Message à la Droite : c’est le moment de choisir la Liberté

 Nous avons donc enfin les résultats des élections régionales. Non pas, je me répète, que ces élections auront un impact colossal sur nos vies quotidiennes. Les régions gèrent un budget qui représente 2,5 % du budget total de la France et leurs compétences principales, transports et lycées, dépendent largement de décisions nationales. Mais « enfin », car elles ont pris une tournure politique particulièrement aigüe lors du premier tour qui a placé le Front national en tête des partis avec 28 % des suffrages exprimés et plus de 6 millions de voix, l’abstention se situant à 50 %. Cependant, comme on commençait à le pressentir pendant l’entre-deux tours, le formidable score du Front national a finalement débouché sur un échec assez retentissant : le parti de Marine Le Pen, présent dans toutes les régions au second tour, n’en a décroché aucune. La gauche en obtient cinq en métropole et la droite sept. L’abstention recule à 41,6 %. 

Tableau des résultats

Alsace Champagne-Ardenne Lorraine :         48 % (Droite) – 36 % (FN) – 15 % (Gauche)
Aquitaine Limousin Poitou-Charentes :        44 % (Gauche) – 34 % (Droite) – 22 % (FN)
Auvergne Rhône-Alpes :                                        41 % (Droite) – 37 % (gauche) – 23 % FN
Bretagne :                                                                     51 % (Gauche) – 30 % (Droite) – 19 % (FN)
Bourgogne Franche-Comté :                              35 % (Gauche) – 33 % (Droite) – 32 % (FN)
Centre Val-de-Loire :                                              35,4 % (Gauche) – 34,6 % (Dr) – 30 % (FN)
Ile-de-France :                                                            44 % (Droite) – 42 % (Gauche) – 14 % (FN)
Languedoc Roussillon Midi Pyrénées :           45 % (Gauche) – 34 % (FN) – 21 % (Droite)
Nord Pas-de-Calais Picardie :                            58 % (Droite) – 42 % (FN)
Normandie :                                                                36,4 % (Dr) – 36,1 % (Gauche) – 28 % (FN)
Provence Alpes Côte d’Azur :                              54 % (Droite) – 46 % (FN) 
Pays de la Loire :                                                        43 % (Droite) – 38 % (Gauche) – 20 % (FN)

Corse :                                                                      35 % pour la liste régionaliste de Gilles Siméoni
Réunion :                                                                 53 % (Droite) – 47 % (Gauche)
Guyane :                                                                  55 % (Gauche) – 45 % (Droite)
Guadeloupe :                                                          58 % (Div Gauche) – 42 % (Socialiste)
Martinique :                                                            54 % (Liste régionale) – 46 % (Gauche)

La répartition des sièges se fait selon la règle suivante : « Au second tour, la liste qui arrive en tête obtient un quart des sièges à pourvoir. Les autres sièges sont répartis à la représentation proportionnelle entre les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés au second tour. » Ainsi, dans les douze Conseils régionaux de la métropole, la droite aura 778 sièges, la gauche 539 sièges et le FN 354 (sauf erreur de calcul de ma part).

En voix, les fusions et désistements de l’entre-deux tours ne permettent pas de situer valablement la droite et la gauche. Par contre, le FN, inchangé dans son périmètre, progresse encore en totalisant 6,8 millions de voix tout en stagnant à 27,1 % des suffrages exprimés en raison de la plus forte participation.

Par force politique

 Avec cinq régions sur douze en métropole, la gauche fait mieux que ce qui était prévu avant les attentats de novembre, compte tenu de l’échec de ses politiques sur le plan économique comme sur le plan de la sécurité intérieure, mais moins bien que ce qu’elle s’imaginait pouvoir réaliser après le premier tour malgré les ralliements des verts et du Front de gauche.

• A l’inverse, la droite qui n’avait pas vraiment performé au premier tour se retrouve en première position pour le nombre de régions gagnées (sept). On est loin d’une vague bleue, mais les apparences sont pour ainsi dire sauves.

• Le Front national n’obtient finalement aucune région, mais il arrive en deuxième position non seulement en NPDCP et PACA, régions de duels avec la droite, mais aussi en Alsace Champagne-Ardenne Lorraine et en Languedoc Roussillon Midi Pyrénées où il était confronté à des listes de droite et de gauche. Au total, il aura 354 élus dans les douze conseils régionaux de métropole, alors qu’il en avait 118 dans la précédente mandature. Il continue donc sa progression dans toutes les instances politiques du pays.

Que penser de tout cela ?

Le Front national se retrouve dans une situation qui lui plait beaucoup. Aurait-il gagné des régions, qu’il aurait pu crier victoire et broder sur l’élan qui le porte vers la présidentielle de 2017. Mais la victoire est toujours à double tranchant car ensuite il faut montrer de quoi on est capable ou incapable. Dans les circonstances actuelles, le Front national échappe à toute situation immédiate de responsabilité. Il reste dans l’opposition et peut se consacrer à ce qu’il fait le mieux : se poser en victime des petits arrangements de l’UMPS, et broder sur l’élan qui le porte vers 2017.

Est-il anormal qu’un parti qui a recueilli 27,1 % des voix ne soit pas « représenté » ? Eh bien en réalité, le FN est représenté puisqu’il a 354 élus. Au premier comme au second tour, il était présent dans les douze régions de la métropole. Les Français ont eu tout loisir de voter pour lui. A l’issue du vote, qui a vu se mobiliser beaucoup plus d’électeurs qu’au premier tour, aucune région ne lui a donné la première place. Ce n’est pas une conspiration, c’est le résultat du vote. Le fait que le Parti socialiste ait retiré ses listes en NPDCP et PACA a bien sûr beaucoup joué, mais c’est là aussi le jeu normal des élections et du tripartisme. Notons que dans ces deux régions la gauche n’a plus aucun élu régional. Aujourd’hui, il me semble qu’on peut dire que le FN est un parti comme les autres, avec les mêmes possibilités que les autres et les mêmes accès aux électeurs. Mais il a perdu les élections. Ça arrive.

Je suis personnellement enchantée de l’échec de Marine Le Pen dans le Nord. Son programme est non seulement désastreux, il est borné. Sa morgue comme sa vulgarité étudiée sont insupportables, et l’idée de remédier au manque de libéralisme de la politique française par un projet complètement fermé et encore plus étatiste que ce qui se pratique actuellement est absurde. Je suis également ravie de la victoire de Valérie Pécresse en Ile-de-France. Personne ne pourra me faire croire que Pécresse et Bartolone, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Les électeurs hiérarchisent leurs préférences et font en sorte d’éliminer ce dont ils ne veulent pas ou plus. Le vote en démocratie n’a jamais porté sur une adhésion totale à une personne ou à un programme, parce que ce n’est pas possible. Le vote en démocratie concerne la possibilité d’une alternance sans effusion de sang.

Toujours est-il que le résultat du premier tour qui a octroyé la première place au FN dans six régions a donné des sueurs froides à plus d’un responsable politique. Si au second tour, tout semble « rentré dans l’ordre », si tout le monde ou presque se félicite du « sursaut républicain » etc… etc…, ce serait une terrible occasion gâchée que de s’imaginer pouvoir continuer comme avant, sans aucune remise en question. Ce genre de semonce n’est pas nouvelle, on l’a vécue en 2014 pour les Européennes, puis en 2015 pour les Départementales et maintenant pour les Régionales. Au lendemain des votes, tous les responsables politiques jurent la main sur le coeur qu’ils ont entendu les électeurs. Hier soir, par exemple, Nicolas Sarkozy a déclaré :

Ce serait une grave erreur de passer, comme trop souvent, d’une élection à une autre comme si les Français ne nous avaient rien dit.

Et puis plus rien, si ce n’est un petit vote par-ci par-là qui vient conforter les avantages des élus ou ceux de leurs amis.

Or il se trouve que si de nombreux  électeurs votent par adhésion directe aux idées du Front national, beaucoup d’autres le font de plus en plus en reconnaissant la totale aberration du programme de ce parti, mais dans l’idée de bousculer notre classe politique. J’avoue me préoccuper assez peu de ce que le Parti socialiste pourra tirer comme leçon de tout cela, si ce n’est qu’on commence à entendre des appels pour que la gauche redevienne la gauche, celle dont « l’ennemi, c’est la finance qui n’a pas de visage. » 

Si la gauche doit redevenir la gauche, quelle belle occasion pour la droite de prendre son destin en main en se démarquant une bonne fois pour toutes des politiques collectivistes et étatistes qui sont la marque de ses deux adversaires politiques et qui ne produisent aucun résultat valable. Il serait bien sûr tout à fait contre-productif de se lancer dans un « grand soir » libéral pur et parfait qui renverserait tout en un instant. Les Français, tellement habitués à l’encadrement de l’Etat, doivent être apprivoisés. Il est par contre parfaitement possible d’imaginer un chemin progressif de réduction du poids de l’Etat, de réforme de nos structures les plus pénalisantes, à commencer par le marché du travail et notre système éducatif, et de libération des énergies créatrices et innovantes, à commencer par la suppression du principe de précaution, qui ne protège rien mais pétrifie tout.

Rappelons-nous :  Marine Le Pen nous menaçait de la charia dans notre Constitution si on laissait notre sort entre les mains des autres partis, tandis que Manuel Valls nous promettait la guerre civile si on votait pour le FN (et a continué hier soir sur sa lancée). Et n’oublions pas : le Front national, c’est ce parti qui propose de restaurer la peine de mort par référendum, et le parti socialiste, c’est celui qui, au pouvoir aujourd’hui, envisage de rétablir la délation fiscale rémunérée.

Face à tant d’hystérie racoleuse et irresponsable, y aura-t-il juste assez de monde pour avoir le courage de regarder la réalité en face, observer ce qui se passe dans le vaste monde, cesser de compter sur la pensée magique de l’exception française qui justifie toujours les mesures anti-démocratiques et voir enfin tous les immenses bénéfices de la liberté ? 


La liberté est la seule optionIllustration de couverture : Rue de la Liberté dans le village d’Yvoire en Haute-Savoie. Pour la droite et pour la France, c’est le seul chemin possible.

4 réflexions sur “Message à la Droite : c’est le moment de choisir la Liberté

  1. Excellente synthèse Nathalie qui expose parfaitement les enjeux à la veille du départ en présidentielles : 1) un FN en situation extrêmement favorable car victimisé (sa position favorite) par les accords « républicains » qui ont empêché sa prise des régions dans lesquelles la tribune médiatique et politique offerte à ses 350 conseillers nouveaux va pouvoir donner à plein régime. Tout cela naturellement sans s’exposer aux commandes d’aucune d’entre elles 2) la gestion impossible entre les carpes et les lapins des régions où les désistements socialistes vont exiger leur « pay back » 3) les régions remportées par les caciques socialistes déjà en place qui vont pérenniser leurs égarements de gestion 4) les régions remportés par les caciques UMP qui vont devoir en toute discipline de parti, intégrer l’hystérie sarkoziste au moins jusqu’aux primaires, au risque d’aggraver leur rejet via celui de leur insupportable leader.
    Quant aux orientations politiques, on connait celles du FN, celles du PS vont se durcir vers la gauche car le courage réformiste (Macron) ne pèsera plus rien devant le prix des alliances avec les frondeurs, les écolos et les cocos, et celles de l’UMP, dépouillées des motifs sécuritaires et souverainistes par le FN, ???? . Votre préconisation Nathalie trouve donc ici tout son sens car en effet « il est parfaitement possible d’imaginer un chemin progressif de réduction du poids de l’Etat, de réforme de nos structures les plus pénalisantes, à commencer par le marché du travail et notre système éducatif, et de libération des énergies créatrices et innovantes, à commencer par la suppression du principe de précaution, qui ne protège rien mais pétrifie tout ». Cette voie libérale amorcée d’ailleurs par F Fillon dans son programme, c’est bien le bon conseil qu’on peut donner ce matin aux membres de LR.

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