Pass culture : aveu d’échec et échec probable

Avis aux lecteurs : 5 jours de vacances, 5 articles, 500 mots chacun environ. Voici le n° 3.

« Est-ce qu’on pourra acheter une place pour Star Wars avec le Pass culture ? » demandait récemment un journaliste à la ministre de la Culture Françoise Nyssen. « Mais j’espère bien qu’on pourra voir Star Wars avec ça ! » a-t-elle aussitôt répondu sur le ton de l’évidence la plus enthousiaste. 

Ainsi, ce serait cela, la nouvelle « révolution » culturelle du gouvernement : 400 millions d’euros par an budgétés nulle part, mais prélevés à coup sûr sous forme d’impôt et de dette comme si le pays roulait sur l’or, pour que les jeunes de 18 ans puissent faire ce qu’ils font déjà très bien tout seuls, à savoir aller au cinéma ? N’en déplaise à Mme Nyssen, cela n’a rien d’évident.

J’exagère. Il s’agira aussi d’acheter des livres, d’aller au théâtre, au musée, au concert (Beethoven ou One Direction ?), bref, donner à tous les jeunes les moyens d’accéder à la culture à raison de 500 € chacun. Si l’on écoute les jeunes eux-mêmes, il faudrait inclure le sport, les restos, les jeux vidéo et Netflix. On glisse vite au « Pass loisirs ».

Il est vrai que la ministre a exprimé ensuite une réserve obscure : l’offre du Pass culture sera « éditorialisée ». Comprendre, comme elle l’a expliqué plus clairement hier, qu’il y aura « des choix à faire »  ?

Entre le possible clientélisme électoral à l’égard de jeunes citoyens qui atteignent au même moment l’âge de voter, et la probabilité non nulle de déboucher sur une offre culturelle très encadrée par l’Etat, avec tous les risques de conformisme que cela comporte tant pour ceux qui offrent des produits culturels que pour ceux qui les consomment, tout montre que la « révolution » en question est une mauvaise idée pour la liberté de création et pour l’autonomie des jeunes.

Sans compter que l’application mobile sous-jacente est en cours de développement par l’Etat devenu startup pour l’occasion. Une mission enthousiasmante selon la ministre, mais une mission qu’on ne lui demande nullement, d’autant que l’offre culturelle existante est déjà répertoriée sans limitation de contenu sur mille supports privés ou publics, sur papier ou sur internet. Et une perspective peu rassurante tant l’Etat a montré, avec le système Louvois de paie des militaires par exemple, combien il manie le flop avec brio dans le domaine informatique.

Sans compter également que l’expérience italienne dont le gouvernement s’est inspiré devrait inciter à la prudence : effet d’aubaine pour les jeunes qui fréquentaient déjà les lieux culturels ; occasion pour d’autres d’un détournement des sommes aimablement mises à leur disposition par l’Etat pour les dépenser à leur guise aux frais des contribuables.

Mais, va-t-on m’objecter, tant de jeunes n’ont pas la chance de vivre dans un milieu sensible à la culture, tant d’autres ou les mêmes sont au chômage ! Il est normal que l’Etat rétablisse un peu d’égalité.

J’aime ces arguments ! Ils consistent ni plus ni moins à admettre que l’Etat a complètement échoué en matière de prospérité économique et d’éducation nationale, domaines dans lesquels il intervient pourtant massivement.

Imaginons un système scolaire plus performant, imaginons une économie plus florissante, moins de chômage et plus de pouvoir d’achat – imaginons un environnement libéral où chacun est en état économique et moral de décider pour lui-même, en quelque sorte. Nul besoin, alors, de dicter aux gens ce qu’ils doivent faire pour avoir une vie épanouie et nul besoin de les subventionner pour cela. 


Pour compléter les arguments de ce petit billet, on pourra lire aussi :
Le méli-mélo des APL ou le (mas)sacre du « en même temps » (07/09/17)


Illustration de couverture : Françoise Nyssen, ministre de la Culture. Photo AFP.

14 réflexions sur “Pass culture : aveu d’échec et échec probable

  1. Tout cela reste du clientélisme ! je n’ose pas vous parler de l’usage fait par chez moi des différentes primes et autres bouses … allez, si, je me lance, anticipant sur votre curiosité : par exemple, la « prime de rentrées scolaire », paye quelques menus effets, mais également un ou deux repas au restaurant pour les parents méritants ! et de toutes façons , en primaire, les enseignants font de la « redistribution équitable », donc aucun risque que le bambin manque de quoi que ce soit !
    La bourse d’études supérieures, me demandez-vous ? ah, bin, ça, c’est de l’argent de poche pour le boursier, récompense pour son Bac, et qui peut ainsi offrir à sa petite amie, un week-end à l’hôtel, location de voiture incluse … ça, c’est du vécu !

    Et pour « imaginons un environnement libéral », oui, j’imagine, le soir avant de m’endormir, espérant faire de beaux rêves … 😉

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    • « location de voiture incluse »? sûrement pour votre seule connaissance qui doit avoir trainé pour passer son bac car pour louer une voiture, il faut avoir 21 ans et deux ans de permis…
      Moi aussi j’ai du vécu à partager: j’ai des connaissances, et pas qu’une, qui n’ont pas de smartphone (mais des bourses enseignement supérieur 🙂 ), pas de smartphone, donc pas d’appli, donc pas de pass culture???

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  2. Je ne crois as que les jeunes dans leur grande majorité fréquentent beaucoup les bibliothèques mises à leur disposition. C’est un effet de com, comme d’habitude. Pour se cultiver, il faut en avoir l’envie.

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  3. Et si tout bêtement on rendait nos chaînes de télévision un peu plus culturelles en ne finançant plus les séries américaines violentes et abrutis santés ?
    Vive les cultures arabes, chinoises, indiennes, russes, sud-américaines, corses, bretonnes etc…
    On ferait des économies et on arrêterait de financer les « Wenstein » d’Holliwood…

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    • « Plus de séries américaines violentes et abrutissantes » ? Je vous recommande alors de faire une cure de France O (ça lui ferait une audience non nulle, pour une fois ), avec quelques doses de LCP … vous viendrez nous raconter. Ca , c’est payé par nos impôts.
      Par contre, il existe les chaînes thématiques, et privées, et s’il y a un public pour « les cultures arabes, chinoises, indiennes, russes, sud-américaines, corses, bretonnes », je préfère une offre de ce type.

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  4. Il y a quelques années, des amis m’avaient trainé au festival off d’Avignon. J’avais trouvé plaisant cette façon des acteurs de venir démarcher le public, dans la rue, les cafés, les restaurants pour nous attirer à leur spectacle. Voila une culture de saltimbanques, bouillonnante, créative et surtout libre. Une culture qui vit de sa confrontation directe au public.
    Tant que le magot de la taxation existera pour financer des subventions aux artistes, ces derniers dépendront (à des degrés divers) des politiciens, biaisant leur production. Il convient donc de supprimer les subventions artistiques des Hommes de l’État et de restituer cet argent à leur propriétaire (la population taxée). Les individus décideront ensuite ce qu’ils désirent faire de cet argent (et s’ils souhaitent le dépenser en art ou pas).
    Avec le « Pass culture », on redonnerait donc aux jeunes qui seraient « pauvres », le libre choix de la production artistique qu’ils désirent.
    Le gros problème, c’est que la taxation que nous subissons ne va pas baisser, de même le budget de la culture et de même la subvention des artistes.
    Résultat, c’est une dépense supplémentaire purement clientéliste que les contribuables devront supporter obligatoirement.

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  5. Grotesque. Puant de démagogie. Irresponsable partout, mais plus encore dans un pays où pas un seul budget n’a été à l’équilibre depuis quarante ans. Si l’on veut rendre service aux jeunes, il faudrait peut-être commencer par réduire le fardeau de la dette publique qu’on leur transmet.

    Des parents responsables ne gavent pas leurs enfants de bonbons et de chocolat « parce que ça leur fait plaisir ». Ils leur préparent des haricots verts (et bien d’autres choses), pour les éduquer à se nourrir sainement, et leur apprendre, petit à petit, qu’une alimentation équilibrée peut être bien plus délicieuse que les friandises à la séduction primaire vers lesquelles ils se ruent spontanément.

    En somme, l’Etat, ici, se montre encore plus irresponsable que les parents qui cèdent à tous les caprices de leurs rejetons, au moment même où il prétend se substituer à eux (alors que ce n’est nullement sa fonction).

    Et c’est la patronne d’une maison d’édition supposément ultra-intellectuelle qui se livre à ce numéro de clown étatique…

    La fonction de l’Etat est, éventuellement (en tous cas dans le cadre d’une école tenue par des fonctionnaires), de donner aux enfants le goût des arts difficiles. Bach, plutôt que Star Wars. Il n’est ni de leur payer des billets pour aller voir Star Wars, ni même de leur offrir des places pour des concerts de Bach. Cela, c’est aux parents de le faire, et aux jeunes eux-mêmes, dès qu’ils ont de l’argent de poche à leur disposition.

    Coup n°1 : je fais preuve d’une démagogie crasse à double détente, en annonçant un « pass » pour les jeunes, et un « pass culture », en plus de ça. On sait ce que veut dire « culture » dans ce contexte : loisirs tous azimuts… Cela aurait été un « pass aide aux personnes âgées », par exemple, en payant le train (ou le car Macron) aux jeunes, pour aller rendre visite à des vieux isolés et leur faire leur ménage (bénévolement, naturellement), cela aurait pu aller dans le sens de l’intérêt général. Et pour les vieux, et pour les jeunes. Auxquels cela aurait appris le goût de l’effort et du dévouement.

    Coup n°2 : je suggère aux cultureux, bobos qui se la pètent et citoyens authentiquement navrés de voir la vraie culture partir à l’égout que mon « pass culture » transformera des jeunes qui s’abrutissent de rap en admirateurs de Glenn Gould.

    Coup n°3 : je fais savoir par la bande à tous les faux « artistes » qui grouillent dans s’pays que v’là encore une louche de bon pognon qui leur reviendra dans les fouilles d’une manière ou d’une autre.

    Coup n°4 : je montre mon immense ouverture d’esprit et mon goût de la modernité en déclarant que je suis prête à payer des tickets d’entrée à Star Wars, afin de me blanchir de mon image d’éditrice élitiste publiant des recueils de nouvelles traduits de l’ourdou, image qui est précisément la raison pour laquelle je suis devenue ministre de la Culture.

    Ce festival de tout et son contraire en même temps, pourvu que ça chatouille le client là où ça fait du bien, est typique de la perversité de la mentalité de gauche. Quel répugnant spectacle ! Un demi-milliard d’argent gratuit des autres, déversé en pure perte dans un trou sans fond…

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