Parti socialiste : mais jusqu’où ira la division cellulaire ?

Mesdames, Messieurs, permettez-moi de vous faire savoir que contrairement à ce que vous pouviez légitimement penser, le Parti socialiste n’est pas encore tout à fait mort ! Bien malmené par les dernières échéances électorales, il se rappelait hier à notre attention tel un grand blessé qui ne veut pas perdre espoir mais qui voit malgré tout son souffle le quitter : la splendeur de Solférino, c’est bel et bien fini ; les départs, les démissions et les refondations, ça continue de plus belle. Mais jusqu’où ira la division cellulaire mortelle du PS ?

Quelques rappels préhistoriques s’imposent, surtout à l’intention de mes plus jeunes lecteurs qui n’ont jamais entendu parler de ce parti depuis qu’ils sont en âge de voter. Je ne les blâme pas, comment pourraient-ils savoir qu’à une époque, il y a très longtemps, le PS scandait le tempo politique de la France ? Après tout, la consultation des sondages actuels permet de mettre en évidence quatre principaux partis : LREM, RN, FI et LR. Pas de PS à l’horizon, si ce n’est dans une vague marmite de petits prétendants plus ou moins frétillants. Plutôt moins, en ce qui concerne le PS.

Sachez donc que nous parlons du grand parti de Jaurès, Blum et Mitterrand (et Martine Aubry), du grand parti qui recueillait facilement 37 % des voix aux élections législatives dans les années 1980, du grand parti qui a fait passer la France de l’ombre à la lumière le 10 mai 1981, du grand parti qui, probablement un peu aveuglé par tant d’éclat auto-proclamé, a soutenu Ségolène Royal en 2007 et porté François Hollande et son scooter magnifique au pouvoir en 2012. Un François Hollande qui s’est montré si fier et si convaincu de son bon bilan qu’il a préféré ne pas se représenter en 2017 pour mieux le protéger !

Malgré quelques expériences « plurielles » branlantes tentées par le passé, c’est à ce moment-là que le travail de sape de la division cellulaire a véritablement commencé. Emmanuel Macron n’était pas encarté au PS, mais il avait participé de si près à la campagne présidentielle de François Hollande qui avait fait de lui son conseiller puis son ministre de l’économie, qu’on pouvait sans peine le cr`oire idéologiquement affilié à jamais en dépit de quelques blagues de fort mauvais goût à propos des 35 heures.

Pas de bol, il décèle des « immobilismes » chez Hollande, il se prétend « empêché » d’agir pour le bien de la France, il veut faire de la politique « autrement », bref, il démissionne, se déclare candidat et entraîne moult socialistes dans son sillage juvénile et printanier.

Suite à quoi, l’inénarrable ex-secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis organise une primaire qui, sur le papier et de par son nom de primaire de la Belle Alliance Populaire, fleure bon l’entente et l’unité, mais qui, dans les faits, met en scène les deux gauches « irréconciliables » : ceux qui en sont restés au marxisme de base avec Benoît Hamon et ceux qui penchent du côté de la social-démocratie façon Rocard avec Manuel Valls. Sachant que ces deux tendances sont déjà représentées à peu de choses près à l’extérieur du PS par Mélenchon et Macron respectivement.

Hamon l’emporte sur Valls, provoquant immédiatement une seconde division cellulaire et son ample fuite de socio-démocrates vers Macron. Résultat : lors de l’élection présidentielle du 23 avril 2017, il réalise un score singulièrement ratatiné de 6,36 %, voix écologistes comprises, tandis que les deux gauches irréconciliables mais véritablement offensives ont trouvé à s’exprimer avec éclat par 24 % chez Macron et presque 20 % chez Mélenchon (modulo l’abstention et les blancs et nuls qui ont atteint 33 % des inscrits, un record pour ce type d’élection).

A ce niveau d’insignifiance, on aurait pu croire que le PS avait atteint son minimum indépassable. Erreur, mes amis, erreur, le pire est toujours possible ! Dès son échec connu, Benoît Hamon prenait ses distances avec le PS canal historique en lançant le parti Génération.s dans le but de « reconstruire une gauche inventive qui dépassera les étiquettes politiques ». Aussi incroyable que cela paraisse, selon les derniers sondages sur les élections européennes de mai 2019, il réussit à obtenir un score de 4 % tandis que le PS atteint son « record absolu de gadin » avec 4,5 misérables petits points :

On aurait également pu croire qu’il avait été suffisamment réduit par les derniers événements électoraux pour ne plus réunir en son sein qu’un ensemble d’adhérents et de dirigeants parfaitement homogènes sur le plan idéologique.

Eh bien, il n’en est rien. Déjà en début d’année, à l’approche du congrès prétendument refondateur du PS qui s’est tenu en avril dernier, les prétentions du député européen Emmanuel Maurel de devenir Premier secrétaire faisait craindre un nouvel éclatement entre l’aile gauche qu’il représente et les « modérés » restés dans le parti – attention, ne rêvons pas : une modération toute relative, surtout fiscalement.

Depuis, les réalités de la vie politique ayant dissous le printemps macronien, l’attraction de LREM a fondu, comme en témoignent les difficultés du Premier ministre à former un nouveau gouvernement (toujours pas annoncé au moment où je publie). Mais la division cellulaire du PS n’en poursuit pas moins sa course mortelle effrénée.

Le même Maurel, sans aucun égard pour le vague à l’âme du PS, a choisi le jour précis où ce dernier se séparait définitivement de son siège de la rue de Solférino, pour se livrer à une nouvelle opération de division via un grand entretien au journal Le Monde.

C’est d’autant plus perfide de sa part que dans l’esprit d’Olivier Faure, actuel premier secrétaire du parti, la perte de Solférino s’accompagne d’un choix très politique de s’installer à Ivry-sur-Seine, bastion communiste permettant de renouer avec les milieux modestes perdus par François Hollande au cours de son quinquennat. Or si Maurel s’en va, c’est justement parce que :

« Le PS ne correspond plus à l’idée que je me fais du socialisme. Son but, c’est la défense des intérêts des gens modestes. La stratégie pour répondre à cet objectif, c’est le rassemblement des forces de gauche. Le PS a perdu de vue et l’objectif, et la stratégie. »

.
Subtil. Il fait sécession pour rassembler et il quitte un PS qui s’adresse de nouveau aux classes populaires pour pouvoir s’adresser enfin aux classes populaires. Comprenne qui pourra. Surtout quand on le voit déclarer ensuite que :

« Je ne veux pas être au PS le jour où il réinvestira François Hollande comme candidat. »

Au secours, scoop cauchemardesque ! François Hollande à nouveau au PS  ! Il est fort dans le catastrophisme, ce Maurel !

Toujours est-il que la rhétorique de son annonce – « Ce n’est pas un départ du PS, c’est une scission » – fait irrésistiblement penser au dialogue entre Louis XVI et son grand maître de la garde-robe un certain 14 juillet 1789 : « C’est une révolte ? Non, Sire, c’est une révolution ! » Maurel entend bien faire comprendre qu’il ne faut pas minimiser sa décision. Selon lui, ce sont « des centaines de cadres et d’élus locaux, des maires » flanqués de Marie-Noël Lienemann qui le suivent. Est-ce pour autant une révolution ?

Si l’objectif énoncé assez clairement de rejoindre la France insoumise pour les Européennes parvient à se concrétiser dans un accord électoral, même éphémère, il est certain qu’on pourrait assister à un chamboulement non négligeable des rapports de force politiques à la gauche de la gauche.

Mais l’on se rappelle aussi que c’est la carte que Benoît Hamon a tenté de jouer pour la Présidentielle. Sans succès, tant Jean-Luc Mélenchon est jaloux de sa position de principal opposant à Macron. Sera-t-il prêt à l’unité alors que sa cote pâlit ? Rien n’est moins sûr. De plus, le scrutin  proportionnel pousse à l’éparpillement des listes, ne serait-ce que pour assurer le plus de sièges possible aux différents leaders.

Il n’empêche, se voulant l’héritier de la seule vraie gauche, celle qui a trouvé ses racines chez les jacobins et les marxistes, il revendique « un socialisme décomplexé ». S’il pense à Robespierre et au Comité de salut public, toutes les angoisses sont permises.

Mais à l’appui de cette profession de foi politique, Le Monde nous informe aimablement – et ce n’est pas moins angoissant – qu’Emmanuel Maurel est un animal rare en politique : il lit ! Et que du meilleur :

Lors du débat organisé en mars 2018 pour départager les candidats à la tête du PS, « il parvint à placer Spiderman, le poète latin Térence, Freud ou encore Orelsan. »

Toujours entre Strasbourg et Paris, « pendant les trajets en train, il lisait. Une fois rentré chez lui, dans le Val-d’Oise, il regardait des séries. »

.
Pour du décomplexé, voilà qui fait furieusement banal. Au secours, la gauche la plus bête du monde veut revenir ! Il n’y a plus qu’à espérer que de division cellulaire en division cellulaire, le PS finisse par disparaître, que ce soit dans sa petite version officielle ou dans ses multiples versions dissidentes. Pour cela, le mieux, c’est probablement de souhaiter que Jean-Luc Mélenchon reste bien le leader autocratique, colérique et stupidement sûr de lui d’un parti de plus en plus caricatural.


Illustration de couverture : Emmanuel Maurel annonce dans Le Monde qu’il quitte le Parti socialiste, 12 octobre 2018. Capture d’écran.

10 réflexions sur “Parti socialiste : mais jusqu’où ira la division cellulaire ?

  1. De mortuis nihil nisi bonum dit l’adage.

    La division anarchique des cellules d’un corps est peut être un cancer qui amène le décès du patient. Celui du PS est bien avancé et il est temps de le placer en soin palliatif en attendant son décès qui ne saurait tarder, ce qui sera un soulagement pour beaucoup de gens.

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  2. Toutes ces péripéties partisanes sont anecdotiques et si elles tuent probablement les partis institutionnels en place, elles ne tueront hélas pas le socialisme étatiste endémique d’une grande majorité de français estimant , y compris hors étiquette, qu’il est le seul à porter les valeurs de justice, partage et solidarité dont ils se réclament, et broyant a contrario tout système prônant l’effort, le mérite, la réussite individuelle et les richesses (en gros le libéralisme généralement qualifié d’ « ultra ») considérées comme vulgaires et source d’inéquité entre les individus. Giscard prétendait que Mitterrand n’avait pas le monopole du cœur, il avait tort, les français estimant qu’il est exclusivement « à gauche », à grand renfort de politiciens démagos, de médias à la botte, d’enseignants conditionnés de l’école publique obligatoire, de commentaires désespérément simplifiés ou crapuleux de toutes origines (dont par exemple nombre d’artistes du show business), ayant enraciné durablement une culture socialiste dans l’inconscient collectif français. La culture de gauche fait son lit sur l’affectif et l’idéologie, ne nécessitant aucun autre effort intellectuel que celui d’assister au spectacle et de pleurnicher en groupe. Ceci explique son succès , même si le parti prétendant le représenter venait à disparaître.

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    • Effectivement, il n’y a plus besoin de parti socialiste.
      Tous les partis sont socialistes et avec plus de 1000 Mds de prélèvements obligatoires, nous avons mis presque tout en commun. L’offre est socialiste, pour manger, se déplacer, se soigner, voter, etc..et l’enseignement de nos enfants et petits-enfants prône l’idéal socialiste.
      Il faudra de toute façon beaucoup de temps pour décontaminer des générations qui ont ce mode de croyance et de pensée.

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  3. Pingback: Au secours, la gauche la plus bête du monde veut revenir ! | Contrepoints

  4. Comme disait un philosophe très connu, « qu’est-ce qu’on se marre ici » 🙂

    Si, si, ce discours caricatural me fait bien rire, alors j’en remercie l’auteur (sans « e » car je suis resté classique dans mon orthographe).
    Comme toute caricature, elle est très proche de la réalité. Toutefois la réalité des uns, n’est pas toujours acceptable par les autres, ceux qui pleurent leur cher disparu.
    Effectivement, la mort est la fin obligatoire de toute chose, de tout être vivant ou croyant l’être. Tous passons par cette phase extrême. La disparition de cet « être » cher ne pourra être surmontée que par la croyance … En quoi ? En un autre « être » cher, une autre chose, un autre alien multi-têtes, une renaissance, une résurrection ?

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  5. Pour leur nouveau siège à Ivry, la location d’un studio devrait suffire, avec une table et 4 chaises pour les AG.

    Comme le disait un commentateur à la radio, il y a quelques mois : la chute du PS n’intéresse personne, à tel point qu’on ne se demande même pas pourquoi on ne s’y intéresse pas.

    La bonne nouvelle, c’est que le PS est cliniquement mort.
    La mauvaise, c’est que cela laisse le champ libre à LREM, sorte de bouture génétiquement modifiée du PS et cultivée hors sol. Les mêmes en pire, donc.

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  6. En perdition, le bobo parigot ne faisant plus recette, les socialos ont décidé de se recentrer sur leur cœur de métier, et d’aller taquiner le prolo à Ivry, pour se refaire une santé … Faut dire que Solférino, le piège à bobos, coûte une blinde … Et à Ivry, ils ont un vaste parking sous-terrain qu’ils vont aménager, façon catacombes, où ils vont pouvoir héberger le cimetière des éléphants …
    Et comme beaucoup de socialos se sont éclipsés en marche arrière, ils ont besoin de moins de place, et vont faire de grosses économies … A tel point, qu’à force d’élaguer les branches mortes, ils vont pouvoir tenir leur prochain congrès dans une cabine téléphonique … D’ailleurs, pour se rattraper, Cambadélis anticipe, et traite déjà le marché … Parait que dans la Creuse, il reste quelques cabines qu’ils n’ont pas encore mis à la benne, et qu’ils louent à des prix défiant toute concurrence …
    Mieux encore, des touristes socialos, tout à fait fortuitement de passage à Tulle, ont repéré une cabine qui n’avait pas été démantelée … une aubaine … et, s’approchant pour se renseigner, des fois que …. Ils ont eu un choc !… Dans la cabine, il y avait …… un scooter !!!… intrigués, renseignements pris auprès des autochtones, c’était pour la réserver … Il semble qu’un visionnaire avait anticipé …

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