Macron : un Président très occupé … à ne rien faire

Calendrier politique chargé en ce mardi 4 septembre 2018. Qui oserait dire que le gouvernement ne fait rien ? C’est tout le contraire et ça décoiffe ! Voyez plutôt : on s’attend à tout moment à ce que le Président de la République rende sa décision finale concernant le prélèvement à la source et l’on s’attend de façon tout aussi imminente à l’annonce d’un remaniement ministériel devenu inévitable après la démission-spectacle de Nicolas Hulot de son poste de ministre de l’écologie. 

Sujets d’importance, « choix cruciaux », qui mobilisent la presse et qui demandent à l’évidence réflexions profondes, consultations nombreuses et calculs politiques complexes. Emmanuel Macron et son Premier ministre y ont passé le week-end, nous dit-on.

Et pourtant, une fois que tout ceci aura été fait – peu importe le sens des décisions prises, peu importe les noms qui accéderont au portefeuille ministériel – rien de vraiment fondamental pour l’avenir de la France n’aura été accompli. (Mais ce rien nous aura quand même coûté beaucoup d’argent).

Là est le drame de l’action politique telle qu’elle se joue chez nous depuis trop longtemps. Un nouveau Président arrive sur la scène nationale avec l’ambition de tout changer après l’enlisement crépusculaire de son prédécesseur. Chirac après Mitterrand, Sarkozy après Chirac, Macron après Hollande (on mettra « Hollande après Sarkozy » au rayon des exceptions très malheureuses qui confirment la règle), tous ont prétendu réveiller la France, tous ont tenté au début de faire adopter quelques réformes indispensables pour la remettre au pair avec les principaux pays comparables.

Et finalement, pour différentes raisons, tous ont capitulé en rase campagne dans l’année qui a suivi leur élection pour ne plus s’occuper ensuite que de sujets périphériques ou frivoles quand ce n’était pas de sujets carrément nocifs pour le développement du pays :

Chirac s’est cassé les dents sur les retraites du secteur public et a fini ses mandats en s’occupant d’arts premiers et en inscrivant le principe de précaution dans la Constitution. Sarkozy s’est pris la crise de 2008 dans la figure, ce n’était certes pas vraiment de sa faute, mais le tournant politiquement correct de la solution keynésienne, dont les effets délétères de long terme se font encore sentir sur nos comptes publics, n’a pas été long à prendre. Sa fin de mandat a surtout consisté à courir après le FN en vue de sa réélection.

Quant à Macron, il a annoncé le printemps. Après le très pluvieux quinquennat Hollande, c’était bien le moins, encore qu’on ait plus eu droit à des incantations appelant à l’avènement d’un monde nouveau qu’à un programme précis de mesures à prendre pour dégraisser le mammouth étatique et aider la France à rebondir. Eh bien, le printemps macronien est très silencieux et c’est à peine si l’on voit une hirondelle passer à l’horizon.

Ce que l’on a vu passer, en revanche, c’est l’affaire Benalla. Pas une affaire d’État selon moi, mais une affaire tellement représentative de l’outrecuidance des puissants ! Aucune loi de moralisation de la vie publique, même signée en grande pompe à la télévision comme ce fut le cas, ne pourra faire oublier que les « affaires » s’enchaînent dans le nouveau monde comme dans l’ancien. Après Ferrand, après Saal, après Kohler, après Nyssen, j’en oublie sans doute, l’image de Macron ne pouvait qu’en sortir très écornée.

En réalité, on a bien vu une petite hirondelle : la fin du recrutement des cheminots au statut dans le cadre de la réforme, par ailleurs trop timide, de la SNCF. Mais si dans un premier temps, l’exécutif est sorti victorieux de son bras de fer avec les syndicats d’extrême-gauche sur ce point hautement symbolique malgré une longue grève de trois mois, je pense que l’affaire Benalla est aussi tombée à point nommé pour offrir rapidement une formidable revanche aux pans les plus archaïques de l’opposition à Macron : mettre un coup d’arrêt à toutes velléités gouvernementales de toucher à d’autres statuts de la fonction publique.

On peut le dire, c’est réussi. L’été a passé, mais le gouvernement semble toujours sous le choc. D’autant mieux réussi que nous entrons prochainement en période électorale. Tout comme nous autres automobilistes avons tendance à lever le pied lorsque nous entrons dans une zone de contrôles radar, l’exécutif déjà fort peu « disruptif » avant l’été aborde les mois à venir avec les prudences d’un chat échaudé qui craint l’eau froide.

Les élections européennes se tiendront en effet le 26 mai 2019. Elles suscitent rarement un grand enthousiasme, l’abstention y est élevée (57 % en 2014), mais elles ont déjà été préemptées par les partis politiques, notamment la France insoumise, comme un « référendum anti-Macron » qui va permettre à chacun de compter ses troupes à la faveur du scrutin proportionnel. Qui aura le titre de premier parti de France, où en sera le parti présidentiel, qui sera le premier opposant ? Voilà ce qui intéresse dorénavant toute notre classe politique, gouvernement compris.

On mesure aujourd’hui qu’Emmanuel Macron disposait de plus d’une année pour lancer des réformes importantes pour la France sans avoir à se préoccuper outre mesure des contraintes politico-électorales. Et l’on constate dans le même temps qu’il a gaspillé toutes ses cartouches en discours, en com’ et en réformettes qui n’ont pas fondamentalement changé les choses :

· Nous avons toujours un État parmi les plus dépensiers du monde (57 % du PIB), très endetté (pas loin de 100 % du PIB) et toujours plus avide d’impôts et de cotisations sociales (45 % du PIB) pour boucler un budget 2019 acrobatique dont la réduction radicale du déficit s’éloigne avec la fin de la petite période d’embellie sur la croissance que la France a connue fin 2017.

· Nous avons toujours un chômage durablement accroché à 3,7 millions de chômeurs en catégorie A et à plus de 5,9 millions pour les catégories A, B et C (chiffres à fin juin 2018 en France entière).

· Nous avons toujours un système de santé et un système éducatif hyper étatiques et coûteux qui ne remplissent plus leurs missions et qui ne prennent pas franchement le chemin de les remplir en desserrant le carcan au lieu de le consolider.

Le prélèvement à la source, dont les inquiétants cafouillages politiques, techniques et philosophiques sont très bien expliqués ici, est particulièrement emblématique de l’activisme de façade qui occupe ce gouvernement depuis le début.

Alors qu’il y a tout lieu de simplifier la démente fiscalité française et ses mille et une niches, alors qu’il y va du dynamisme de notre économie de réduire son poids confiscatoire parallèlement à des coupes effectives dans les dépenses, la mesure envisagée, présentée par Gérald Darmanin comme le nec plus ultra du modernisme fiscal, n’est jamais qu’un changement de calendrier de prélèvement, en aucun cas une vraie simplification de l’impôt et certainement pas l’amorce d’une baisse.

En fait, le dossier en lui-même est déjà un poste de coûts supplémentaires : si Macron décide d’arrêter les frais, l’État aura quand même dépensé 300 millions d’euros pour préparer sa mise en place, dont 10 millions rien qu’en communication. S’il décide de poursuivre, la gestion des bugs qui se profilent promet une jolie facture supplémentaire. Comme pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l’incurie prolongée de l’État nous plonge de force dans un fiasco insoluble. Payer ou payer, voilà l’alternative.

Quant au remplaçant de Nicolas Hulot, nul doute qu’Emmanuel Macron consacre beaucoup de temps et d’énergie pour trouver l’oiseau rare qui lui permettra de redevenir crédible auprès des écologistes (et de Juliette Binoche) tout en restant « en même temps » un petit peu crédible quand même auprès des chasseurs et des agriculteurs. Apprendre qu’il ait pu songer à Daniel Cohn-Bendit, choix évidemment totalement médiatique, n’est pas pour donner l’impression qu’Emmanuel Macron saura prendre de la hauteur scientifique sur les sujets concernés, notamment le glyphosate et le nucléaire.

En cette rentrée 2018, Emmanuel Macron est donc extrêmement occupé à des petits riens coûteux et inutiles au regard de tout ce qu’il faudrait mettre en oeuvre pour voir la France regagner du terrain en compétitivité, prospérité et liberté.

Avec les élections européennes qui se profilent maintenant après le gros coup de semonce de l’affaire Benalla, il est à craindre que le quinquennat Macron entre dorénavant dans l’enlisement caractéristique de ceux qui n’ont pas ou pas assez réformé avant et qui se trouvent privés par leur propre faute de pouvoir de le faire ensuite.

Dans ce contexte, la sortie du Président sur les « Gaulois réfractaires au changement », remarque plutôt mal reçue par les intéressés, serait moins à lire comme une critique que comme une excuse (plausible à bien des égards) pour justifier l’immobilisme réel de ce gouvernement en apparence toujours sur la brèche.


Mises à Jour du 4 sept. 2018 : À 13 h : Le Président de l’Assemblée nationale François de Rugy, ex-EELV rallié à Hollande puis à Macron, est nommé ministre de la Transition écologique et solidaire. À 21 h : Edouard Philippe a annoncé sur TF1 que le prélèvement à la source serait bien mis en place à partir du 1er janvier 2019.


Illustration de couverture : Emmanuel Macron le 30 août 2018 en Finlande. Photo Jacques Witt, AFP.

11 réflexions sur “Macron : un Président très occupé … à ne rien faire

  1. Macron s’inscrit dans la méthode pratiquée par ses prédécesseurs: un programme qui se veut visionnaire pour se faire élire dans la perspective de nous faire enfin changer de société; Une fois élu, c’est l’annonce immédiate de réformes structurelles; Une fois lancées les réformes structurelles deviennent paramétriques dans le meilleur des cas, ou disparaissent purement et simplement au contact des résistances politiques en place; Une fois amandées et votées, les réformes patramétriques deviennent des ajustements différés et conditionnels ou sont enterrées (ex la réforme de l’Etat). La politique française n’est que de la com alimentée par un manque de courage et conviction chroniques de tous les élus, sans aucune exception connue.

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  2. La France ne se réforme que dans des crises paroxystique. Il faudra une grave crise financière où la ruine montrera le bout de son nez pour que de gros changements deviennent possibles.

    Pour l’instant, comme je l’ai dit lors de son élection, l’élu est le prince Tancède, pour qui il faut que tout change pour que rien ne change. La com donne l’illusion du changement alors que rien ne bouge en profondeur.

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  3. Tous les ministres et nombre de politiques sont pris en otages par la haute fonction publique. C’est cette dernière qui dirige la France et veille à ses prérogatives sous l’influence des lobbies, capitalisme de connivences. Ils sont donc des pantins sans pouvoir sauf celui de la com pour nous ravir dans les illusions.
    Sans doute une baisse drastique du nombre de ces hauts fonctionnaires baisserait du même coup les dépenses et redonnerait sans doute du pouvoir aux citoyens.
    Les dernières affaires, Saal, Nyssen, etc… sont des révélations médiatisées pour des centaines d’autres méconnues du public et souvent beaucoup plus graves financièrement. Benala c’est une boule puante d’intimidation pour recadrer et calmer l’impétuosité du jeune président. Mais sinon peut-on croire sérieusement que Macron ait participé quelque soit ce peu aux décisions concernant Saal, Nyssen, etc..Cela lui a complètement échappé. C’est matériellement impossible qu’il s’en soit occupé, c’est donc la technostructure qui dirige, que ce soit pour la ponte du prélèvement à la source ou même de la présence du patron des chasseurs à une réunion où Macron répond du tac au tac à Hulot qu’il ne sait pas qui l’a invité, ce qui est certainement vrai.
    https://www.huffingtonpost.fr/2018/08/28/thierry-coste-le-lobbyiste-des-chasseurs-qui-a-precipite-le-depart-de-nicolas-hulot_a_23510698/
    C’est maintenant à son tour comme pour ses prédécesseurs de devenir en chaque occasion le souffre-douleur des français.
    Et pourquoi n’arrive-t-on pas à sortir de ce scénario infernal ?
    Nous sommes des insectes inéluctablement attirés par la lumière étatique pour nous y cramer invariablement !

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    • « Tous les ministres et nombre de politiques sont pris en otages par la haute fonction publique. »
      Ce sont les politiques qui ont votés ces dernières décennies des milliers de lois pour lesquelles, il faut des millions de fonctionnaires pour les appliquer. Les politiques sont simplement victime du monstre qu’ils ont eux-mêmes créés par désir de plaire au lieu de gouverner. Ce ne sont pas les fonctionnaires qui ont votés les lois au parlement.
      Simplifier toutes ces lois et normes qui ne servent à rien, et rapidement on se rendra compte de l’inutilité de bon nombre de fonctionnaires. A-t-on besoin de fonctionnaires qui vont vérifier le nombre de tickets restaurants distribués par Emmaüs à ses bénévoles (exemple vieux de qq mois, redressement de 80.000EUR je crois). Aucune valeur ajoutée, supprimer la loi qui dit que les tickets restaurants peuvent être considérés comme un revenu déguisé et donc passible de charges sociales, et ce sont déjà qq fonctionnaires qui disparaissent ou qui pourront se concentrer sur des tâches ayant une plus grande valeur ajoutée et éventuellement plus gratifiante pour eux-mêmes.
      S’en prendre aux fonctionnaires ne sert à rien.

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      • La question n’est pas de taper sur les fonctionnaires, j’évoque la haute fonction publique. D’ailleurs ces derniers pourraient se passer de fonctionnaires, il suffirait d’embaucher des contractuels plus des « prestations intellectuelles » (ce qu’on appelle aussi les consultants) ou des sous-traitants dans la spécialité, à tour de bras pour les remplacer. Ce qui ne changerait absolument rien à la dépense.
        Oui les politiques ont votés des milliers de lois demandées par qui ? Les français !
        Car des qu’il y a un petit problème, vite on va demander une loi à son député qui se trémousse de plaisir de justifier de son utilité. Une loi c’est un décret pour créer une nouvelle instance ministérielle avec ses directions et agences et donc un nouveau budget obligatoirement.
        Nous avons trop de professionnels de la politique qui votent des lois mais dés qu’on veut en baisser le nombre, on hurle à l’atteinte à la démocratie….il faut en rire ou en pleurer ?
        Tenez pour vous amuser la dernière idée de loi :
        https://www.capital.fr/votre-argent/bientot-un-abattement-fiscal-pour-ladoption-dun-animal-1304601
        Il faudra encore combien de présidents fantoches et de mirages étatiques pour changer la croyance franchouille ?
        La ruine et la tutelle du FMI….pas d’autre perspective.

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  4. Macron est parti du centre gauche avec des gens pour qui le modèle social collectiviste est l’alpha et l’omega de la protection sociale. Il n’a pas dit un mot sur comment baisser la dépense publique ni même parvenir à la ridicule baisse de 120 000 postes dans la fonction publique.

    Il n’y a donc rien d’étonnant de le voir désormais naviguer à vue et reproduire l’erreur de ses prédécesseurs à savoir présenter des réformettes insignifiantes comme de puissants changements.

    Le pire je trouve c’est la méthode qui le coupe (définitivement? je le crains) des « petites gens ». La flexi-sécurité était une bonne idée mais les gens ne vont retenir que la flexibilité (à tort on n’a touché presque à rien) et l’offre de formation, leur qualité, tout ça tarde à se concrétiser. Réformer l’assurance chômage, le seul truc à l’équilibre dans ce pays et qui est plus redistributif qu’assurantiel, ça va très mal passer aussi.

    Bref Macron piétine et décourage le semblant d’appétence pour les réformes aperçue chez les français ces derniers temps. Pour noius préserver de la vague populiste en cours en occident, on ne s’y prendrait difficielement plus mal.

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  5. Comme souvent, un article caricatural, mélangeant quelques vérités et beaucoup de contre-vérités …
    L’État, c’est pas bien, les fonctionnaires, il y en a trop, faut dégraisser le mammouth …
    La SNCF, les cheminots, leur statut, c’est mal …
    La dette, faut la diminuer …
    Les impôts, c’est toujours trop à payer …
    Les « pôvres » sont trop aidés …
    etc.
    J’en passe et des meilleures d’un pseudo catholicisme historique aveugle et sourd …

    A vouloir toujours tout réformer, tout casser sans s’en prendre aux sources du « mal », c’est à dire les financiers mondialistes qui tirent les ficelles des pantins du gouvernement, on fait le jeu de ceux-ci …
    Pauvres pantins que nous sommes aussi!

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    • Comme d’habitude, vous ne comprenez rien.
      Quand on réussit à cumuler des taux de prélèvements, de dette et de dépenses publiques parmi les plus hauts du monde relativement aux pays comparables avec un chômage durablement élevé (toujours relativement aux pays comparables – rappel 9,2 % en France 3,9 % aux Pays-Bas par exemple) et une croissance toujours à la traine des autres, il n’est pas mauvais de se poser quelques questions au lieu de jouer au généreux indigné.
      Je ne dirai rien du niveau argumentatif de votre commentaire. Moi aussi parfois je peux être généreuse.

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  6. « L’État, c’est pas bien, les fonctionnaires, il y en a trop, faut dégraisser le mammouth… La SNCF, les cheminots, leur statut, c’est mal… La dette, faut la diminuer… »

    Eh bien ! Ce n’est pas vrai, peut-être ?

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