Scandale : les fonctionnaires vont devoir faire leurs 35 heures !

La fin du recrutement au statut des cheminots actée dans la réforme de la SNCF a clairement ouvert une brèche dans le dédale des régimes spéciaux et privilèges en tout genre qui font le charme désuet et coûteux de notre service public. C’est ainsi que le gouvernement se propose maintenant de demander aux fonctionnaires territoriaux de bien vouloir consentir à travailler … 35 heures par semaine ! Pour nos archéo-syndicalistes, le retour à l’esclavage, ni plus ni moins.

Mais travailler 35 heures, c’est-à-dire 1 607 heures par an, n’est-ce pas la durée légale ? Oui, mais … quand les lois Aubry sur le « partage du travail » ont été votées en 1998 et 2000, un certain nombre pour ne pas dire la grande majorité des collectivités territoriales (communes, métropoles, départements, régions) étaient déjà en-dessous des 35 heures. Ces régimes très spéciaux ont alors donné lieu à des dérogations leur permettant de continuer à s’appliquer.

Dans un rapport de 2016 sur les finances publiques locales, la Cour des Comptes indiquait que sur un échantillon de 103 collectivités locales contrôlées :

« La durée théorique de travail des agents était en moyenne de 1 562 heures par an. Dans seulement 20 % des collectivités, elle était alignée sur la durée règlementaire de 1 607 heures par an. » (page 27)

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Pas de moyenne sans écart-type. Dans certains cas, on pourrait même parler de grand écart tant le laxisme sur les congés, les jours fériés et la gestion des RTT introduites avec les lois Aubry permet de diminuer le temps de travail jusqu’à 30 ou 32 heures suivant le vœu de Gérard Filoche et ses acolytes d’extrême-gauche. Par exemple, le temps de travail annuel des agents de la Métropole européenne de Lille est de 1 501 heures, soit environ 32 heures hebdomadaires ou 3 semaines de moins que les obligations légales.

La ville de Marseille pourrait passer pour plus assidue puisque le temps de travail dérogatoire de ses employés était officiellement de 1 567 heures, soit une semaine de travail en moins, jusqu’à ce que le maire décide en début d’année de remonter tout le monde au régime général de 1 607 heures.

C’est une enquête menée en juin 2017 au sein du SAMU social marseillais qui a révélé les habitudes particulières et les petits arrangements qui y proliféraient gentiment. Souvent mis en avant par le maire comme vitrine sociale de sa bonne gestion, toujours loué pour « l’abnégation de ses équipes qui, nuit après nuit, distribuent repas et couvertures aux sans-abris », ce service 100 % municipal (encore un motif de satisfaction) pratiquait aussi un « partage du travail » des plus rondelets puisque les agents n’y travaillaient que 10 à 12 jours par mois, c’est-à-dire une semaine sur deux !

A ces considérations sur la durée du travail s’ajoute l’ahurissant taux d’absentéisme qui a augmenté de 28 % depuis 2007 dans la fonction territoriale. La durée moyenne des absences pour raison de santé a connu la même inflation sur la période. Avec 38 jours d’arrêt en 2017, l’augmentation est de 33 % en 10 ans. Les congés de maternité représentent 6 % de ces absences, la maladie 80 % et les accidents du travail 14 %.

Pour lutter contre les petites absences qui désorganisent les services, le jour de carence des fonctionnaires a été rétabli au 1er janvier de cette année après avoir été supprimé en 2014 par Hollande et introduit en 2012 par Sarkozy. Le rapport de la Cour des Comptes cité plus haut indiquait en effet :

« L’instauration d’un délai de carence d’un jour, à compter du 1er janvier 2012, avait eu pour effet de faire baisser les arrêts maladie de courte durée. Son abrogation, à compter du 1er janvier 2014, semble avoir eu l’effet inverse. Il y a donc lieu de s’interroger sur le rétablissement du jour de carence (…) » (page 28)

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Cette mesure était déjà extrêmement vexatoire pour les fonctionnaires, et voilà que le gouvernement récidive sur le temps de travail ! Pour la CGT et tous ses acolytes, avec cette idée de travailler toutes ses heures que seul un ultra-libéralisme aussi dangereux que maladif pouvait concevoir, on assiste à une véritable « provocation » contre les fonctionnaires territoriaux, contre le service public et contre « le » statut, à seule fin de financer les cadeaux fiscaux pour les riches.

Avec une sorte de naïveté confondante, nos syndicalistes ont l’air de découvrir le monde du travail :

« Travailler plus, être flexible et polyvalent, sous pression managériale et sous contrôle permanent, est-ce cela que nous réserve la future réforme de la fonction publique ? »

Oh my God, mais travailler, ce serait donc ça ? Eh oui, les amis ! Mais on peut toujours réduire la pression managériale en devenant indépendant et en créant son entreprise. Mais vous aurez alors la pression des clients, sans compter le poids et la complexité des réglementations, l’inspection du travail, l’Urssaf, le fisc… Quant aux heures de travail, ça risque de dépasser assez nettement les 30 heures par semaine… Ça vous tente ? 

Disons surtout qu’on assiste d’abord à une tentative de mettre un peu de cette fameuse égalité, dont la CGT n’est pas la dernière à nous rebattre les oreilles, entre tous les salariés, qu’ils travaillent dans le public ou dans le privé.

La durée légale étant de 35 heures par semaine pour tous, on voit mal pourquoi nos si nombreux fonctionnaires, payés de surcroît par nos impôts, auraient un régime plus avantageux, même s’il leur arrive de travailler parfois de nuit ou le week-end, même s’ils ont la mission d’assurer la « continuité » du service public et même si nos syndicats d’extrême-gauche font mine de croire que leurs statuts particuliers ne sont que la solidarité naturellement due par la Nation au Dieu « Service Public », peu importe le coût.

Disons ensuite que la littérature technique ou récréative sur la charge de travail, la productivité et l’efficacité des agents des services publics est loin d’en faire les héros dévoués, dynamiques et toujours sur la brèche que les syndicats se complaisent à décrire. Quand Zoé Shepard, forte de son expérience de fonctionnaire dans un Conseil régional écrivait « Absolument dé-bor-dée ! », le ton n’était pas gentiment ironique, mais farouchement critique, voire déçu, devant l’alignement irrémédiable d’incompétence, de paresse et de népotisme qui prévalait dans son milieu. Sous-titre du livre : « Comment faire 35 heures en… un mois » !

Et disons enfin que nous ne manquons pas de fonctionnaires. A fin 2016, ils étaient 5,67 millions dont 2,5 millions dans la fonction publique d’Etat, 1,2 million dans la fonction publique hospitalière et presque 2 millions dans la territoriale, celle qui nous occupe (tableau INSEE ci-contre).

Si la baisse des dotations de l’Etat a entrainé une certaine stabilité des effectifs territoriaux depuis 2015, leur croissance avait été particulièrement débridée auparavant, surtout au niveau communal qui n’avait pourtant pas eu à absorber des transferts de compétences de l’Etat. Toujours dans le rapport de la Cour des Comptes :

« De 2002 à 2013, les effectifs de la fonction publique territoriale se sont accrus de 27,5 %, soit 405 000 agents supplémentaires. » (page 25)

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Comparativement au Royaume-Uni et à l’Allemagne, qui ont respectivement des fonctions publiques de 2,8 et 4,9 millions d’agents, le nombre d’habitants pour un fonctionnaire est de 12 en France contre 23 et 17 chez ses deux voisins (même ordre).

Aussi, quand Emmanuel Macron s’engageait lors de la campagne électorale à diminuer le nombre de fonctionnaires de 120 000 dont 50 000 dans la fonction publique d’Etat et 70 000 dans les collectivités locales à l’horizon 2022, il montrait une fois de plus la modestie de ses ambitions. Il ne s’agit jamais que d’une baisse de 2 % sur 5 ans pour l’ensemble des 3 fonctions publiques et d’une baisse de 3,5 % sur 5 ans pour la territoriale.

Et même ainsi, on aura encore 5,54 millions de fonctionnaires, c’est-à-dire beaucoup trop compte tenu des services rendus et de l’état de nos comptes publics.

Mais il est vrai que si le temps de travail de tous les fonctionnaires territoriaux remontait aux 1 607 heures de travail annuelles comme pour les autres salariés, on pourrait alors économiser l’équivalent de 32 000 postes à temps plein, soit presque la moitié de l’objectif du gouvernement.

De la même façon, alors qu’on se plaint souvent du manque de moyens et d’effectifs chez nos policiers, passer aux 35 heures serait l’équivalent du recrutement de 6 535 agents employés à temps plein !

Evidemment, cette façon de voir les choses ne peut convenir à nos syndicats préférés :

« Alors que le pays compte des millions de chômeurs, et que les conditions de travail de celles et ceux qui ont un emploi se dégradent, allonger le temps de travail est une absurdité. »

Au contraire, ils nous enjoignent de le baisser et d’embaucher tant et plus de fonctionnaires pour faire refluer le chômage. C’est une solution de court terme qui a toujours beaucoup plu aux syndicats et aux dirigeants politiques, que ce soit via des emplois aidés ou via des embauches directes.

Petit problème, cela n’a jamais marché. Ni en France où le taux de chômage reste élevé (9,2 %), atteignant plus du double de ceux du Royaume-Uni (4,1 %) et de l’Allemagne (3,4 %), ni  par exemple  en Grèce qui avait pris la mauvaise habitude d’ajuster son taux de chômage par des emplois publics avec les résultas remarquables que l’on sait.

C’est même tout le contraire qui se passe. En 2015, le Royaume-Uni avait déjà un taux de chômage fort bas à 5,2 %. Cette année-là, son économie a créé 500 000 emplois dans le secteur privé, portant les créations à 2,5 millions depuis 2010. Dans le même temps, 613 000 emplois avaient été supprimés dans la fonction publique.

Les indignations syndicales à propos de l’observance de la durée légale du travail ont tout de la pleurnicherie d’enfants trop gâtés. Edouard Philippe assumera-t-il le « risque de l’impopularité » sur ce coup-là comme il l’a fait avec bravade mais sans guère de raison valable sur les 80 km/h ? Il faut le souhaiter.

Mais comme pour la réforme de la SNCF, comme pour toutes les mesures économiques qui vont « dans le bon sens », pourquoi faut-il que ce gouvernement avance si lentement au point qu’on se demande même s’il avance et pourquoi faut-il qu’il s’applique ensuite à noyer le peu qu’il fait dans un luxe de restrictions et de précautions telles que la loi PACTE qui ne font qu’entraver un peu plus le dynamisme du secteur marchand ?


Illustration de couverture : Fronton de mairie.

18 réflexions sur “Scandale : les fonctionnaires vont devoir faire leurs 35 heures !

  1. Pour ces gens, le travail est aliénation, ils n’ont pas encore demandé l’envoi de la paye directement au domicile, mais ça viendra. Le revenu universel d’Hamon était dans cette veine là.

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  2. Je viens d’apprendre un truc stupéfiant, de la bouche de l’économiste Eric Maurin. Un truc qui explique bien des choses, et dont personne ne parle jamais. Il explique qu’un tournant s’est produit en 1993. Auparavant, 10 % des diplômés de l’enseignement supérieur choisissaient la fonction publique. A partir de 1993, c’est 50 % des diplômés qui ont préféré se faire embaucher par l’Etat plutôt que par le privé.

    Cette sur-représentation absolument énorme explique à elle seule la résistance de la société française à la libéralisation, et laisse prévoir qu’elle n’est pas près de s’atténuer, bien au contraire.

    Tous ces gens qui sont au beau milieu, voire au tout début de leur vie professionnelle, ont solidement planté leurs crocs dans la barbaque de l’argent public. C’est un choix délibéré de leur part. Ils ont volontairement accepté des salaires médiocres et un statut social dévalorisant par rapport à leurs diplômes, pour bénéficier du confortable édredon étatique et de la multitude des petits privilèges associés.

    Leur hargne face à toute tentative de couper les vivres au monstre qui les nourrit est d’autant plus prévisible, que leur profil psychologique est celui du ressentiment. Quand on fait le choix de végéter toute sa vie dans un emploi largement inutile, alors que sur le papier on aurait pu prétendre à bien mieux, lorsqu’on a déclaré forfait dès sa jeunesse par crainte du lendemain, alors on n’est certainement pas prêt à entendre ce qu’on ne sait que trop bien.

    Si j’ai bien compris, ces chiffres proviennent du livre d’Eric Maurin « La peur du déclassement, une sociologie des récessions », publié au Seuil en 2009.

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    • « Auparavant, 10 % des diplômés de l’enseignement supérieur choisissaient la fonction publique. A partir de 1993, c’est 50 % des diplômés qui ont préféré se faire embaucher par l’Etat plutôt que par le privé. »
      Je me suis semandé quel diplômés sont formés aujourd’hui et si le problème, ce ne serait pas que trop de diplômes sont inadaptés au besoin du privé. Du coup, il ne reste plus à ces gens que le publique car inemployable ailleurs.
      publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/8/EESR8_ES_08-les_evolutions_de_l_enseignement_superieur_depuis_50_ans_croissance_et_diversification.php#ILL_EESR8_ES_08_04.

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      • Merci pour ces intéressantes statistiques.
        Si je comprends bien, en 2013, nos étudiants étaient répartis ainsi :
        – 48 % en université hors santé et IUT
        – 9 % santé
        – 5 % IUT
        – 6 % écoles de commerce et management
        – 6 % écoles d’ingénieurs
        – 10 % BTS et apparentés
        – 3 % classes prépas
        Depuis 2000, les 2/3 de la croissance des effectifs du supérieur vient des 6 dernières fillières.

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  3. E. Maurin a certainement raison sur le constat mais pas tout à fait sur l’interprétation.
    C’est l’histoire de la poule et l’oeuf. Si l’Etat a trop de moyens pour embaucher des fonctionnaires et qui plus est, des diplômés et pas pour un salaire médiocre en plus, c’est parce qu’un jeune diplômé ne trouve plus d’emplois dans le privé mais à profusion dans le public. C’est pas pour autant qu’il a la foi indéfectible dans sa mission du service public mais parce qu’il a souvent peu d’autres choix. Ce qui amène d’ailleurs à des déceptions et des amertumes (« Absolument dé-bor-dée ! »).
    Pourtant d’autres pays ont eu des politiques courageux (que nous n’avons malheureusement pas), exemple :http://www.contrepoints.org/2015/06/29/212344-lallegement-du-poids-des-emplois-publics-continue-au-royaume-uni
    Avec un emploi de fonctionnaire qui produit 1,5 à 3 emplois dans le privé, l’affaire est même pas une terrible loi économique mais seulement de l’arithmétique !
    Sur le temps de travail, les volumineux rapports se sont empilés :
    https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/publications/rapports-missionnes/rapport-Pecheur-2013.pdf
    https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/publications/rapports-missionnes/2016-rapport-Laurent-temps-de-travail-fp.pdf
    Beaucoup de bla-bla pour pratiquement rien. Laurent préconise une inspection (encore une) indépendante donc encore des fonctionnaires en plus, décidément on ne sait rien faire d’autre !
    Alors qu’il y a tout ce qu’il faut. Le Tribunal Administratif a donné raison aux associations de Contribuables qui ont porté plainte. Donc normalement le préfet devrait prendre des mesures autoritaires….mais on reste entre gens polis et sans brutalités n’est-ce pas.
    Même Gégé Collomb ne sait pas faire appliquer les horaires dans SA mairie de Lyon !
    A par pleurnicher sur la baisse des dotations, nos pauvres élus sont rongés à l’os, voyez-vous :
    http://www.ifrap.org/etat-et-collectivites/collectivites-locales-los-quid-des-1607-heures

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    • L’interprétation est en partie la mienne. Cependant, mes souvenirs de l’interview indiquent que les salaires n’étaient pas bons, mais médiocres, et qu’il n’y avait pas d’emplois à profusion : au contraire, il y avait une très forte concurrence pour décrocher ces postes, ce qui faisait qu’y arrivaient des gens parfaitement surdiplômés.

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  4. Vous me faites tous rire jaune ! Vous devriez être attaqués pour diffamation, pour avoir colporté toutes ces contre-vérités elles-mêmes colportées par ceux qui ont intérêt à casser le système pour encore une fois s’en mettre plein les poches et ne pas partager !
    Et certains ici se prétendent porteurs de messages religieux à tendance catholique …
    Vous devriez avoir honte !
    Les problèmes de la France, ce n’est pas en s’attaquant aux soi-disant avantages de ceux qui travaillent (SNCF, fonctionnaires etc.) que vous les résoudrez.
    Et réfléchissez à ceux qui véritablement sont avantagés, ceux qui ont des salaires plus que suffisants voire indécents et ils sont nombreux !
    Imaginez un salarié de la sncf ou de la fonction publique territoriale avec dans la grande majorité à moins de 1500€ par mois ; imaginez les fonctionnaires, ces nantis, ces privilégiés comme vous les nommez, qui ont des avantages énooormes mais qui débutent leur carrières sur la base d’une grille indiciaire inférieure au smic ! Pas de 13e mois non plus etc.
    Comparez avec le privé, contre lesquels je n’ai pas envie de lutter, mais avec lesquels j’ai envie de faire monter le niveau de vie …
    Ce serait bien plus enrichissant (à tous les points de vue) de tirer le niveau de vie vers le haut que de tirer à balles réelles sur ceux qui ne cherchent qu’à sortir un tout petit peu la tête de l’eau !
    A bon entendeur …

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    • ce que vous ne comprenez pas c’est que personne ici n’attaque les individus mais leurs nombre proprement pléthorique et pour des tâches parfaitement inutiles ou abscons ou encore en dehors du champs « régalien » et tout ceci en pure perte !
      nb je vous ferais observer que c’est aux citoyens « usagers-payeurs » de juger du bien fondé de votre état et non à vous même de vous plaindre ou mieux vous auto-congratuler quant à votre absolue nécessité d’avoir à accomplir votre mission de se(r)vice public.

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    • @ Rufus

      Zelectron vous a répondu gentiment, et j’approuve son propos. Cependant, je vais le compléter, et pour ma part, je serai un peu moins gentil.

      Je ne vois pas, en effet, pourquoi je devrais être gentil envers quelqu’un qui rêve de me voir traîné devant les tribunaux, et condamné pour diffamation, simplement parce que j’exprime des opinions différentes de celles du gouvernement. Et différentes de celles de ses fonctionnaires.

      En d’autres termes, je ne vois pas pourquoi je devrais être gentil envers un communiste. Ou un fasciste, hein, je mets un peu tout ça dans le même panier.

      Voilà donc un monsieur, visiblement fonctionnaire, ou parent de fonctionnaire, en tous cas qui défend les intérêts des fonctionnaires, et qui prend la peine de saisir son clavier pour affirmer que ceux qui s’opposent au système fonctionnarial, en somme les opposants politiques, les vrais (pas ceux qui se déchirent sur la marque de la montre du président ou la direction où pend sa cravate), eh bien les véritables opposants devraient être traînés devant les tribunaux.

      Je ferai remarquer, pour commencer, qu’il trahit, ce faisant, la véritable nature du régime fonctionnarial qui gouverne la France : sous des apparences démocratiques, c’est un système dictatorial. Il n’y a que dans les régimes dictatoriaux que la critique du gouvernement, et de son fonctionnement, peut être qualifiée de diffamation et punie par les tribunaux.

      Ma deuxième remarque porte sur le fait que lorsqu’on présente des objections non pertinentes, mais dont on ignore la fausseté, on peut être qualifié de contradicteur.

      Cependant, lorsqu’on présente des objections dont l’impertinence a été démontrée un million de fois par le menu, depuis des décennies, et que l’on s’obstine à avancer malgré tout, on ne peut être qualifié que de menteur. Et de manipulateur.

      En URSS aussi, il y avait des millions de membres du Parti communiste qui faisaient bien leur travail, qui étaient consciencieux, dévoués, qui aimaient leurs enfants, leur femme et leur chien. Il n’en est pas moins vrai que le communisme est une chose abominable, et qu’il fallait le détruire absolument.

      Je relis votre commentaire, et je m’aperçois que j’ai été beaucoup trop gentil avec vous. J’ai présumé que vous nous aviez sorti l’objection habituelle : il y a beaucoup de fonctionnaires qui font bien leur travail, etc. Même pas. En fait, vous vous contentez de nous dire que les fonctionnaires sont mal payés.

      Plus précisément, vous nous dites : « Les fonctionnaires débutent leur carrières sur la base d’une grille indiciaire inférieure au smic ! Pas de 13e mois non plus etc. Comparez avec le privé, contre lesquels je n’ai pas envie de lutter. »

      Donc, vous nous expliquez que le système fonctionnarial traite ses employés comme des chiens, qu’il les traite moins bien que le privé, et que, par conséquent… il faut défendre son maintien à tout prix ? contre le secteur privé ?

      Je crois que vous vous moquez du monde. Soit vous mentez sur la condition des fonctionnaires, et elle n’est pas aussi mauvaise que vous le prétendez (sinon, pourquoi 50 % des diplômés y seraient-ils rentrés en 1993, et peut-être les années suivantes ?), soit vous êtes un négrier qui défend un système oppressif, lequel paie ses esclaves en-dessous du salaire minimum.

      Enfin, vous nous dites que vous « avez envie de faire monter le niveau de vie ». Moi aussi, je rêve d’être payé des millions dans un job flatteur et peu fatigant, où des jeunes personnes peu farouches me procureraient des gentillesses trois fois par jour.

      Et sinon, comment comptez-vous vous y prendre, pour « faire monter le niveau de vie » ? Embaucher 5,6 millions de fonctionnaires, et les payer avec le fruit du travail de ceux qui sont employés sur le marché libre, soit un nombre largement supérieur, en proportion, à celui de la quasi-totalité des pays du monde ?

      Eh bien ! il se trouve que c’est ce que nous avons fait, et, justement, « les fonctionnaires débutent leur carrières sur la base d’une grille indiciaire inférieure au smic, pas de 13e mois non plus, etc ». Donc ? Elle est où, votre solution-miracle ?

      On sait très bien pourquoi votre solution-miracle ne marche pas. Le présent billet l’explique, à la suite de tous les autres billets de ce blog, ajouté à des milliers d’articles, de travaux scientifiques et de livres. C’est d’ailleurs évident, il n’est nul besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre pourquoi (il est, d’ailleurs, préférable de ne pas en sortir si l’on veut comprendre).

      Et vous, vous venez à la suite de ces dizaines de milliers de pages, et vous prétendez réfuter ces arguments sans même avoir l’élémentaire correction scientifique, et, j’ajouterais, la politesse d’en tenir compte.

      Vous êtes le millionième à nous sortir pour la millionième fois une objection dont la stupidité a été démontrée un million de fois. Ayez la décence d’étudier un peu le sujet, avant de prétendre réfuter ce qui est dit ici avec autant d’arrogance, et, j’ajouterais, de malveillance.

      Nous avions bien compris que les fonctionnaristes, les stato-gauchistes (qui votent souvent à droite, ce n’est pas la question), voulaient nous envoyer au Goulag. Hélas ! nous y sommes déjà.

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    • Comme le fait remarquer Zelectron, la critique ne porte pas sur les personnes individuelles qui ont un emploi de fonctionnaire. Un jour, on leur a offert un poste et elles l’ont accepté, il n’y a pas de mal à ça.

      Le problème, c’est :

      1. que ces postes sont payés non pas par un accroissement de richesse (matérialisé par du chiffre d’affaires nouveau réalisé par une entreprise), mais par des impôts prélevés sur ce même chiffre d’affaires, avec l’effet que plus l’Etat prélève moins il reste de capitaux pour accroitre la richesse dans des activités d’avenir.

      2. que « l’esprit français » accorde sa confiance aveugle au pouvoir étatique qui s’est renforcé année après année au point de devenir le mastodonte qu’il est : 5,7 millions de fonctionnaires, 57 % de dépenses publiques sur PIB, dette qui frôle les 100 % du PIB … gabegie partout, voir Areva, voir l’Assemblée nationale, voir nos fonctionnaires territoriaux qui travaillent avec une vraie culture du dilettantisme, pour citer les derniers exemples en date.

      3. qu’un pouvoir syndical archéo-marxiste fait sa petite loi mafieuse collectiviste en exigeant toujours plus d’impôts pour les autres, toujours plus d’argent pour les canards boiteux et toujours moins de travail et d’efficacité pour eux.

      Or parallèlement, et curieusement, le chômage reste élevé, plus du double que chez nos voisins comparables ; l’éducation nationale ne fait plus son travail de formation ; le « vivrensemble » n’existe pas malgré les sommes déversées en politique de la ville et autres pour le faire vivre ; l’économie française manque de dynamisme etc. etc.

      Malheureusement, l’Etat a réussi à se créer tellement d’obligés via les allocations, les subventions (y c. aux entreprises), les attributions de logements sociaux et de postes qu’un nombre très important de Français a un intérêt de court terme au maintien du système tel qu’il est, même s’il nous tire tous vers le bas.

      Et même si un dirigeant se mettait en tête de vouloir faire évoluer les choses, il lui faudrait une détermination en béton armé, car à la moindre velléité de réforme qui n’irait pas dans le sens stato-syndical, il serait facile, dans le magma des prébendes et privilèges qui pullulent dans la fonction publique, de trouver un petit scandale bien croustillant pour faire rentrer l’horrible réformateur dans le rang.

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  5. « A la moindre velléité de réforme qui n’irait pas dans le sens stato-syndical, il serait facile, dans le magma des prébendes et privilèges qui pullulent dans la fonction publique, de trouver un petit scandale bien croustillant pour faire rentrer l’horrible réformateur dans le rang. »

    Ceci est une brique fondamentale du système bloquant qui enserre la France, et qui est rarement dénoncée. La compromission fait partie du montage, comme dans tout bon système mafieux. Comme en Russie, au passage. Si vous êtes un politicien avec un tant soit peu d’ancienneté, il serait bien étonnant qu’on n’ait pas un peu de kompromat sur votre compte (mot russe, concept russe forgé spécifiquement pour la réalité russe).

    D’où le Canard Enchaîné. La plupart des gens pensent naïvement que le Canard est le dernier bastion d’indépendance face à un pouvoir corrompu, etc. Fariboles. Le Canard est l’arme dont se servent les politiciens pour flinguer leurs adversaires — mais aussi ceux qui risqueraient de mettre le système en péril. D’où l’affaire Fillon, par exemple.

    Paradoxalement, ceux qui hurlent d’indignation, comme au signal donné, à chaque « scandale » similaire faisant l’objet d’une dénonciation médiatique, se font les complices involontaires de cette corruption. Le verrouillage est vraiment très bien fait. C’est un système auto-renforçant.

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  6. Je savais que mes écrits feraient réagir, c’était aussi l’objectif de mon « coup de gueule » et ils ont permis de mettre en lumière pourquoi les gens ne se comprennent pas.
    Par exemple lorsqu’il est répondu : « Je ne vois pas, en effet, pourquoi je devrais être gentil envers quelqu’un qui rêve de me voir traîné devant les tribunaux, et condamné pour diffamation, simplement parce que j’exprime des opinions différentes de celles du gouvernement. Et différentes de celles de ses fonctionnaires. » je lis au moins deux idées erronées, à savoir que je rêverais de … ce qui n’est pas vrai (et donc un test de discernement des inférences apparaîtrait utile pour mesurer la capacité de compréhension en lecture) et que les fonctionnaires exprimeraient des opinions différentes de celles exposées ici, voire (mais ce n’est qu’une supposition) ânnoneraient celles du gouvernement … ce qui n’est pas vrai dans l’ensemble, même si ça peut l’être dans le particulier. Les fonctionnaires ne sont pas « un » et la diversité des cas rencontrés ne peut être généralisée.
    Pour mieux me faire comprendre, sachez que je m’attaquerais de la même manière à quelqu’un qui aurait comme type de propos : « Les catholiques sont tous des gens rétrogrades car ils croient en un dieu alors qu’au 21ème siècle, tout être doté d’une intelligence normale ne peut croire à ces histoires d’un autre temps » … Méconnaissance de l’autre …
    Il faut que chacun, ici comme ailleurs, essaie de se mettre à la place d’autrui, de le comprendre, d’échanger avec lui et surtout que chacun évite de le juger trop rapidement, avant d’émettre des idées que je qualifierais de manipulées, souvent sur la base d’une éducation ou d’expériences en vase clos. Se remettre en question et remettre en question les résultats obtenus, ma formation scientifique m’a au moins appris cela.

    A noter que je suis plutôt d’accord avec certains propos écrits dans cet article ou ailleurs sur ce blog, comme par exemple ce qui a été écrit plus haut sur le journal soi-disant indépendant Le Canard Enchaîné … 😉

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  7. @Nathalie,
    dixit
    « plus l’état prélève moins il reste de capitaux pour accroitre la richesse dans des activités d’avenir »
    et corrélativement plus il y a de « ponxionnaires » et plus ce même état appauvri la nation (1 à 2 millions en surnombre)

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    • Il est une vérité immuable, bien connue que le fonctionnaire ne crée pas de richesse. Il en résulte une cascade de vérités secondaires :
      – Il y a trop de fonctionnaires en France, il faudrait prendre exemple sur les meilleurs pays en la matière.
      – Le salaire d’un fonctionnaire, c’est autant d’argent en moins à mettre dans le circuit productif.
      – Un fonctionnaire est inutile puisqu’il ne fait rien de ses journées, rien d’autre que des tâches bridant les entrepreneurs.
      – Un fonctionnaire n’est pas un être humain, s’il l’était, il serait doté d’intelligence, aurait honte et se rendrait compte qu’il devrait monter une entreprise pour enfin produire de la richesse.
      – Un fonctionnaire est obscur, il n’est pas éclairé par la connaissance. Un fonctionnaire est poussiéreux.
      – Un fonctionnaire possède de nombreux avantages fiscaux et en nature et il est très bien payé, normal, vu qu’il ne travaille pas, il ne doit pas avoir de salaire.

      Je suis entièrement d’accord avec tout cela, bien sûr

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      • Vous êtes fonctionnaire ? Ou simplement de mauvaise foi ? L’ironie ne remplace pas l’honnêteté. Vous vous livrez ici simultanément à deux délits rhétoriques.

        Le premier consiste à mélanger des propositions vraies et des propositions fausses, afin de discréditer les premières à l’aide des secondes. Oui, il y a trop de fonctionnaires en France, et il faudrait prendre exemple sur les meilleurs pays en la matière. Non, un fonctionnaire n’est pas un sous-homme dépourvu d’intelligence.

        Le second délit rhétorique consiste à attribuer à vos adversaires des opinions ridicules qu’ils n’ont jamais professées, afin de discréditer les opinions parfaitement raisonnables et étayées qu’ils présentent. Non, les libéraux en général, ce blog en particulier et chacun de ses commentateurs pris un par un n’ont jamais prétendu que les fonctionnaires n’étaient pas « éclairés par la connaissance », qu’ils devraient tous « monter une entreprise » ou qu’ils étaient tous « très bien payés ».

        Vous y ajoutez même un troisième délit, qui consiste à porter des accusations qui n’ont aucun sens dans aucune langue connue : dire d’un fonctionnaire qu’il est « poussiéreux », cela ne veut rien dire.

        Votre rhétorique est d’autant plus hypocrite que vous avez très bien compris l’une des raisons essentielles pour lesquelles il est urgent de baisser les effectifs de la fonction publique : en effet, et comme vous le dites, le salaire d’un fonctionnaire, c’est autant d’argent en moins à mettre dans le circuit productif. Y compris (ce que vous n’avez pas ajouté), si ce fonctionnaire est suprêmement intelligent, extraordinairement travailleur et fort peu payé.

        Vous avez ostensiblement évité de réfuter cet argument, pourtant longuement étayé au fil de ce blog, et des autres écrits libéraux.

        Je ne sais pas si vous êtes « éclairé par la connaissance », mais vous maîtrisez fort bien l’art gauchiste de couvrir les arguments par des ricanements.

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