Le cas Sarko : pas aimé, pas voulu, et pourtant bouge encore

Contribution à un commentaire critique sur le programme économique de Nicolas Sarkozy pour 2017.

 Très convenablement élu Président de la République en 2007, porteur d’une grande espérance de changement après le long statu quo chiraquien, Nicolas Sarkozy a rapidement connu le désamour des Français. Entre comportements « bling-bling » peu appréciés et crise économique brutale débouchant sur la montée du chômage, de la dépense et de la dette publique, sa cote de popularité est passée sous les 50 % dès 2008 pour s’enfoncer jusqu’à 20 % avant de regagner un peu de terrain en 2012, pas assez cependant pour assurer sa réélection. Depuis, les sondages se suivent et se ressemblent : dans leur grande majorité, les Français ne souhaitent pas le voir retrouver la fonction suprême. Pour eux, Sarkozy, c’est celui qui a dit « Casse-toi, pauv’con » et qui a laissé augmenter le nombre de chômeurs de 747 000 personnes pendant son mandat, tout en faisant des « cadeaux aux riches. »

Assez étonnamment, le livre qu’il vient de publier, La France pour la Vie, connait un joli succès de librairie pour ce type d’ouvrage de profession de foi pré-électorale. Numéro 1 des ventes avec 70 000 exemplaires vendus dès la première semaine, c’est un petit signe parmi d’autres que Nicolas Sarkozy, bien que détesté, continue malgré tout à intéresser les Français, et parmi les Français, les militants de son parti. On verra si l’audience de l’émission Des paroles et des actes à laquelle il a participé hier soir confirmera ou non cette attraction paradoxale (MàJ le 5/2 à 12 h : 2,7 millions de téléspectateurs, plutôt un bon score pour cette émission).

J ai changeDans son livre, Sarkozy revient sur son quinquennat. Il fait le bilan de ce qui a marché, de ce qui n’a pas marché, de ce qu’il n’a pas fait et qu’il aurait dû faire, ainsi que des erreurs personnelles qu’il a commises. C’est le fameux mea culpa, qui a suscité pas mal de dérision dans la presse et sur les réseaux sociaux. Un « retour d’expérience » préfère dire Nicolas Sarkozy. Mais surtout, fort de cet examen de conscience, il y esquisse un début de programme économique, qu’il a détaillé mercredi dernier dans une interview au journal Les Echos. De quoi est-il question ?

S’il est élu en 2017, l’ex-Président souhaite faire « redémarrer la machine économique au plus vite » et restaurer la confiance des Français et des partenaires de la France. Il base donc toute son action sur la concomitance de trois mouvements : baisse des impôts et des cotisations sociales, baisse des dépenses publiques et réforme du marché du travail, l’ensemble devant s’auto-financer :

Il faut simultanément voter, dès l’été 2017, les baisses d’impôts, les mesures d’économie et l’assouplissement du marché du travail. C’est un enjeu essentiel, pour que tout le monde, les Français, nos partenaires européens mais également les porteurs de dette publique française voient la cohérence, l’ambition et l’efficacité de nos mesures.

Il est certain que d’un point de vue libéral, qui est aussi le point de vue de l’efficacité économique, ce sont bien les mesures à prendre au plus vite. Il est assez aisé de démontrer que la politique inverse, à savoir hausses d’impôt, dépenses publiques, code du travail toujours plus lourd et réglementé, n’est pas efficace. Elle aboutit aussi rapidement que sûrement à la triste situation économique que nous connaissons aujourd’hui – chômage au-delà de 10 % en catégorie A, dépense publique égale à 57,7 % du PIB, dette publique frôlant les 100 % du PIB et déficit public toujours au-delà des 3 % du PIB demandés par l’Union européenne.

Or il se trouve justement que c’est le résultat direct de la politique choisie par François Hollande et son gouvernement, malgré la fausse prétention de faire « 50 milliards d’économie en trois ans », malgré des tentatives de baisses de charges sociales avec le Pacte de responsabilité et malgré quelques palabres sur la réforme du marché du travail. Pourquoi « triste » situation ? A la fois parce que la dégradation est continue et parce que ses indicateurs frôlent maintenant les niveaux d’un pays proche de la faillite, alors que le Royaume-Uni ou l’Allemagne, pays voisins proches et comparables, affichent une santé économique que leur taux de chômage de 5 à 6 % suffit à démontrer.

Dans le volet baisses d’impôt, Nicolas Sarkozy parle d’un contre-choc fiscal de 25 milliards d’euros. On peut noter positivement qu’il a maintenant décidé nettement de supprimer l’ISF (un de ses regrets) afin de faire revenir les patrimoines élevés, ceux qui fournissent le capital indispensable à l’investissement donc à la croissance. Il préconise également une baisse de l’impôt sur le revenu de 10 % pour donner de l’air aux classes moyennes, et une suppression complète des charges sociales au niveau du SMIC.

Concernant la réforme du marché du travail, on peut observer avec satisfaction qu’elle passera par la suppression des 35 heures légales (un autre de ses regrets). Dans le privé, la durée hebdomadaire de travail sera laissée à l’appréciation des entreprises, et dans le public, Sarkozy propose de passer à 37 heures payées 37, éventuellement à 39 payées 39 pour les fonctionnaires qui le souhaitent. L’indemnisation du chômage continuera à se déclencher selon les règles actuelles, mais l’ancien Président envisage la dégressivité des indemnités au fil du temps. Quant au compte pénibilité, il sera supprimé, et je pense que personne ne le regrettera.

Enfin, pour ce qui est des dépenses publiques, environ 1250 milliards d’euros par an aujourd’hui,  il est question de les faire baisser de 100 milliards d’euros sur le prochain quinquennat afin de ramener le taux actuel de 57,7 % du PIB à 50 %. Pour ce faire, Sarkozy réintroduit sa règle de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et souhaite faire inscrire dans la Constitution la limitation des effectifs des collectivités territoriales. Concernant les allocations sociales, une allocation unique remplacerait le RSA, la prime d’activité et l’allocation logement. Enfin, l’âge légal de la retraite passerait à 63 ans en 2020 puis 64 ans en 2025 et tous les régimes spéciaux seraient alignés sur le régime général.

Est-ce à dire qu’avec Sarkozy, on a enfin trouvé le candidat idéal ? Non, pas tout à fait. Mes objections se situent à plusieurs niveaux : Peut-on faire confiance à Sarkozy pour appliquer son programme ? A quel moment y a-t-il prise en compte du contexte économique mondial ? Et surtout, si les mesures proposées correspondent bien à la lettre de ce que j’attends, pourquoi restent-elles pour certaines assez superficielles sans s’attacher à une transformation en profondeur de nos structures ?

Nicolas Sarkozy a été Président de la République pendant cinq ans. En début de mandat, il a lancé un certain nombre de réformes intéressantes : le service minimum, l’autonomie des universités, l’âge légal de départ en retraite à 62 ans au lieu de 60 ans. Par contre, il est resté complètement sur la réserve sur les 35 heures, sur l’ISF, et sur les baisses de charges sociales des entreprises. Son livre de regrets suffira-t-il à le blanchir ? C’est difficile à dire, mais ce qui est certain, c’est que ça ne jouera pas en sa faveur dans l’électorat qui pourrait être le plus sensible à ses propositions. De plus, on se doute que de telles réformes vont se heurter à tous les archaïsmes syndicaux possibles. Comment les dépasser ? Sur ce dernier point, Nicolas Sarkozy propose de recourir au référendum pour acter la volonté populaire.

D’autre part, on se rappelle que l’élection de 2007 fut suivie à brève échéance de la crise de 2008 et 2009. Envolées les bonnes résolutions libérales, retour aux basiques rooseveltiens, à savoir grand emprunt, grands travaux, grands projets, grosses dépenses. Si l’on peut voir dans cette démarche des avantages à très court terme, on est aussi obligé de constater que huit ans après la France traîne la patte. En fait, nous ne sommes pas sortis de la crise. Or les indicateurs mondiaux, régulièrement revus à la baisse en terme de croissance, ne portent guère à l’optimisme pour 2016 et font craindre l’arrivée d’une crise encore plus dure que celle de 2007. Dans son entretien aux Echos, Nicolas Sarkozy n’a pas évoqué le contexte économique mondial. Que deviendrait son programme, si le ralentissement chinois et la surabondance de monnaie injectée dans l’économie mondiale sous forme de dette devaient provoquer à nouveau des faillites en chaîne ?

Mais surtout, pourquoi parler de contre-choc fiscal si ce n’est pas pour repenser complètement notre fiscalité, la simplifier et la rendre à la fois plus équitable et plus transparente, avec l’introduction d’une Flat Tax à deux taux par exemple et une baisse de l’impôt sur les sociétés ?
Pourquoi parler de limiter les effectifs des fonctionnaires territoriaux sans évoquer la vraie réforme territoriale qui n’a pas été faite par François Hollande et qui reste à faire, c’est-à-dire la suppression pure et simple de l’échelon départemental ?
Pourquoi parler de ne pas remplacer un fonctionnaire partant en retraite sur deux si ce n’est pas pour repenser dans le détail les missions de l’Etat en affectant des moyens là où c’est dramatiquement nécessaire (Ministère de la Justice avec son administration pénitentiaire, par exemple) et en adoptant un rythme de baisse des effectifs plus intense dans d’autres secteurs ?

En supposant même que tout ceci soit réalisé, je crains cependant que Nicolas Sarkozy ne puisse jamais devenir un candidat acceptable pour un libéral. En disant libéral, je parle d’une personne qui ne limite pas son libéralisme à la baisse de la fiscalité. Pour ce libéralisme exigu, il existe la Russie de Poutine, et curieusement, à cette aune-là, la France fait plutôt bonne figure. Non, je parle d’un libéral attaché aux droits naturels dans leur ensemble. Or Sarkozy a assuré François Hollande de son soutien pour les réformes constitutionnelles qu’il envisage, c’est-à-dire la prolongation de l’état d’urgence, et son introduction, avec la déchéance de la nationalité (pour les binationaux ? on ne sait plus) dans notre loi fondamentale (vidéo 1′ 27″) :

Cette réforme constitutionnelle est un projet à la fois inutile et liberticide, totalement incompatible selon moi avec toute notion de libéralisme. En dépit d’une inflexion plutôt libérale, quoique un peu superficielle, de son programme économique, Nicolas Sarkozy ne pourra en l’état devenir le candidat des vrais libéraux. 


Vision for the G20: Nicolas Sarkozy, Klaus Schwab

Illustration de couverture : Nicolas Sarkozy à Davos (World Economic Forum) en janvier 2011. Swiss-image.ch / Photo by Moritz Hager.

8 réflexions sur “Le cas Sarko : pas aimé, pas voulu, et pourtant bouge encore

  1. Je pense que Hollande rêverait d’avoir Sarkozy plutôt que Juppé comme adversaire en 2017.
    Sarkozy aura probablement un adversaire centriste dans les pattes, c’est moins probable avec Juppé.
    Et toutes ces « affaires » qui ressortiront au bon moment.

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  2. @ P. Lacroix
    Bonjour,
    C’est vrai que ça paraît farfelu. Mais je serais moins sévère que vous. Concernant la ratification du TCE, on ne peut pas dire que Sarkozy n’avait pas prévenu les électeurs avant l’élection de 2007. Au moins une promesse tenue 🙂
    Cordialement, Nathalie MP.

    @ Jean
    Aux dernières nouvelles, Bayrou a effectivement dit qu’il se présenterait si c’était Sarko qui y allait. Par contre, il se rangerait derrière Juppé.
    Et pour les « affaires », oui, calme plat actuellement, avant la tempête ?

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  3. Entièrement d’accord avec votre diagnostic Nathalie. L’adage dit que le sage montre la lune au fou qui ne regarde que son doigt, mais dans le cas Sarko, il ne montre que le doigt. Comme avec Hollande, son projet n’est qu’un empilage de mesures numérotées, comme les virages de l’Alpes d’Huez, sans vision globale, sans cible pour en assurer la cohérence et la compréhension finale permettant aux français de se solidariser vers un but commun, avec l’effort de chacun à son niveau. C’est d’ailleurs ce patchwork de mesures en vrac qui permet d’en abandonner un grand nombre en cours de route puisque cet assemblage décousu n’a pas d’intention générale. Sénèque disait qu’il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va et Sarkozy hélas ne regarde que la bouche de Sénèque.

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  4. Il est aussi absurde de prendre la Russie comme modèle libéral que de la prendre comme modèle des valeurs chrétiennes ou simplement traditionnelles.

    La cote de la Russie chez les libéraux français repose essentiellement sur la flat tax, mais c’est une vision aussi obsolète et partielle que détachée de son contexte. La flat tax a été introduite dans le contexte de la libéralisation sauvage (et spectaculairement ratée) des années Eltsine, où l’anarchie était telle que tout le monde fraudait l’impôt et que toutes les entreprises louaient des équipes de gangsters pour se protéger du racket, lequel pouvait aussi bien provenir de policiers faisant des heures supplémentaires dans le « privé ». L’instauration de cette taxe a effectivement permis d’améliorer les rentrées fiscales, mais de là à dire que la Russie est un pays libéral, ne serait-ce que sur le plan économique, c’est une vaste plaisanterie.

    A peu près aussi grotesque que le canard bien connu du « remarquable système de santé cubain », tellement bon « qu’il s’exporte à l’étranger » (un peu comme la Sécu française « que le monde entier nous envie » ). Faut-il préciser que les hôpitaux-vitrines cubains sont réservés à la nomenklatura et à ceux qui payent en dollars, tandis que les vrais hôpitaux, ceux qu’on ne montre jamais aux visiteurs, sont des horreurs de niveau africain voire pire ?

    En Russie, pour faire du business, il faut backchicher de façon systématique, et encore cela ne vous garantit rien : l’Etat peut toujours vous confisquer votre entreprise en vous imputant des infractions fiscales tout à fait imaginaires, la justice étant 100 % politique et 100 % aux ordres.

    La Russie est une kleptocratie mafieuse dont les bases ont été jetées bien avant la chute de l’URSS, les communistes s’arrogeant en sous-main la propriété personnelle des entreprises officiellement nationalisées. Ce fut la base de la confiscation de la richesse nationale par ceux qu’on a appelé les oligarques, et qui étaient simplement d’anciens communistes en ayant pris un peu trop à leur aise. Aujourd’hui, Poutine et son clan ont « maté les oligarques », selon la légende officielle, mais cela veut simplement dire qu’ils se sont mis eux-mêmes dans la poche ce qui était monopolisé auparavant par des francs-tireurs. Et que les « oligarques » ont été admis à poursuivre leurs intéressantes activités, à condition qu’ils soutiennent Vladimir Poutine.

    En Russie, monde politique = police secrète (ex-KGB) = réseaux mafieux = « économie ». Dans un cadre pareil, que la taxe soit « flat », pointue ou ondulée n’a strictement aucune importance. Dire que la Russie est libérale sous prétexte qu’elle possède une flat tax (et d’ailleurs, j’ignore si elle existe encore), c’est comme dire que l’URSS était démocratique parce qu’elle tenait des élections.

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