GREENPEACE : 50 ans et toujours aussi, heu, disons… JEUNE ?

L’action – non, trop banal, on parle quand même d’un activiste de la planète et du climat. On parle quand même de l’immense Greenpeace, cinquante ans de luttes environnementales au compteur. Alors disons plutôt « le happening ». Ou mieux, « la performance ». Le mot combine à merveille l’apparente spontanéité de l’événement, la créativité de l’ONG et l’exploit espéré de l’activiste.

Donc la performance devait être merveilleusement spectaculaire et spectaculairement médiatique ainsi que Greenpeace Allemagne en informait la twittosphère dûment impressionnée dès 21 h 16 mardi soir dernier alors que le match France Allemagne de l’Euro 2020 (qui se joue en juin 2021, Covid oblige) était sur le point de commencer :

Dans son viseur, le constructeur automobile allemand Volkswagen, sponsor de l’Euro de foot et grand responsable à ses yeux de la dégradation du climat via la vente de voitures à moteurs thermiques essence et diesel. « Time to kick out oil ! » (Il est temps de sortir du pétrole !) s’est exclamée l’ONG en lettres géantes sur l’aile (en coton équitable recyclé ?) d’un ULM (à propulsion musculaire ? électrique ?) qui devait survoler le stade Allianz Arena de Munich juste avant le coup d’envoi de la rencontre.

Mais problème, car « tout ne s’est pas passé comme prévu ». Il a fallu que le câble de la caméra aérienne du stade se mette en travers de sa route, transformant ce qui devait être un tour de piste impérial et vertueux en une cascade ridicule et ratée qui aurait facilement pu tourner à la catastrophe. Après une sorte de vol en rase-motte incontrôlé au-dessus des tribunes, le pilote et son appareil se sont finalement posés sans trop de dommages sur la pelouse du stade :

Résultat de la performance : deux personnes ont été blessées à la tête et ont dû être conduites aux urgences. Quant au pilote-militant, il a manqué de peu d’être abattu par des tireurs d’élite de la police allemande… Outre que pour lui, c’était peut-être un risque excessif à prendre au regard de son message somme toute pas très original dans le récit écolo de l’époque, on voit d’ici les scènes de panique et les dangereuses bousculades qui auraient pu survenir dans la foulée.

D’où, à 21 h 53, second tweet de Greenpeace Allemagne. En substance : nos intentions étaient parfaitement pures et pacifiques, on ne sait pas ce qu’il s’est passé, on n’a pas vu le câble, on n’a pas pensé que les choses pouvaient mal tourner, mais fondamentalement nous ne sommes qu’amour, paix et bien-pensance.

Greenpeace France, jamais en retard d’une performance supplémentaire, a jugé utile de rajouter sa petite touche inclusive sur l’événement en concluant son propre tweet par « nous en sommes désolé.es ». Mais j’y pense : n’aurait-il pas fallu écrire désolé.e.s ? Quand on vous dit qu’en France, il n’y a plus d’orthographe nulle part… 

L’impact médiatique est bien évidemment au cœur de la réussite de toutes les organisations telles que Greenpeace. Patrick Moore, qui fut co-fondateur de l’ONG en 1971, a déjà raconté dans ces pages comment, en 1977, une photo de lui-même assis sur un bébé phoque pour le protéger des chasseurs alors qu’il est entouré par des policiers canadiens en train de l’arrêter avait été prise spécialement pour faire le buzz dans la presse internationale. Ce fut un beau succès planétaire : à l’époque, plus de 3 000 titres ont repris le cliché et des millions de personnes sont devenues du jour au lendemain d’ardents défenseurs des bébés phoques.

Mais en 1986, Patrick Moore quittait Greenpeace avec fracas pour désaccord sur de nombreux sujets particuliers dont le nucléaire civil, totalement rejeté encore maintenant par l’ONG. Plus fondamentalement, il n’arrivait plus à s’identifier à une organisation dont la motivation initiale qui concernait le bien-être des humains sur la terre s’était peu à peu transformée en une croyance radicale selon laquelle c’était les humains qui mettaient la planète en danger.

L’incident de l’Euro 2020 est typique de ce mode de pensée où l’activiste ne voit que sa cause à défendre (une CAD ?) sans songer un seul instant aux conséquences possibles de ses actes pour les autres, pour leur sécurité, pour leur travail, leurs œuvres du quotidien ou leur cultures ancestrales.

Si Greenpeace recherchait le buzz médiatique à Munich, on peut dire que l’affaire a réussi au-delà de toutes ses espérances… à ceci près que le méchant de l’histoire, ce n’est plus Volkswagen comme le souhaitait l’ONG, mais l’ONG elle-même dont on est de plus en plus fondé à se demander si elle ne penserait pas elle aussi, comme tous les mouvements autoritaires, que la fin justifie n’importe quels moyens, y compris ceux qui mettent en danger des populations qu’elle prétend par ailleurs protéger du terrifiant tremblement climatique.

Tous ces grands développements pour un seul petit vol raté en ULM qui n’a même pas fait de victimes et qui n’a même pas empêché le match d’avoir lieu ? Pas vraiment.

En décembre 2014, déjà, lors du sommet de Lima (Pérou) sur le climat, nos amis de Greenpeace se faisaient fort de marquer les esprits en déployant leurs slogans habituels en des lieux et des circonstances de nature à attirer l’attention. Pour eux, entrer illégalement sur un site méticuleusement protégé, unique au monde, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1994, où même le Président du Pérou doit obtenir une autorisation spéciale pour se rendre n’est évidemment pas un problème. La CAD d’abord, le reste ensuite.

Et les voici entrant nuitamment sur le site de Nazca et se mettant à piétiner et à endommager à qui mieux mieux de mystérieuses lignes en forme d’animaux tracées au sol il y a plus de 2 000 ans. Pas de blessés, pas de morts, mais juste un suprême mépris pour la culture et l’histoire des hommes sur cette terre. Le gouvernement péruvien de l’époque n’a pas mâché ses mots pour fustiger le comportement inadmissible des activistes et les dirigeants de Greenpeace ont dû prendre une fois de plus leur plus belle plume pour s’excuser. 

Si l’on peut éventuellement dire, avec beaucoup d’indulgence, qu’il y avait une certaine dose d’inadvertance ou d’inconscience à Munich et à Nazca, force est de constater que les mouvements écologistes qui se forment aujourd’hui autour des lycéens et des étudiants inspirés par les revendications radicales de Greta Thunberg ne sont plus du tout dans la maladresse imprévue puisque les dégradations, l’atteinte aux biens et les blocages en tous genres sont devenues l’action elle-même dans la plus pure tradition du coup de force syndical d’extrême-gauche.

C’est en toute (bonne) conscience que les jeunes de Youth for Climate ont « refait la déco » des bureaux de BlackRock France, intronisé récemment nouveau croquemitaine du climat et de nos retraites par répartition (février 2020) :

C’est en toute (bonne) conscience qu’une poignée de militants d’Extinction Rebellion ont bloqué une rame du métro londonien en montant sur le toit d’une voiture, provoquant rapidement la colère des passagers mis dans l’impossibilité de se déplacer (octobre 2019) :

Et c’est en toute (bonne) conscience que lors de la grève du 5 décembre 2019 contre la réforme des retraites, d’autre militants d’Extinction Rebellion ont saboté quelque 3 600 trottinettes électriques en libre-service, afin de manifester leur opposition à des produits pas vraiment écologiques (pas faux mais pourquoi saboter ?) et surtout « briseurs de grève » (aspect convergence des luttes). Rien ne doit permettre à quiconque d’échapper aux blocages décidés par les nouveaux tyrans de l’écologie sociale et solidaire. 

Bref, trop d’activistes abrités derrière la prétention rhétorique d’agir pour un futur meilleur se moquent ouvertement et sciemment de leurs congénères. Le temps du débat d’idées semble révolu tandis que les opérations d’intimidation et leurs cohortes de destructions de biens et de restrictions des libertés font rage. Le mini-drame de Munich, cette parfaite indifférence à l’égard d’autrui, c’était aussi cela.

Et dire que Greenpeace fête ses 50 ans cette année… La maturité, c’est pour quand ?


Illustration de couverture : un activiste de Greenpeace rate son survol du stade où se déroulait le match France Allemagne de l’Euro 2020. 15 juin 2021. Photo AFP.

12 réflexions sur “GREENPEACE : 50 ans et toujours aussi, heu, disons… JEUNE ?

  1. Merci Nathalie, comme à votre habitude vous visez juste. Ce qui m’effraie c’est le greenwashing de cerveaux qui est opéré sur les jeunes par les médias, le corps enseignant et les partis de gauche. L’enjeu c’est la neutralité de l’information et de l’éducation, on en est loin.

    • Tout à fait d’accord. Et il n’y a pas que le greenwashing auprès des jeunes, il faut aussi considérer l’enseignement de l’Histoire, l’orthographe …. La liste est très longue. Quel dommage !

    • Les résultats du référendum suisse sur divers aspects de la « protection de la planète » (interdiction des produits phytosanitaires de synthèse, chasse au CO2…) ont été curieusement éludés par les médias nationaux français.
      Ce qui est le plus étrange, c’est voir que ce sont les plus jeunes qui ont voté contre ces projets.
      Comme quoi, l’embrigadement ne fonctionne pas toujours.
      A noter que presque tous les partis politiques suisses étaient en faveur des résolutions proposées par le référendum.

    • Même remarque que vous, Lionel, je suis extrêmement préoccupé par le lavage de cerveau des jeunes gens, de l’adolescence à l’adulescence, très largement réussi par l’éducation nationale.
      A l’adulescence, ça peut durer longtemps avant de passer à l’âge adulte.

      • Quelques exemples pour illustrer « l’impartialité » des enseignants:
        – Dans sa classe de 2nde, mon fils n’a pas eu de cours sur la dissertation, alors que c’est au programme, par contre la prof de Français a donné un cours sur les « préjugés »
        – Dans la même classe, à une question d’un élève qui demandait à la prof de SES de citer un grand économiste contemporain, la prof a cité Thomas Porcher, un économiste d’extrême gauche
        – Enfin, en 2019 et 2020 les lycéens avaient l’autorisation de sécher les cours pour aller aux manifs pro Thunberg et assimilés

  2. Disons-le : toujours aussi CON. Il faut être complètement imbécile pour faire ce qu’il a fait, d’autant plus sans même savoir qu’il y a des câbles au-dessus du stade.

    En regardant bien la vidéo ce paramotoriste a frôlé la catastrophe (fermeture d’aile,….) et à deux doigts de se crasher dans les gradins. C’est une action criminelle et j’espère qu’il, et Greenpeace, en paierons les conséquences…. mais rien n’est moins certain ; on est dans le pays des Grünen tout puissants.

  3. Houlala, Greenpeace, comment dire… il y a tellement de casseroles qu’on ne sait par où commencer.

    Greenpeace & Co ne sont plus depuis longtemps des défenseurs de l’environnement:
    https://seppi.over-blog.com/2019/11/ideologie-verte-il-n-a-jamais-ete-question-de-l-environnement.html

    Les finances de Greenpeace ne sont pas très florissantes non plus:
    https://risk-monger.com/2019/10/19/greenpeaces-sea-of-red/

    C’est peut-être pour ça qu’ils ont tenté de racketter un producteur de bois (qui ne s’est pas laissé faire et les a assignés en justice):
    https://www.resolutevgreenpeace.com/

    Lors des dernières invasions de sauterelles en Afrique de l’est, Greenpeace s’est vigoureusement opposé à l’usage de pesticides. Ils préfèrent la famine des vilains êtres humains plutôt que la mort des gentils insectes.
    https://seppi.over-blog.com/2020/06/greenpeace-au-kenya-l-activisme-fait-fi-de-la-menace-de-disette.html

    Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une organisation internationale qui fonctionne comme une des multinationales qu’ils détestent tant. Les dirigeants sont très bien payés et mènent la vie confortable qu’ils refusent au commun des mortels. Comme toute grande organisation, leur objectif premier est de survivre et d’accroître leur pouvoir. Pas grand chose à voir avec de nobles défenseurs des petits zoziaux.

    • Bonne question ! Remarquez que personne ne propose de dissoudre Greenpeace. Selon que vous serez conforme ou dissident, etc. etc. Que n’aurait-on dit si une organisation de droite ou d’extrême droite avait seulement déployé une banderole ! La tartufferie est devenu un sport national.

  4. Quoiqu’on pense de l’émission, je regarde régulièrement Face à l’info sur CNews.
    Ce soir, D.Pavlenko qui intervient dans l’émission a dit une phrase que je trouve très juste: « L’écologie n’est pas un humanisme ».
    Cela explique mon malaise face au comportement de gens comme B.Pompili,qui saccage la baie de StBrieuc et son écosystème, ou encore les khmers verts de Lyon ou de Bordeaux, et de Paris.
    A Paris, les écolos EELV ont rejeté de la ville tout ce qui ne convient pas à leur idéologie, les voitures, les piétons, pour pratiquement donner la ville aux bobos à bicyclette, sans s’occuper de la survie des autres habitants.
    Plus que la tartufferie, c’est la trahison qui est devenu un sport national.

  5. « les dégradations, l’atteinte aux biens et les blocages en tous genres »
    Quelles sont les sanctions ? Car trop facile, aucune excuse n’est suffisante.

    La complaisance des autorités ou leur lâcheté équivalent exactement à celle de la montée du nazisme à partir de 1920.
    Seulement la spectaculaire tentative de putsch de novembre 23 fût réprimée mais procura la notoriété d’un obscur parti qui ne cessa ensuite ses exactions.
    Même processus mondial en cours avec la green hystérie.

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