Comptes publics 2018 : abus de langage contre morne réalité

Peu a été fait en 2017 et 2018, tout se complique pour 2019.

Ainsi donc, la croissance française s’est établie à 1,6 % en 2018 et le déficit public rapporté au PIB est tombé à 2,5 %(1). Que du bonheur ! se congratule depuis lors le duo Darmanin-Le Maire qui règne sur Bercy. Selon nos deux ministres, ces chiffres meilleurs que prévus et jamais vu depuis 10 ans pour le second, sont à l’évidence « le fruit du sérieux budgétaire » du gouvernement et confirment que « la politique économique voulue par le Président de la République fonctionne ». Et d’accumuler comme l’an dernier les tweets élogieux sur le nouvel élan économique inspiré par Emmanuel Macron :

Je persifle, mais comment faire autrement ? A Bercy, c’est une tradition maison que de vanter le « sérieux budgétaire » du gouvernement quoi qu’il arrive. Ce ne sont pas quelques petites « insincérités » pointées assez régulièrement par la Cour des Comptes qui pourraient affecter le moins du monde la bonne humeur des ministres, ainsi que Michel Sapin en a donné un exemple aussi explicite que navrant lors du quinquennat précédent.

Une autre tradition bien ancrée consiste à s’arranger pour faire paraître les résultats fabuleusement meilleurs que prévu. Ainsi, la croissance est de 1,6 % en 2018 ? Ô merveille, c’est tellement mieux que les 1,5 % envisagés… seulement un mois auparavant. Dans la réalité, le gouvernement tablait initialement sur une croissance de 2 % en 2018 – ainsi qu’il en avait informé la commission européenne en avril dernier – puis avait révisé son chiffre à 1,7 % cet automne.

Nous atterrissons donc à 1,6 %, soit un peu en dessous de la moyenne de la zone euro (1,8 %) et en net retrait par rapport à 2017 (2,2 %), suivant en cela le recul de l’ensemble de l’Union européenne (2,4 % en 2017).

De la même façon, le déficit public s’établit à 2,5 % du PIB. On ne peut qu’applaudir : le gouvernement est parvenu à le réduire d’un volumineux 0,1 % supplémentaire par rapport à sa dernière estimation (2,6 %). Si ce n’est qu’au départ, il s’était fixé un objectif de 2,3 % ; et si ce n’est que relativement aux autres membres de l’Union européenne, la France continue à faire figure de très mauvais élève puisque la dernière moyenne de déficit communiquée par Eurostat est de 0,3 %. De nombreux pays sont passés sous les 1,5 % et plusieurs autres comme les Pays-Bas ou l’Allemagne sont en excédent.

Ajoutons d’ailleurs que les chiffres des comptes publics 2018 publiés cette semaine par l’INSEE sont provisoires (les définitifs seront connus fin mai). L’an dernier à la même époque, l’Institut annonçait un déficit public de 2,6 % pour 2017.

Depuis, ce chiffre a été révisé à 2,8 %. Un peu de retenue dans la satisfaction gouvernementale serait donc tout indiquée.

Reconnaissons cependant que Darmanin et Le Maire ont raison sur un point : on n’avait pas vu un déficit aussi réduit depuis plus de 10 ans (voir tableau en fin d’article). Depuis 2007, très exactement, année où il était de 2,7 %. Sauf qu’en 2007, les dépenses publiques se montaient à 991 milliards d’euros, soit 52 % par rapport au PIB, alors que nous sommes aujourd’hui à 1 318 milliards (56 %) et les prélèvements obligatoires à 819 milliards (43,2 %) quand nous atteignons les 1 060 milliards d’euros (45 %).

Déjà en 2007, la France n’avait guère lieu de se vanter de sa rigueur budgétaire. Son modèle social basé sur la dépense publique couverte par l’impôt et la dette était déjà un boulet difficilement maîtrisable. En 2018, si nos ministres peuvent clamer sur toutes les radios qu’ils ont baissé les dépenses et les impôts et stabilisé la dette, ce n’est que par comparaison au PIB, car ces grandeurs analysées en euros constants se sont au mieux stabilisées (cas des dépenses) ou ont augmenté (recettes et dette publiques).

Parmi ses communications, l’INSEE nous apprend en effet que la dette publique a atteint 2 315,3 milliards d’euros à fin 2018, soit presque 57 milliards de plus qu’à fin 2017. Cela représente 98,4 % par rapport au PIB en 2018 comme en 2017. C’est sans doute la raison pour laquelle M. Darmanin parle d’une une stabilisation de la dette. Prenant prétexte de l’intégration de la dette SNCF, il ajoute même qu’en fait il s’agit d’une baisse (vidéo ci-dessus). C’est idiot. La dette SNCF a été réintégrée dans les comptes publics de 2016 et 2017, pas seulement en 2018.

Ce niveau de dette reste extrêmement préoccupant. Il ne peut en aller autrement tant qu’on accumule les déficits – et un déficit de 2,5 %, même jamais vu depuis 10 ans, reste très substantiel. On a tendance à l’oublier, mais le pacte de stabilité de l’Union européenne demande non seulement aux Etats de rester en dessous des fameux 3 % de déficit, mais aussi de limiter leur endettement à 60 % du PIB, histoire de ne pas se retrouver dans une inextricable situation de faillite à la grecque.

Or nous persistons à être très endettés, sans perspective de désendettement à court terme, dans un contexte 2019 où la croissance se tasse franchement et où la demande pour plus de services publics et de prestations sociales est devenue récurrente, Grand débat oblige.

Le ministre du budget prétend également que la dépense publique a baissé. D’après le document de l’INSEE elle s’est élevée à 1 318,5 milliards d’euros, soit une croissance de 1,9 % sur l’année précédente (voir tableau ci-dessous, cliquer pour agrandir). L’inflation ayant été de 1,8 % en 2018, on en déduit assez facilement que la dépense publique a augmenté très faiblement, mais il est difficile de parler de baisse, sauf à utiliser la martingale bien connue des politiciens qui consiste à qualifier de baisse un ralentissement de l’augmentation.

C’est le fameux coup de la « baisse en tendance », moyennant quoi il devient facile de se vanter d’avoir fait « baisser » la dépense publique de 56,5 % à 56 % du PIB. Dans la vidéo, M. Darmanin parle de 54,4 %. J’ignore totalement d’où vient son chiffre(2).

Ne nous faisons pas d’illusion, 56 % reste une part très élevée. Mais comment cela pourrait-il baisser ? Malgré moult promesses sur la réforme de l’Etat, les effectifs de la fonction publique sont toujours aux alentours de 5,7 millions d’agents. On nous annonce une réduction d’effectif de 4 164 pour 2019 après 1 600 pour 2018 : vous parlez d’une révolution ! Quant au modèle social, il n’est pas question une seule seconde de le remettre en cause ; tout au plus s’agit-il de le toiletter vaguement afin de grappiller quelques économies de-ci de-là, comme le montre très bien le projet en cours concernant le système des retraites.

Que dire des recettes, c’est-à-dire essentiellement les impôts et les cotisations sociales ? C’est simple : elles augmentent de 28,5 milliards exactement, soit 2,3 %. Une fois déflatée, la progression n’est plus que de 0,5 %. Mais là encore, ne parlons ni de baisse ni de stabilisation. Par rapport au PIB, le taux de prélèvements obligatoires passe à 45 % contre 45,2 % en 2017, mais ce n’est certainement pas à ce rythme qui échappe d’un petit rien du tout à l’immobilisme que nous allons perdre notre titre de « champions du monde des taxes ».

Ce que l’on peut dire de plus favorable, c’est que dépenses et recettes publiques augmentent moins en 2018 qu’en 2017. On observe en effet une forme de ralentissement. Mais si l’on abandonne l’angle du verre à moitié plein pour analyser la situation un peu plus froidement que MM. Darmanin et Le Maire, force est de constater que les comptes 2018 après ceux de 2017 sont à l’image de la gouvernance macronienne :

Malgré des discours très puissants sur la nécessité de transformer structurellement la France, rien de tel n’a été fait pendant les 18 mois qui ont suivi l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir. Tout au plus a-t-il cherché à revenir sous les 3 % de déficit, non sans inclure une bonne dose d’impôt dans le traitement.

A mon habitude, j’ai intégré les nouvelles données provisoires de 2018 dans le tableau des comptes publics que vous connaissez bien désormais (voir ci-contre, cliquer pour agrandir). Les années 2016 et 2017 ont été corrigées pour tenir compte des révisions de l’INSEE.

J’ai laissé le PLF 2019 tel qu’il a été voté fin 2018, mais on sait déjà qu’il est caduc. En raison d’une conjoncture mondiale moins porteuse, la croissance envisageable pour cette année n’est plus de 1,7 % comme prévu mais de 1,4 % seulement. De plus, les mesures adoptées pour calmer la révolte des Gilets jaunes feront monter le déficit à 3,2 % du PIB voire plus, sans compter ce que le gouvernement choisira de proposer à l’issue du Grand débat national.

En conséquence, l’équation budgétaire s’annonce dorénavant très compliquée. La politique qui consisterait à baisser les dépenses publiques par transformation du modèle social dans le sens de plus de responsabilité remise aux citoyens ayant été écartée, il ne reste plus que l’option de trouver les ressources fiscales qui permettrait de revenir sous les 3 %.

Or à ce jeu-là, le gouvernement est très fort. Bruno Le Maire a déjà concocté une taxe GAFA « française » et reporté à plus tard la baisse de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises. Quant à l’augmentation de la taxe sur les carburants, annulée pour 2019, elle reste en suspens pour les années suivantes, de même que le retour de l’ISF.

Evidemment, c’est sur l’emploi et la croissance économique que cette dérive annoncée se paiera finalement. On ne peut soustraire indéfiniment au secteur marchand des sommes toujours plus importantes qui seront gaspillées en lubies sociétales et en inefficacité administrative alors qu’elles seraient si nécessaires au titre de l’investissement privé.

Il s’avère finalement que les cris de satisfaction complaisamment lancés par notre duo de Bercy à la réception des chiffres 2018 masquent mal qu’en ce début 2019, on se retrouve exactement au même point que lorsqu’Emmanuel Macron a été élu, à cette différence majeure près que la crédibilité et l’état de grâce de l’exécutif qui existaient alors se sont évaporés. La réforme libérale à entreprendre en France reste entière, mais la probabilité qu’elle soit mise en oeuvre dans le contexte actuel est devenue clairement proche de zéro.


(1) Pour les définitions des principales grandeurs de nos comptes publics, on pourra se reporter à l’article : Budget 2016 : opérations de contes à comptes (17 sept. 2015). Rappelons les comptes publics se décomposent en trois parties : l’Etat central (et ses agences), les collectivités territoriales (régions, départements, communes… ) et les administrations de sécurité sociale.

(2) Dans la vidéo, Gérald Darmanin dit aussi : « Les exportations s’exportent et sont supérieures aux importations en 2018. » D’où tient-il cela ? Mystère. Les chiffres 2018 du commerce extérieur ont été publiés début février et font état d’un déficit des biens et services de 25,6 milliards d’euros. Pour les biens seuls (balance commerciale) le déficit se creuse à 59,9 milliards d’euros.


Illustration de couverture : Le duo de Bercy, Gérald Darmanin, ministre du budget et Bruno Le Maire, ministre de l’Economie. Photo AFP.

17 réflexions sur “Comptes publics 2018 : abus de langage contre morne réalité

  1. On est dans le même registre que  » ce 31 décembre, il y a eu que 1300 voitures brûlées dans nos banlieues. L’année dernière c’étaient 1350 voitures qui ont été incendiées par des bandes de mineurs désœuvrés. Cette réduction réjouit le gouvernement qui voit là sa politique de fermeté payer ! » Tout le monde est content, à la limite le champagne peut couler à flot ! Tout va bien dans le meilleur des mondes.

  2. Que rajouter… Tout est dit et comme nous en avons depuis lurette l’habitude nos dirigeants se votent un satisfecit du genre  » rendez-vous compte braves gens, nous avons évité au bateau France de couler et grâce à nos compétences il se trouve maintenant échoué sur des écueils mais toujours à flots….!

    • C’est une habitude vieille comme le monde si j’ose dire. Dans un article sur la bataille de Bouvines (1214) (qui allait déclencher l’émergence de la Magna Carta côté anglais), j’avais noté que le roi Philippe-Auguste rentre victorieux à Paris et déclare :
      « Louez Dieu !, car nous venons d’échapper au plus grave danger qui nous ait pu menacer… » 🙂

  3. Je me suis penché à nouveau sur le chiffrage du déficit par Philippe Herlin. Il affirme que le calculer en pourcentage du PIB n’a pas de sens, et qu’il faudrait le calculer en pourcentage du budget. (Plus précisément, selon lui : des recettes. On pourrait le faire en pourcentage des dépenses, mais c’est un détail.)

    Cela paraît raisonnable. Cependant, pour lui, dans ces conditions, le déficit aurait été de 30,5 % en 2016, et non de 3,5 % par rapport au PIB comme on nous le dit.

    https://www.contribuables.org/2017/10/15-milliards-deconomies-sur-le-budget-2018-leconomiste-philippe-herlin-denonce-la-magouille-du-gouvernement

    Ce pourcentage est censé être explicité dans une étude payante de Contribuables Associés (dont je ne dispose pas). Comment y parvient-il ? En reprenant les données du tableau Excel « maison » ici, je trouve :

    Déficit 2016 : 79,1 milliards
    Recettes 2016 : 1 185,2 milliards
    79,1 / 1 185,2 = 0,0667, soit 6,7 %

    OK, c’est presque deux fois plus que les « 3,5 % par rapport au PIB », mais ça n’a rien à voir avec 30 %, ni avec les 20 % en tendance dont il fait état sur les années précédentes. D’où sort ce chiffre ? Parle-t-il seulement du déficit budgétaire (Etat central), et non du déficit public (total) ?

    A ce sujet, n’y a-t-il pas une ambiguïté dans le tableau ? Les lignes Recettes et Dépenses sont explicitées en Etat central/Total, en sorte qu’on ne sait pas très bien si les chiffres indiqués sont le total de l’Etat central, ou le total total, c’est à dire l’Etat central plus d’autres trucs.

    La comparaison avec le tableau de 2015 semble indiquer que c’est cette dernière option qui est la bonne, puisque cette fois-ci il y une ligne Etat, et une ligne Total qui sont différentes. En sorte qu’il faudrait comprendre que la ligne Etat central est vide dans le tableau de 2019.

    J’ai la même hésitation devant la section Déficit public, entre Etat central + Agences et Total : Déficit public.

    • Dans mon tableau, le « total » des sections dépenses, recettes et déficit public représente bien le total des dépenses publiques, recettes publiques et déficits publics.
      La ligne Etat central (+ agences) représente l’une des trois composantes des comptes publics, la plus importante – on parle alors de « déficit budgétaire » – les deux autres étant les collectivités territoriales et les organismes de sécurité sociale.
      Les lignes « Etat central » sont vides le plus souvent, car les infos à ce sujet ne sont pas toujours claires (pour moi, en tout cas). En revanche le déficit public est toujours décomposé par l’INSEE entre les 3 composantes, même si cette décomposition est très formelle.
      En 2018, par exemple, les collectivités territoriales ont reçu des ressources de TVA pour compenser la fin de la dotation globale de fonctionnement de l’Etat aux régions.

      La comparaison au PIB est loin d’être parfaite, car le PIB lui-même n’est pas une mesure parfaite de la création de richesse, surtout dans un pays à forte proportion de secteur public (donc hors marché donc difficilement évaluable) mais il a l’avantage de permettre quelques comparaisons internationales utiles.

      Edit 30 mars 2019 : j’ai modifié les intitulés de mon tableau pour plus de clarté.

      • Merci… rien que pour comprendre les très grandes lignes du sujet, quand on n’est pas professionnel de la profession étatique, c’est l’enfer.

        Bien d’accord sur le PIB, qui est une vaste blague lorsqu’il est composé à 56 % de la « production » des fonctionnaires.

  4. Excellente analyse (… comme d’hab).
    Tout se passe comme si le grand problème français consistait seulement à imaginer des dispositifs comptables pour rendre les agrégats « présentables », et des dispositifs fiscaux opaques pour rendre les prélèvements plus ou moins sensibles afin de financer des dépenses d’Etat toujours croissantes. En revanche, pas la moindre imagination, voire même aucune volonté, pour attaquer au fond les anomalies structurelles à l’origine de ces chiffres arrangés. La seule vérité, c’est qu’on a fabriqué un système social qui exige 3,5 % de croissance alors qu’on en produit seulement 1 % (ou moins) chaque année. C’est ça qu’il faut dire aux français au lieu de tenter de les enfumer dans un discours comptable qui ne réglera absolument rien aux problèmes réels que personne n’a le courage d’aborder.

  5. Le tableau de Nathalie (tout y est juste et les commentaires aussi), exprime le total des finances publiques, les administrations publiques locales, les administrations de sécurité sociale, l’État pour les opérations du budget général, les organismes divers d’administration centrale. En revanche EDF, AREVA, SNCF, retraites futures fonctionnaires, etc…, sont des engagements hors bilan, 3000 Mds, disent certains….
    « Déficit 2016 : 79,1 milliards », c’est le déficit du budget de l’Etat et « recettes 2016 : 1 185,2 » milliards, c’est le total des recettes finances publiques. Mais les recettes de l’Etat c’est 287 Mds nets, cela donne 27,5 % de déficit. Pour 2019, on annonce un déficit du budget de l’Etat de 98,7 Mds€, ramené à la masse initiale du budget de l’Etat de 291,4 Mds€, ça fera un déficit de 33,9%. Il était de 21,8% en 2017 et devait être de 26,5% en 2018. En principe les intérêts de la dette sont inclus. Les trois autres domaines budgétaires sont rendus à l’équilibre recettes/dépenses, l’Etat y palliant.
    On peut dire qu’on dépense entre 125 et 130% du total des rentrées fiscales.

    Au quatrième trimestre 2018, la dette a atteint 98,4 % du PIB, soit le même niveau qu’au quatrième trimestre 2017. Courant 2019, elle retrouvera logiquement la barre symbolique des 100 %, qu’elle a déjà atteinte du premier au troisième trimestre 2017 avec un sommet de 101 % au deuxième trimestre 2017. On chipote autour des 100 %.

    La réduction du déficit public à 2,5 % du PIB en 2018 est due à la baisse des taux d’intérêt et au rebond conjoncturel de début 2018 (feu de paille résultant de l’injection massive de la BCE) et de l’augmentation de la fiscalité et de son rendement conjoncturel. Mais la dépense publique a continué d’augmenter de + 1,9 % en 2018, pour atteindre 1 318,5 milliards d’euros, 56 % du PIB. Seuls six pays ont un ratio supérieur : les îles Kiribati (163 %), les îles Tuvalu (154 %), l’île Nauru (92 %), la Libye (77 %), les îles Marshall (62 %) et la Micronésie (60 %).

    Le PIB est bidon, il suffit de construire des ronds-points ou d’y inclure le trafic de drogue (3 Mds tout de même), ne riez pas, l’Italie l’a fait !

    Une dette peut être utile pour des investissements majeurs, reconstruction d’un pays ou rattrapage d’un retard particulier bref des circonstances exceptionnelles, hélas c’est de la dette qui ne sert qu’à faire fonctionner des services publics (et aussi privés) d’une qualité très largement inférieure à celle des meilleurs de nos voisins dans pratiquement tous les domaines.
    Donc cette dette ne génère pas de croissance, en partie elle assure même le paiement annuel des intérêts. Le taux des obligations de l’Etat français à 10 ans a continué de baisser, pour atteindre actuellement 0,3 %. Une remontée aux alentours des 1,5 % paraît fort probable d’ici la fin 2019, car les risques ne manquent pas, crises bancaires chinoise ou italienne, ralentissement Allemagne, etc…

    Autre blague, les 3%, il me semble vous avoir déjà donné l’histoire pitoyable sur ce blog :
    http://blogs.lesechos.fr/dominique-seux/l-histoire-du-critere-de-3-a15011.html?bX24tgrqz2JZgmsc.99
    Un calcul pifométrique sur un ticket de métro au coin d’une table mais ça sonne bien : « 3% » !

    L’occasion par exemple du Grand Débat aurait permis aux citoyens de s’engager, de s’associer à une prise de conscience d’un état des lieux et de les responsabiliser pour définir un plan d’actions. Hélas les enfants gâtés veulent plus de services à disposition au plus près de chez eux sans se préoccuper des économies prioritaires à réaliser. La surdité est totale, d’ailleurs très peu de Français se sont saisis du sujet.
    Or la France se distingue par un temps de travail sur la durée de vie le plus bas d’Europe et les prélèvements fiscaux les plus hauts par rapport au PIB. Donc une convergence vers la moyenne Européenne imposerait deux conditions incontournables : travailler plus et abaisser la pression fiscale pour se mettre au niveau des voisins. Manifestement les français ne veulent pas l’entendre ! Les sondages montrent que les Français :
    – ne veulent pas réduire les dépenses dont ils pensent êtres les bénéficiaires,
    – souhaitent que ces dépenses soient financées par les impôts qu’ils pensent ne pas payer.
    Il ne sert donc à rien de hurler contre nos gouvernants qui manifestent un petit satisfecit que les français traduisent par un finalement « ça va pas si mal » ! En fait personne n’y croit, ni le gouvernement, ni finalement les français.

    Le seul moyen qui reste pour se sortir partiellement de la désindustrialisation, du chômage de masse et de la stagnation des revenus (avec baisse de pouvoir d’achat), du déficit abyssal du commerce extérieur et des comptes publics, c’est
    – Soit d’utiliser l’ajustement par la monnaie qui représente finalement la compétitivité du pays. En 15 ans le PIB par habitant de la France s’est dégradé de 15% par rapport à celui de l’Allemagne donc il faut dévaluer de 15% pour rétablir à l’équilibre le commerce extérieur en supposant de faire quand même quelques réformes, sinon on continuera à descendre vers encore plus de pauvreté avec encore d’autres dévaluations.
    – Soit attendre l’intervention du FMI qui prendra les rennes en mettant en œuvre des restructurations drastiques, privatisations (ou mise en concurrence) de la plupart des services de l’Etat, baisses de salaires, des retraites, blocages des comptes etc…
    De toute façon il y aura forcément une addition à payer un jour !

    • @ Tino

      « « Déficit 2016 : 79,1 milliards », c’est le déficit du budget de l’Etat et « recettes 2016 : 1 185,2 » milliards, c’est le total des recettes finances publiques. »

      Je ne comprends pas. Ce n’est pas ce qui est marqué sur le tableau. Je lis Total déficit public 2016 = 79,1 milliards, donc pour l’ensemble des 3 branches, tout comme pour les recettes et les dépenses (Total recettes publiques et Total dépenses publiques).

      Si Philippe Herlin a comparé le total du déficit public aux recettes de l’Etat seul (branche n°1), ça ne me paraît pas très honnête. Le périmètre n’est pas identique.

      S’il a comparé le seul déficit de l’Etat aux seules recettes de l’Etat, c’est un ratio à connaître, sans aucun doute, mais quelle est sa pertinence réelle ? L’Etat modifie à sa guise la tuyauterie des recettes et des dépenses entre les 3 branches, donc c’est bien le périmètre global qui est le plus significatif. Ai-je raté un truc ?

      • Les collectivités locales, la SS et autres administrations sont à peu près à l’équilibre recettes/dépenses sachant que c’est l’Etat (central) qui leur reverse certaines recettes (taxes locales et autres taxes), des subventions ou dotations considérées comme des dépenses obligatoires de celui-ci. Le ratio de P Herlin (il n’est pas le seul à pratiquer ainsi) considère les seules recettes affectées à l’Etat central et le déficit résultant de l’opération d’ensemble.
        « Le déficit public concerne principalement l’État, la plupart des autres administrations publiques ayant atteint l’équilibre budgétaire. » :
        https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/economie-francaise/comptes-publics/le-deficit-public/
        La cuisine de notre Etat jacobin est ainsi faite alors que d’autres états fédèrent des régions ou des provinces qui fixent et prélèvent l’impôt elle-mêmes et cotisent à l’Etat central pour une partie des dépenses de la fédération.

      • Merci à tous les deux pour vos explications. Si je comprends bien, la confusion vient du fait qu’en 2016, le déficit public était entièrement imputable à l’Etat central + agences (agrégat n°1), et que les deux autres agrégats de la dépense publique, cumulés, étaient légèrement en excédent. En sorte que le déficit de l’agrégat n°1 (80) était pratiquement égal à celui de l’ensemble (79,1).

        C’est une situation tout à fait extraordinaire et aléatoire, et en conséquence cela ne doit pas être une base de calcul.

        Je n’ai pas sous la main les explications détaillées de Philippe Herlin, mais je vois mal par quoi il justifierait que « les seules recettes affectées à l’Etat central » soient rapportées au « déficit résultant de l’opération d’ensemble ».

        Le lien vers le site La Finance pour tous ne fournit pas d’explication à une telle façon de calculer (supposée).

        Il se trouve, toujours si j’ai bien compris, qu’en 2016, les deux calculs auraient donné à peu près les mêmes résultats. Ce n’est pas une justification valable.

    • Bon là je voudrais pas vous mettre le moral à zéro mais les premières effluves du bilan du Grand Débat confirment plutôt mes propos :
      « Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? » avait écrit le Président dans sa lettre aux Français en janvier. « C’est pas la priorité », ont répondu en substance les Français. Peu de propositions concrètes ont émergé sur cette thématique, sinon celle de s’attaquer au coût occasionné par le fonctionnement de la République, ou aux avantages réels ou supposés des hauts fonctionnaires ou des élus de la République.
      https://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/la-depense-publique-tres-discrete-invitee-du-grand-debat-1000828
      En bref le marginal, le people….

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