale entre la Chine et les États-Unis retombe un peu ; il n’est pas exclu que la taxe GAFA française défendue bec et ongles par Bruno Le Maire s’efface devant une fiscalité numérique décidée au niveau de l’OCDE ; et il n’est donc pas exclu non plus que les vins français échappent finalement à la taxation que les États-Unis menaçaient d’instaurer en riposte au zèle du ministre de l’économie.

Mais ce n’est pas totalement vrai non plus, car tout dépend maintenant de la façon dont ces aimables intentions se concrétiseront – ou pas – dans les faits. Et tout dépend surtout de la façon de voir les choses.

Or s’il est une chose qui crève les yeux, c’est combien le G7 est devenu le cadre flatteur et théâtral qu’Emmanuel Macron s’est choisi afin de poursuivre l’opération séduction et reconquête de l’opinion qu’il avait commencée en début d’année avec le Grand débat national pour éteindre la colère des Gilets jaunes. Une opération dont on se souvient qu’elle fut surtout marquée par un regain de dépenses publiques et un étatisme réaffirmé.

Les quelques déclarations des ministres cet été ont clairement confirmé ce mouvement :

· Le 24 juillet 2019, Gérald Darmanin actait officiellement ce qui semblait évident depuis un moment déjà : l’objectif de campagne d’Emmanuel Macron de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires (sur un total de 5,7 millions) dont 50 000 dans la fonction publique d’État et 70 000 dans la fonction territoriale était purement et simplement abandonné, maisons « France Services Publics » obligent.

· Le même jour, Bruno Le Maire donnait une grande interview dans l’hebdomadaire Le Point et déclarait que « le capitalisme est dans une impasse » car :

« Il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires. » 

Tout ceci exprimé sans rire du haut de nos 56 % de dépenses publiques et de nos 45 % de prélèvements obligatoires par rapport au PIB qui font de la France le pays le plus dépensier et le plus taxateur du monde.

Tout ceci à propos du libre-échange et de la mondialisation qui ont permis à des millions et des millions de gens de sortir de la pauvreté, de la sous-nutrition et de la maladie. (En 1990, 37 % de la population mondiale vivait sous le deuil de pauvreté ; en 2015, ce chiffre est tombé à 9,6 % tandis que dans le même temps la population mondiale passait de 5 milliards à plus de 7 milliards.)

Tout ceci à propos du capitalisme qui n’en finit pas de développer et financer des méthodes de production respectueuses de l’environnement (On peut citer l’exemple du Nutella, fâcheusement et stupidement mis en cause par Ségolène Royal, et typique des querelles environnementales sans queue ni tête qui monopolisent les unes de nos journaux.)

Autrement dit, le fameux « cap » que le gouvernement se flatte de garder contre vents, marées et Gilets jaunes affiche on ne peut plus clairement son orientation : c’est cap à gauche. Un message qu’il est crucial de marteler encore et encore alors qu’une nouvelle étape électorale importante se profile à brève échéance sous la forme des élections municipales de mars 2020.

C’est ainsi que le G7 a tout d’abord fourni à Emmanuel Macron l’occasion de manifester sa proximité avec les Français et la grande considération qu’il a pour eux. Intervention présidentielle télévisée au début du sommet pour expliquer les enjeux, intervention présidentielle télévisée à la fin du sommet pour rendre compte des résultats : qu’on ne dise pas que le Président et son gouvernement forment une élite technocratique, indifférente et coupée du vrai peuple !

Il fut ensuite le lieu d’une mise en scène internationale comme Emmanuel Macron les affectionne, surtout quand il en est le deus ex machina. S’entourer des plus grands de ce monde, tenter un coup de poker diplomatique avec l’Iran pour se placer au centre des négociations et entendre ensuite le terrible Donald Trump non seulement accepter le principe d’une rencontre avec les dirigeants iraniens, mais dire qu’il vient de passer « a fantastic two days » dont les accomplissements furent « tremendous » et que lui, Emmanuel Macron, est un « great guy » – que rêver de mieux pour s’affirmer devant ses concitoyens comme LE grand leader politique dont la voix et l’entregent semblent indispensable à la marche du monde ? Vidéo, 21″ :

Ce fut enfin le décor d’un revirement anti-mondialiste remarqué. Faisant feu de tout bois, c’est le cas de le dire, et prenant donc prétexte des feux de forêt en Amazonie comme la preuve que le Président brésilien ne respectait pas ses engagements climatiques, Emmanuel Macron a annoncé en fanfare la veille du sommet que la France ne ratifierait pas le traité commercial signé à peine deux mois plus tôt entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Argentine, Paraguay, Uruguay et Brésil) après rien moins que 20 ans de négociations.

Inutile de dire que depuis une semaine, ce ne sont que noms d’oiseaux entre la France et le Brésil, lequel, rappelant M. Macron à son propre incendie parisien, a platement refusé hier l’aide d’urgence débloquée par le G7 pour lutter contre les incendies amazoniens (déjà un couac d’importance dans les « avancées » du sommet).

Et inutile de dire également que les partenaires européens de M. Macron sont extrêmement mécontents. Les Allemands, notamment, et on les comprend. Dans un contexte de ralentissement de l’économie mondiale, l’accord prévoyait de part et d’autre une baisse de plus de 90 % des droits de douane, l’ouverture des marchés publics du Mercosur aux pays européens et la prise en compte du principe de précaution en matière environnementale.

Or on s’est vite aperçu que le Président français a soudain agité des peurs et lancé des invectives aussi classiques que peu fondées sur le climat pour se tirer d’un accord embarrassant dans une stricte perspective de politique intérieure à court terme pour faire oublier les grognements bruyants qu’avait provoqués en juillet dernier la ratification du CETA, traité de libre-échange assez similaire avec le Canada. (Voir ci-contre l’édifiante répartition des votes par parti politique.)

Car non seulement la situation actuelle de la forêt amazonienne n’a rien d’exceptionnel et ne doit rien à une malignité particulière du Président Bolsonaro comme Emmanuel Macron a entrepris de le faire croire, bien secondé il faut le dire par un puissant concert de pleurs médiatiques indignés, mais remarquons en outre qu’il a tenté d’enfoncer le clou à l’aide d’une photo datant du début des années 2000. Une photo certes impressionnante mais qui démontre précisément le contraire du message politique qu’il prétendait véhiculer.

Mais se draper de lin blanc environnemental à la face du monde et confirmer de cette façon à son opinion publique que l’État s’occupe de tout et que lui Macron part en croisade contre les méchants de la planète, cela valait bien quelques petites entorses à sa probité fort peu candide.

Bref, c’est la rentrée. Une nouvelle période électorale est en train de s’ouvrir et Macron cultive sur toutes les planches son image de Président proche des Français, à l’écoute et qui protège. Oubliée, cette idée de libérer les énergies ; cap sur la dépense publique, l’écologie médiatique et l’anti-capitalisme primaire ! Ça promet.


(*) Cette année, le G7 s’est déroulé à Biarritz du 24 au 26 août 2019 à l’invitation de la France et il a réuni les chefs d’État ou de gouvernement de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni et de la France. L’Union européenne participe également aux travaux, ainsi que plusieurs pays invités et des organisations internationales. Le prochain G7 aura lieu en 2020 aux États-Unis.


Illustration de couverture : Trump (États-Unis), Macron (France), Merkel (Allemagne) et Trudeau (Canada) autour de la table des réunions du G7. Photo Élysée.

15 réflexions sur “G7 : au théâtre avec Macron

  1. Déçu, je suis : j’aurais aimé une scène de théâtre de boulevard avec ces 7 protagonistes, comme vous savez si bien les faire !!

    Le G7 des communicants a tenu ses promesses. Du rien érigé en art.

  2. « La politique est une affaire sale, une ruse, un cul-de-sac idéologique, un vaste pilleur de ressources intellectuelles et financières, un mensonge corrupteur, une tromperie, un moyen de répandre dans le monde un énorme malheur, d’une espèce inattendue et indétectée ; c’est le plus grand gaspilleur de productivité humaine jamais concocté par ceux qui ne croient pas à un authentique progrès économique et social. »
    Jeffrey Tucker

  3. Moi j’aurais plutôt observé que c’est « cap au vert ».
    Il a fait le bilan des élections européennes. Le voilà donc à surfer à fond sur la vague écologiste.

    Comme le disait récemment Marcel Gauchet « parler des impôts ou des institutions est assez ingrat dans le contexte où nous nous trouvons. Alors qu’avec le tri sélectif, vous avez un objet incontestable et familier, faisant appel à des ressorts émotionnels faciles à comprendre. Depuis une trentaine d’années, l’instruction civique a été remplacée par l’instruction écologique. L’écologie est devenue la forme acceptable de l’obligation envers la collectivité. Voilà le grand problème de la pédagogie actuelle, en matière sociale et civique. ».
    Et particulièrement au niveau local, l’écologie aura un impact massif sur les élections et certainement bien plus que la fiscalité ou les dépenses publiques. « La cause écologique va être la machine à broyer tous les gouvernements démocratiques dans la période qui vient » ajoutait-il.

    En bon politicard, il a endossé le costume qu’il fallait pour gagner les municipales et sa réélection jusqu’à nouvelle inflexion de ce qui reste du vote des électeurs.

    Climat, politique monétaire, taux, dette, capitalisme, les tromperies sont majeures !
    Effectivement, « un moyen de répandre dans le monde un énorme malheur, d’une espèce inattendue et indétectée »

  4. La séquence sur l’Amazonie est un modèle de désinformation et de mauvaise foi. Le dossier iranien est une patate chaude que Trump doit être ravi de ne plus porter seul.
    Par contre, la dette, la politique monétaire, les taux, les risques de récession, de guerre commerciale sont autant de sujets soigneusement évités.
    Macron s’est mis en scène, avec un certain succès, mais en récupérant des problèmes qui ne sont pas les siens et en laissant sou le boisseau ce qui aurait du être traité.
    C’était le songe d’une nuit d’été, où tout les sens sont trompés, où le théâtre se parodie lui-même. Dans cette pièce, la réalité reprend ses droits au matin.

  5. « il n’est pas exclu que la taxe GAFA française défendue bec et ongles par Bruno Le Maire s’efface devant une fiscalité numérique décidée au niveau de l’OCDE »:
    n’accablez pas encore BLM, cette taxe était prévue depuis le début de s’effacer dès la décision de l’OCDE;
    le G7 n’a rien inventé là-dessus.
    en tout cas vous avez l’air d’avoir apprécié le spectacle!

  6. La gêne de Luís Fernando Serra, ambassadeur du brésil, sur les différents plateaux TV au lendemain des déclarations du Président Bolsonaro et Macron en dit long sur l’état du monde aujourd’hui. Le chacun pour sois, la lutte pour tirer la couverture ou encore le repli identitaire, symptôme des maux causés par le capitalisme à outrance et la course effrénée à la rentabilité en sont les parfaites illustrations.

    • Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les brésiliens ont élu Bolsonaro et renvoyé les dirigeants du PT (parti des travailleurs)?
      Ces derniers sont accusés de corruption massive, tellement massive que ça commençait à trop se voir, tout l’appareil de l’état est vérolé. Le PT brésilien est d’ailleurs un des rares soutien au Vénézuéla de Maduro, grand succès de l’AmSud.
      Alors, parler des « maux causés par le capitalisme à outrance », comment dire…

  7. Les seuls impacts du G7 sur mon ordinaire existence: un accès problématique pour un de mes collègues se rendant à Biarritz et la présence d’Air Force One, sur un tarmac en retrait, à l’aéroport de Mérignac, vu, puisque je travaille juste à côté d’icelui. Idem pour « Trudeau Airlines ».

    Sans doute une halte.

    Pour le reste, du vent (dans la mouvance climatique), comme à l’habitude de ce paradeur patenté et futures taxes à l’envi (c’est pour la planète, on vous dit).

    Les grouillots et smicards de tout poil n’auront plus qu’à bazarder leur guimbarde essoufflée avant de subir les foudres renforcées des auxiliaires appointés de la prédation routière.

    Tout va bien, quoi !

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