Pour la DÉMOCRATIE – et la LIMITATION du pouvoir de l’État

Thiel et ses amis – Lagasnerie et ses amis : deux élitismes de contenu opposé pour deux obscurantismes antidémocratiques dans lesquels la liberté individuelle est évincée et le pouvoir de quelques-uns renforcé.

Sommaire
I. Lagasnerie et ses amis de la gauche radicale contre la démocratie
II. Peter Thiel et ses amis des « Lumières sombres » contre la démocratie
III. Tocqueville, la démocratie et la tyrannie de la majorité
IV. Les libéraux, la démocratie et la limitation du pouvoir

I. Lagasnerie et ses amis de la gauche radicale contre la démocratie

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans ces pages le sociologue proche de La France insoumise Geoffroy de Lagasnerie (46 ans). C’était en 2020 à propos de la liberté d’expression. En tournée pour faire la promotion de son ouvrage Sortir de notre impuissance politique visant à redonner de l’impact aux idées et aux luttes de gauche, il considérait tout simplement qu’il n’y avait pas lieu de débattre avec des opposants, c’est-à-dire avec la droite, cette dernière étant par nature le terrain des « opinions injustes » (vidéo, 01′ 16″) :

« Je pense que nous perdons notre temps lorsque nous allons dans les chaînes d’info débattre avec des gens inconvaincables. Nous ratifions la possibilité qu’ils fassent partie de l’espace du débat. J’assume qu’il faut reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour reproduire un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes. »

Impossible de faire plus clair : l’espace du débat doit se limiter aux « opinions justes », c’est-à-dire uniquement les siennes et celles de ses amis de la gauche radicale, à savoir progressisme, égalitarisme et dépénalisation de tout. Qui décide que telle opinion est juste ? Lui, bien sûr. Les opinions non autorisées n’ont plus qu’à se taire, voire se terrer, face à l’avenir évidemment radieux promis par les brillantes idées de M. de Lagasnerie et ses amis.

Le sociologue se rattrape ensuite plus ou moins aux branches en confessant qu’il n’a pas trop de sympathie pour l’appareil d’État et qu’il est plutôt favorable à une censure qui prendrait la forme du mépris et de l’indifférence. Et de fait, ignorer des opinions qui nous déplaisent est une option parfaitement légitime. Personne n’est obligé d’acheter Charlie Hebdo, personne n’est obligé d’assister aux spectacles de Dieudonné, personne n’est obligé d’écouter Éric Zemmour, etc.

Sauf que ce n’est pas du tout la méthode Lagasnerie. Dans les faits, il préfère de beaucoup actionner le levier de la cancel culture, ainsi que Marcel Gauchet a pu s’en rendre compte à ses dépens en 2014.

Aujourd’hui, il franchit un pas, que dis-je, un gouffre de plus, en s’en prenant directement à la démocratie. De quel droit des personnes qui n’ont que la qualité de vivre sur le même territoire que moi au même moment que moi, mais qui, dans leur immense majorité, sont loin d’avoir mes connaissances et mes capacités d’analyse, pourraient-elles prétendre me gouverner ? interroge-t-il dans son dernier ouvrage intitulé L’âme noire de la démocratie :

Non ! s’exclame-t-il, « la culture démocratique de l’élection, du débat, du principe de majorité, du vote, de la volonté populaire, de l’assemblée directe ou du parlementarisme n’est pas la seule culture politique possible (…) D’autres valeurs pourraient gouverner la production d’une atmosphère politique plus libre, plus juste, plus rationnelle, en un mot plus respirable. »

Soulignements de mon fait. Car bien sûr, comme souvent, comme toujours en fait, c’est au nom de la liberté, de la justice et de la raison que l’on vous bâillonnera. Quant à l’idée que l’atmosphère deviendrait instantanément plus respirable, cela signifie que les antifascistes tels que lui n’auraient plus à subir les effluves nauséabonds des idées fascistes qui pullulent odieusement dans nos sociétés démocratiques ; et ça commence au Parti socialiste, c’est dire l’horreur dans laquelle la démocratie nous fait vivre (vidéo, 03′ 40″) :

On en revient finalement à ce que Lagasnerie disait sur le débat. La légitimité des choix politiques relève de la justice, pas du vote, et l’acceptabilité de ce qui est juste ou non relève de l’omniscience de Lagasnerie et ses amis. Conséquence immédiate : il est urgent de poser des limites à la démocratie, ce qui passerait par un permis de voter qui n’est pas sans rappeler l’argument développé par le journaliste et député antispéciste Aymeric Caron il y a quelques années (en 2017) : il existe bien un permis de conduire ! Il existe bien des diplômes pour exercer telle ou telle profession ! Dorénavant, « le citoyen inculte et irresponsable n’aura plus droit au chapitre » ! 

Brutal, mais limpide. Contre l’oppression du vote de tous les citoyens qui fait émerger des idées politiques que je ne partage pas et qui risquent d’être appliquées, préférons l’absence de vote et le pouvoir exclusif de mes valeurs de gauche sur tous les citoyens. Il n’y a rien à décider, rien à choisir, rien à discuter ; ces valeurs sont justes car telle est mon opinion universellement informée, donc indubitablement supérieure.

Retour au régime du despote éclairé. La personne individuelle, ses espérances, sa recherche du bonheur, sa liberté personnelle – oubliées, évacuées, oblitérées.

Rien de bien nouveau, Madame MP, me direz-vous. Vous nous décrivez là une gauche radicale typiquement idéologique qui ne brille que dans l’affirmation toujours renouvelée de son indécrottable sectarisme. Sans doute, mais maintenant, regardez de l’autre côté, regardez le « libertarien » Peter Thiel (avec des guillemets, comme il s’en donne lui-même dans son essai  de 2009 The Education of a Libertarian).

II. Peter Thiel et ses amis des « Lumières sombres » contre la démocratie

Peter Thiel, 58 ans, de nationalités américaine et néo-zélandaise, a étudié le droit et la philosophie (cette dernière matière sous la houlette de René Girard) à l’université de Stanford en Californie, puis il est devenu entrepreneur dans la nouvelle économie numérique et les paiements électroniques. Co-fondateur de Paypal où il est rejoint par Elon Musk jusqu’à la revente à eBay, un temps actionnaire dans Facebook et dans de multiples autres entreprises plus ou moins utopiques (contre le vieillissement humain, par exemple), il est aujourd’hui co-fondateur et membre du conseil d’administration de Palantir, une entreprise spécialisée dans l’analyse des mégadonnées (big data) et la cybersurveillance à destination des gouvernements, des services de renseignement, des armées et des grandes entreprises.

Eh bien, lui aussi, comme Lagasnerie, est un déçu de la démocratie, accusée de ne pas permettre l’éclosion de la liberté. Comme Lagasnerie, il a identifié des pans entiers de la société qui freinent la liberté à laquelle il aspire – pas la droite et les fascistes de Lagasnerie, mais les femmes et les bénéficiaires des aides sociales. Selon lui, ces deux catégories, en disposant comme les autres du droit de vote, poussent le choix démocratique vers plus d’interventionnisme étatique, plus de redistribution sociale, plus de dette et moins de liberté pour le capitalisme.

Indépendamment de la question du vote de telle ou telle catégorie de la population, le constat n’est pas sans un certain réalisme, surtout si l’on pense à la France et ses 5 % de déficit public. Il est cependant aisé de trouver des pays qui étaient profondément engagés dans la social-démocratie, voire le socialisme le plus abouti, et qui, dans un contexte démocratique inchangé, se sont réformés dans un sens libéral propre à satisfaire les exigences de Peter Thiel : Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni dans les années 1980, Allemagne au début des années 2000, Irlande et Pays-Bas après la crise financière de 2008, notamment.

Peter Thiel considère cependant que seul un techno-capitalisme délesté de tout universalisme philosophique et moral peut conduire à l’accélérationnisme des sciences et des techniques, lequel constituerait à ses yeux la seule évolution à même d’accomplir les espoirs de l’humanité. Ainsi, comme Lagasnerie, il s’en remet à la supériorité des sciences et de la raison. Nul besoin de procéder à des choix par le biais du vote universel puisque la tech est là pour montrer la voie à suivre. Nul besoin d’obtenir l’assentiment des citoyens puisqu’une petite élite supérieurement intelligente, éduquée et parfaitement au fait des enjeux de l’humanité pourrait gérer l’État comme on gère une entreprise, pour le bien des masses moins éclairées et difficilement éducables au niveau exigé par les intelligences artificielles d’aujourd’hui.

Comme précédemment, retour au régime du despote éclairé dont seules la pensée et les aspirations comptent. La personne individuelle lambda, ses espérances, sa recherche du bonheur, sa liberté personnelle – oubliées, évacuées, oblitérées.

Beaucoup de rêve, donc, et beaucoup de fantasmes dans les possibilités infinies de la technologie chez Peter Thiel. Et, inévitablement, beaucoup de déception face à la marche effective de l’humanité. Le progrès n’est plus ce qu’il était, il est en panne ou se porte sur des innovations dénuées d’importance :

« Nous voulions des voitures volantes, nous avons eu 140 caractères. » (dans son essai Qu’est-il arrivé au futur ?)

Autre façon de le dire : « L’homme a atteint la Lune en juillet 1969 et Woodstock a commencé trois semaines plus tard : les hippies ont pris le pouvoir. » Pire, nous serions menacés par l’Antéchrist et plus très loin de connaître l’apocalypse (thèmes étrangement superstitieux, abordés longuement lors de la conférence qu’il a donnée à Paris à l’Académie des sciences morales et politiques en janvier dernier).

Aussi, comme Lagasnerie pour la question du débat, Peter Thiel a trouvé un modus vivendi qui lui permet à la fois de se rattraper aux branches sur la question du vote des femmes et des bénéficiaires des aides sociales, et d’échapper au sombre futur qu’il entrevoit : pratiquer une certaine forme d’indifférence et de mépris pour la sphère politique, accusée d’étrangler la liberté, et se consacrer totalement à la science afin d’explorer des univers nouveaux non encore corrompus par l’universalisme démocratique (conquête spatiale, cyberespace et cités flottantes).

Sauf que, comme Lagasnerie, il est loin de s’en tenir à cette sagesse du retrait du monde politique. On sait par exemple qu’il a étroitement piloté JD Vance, tant financièrement que sur les plans religieux et intellectuel, pour en faire le vice-président du président américain Donald Trump.

Thiel n’est pas le seul de son espèce. Dans sa critique de la démocratie et sa croyance en l’invincibilité et l’infaillibilité de la tech, il se rattache au mouvement dit néoréactionnaire, également connu sous le terme plus évocateur de « Lumières sombres », qui a émergé aux États-Unis en même temps que la révolution numérique, à partir des années 2000. Les deux principaux théoriciens en sont l’informaticien américain Curtis Yarvin et l’écrivain britannique Nick Land, dont les concepts viennent de faire l’objet du livre « Les Lumières sombres – Comprendre la pensée néoréactionnaire » de l’analyste politique Arnaud Miranda.

III. Tocqueville, la démocratie et la tyrannie de la majorité

Au fond, tant Geoffroy de Lagasnerie et ses amis que Peter Thiel et ses amis observent que la démocratie porte en elle le germe vivace de la « tyrannie de la majorité » qu’Alexis de Tocqueville avait parfaitement discerné lors de son voyage aux États-Unis en 1831 et parfaitement analysé dans son livre De la démocratie en Amérique (1835-1840).

Dans la mesure où le système électoral, peu importe les éléments détaillés du scrutin, cherche à porter au pouvoir la force politique qui reçoit la majorité des suffrages – et l’on attribue non sans raison à ce système majoritaire la vertu de rendre une nation gouvernable jusqu’à la prochaine élection –, il est probable que la minorité qui n’a pas voté pour le gouvernement issu des urnes devra endurer une certaine forme de frustration et subira peut-être une certaine forme de discrimination.

Il est également probable, il est même certain, que les politiciens qui cherchent l’approbation de leurs concitoyens seront tentés de proposer des politiques susceptibles de plaire au plus grand nombre. La pente vers le populisme n’est pas très loin, la pente vers les rutilantes promesses non financées non plus. L’opinion publique, façonnée par l’école, l’université et les médias (la « cathédrale » selon les néoréactionnaires) devient le juge ultime des décisions à prendre et ce faisant, elle encourage à la fois le conformisme des électeurs et le manque de courage des dirigeants.

IV. Les libéraux, la démocratie et la limitation du pouvoir

Les libéraux classiques sont conscients de tout cela. Mais plutôt que de proposer une sortie de la démocratie pour ne garder finalement qu’une formule de despotisme justifiée par un élitisme autoproclamé qui évacue (on pourrait dire « cancel ») la question des libertés individuelles (en substance : nous, qui détenons tous les savoirs, savons mieux que vous ce qu’il vous faut), ils gardent la démocratie pleine et entière, c’est-à-dire non seulement le vote, mais aussi l’alternance pacifique, l’État de droit et la séparation des pouvoirs.

Il ne suffit pas qu’il y ait un système judiciaire, mais aussi l’indépendance des juges par rapport à l’exécutif ; il ne suffit pas qu’il y ait une Constitution et une Cour suprême, mais aussi l’indépendance des magistrats suprêmes ; il ne suffit pas qu’il y ait un Parlement, mais aussi qu’il soit en mesure de voter librement les textes de lois ; il ne suffit pas qu’il y ait des médias, mais aussi des rédactions libres et indépendantes du pouvoir, sur le plan financier comme sur celui des contenus.

Et au sommet de tous ces éléments indispensables, les libéraux classiques placent leur valeur suprême : la limitation du pouvoir et l’élimination de l’arbitraire de l’État. Si ce dernier s’arroge le pouvoir de s’occuper de tout et que vous faites partie de la minorité, votre vie ne sera pas confortable car vous devrez vous plier en tout à ce que vous détestez. Mais si l’État se recentre sur ses missions fondamentales, à savoir garantir les droits naturels des individus, alors votre vie deviendra plus agréable car de larges pans seront laissés à votre seule appréciation. Pour votre retraite par exemple, ou pour l’instruction scolaire de vos enfants.

Ni Lagasnerie ni Peter Thiel ne se soucient de vos préférences personnelles. Ils s’évertuent l’un et l’autre à imposer leurs idées au reste du monde et si, pour cela, il devient nécessaire à leurs yeux de confisquer vos libertés, ils n’hésiteront pas. D’où, chez eux, l’impérieuse nécessité de commencer par détruire l’idée de démocratie en l’opposant à la liberté, puis de s’arroger la totalité du pouvoir au nom de la liberté, de la justice, de la raison et du savoir qu’ils pensent être seuls à détenir.

La gauche radicale d’un côté et les « Lumières sombres » de l’autre tentent de faire leur nid dans l’esprit humain. Mais n’oublions pas : comme il est écrit dans l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 chère aux libéraux classiques, les droits naturels et imprescriptibles des hommes sont la liberté, la propriété, la sûreté et… la résistance à l’oppression. On saura s’en souvenir.


Illustration de couverture : le sociologue français Geoffroy de Lagasnerie et l’entrepreneur américain Peter Thiel.

11 réflexions sur “Pour la DÉMOCRATIE – et la LIMITATION du pouvoir de l’État

  1. En démocratie neuf intelligents auront toujours tord contre douze imbéciles,c’est un problème dans une société ou la science domine et où la majorité de la population n’a pas l’expertise pour comprendre les enjeux.Donc l’état de la France n’est pas étonnant.Quand on voit le niveau intellectuel des députés insoumis on imagine aisément celui de leurs électeurs.

  2. Les libéraux, impuissants parce qu’incompris (par les électeurs, en tout cas) et la « gagne rie »… Elle était trop facile !
    … « en tout cas », c’est catastrophique pour notre société.
    Citation : »Dans son livre intitulé La Politique, Aristote définit la société comme une association. Association : Une association est un groupement d’êtres humains organisé selon le principe du besoin. L’Homme a des besoins : se nourrir et se protéger. »

  3. La démocratie (une personne, un vote) est certainement le pire des systèmes à l’exception de tous les autres. Ni Lagasnerie ni Peter Thiel n’ont de réelles alternatives pour l’exercice du pouvoir dans la cité. Oui, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 reste indépassable.

  4. Si Thiel se dit libertarien, il est pour la défense des droits fondamentaux de l’individu, contrairement à Lagasnerie.

    Sinon, il faut lire « Démocratie, le dieu qui a échoué  » de Hans Hermann Hoppe, le plus grand penseur vivant, pour les arguments contre la démocratie.

  5. Oh mais en France, il n’y a pas que la gauche radicale, « La République est au-dessus de la démocratie. Si une élection menace la République, il faut se dresser contre elle. » Christophe Barbier journaliste tendance « extrême centre » ou « opinions justes ».

    Bon on va pas tourner autour du pot, cette remise en cause des fondements de la démocratie c’est une réaction désespérée, face au risque que le RN gouverne le pays. La démocratie, plus que le pouvoir du peuple, c’est la possibilité de contester l’élite en place pour en faire émerger de nouvelles.

    Geoffroy de Lagasnerie nous dit aussi « les aspirations du peuple sont plutôt conservatrices, voire franchement réactionnaires ». Normal que le peuple soit conservateur, ce n’est pas une découverte ! La démocratie est sœur de la tradition, ce que disait finement GK Chesterton : « La démocratie nous impose de ne pas négliger l’opinion d’un homme de bien, même s’il est notre valet ; la tradition nous demande de ne pas négliger l’opinion d’un homme de bien, même s’il est notre père. »
    Isocrate d’Athènes écrivait : « notre cité a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture. »

    Ce n’est pas pour protéger les minorités qu’ils luttent contre le risque d’une dictature de la majorité, c’est au contraire pour faire courber l’échine à la majorité, seules les minorités auxquelles eux-mêmes appartiennent les intéressent vraiment, voter pour l’immigration massive mais habiter et scolariser ses enfants loin de la « diversité ».
    Ils ont beaucoup à perdre pour ne pas dire tout alors ils sont près à tous les stratagèmes.

    Mais ne devraient-ils pas se poser la question essentielle d’abord et avant tout : Pourquoi le RN ou plus généralement les partis dits populistes sont ils en croissance dans tout l’Occident, Europe, Amérique voir même certains pays d’Asie ?

  6. Thiel et Lagasnerie ont raison. Les autres sont nuls. Pas simplement médiocres, mais ontologiquement défaillants. Nous, en revanche, comme le disait joliment Jean-Paul Abribat, sommes « incurablement dans la naïveté et l’innocence de notre aveuglement sur nous-mêmes ». Reste cette question lancinante : parlait-il de nous en tant qu’Autre, c’est-à-dire comme masse indistincte de gens qui votent, ou parlait-il de nous comme de ces êtres supérieurs capables d’identifier avec précision la nullité des autres ?

    Question brûlante, car mon épouse, en parlant de moi à ses amies, dit systématiquement « l’autre », ce qui me laisse songeur. Et comme elle trouve Gabriel Attal présidentiable, je préfère, par prudence, ne pas creuser. Je me contente de citer Abribat citant Guillaume le Taciturne : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » ça me permet de quitter la pièce avec panache.

    • @Flamby4Ever
      Le panache, toujours le panache, rien que le panache, c’est exactement ce que vous nous apportez ici, chez Nathalie, et dont nous avons le plus grand besoin ! Merci donc !
      Quant à votre épouse, on lui souhaite bien du plaisir avec Attal, mais ce n’est pas gagné !

      • @Mildred: En vous lisant, je m’aperçois d’une coquille fâcheuse : ce n’était pas avec panache que j’ai quitté la pièce, mais avec un panaché, vous savez, cette boisson délicieusement sucrée qui ouvre simultanément les portes du diabète et des Alcooliques Anonymes (deux institutions qui m’attendent, je le crains, avec une certaine impatience). Quant au plaisir des fan·e·s de Gabriel Attal, je laisse chacun juger ; mais s’agissant des dames, je recommande, par prudence, un effort soutenu d’imagination. Cela dit, il y a pire : pensez seulement à toutes ces pauvresses qui se pâment devant les gna-gnaneries de Lagasnerie sans se douter qu’il a moins de discernement que la barre d’espace de son clavier. Mais, Nathalie et les commentateurs ont déjà tout dit, il ne me reste que l’épitaphe, et je ne suis pas motivé.

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