Etre libéral, cela veut dire …

Depuis deux ans, je tiens ce blog « politique » selon une grille d’analyse libérale. Je plaide pour moins de dépenses publiques, moins d’impôts, moins de subventions, moins de rigidités et réglementations en tout genre, moins d’interdictions, moins de formatages de ce qu’il faut faire, dire ou penser. Je plaide pour moins de dirigisme et de collectivisme. En résumé, je plaide pour moins d’Etat dans nos vies en m’appuyant sur les événements qui se présentent dans notre actualité. 

Au fil du temps, tous ces points éparpillés dans plusieurs articles contribueront peut-être à brosser un tableau global explicite du libéralisme. J’ai du reste commencé à réunir quelques éléments importants de la pensée libérale dans la page « Libéraux » de ce blog.

J’ai aussi tenté de répondre aux objections. Celle de Charles Beigbeder, par exemple. Se décrivant comme un « libérateur enraciné », ce dernier apprécie l’économie de marché, mais rejette le « libéralisme philosophique » qui, selon la compréhension qu’il pense en avoir :

« postule l’équivalence de tous les choix de vie, sans aucune hiérarchie de valeurs ni limite imposée à la démesure humaine. »

.
Cette vision apocalyptique du libéralisme est assez largement partagée, tant dans les rangs progressistes (Viviane Forrester, Naomi Klein…) que conservateurs. Un lecteur (que je remercie) a porté à ma connaissance un texte de Patrice de Plunkett publié récemment sur le site catholique Aleteia.

Pour Plunkett, souhaiter « de bonne foi » une réconciliation entre libéralisme et catholicisme, c’est se tromper sur le libéralisme ! Il convient au contraire de se « libérer du libéralisme » * pour une raison bien simple – pour ne pas dire bien simpliste, sachant qu’on a affaire à un co-fondateur et ex-rédacteur en chef « culture » du Figaro Magazine :

« (Le libéralisme) ne peut tolérer que le profit et le profit maximisé à l’infini : une utopie meurtrière puisque elle conduit à exténuer les ressources et mutiler l’humain. »

.
Réconcilier les catholiques et le libéralisme est l’une des grandes affaires de ce blog. Je ne me suis pas encore vraiment attelée à la tâche, sauf par petites touches de-ci de-là visant à montrer que Dieu le premier nous laisse libres de le choisir ou non, mais je peux constater tous les jours qu’elle sera colossale. Voilà que je soutiendrais une idéologie « meurtrière » qui n’a de cesse de « mutiler l’humain » ! Il faut avoir un sens de la bonne foi très particulier pour proférer des énormités pareilles.

Autant les prisons, les famines, les pénuries et les morts de tous les collectivismes sont bien identifiés, et autant certaines de leurs formes affaiblies mais néanmoins appauvrissantes persistent en de nombreux points du globe (le cas du Vénézuela est célèbre, j’ai parlé de l’Afrique du Sud et on bénéficie en France de l’exemple affligeant de la Guyane), autant le libéralisme, même instillé à faible dose aux quatre coins de la planète depuis le début des années 1980 par cette fameuse « mondialisation » honnie, a laissé sur son passage augmentation de l’espérance de vie, baisse de la mortalité infantile et recul de la pauvreté (graphique).

Voilà pour la mutilation de l’humain. Pour les profits, je conseille la lecture de Ludwig von Mises, et pour l’épuisement des ressources, je renvoie à mon article critique sur l’encyclique Laudato Sí du pape François.

Il n’en reste pas moins que le libéralisme est appréhendé ici de façon quelque peu décousue. Repensant à toutes les objections outrées qu’il soulève, et repensant par association d’idées au passage récent de Philippe Poutou, anti-libéral diplômé, dans l’émission « On n’est pas couché », je me suis demandé ce que je dirais si, participant à une telle émission (ne riez pas de mes idées bizarres !), Laurent Ruquier entamait l’interview par :

Nathalie MP, vous tenez un blog libéral. On aurait presque envie de vous traiter de masochiste, tant le libéralisme n’est pas très bien vu en ces temps de crise économique et de montée des inégalités. D’après Patrice de Plunkett, catholique comme vous, le libéralisme est une idéologie meurtrière. Comme vous ne me faites pas vraiment l’effet d’une meurtrière en puissance, je serais curieux de savoir ce que cela veut dire, pour vous, « être libéral »…

Alors voici le petit pitch que j’ai préparé si une telle occasion se présentait, ou, plus simplement, si j’étais confrontée à brûle-pourpoint à cette question sur le libéralisme :

Je vais commencer avec un exemple qui va sans doute vous surprendre car il ne concerne pas du tout l’économie.

Vous trouvez – hypothèse – que le don d’organes** est une idée géniale qui permet de sauver des vies. C’est parfait, moi aussi je trouve que c’est génial. L’affaire commence cependant à déraper car vous êtes tellement emballé par cette idée que vous trouvez même qu’il faudrait que tout le monde fasse comme vous. En fait, idéalement, il faudrait obliger tout le monde à donner ses organes, parce que « c’est bien ».

Or il existe des personnes moins enthousiastes, voire carrément hostiles, sur ce sujet. Parmi ces dernières, certaines aimeraient que le don d’organes soit purement et simplement interdit, parce que « c’est mal ».

Vouloir imposer le don d’organes à tout le monde selon votre propre sens du bien et du mal fait de vous un constructiviste progressiste. Ceux qui à l’inverse souhaitent l’interdire sont des constructivistes conservateurs. L’attitude du libéral consistera à dire que la décision doit revenir à chaque personne prise individuellement, pas à quelques « élus » qui s’imaginent savoir pour les autres ce qu’il convient de faire.

Il est possible qu’au fil du temps l’idée des bienfaits du don d’organes gagne de plus en plus de personnes et s’impose naturellement dans l’ensemble de la société, mais ce sera par évolution des décisions individuelles, certainement pas par détermination arbitraire d’un « intérêt général » applicable de force à tous les membres de la société.

La première chose à retenir de cet exemple, c’est que le libéralisme est fondé sur la liberté individuelle. La seconde, c’est qu’un régime politique qui se limiterait à baisser les impôts, et plus largement à organiser un environnement agréable aux entreprises tout en maintenant un contexte coercitif et un ordre moral – progressiste ou conservateur – partout ailleurs, ne serait pas un régime libéral.

Il se trouve que l’Etat est l’entité typique qui pense savoir mieux que vous ce qui vous convient. Ses représentants ne sont pourtant jamais que des humains comme vous et moi. Il n’empêche, ayant déterminé que telle action est « géniale », ils n’auront de cesse de vouloir l’imposer à tous en maquillant leur autoritarisme sous la défroque de l’Etat stratège et sous le faux activisme de politiques dites « volontaristes » et réalisées au nom de « l’intérêt général ».

Dans les faits, l’Etat stratège rime toujours et partout avec copinage, connivence, mauvaise gestion et festival de déficits, la preuve par Areva, la SNCF, la région Poitou-Charente et la sécurité sociale. Les politiques « volontaristes » ne font que refléter la faible adhésion qu’elles suscitent dans la société, au point qu’il faut les imposer pour tenter de les faire vivre. Quant à l’intérêt général, c’est un concept prétentieux visant à noyer les lubies de quelques uns dans une attente prétendument partagée par tous les citoyens sans exception. 

Sur le plan économique, ainsi que j’ai eu l’occasion de l’écrire à plusieurs reprises sur mon blog, le libéralisme n’a rien d’une construction idéologique prédéterminée. Il s’est développé peu à peu à force d’observations sur ce qui marche et ce qui ne marche pas. Très vite il est apparu que le protectionnisme et toutes les limites imposées au jeu de la concurrence ne marchent pas, qu’il ne sert à rien de vouloir maintenir à tout prix des activités durablement non rentables, que les exigences réglementaires de l’Etat freinent les échanges et la créativité, que le poids toujours croissant de l’impôt pour satisfaire des rentes ou des trains de vie dispendieux pèse sur le développement économique harmonieux de toutes les classes de la société.

De façon générale, le libéralisme s’oppose à tout pouvoir arbitrairement imposé d’en haut. Il est au contraire question de limiter le pouvoir de l’Etat pour laisser chaque individu choisir lui-même son mode de vie, au plan personnel comme au plan économique. Loin de s’imaginer que « tout est permis », le libéralisme considère que l’individu est un être responsable qui respecte l’intégrité des personnes qui ne sont pas lui et celle des biens qui ne sont pas siens. La liberté est totale dans la limite du respect des droits naturels que sont la liberté, la sécurité et la propriété. L’Etat est là pour faire appliquer ces principes et veiller au respect du droit et des contrats entre les hommes.

Mais l’Etat n’est pas là pour nous dicter notre conduite de tous les jours. Il est assez curieux de penser que nous sommes encore jugés capables d’acheter une voiture, des vêtements ou de la nourriture – encore que nous ne manquions pas de conseils et d’injonctions en tout genre sur ces sujets, mais que nous serions incapables de choisir une assurance maladie ou une école pour nos enfants en dehors de ce que l’Etat veut bien nous consentir en ces domaines où il ne brille guère.

L’idée fondamentale du libéralisme, c’est de redonner de l’autonomie et du pouvoir de décision aux individus sur la base de deux constatations : celui qui sait le mieux ce qui lui convient, c’est l’individu ; celui qui agit le plus efficacement, c’est celui qui a un intérêt direct dans l’affaire pour laquelle il agit. Cette ambition n’est ni « meurtrière » ni « démesurée » car elle se déploie dans le cadre du respect des droits naturels que sont la liberté, la sécurité et la propriété.

L’unique limite qui fasse justice à tous les hommes passe par le respect des biens et des personnes, l’unique rôle de l’Etat qui ne constitue pas un abus de pouvoir consiste à la faire respecter.

Plutôt que de nous résigner à être les robots dociles des lubies autoritaires de quelques uns, qu’il soient progressistes ou conservateurs, ne serait-il pas enthousiasmant de contribuer à l’évolution positive du monde en cultivant nos talents personnels, en usant de créativité et en faisant montre de curiosité dans tous les domaines possibles, dans la limite essentielle du respect des personnes et de leurs propriétés ?


* Idée du plus haut comique quand on sait que les dépenses publiques françaises représentent 57 % du PIB (2ème rang mondial !)
** Remarquons que depuis le 1er janvier 2017, la norme qui s’applique en France en ce domaine est l’acceptation par défaut, ce qui revient à avancer sur le chemin de l’obligation sans consentement explicite du défunt.


Illustration de couverture : Je reprends un dessin de Monsieur KAK (pour l’Opinion) que j’avais déjà utilisé dans un article sur Turgot.  Merci pour leur aimable autorisation.

21 réflexions sur “Etre libéral, cela veut dire …

  1. Bravo pour ce rappel que Dieu le premier nous laisse libre choix. Je viens de commencer des études de théologie par EAD à l’Université de Strasbourg, et j’ai découvert des auteurs qui pourraient vous être bien utiles dans votre démarche: Bernard Sesboüé, Marcel Neusch, Frédéric Guillaud…

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  2. Pour ma part, j’ai interdit que l’on prélève mes organes, précisément en raison de l’insistance suspecte du pouvoir à nous obliger à le faire. J’aurais pu prendre la décision inverse si j’avais été mis en confiance, mais justement : tous les actes du système tendent à prouver qu’on ne peut lui faire aucune confiance en la matière.

    Quand les anti-libéraux auront compris que la confiance va de pair avec la liberté, nous aurons fait un grand pas. Il serait bon aussi qu’ils comprennent que l’autre mot pour le « vivre-ensemble », c’est la confiance, et que la différence entre l’un et l’autre c’est que la seconde est naturelle ; tandis que la nécessité du premier n’a commencé à se faire jour que lorsque la confiance a été détruite, et qu’il a fallu la dictature du socialisme pour tenter de la remplacer — sans espoir bien entendu.

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  3. « celui qui sait le mieux ce qui lui convient, c’est l’individu ; celui qui agit le plus efficacement, c’est celui qui a un intérêt direct dans l’affaire pour laquelle il agit.  »

    Nathalie, je reprends ces termes de ton article et cela me semble être le début d’un sophisme comme « un cheval bon marché est rare »

    Il y a beaucoup d’individus que ne savent pas ce qui leur convient, soit parce qu’ils sont passablement ou durablement dans un état de faiblesse (intellectuelle, morale, physique, etc…) soit parce qu’on les trompe sciemment.

    De la même manière , on peut avoir un intérêt clair et direct à la réussite d’une action et agir moins efficacement que d’autres, notamment par manque de compétence, de volonté , d’intelligence, etc…

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    • BonjourJean,

      – Pour le sophisme, je ne vois pas.
      – « Il y a beaucoup d’individus qui ne savent pas ce qui leur convient, … » : beaucoup, c’est-à-dire combien ? 1%, 2% 5% ? Et pour ces 5 % il serait justifié de faire peser une chape de plomb sur 100 % de la société ?
      Ca ne tient pas la route, les collectivistes voient partout des gens faibles et sans défense, sauf eux, c’est très curieux.
      – Et de toute façon, dire que l’Etat n’a pas à s’occuper de tout, des menus à la cantine jusqu’à la composition textile d’une paire de chaussette ou que sais-je, ça ne veut pas dire que personne ne s’en occupe. Dans une société libre, pleine d’initiatives privées dans tous les domaines, il y aura toujours des associations, des entreprises, des groupes de soutien et tout ce que tu veux pour créer des sociétés musicales ou sportives, porter des repas à des personnes âgées, donner des cours de soutien etc..

      Pourquoi ? Parce qu’il y a plein de gens généreux, bons, compatissants, dynamiques, etc…. Ne sont-ce pas là les qualités que nos socialistes se décernent à longueur de temps ? Sauf que dans une société libérale, tout ceci ne sera pas financé arbitrairement par les impôts des autres (qui n’ont rien demandé) mais par les personnes intéressées directement, par des dons, etc….

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  4. Mais lisez « Un libéral nommé Jésus » de Charles Gave si ce n’est déjà fait. Vous passerez un bon moment et ça deviendra plus simple car voila la preuve que le libéralisme n’est pas une idéologie !

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  5. Au sujet de Laudato Si’, il serait intéressant de comparer de façon approfondie ce que disent les encycliques au sujet du libéralisme depuis Rerum Novarum (1891). Il se trouve que j’ai sous les yeux l’encyclique de Jean-Paul II, Centesimus Annus (1991). On y rappelle que Léon XIII critiquait le socialisme et le libéralisme, tout en affirmant le caractère naturel de la propriété privée. De même Jean-Paul II passe beaucoup de temps à souligner l’échec du communisme et le marxisme. Au chapitre en faveur de la propriété privée, l’argument fait penser à Locke (l’appropriation par le travail). Jean-Paul II y rappelle aussi qu’à l’intérieur de chaque pays comme sur le plan international, « le marché libre [est] l’instrument le plus approprié pour répartir les ressources et répondre efficacement aux besoins ». Il reconnaît aussi le rôle du profit « comme indicateur du bon fonctionnement de l’entreprise ». L’assistanat et l’hypertrophie des appareils publics sont dénoncés. Mais il y a un « mais » : tout les besoins ne sont pas solvables et le marché comporte lui-même ses limites. Il doit de surcroît être subordonné à des principes éthiques et religieux. La liberté doit être soumise à la vérité…

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    • « La liberté doit être soumise à la vérité… »

      Ca tombe bien, le meilleur moyen d’arriver à la vérité est de laisser les gens la chercher librement par eux-mêmes. Cette recherche étant difficile, elle requiert à la fois le concours du plus grand nombre possible de personnes bien disposées (qui ne sauraient qu’être dissuadées par toute vexation susceptible de leur porter obstacle), et la libre confrontation d’idées différentes, seule susceptible de faire émerger la vérité.

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    • Bonjour JM,
      Il y a en effet deux traditions dans l’Eglise catholique : la léonine (de Léon XIII) très libérale, reprise largement par Jean-Paul II (qui avait l’avantage de savoir ce qu’était que le collectivisme communiste) et la pauline (de Paul VI) qui est plus celle du pape François. La première est malheureusement mal comprise.
      « La liberté doit être soumise à la vérité… » : Je crois plutôt que la liberté ne comporte pas de vérité au-delà de la limite sur le respect de l’intégrité des personnes et des biens. C’est une notion de respect des autres et de responsabilité. Au sein d’un univers libre, chacun est habilité à témoigner de « sa » vérité, à en débattre, à échanger …
      Voir commentaire de Robert Marchenoir ci-dessus, auquel j’adhère sans réserve.

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  6. Votre article est excellent, comme l’était déjà celui sur le profit selon Mises. Mais pourquoi Ruquier ? Votre analyse mérite meilleure tribune que celle-ci où probablement votre propos serait déformé, dévoyé, moqué, caricaturé.. par des spécialistes du genre (dont le Moix) qui, n’aimant pas se faire voler la vedette (et étant probablement payés au nombre de leurs provoc ), ne reculeraient devant rien pour déformer votre analyse sous les bravos des autres participants, Ruquier compris dont on imagine déjà le rictus gourmand… On peut aussi imaginer que la majorité des spectateurs d’une telle émission se foutent à peu prés comme de leur première chemise du fond des débats, ne la regardant qu’avec l’espoir d’assister avant les autres au clash qui sera repris le lendemain dans tous les médias. Alors franchement, pourquoi Ruquier ?

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  7. Les pays où l’Etat n’intervient pas parce qu’il est faible voient immédiatement se mettre en place une économie informelle, de la corruption, même à des niveaux infimes mais très gênants comme les bakchichs aux fonctionnaires que l’Etat ne peut plus payer et qui se livrent à d’autres activités au sein même de leur administration, et des prises de pouvoir mafieuses.

    La libre circulation des personnes. Plus de frontières, parfait ! Sauf qu’on est affublé de frontières personnelles, puisqu’on est fouillé dès qu’on entre dans un lieu public, avec des vigiles partout, des dispositifs de surveillance jusque dans sa propre maison. Sans parler de la déferlante migratoire d’opportunistes inemployables.

    Pour moi, la limite du libéralisme est un rousseauisme un peu bêlant. L’homme n’est pas naturellement bon.

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  8. @ Bouju :
    Pourquoi Ruquier ? Bonne question, c’est tellement les jeux du cirque ! Pour s’adresser au plus grand nombre, à des publics qui n’ont pas l’habitude d’entendre ce son de cloche. Bien sûr, il faudrait faire cela non pas en débitant ce texte d’une seule traite, mais en jouant le jeu de l’émission, en batifolant avec les journalistes, en paraissant bonne fille sympa, mais à la fin de l’envoi toucher, voire renverser.
    Pas facile, et je suis la dernière personne capable de ça, car beaucoup trop timide. Mais aplomb, bagout, humour, associés à un solide fond conceptuel, à des exemples percutants et à une bonne préparation en amont – et pour ce qui est de préparer et conseiller, je suis très douée 🙂 – ça pourrait donner quelque chose.

    @ Souris donc :
    Rien n’est plus éloigné du libéralisme que Rousseau, lequel a ouvert tout au contraire la voie du socialiste et de l’étatisme avec son contrat social.
    Le libéralisme ne dit pas que l’Etat ne doit pas intervenir, il limite son action à faire respecter les droits naturels, à faire respecter l’intégrité des personnes et des biens (le régalien, en quelque sorte). On pourrait dire qu’en France nous sommes dans un Etat à la fois fort et faible : il est très fort pour distribuer des PV ou dicter nos menus ou organiser des expositions d’art contemporain qui enquiquinent à peu près tout le monde, tout en n’assurant pas correctement sa fonction première sur la sécurité.
    La libre circulation des personnes est faussée en France par l’Etat providence (bien socialiste) qui fait appel d’air. Arrêtons ce système, mais permettons de travailler à tous ceux qui veulent travailler, et faisons appliquer la loi sur le respect des biens et des personnes. Vous verrez que tout sera très différent.
    Je crois que vous attribuez au libéralisme des effets qui ne sont que ceux produits par notre socialisme ambiant.

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    • Que l’Etat se limite aux fonctions régaliennes. Pour le reste, l’individu sait ce qui est bon pour lui. OK.

      On est d’accord pour que l’Etat n’entrave pas les entrepreneurs avec son code du travail pachydermique. Pourtant, les faiseurs de normes et standards prétendent toujours faciliter la circulation des biens. Jusqu’aux ridicules commissaires européens qui se mêlent de la courbure du concombre, du parcours herbeux des poulaillers et des décibels de l’orchestre symphonique.
      L’individu, de son côté, appelle l’Etat à l’aide quand ses intérêts sont en jeu et s’organise pour prendre les autres en otage. Comme vous dites, voir l’exemple affligeant de la Guyane. Le chantage, 2,5 milliards ou on continue à immobiliser toute l’économie.

      On fait quoi contre ça ?

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      • En ce qui concerne les concombres, bien que très européenne, je suis pour la suppression complète de la PAC (progressivement, mais totalement) car on voit bien que notre agriculture, orientée par les fausses infos des subventions, pas incitée à se remettre en cause, est perpétuellement en crise. Ce genre de politique a été menée avec succès en Nouvelle-Zélande pour la satisfaction réelle des agriculteurs.
        Comme le budget de la PAC représente environ 40 % du budget total de l’UE, le gain est palpable.
        (J’ai un article là-dessus spécialement : https://leblogdenathaliemp.com/2016/02/28/agriculture-francaise-du-labeur-des-subventions-et-des-larmes/ )
        Il est vrai que la plupart des gens n’aiment guère le risque (y compris des entrepreneurs) et font appel à l’Etat pour être protégés de toutes les concurrences. Les taxis contre les VTC, puis les VTC contre UBER etc… les hôtels tradis contre AirB&B etc… Il y a une telle habitude (clientéliste souvent) de créer des barrières (illusoires) par de la réglementation et des subventions !
        C’est entre autres pour montrer que ce système de pansement pour les uns aux détriments des autres est injuste et au final pénalisant pour tout le monde que je tiens ce blog. On a le meilleur système de protection sociale, à ce qu’il parait, les subventions coulent à flot partout, et pourtant, personne n’est content, le chômage est élevé, la croissance poussive, l’éducation nationale titubante … Il y a bien qq chose qui ne va pas. Mais quoi ? La bonne réponse n’est pas « trop d’ultra libéralisme ! » comme trop d’hommes politiques veulent nous le faire croire.

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  9. De mon côté je suis de plus en plus sceptique quant à l’idée d’une « réconciliation » entre le christianisme et le libéralisme, parce que je n’en vois plus trop l’utilité. On parle de deux plans différents, l’un relève de la foi (et dans une certaine mesure de l’éthique), l’autre relève de la philosophie politique et de la science sociale. Si discussion il peut y avoir, elle se situe sans doute sur les fondements éthiques et anthropologiques de ces deux « systèmes » qui, à mon sens, ne sont pas fondamentalement en opposition.
    S’agissant des condamnations tonitruantes comme celles de Patrice de Plunkett, il suffit de constater qu’elles sont objectivement excessives (mais l’intéressé s’emploie depuis longtemps à démontrer les « affres » du libéralisme avec une certaine grossièreté) :
    1) ses affirmations montrent sa vision caricaturale du monde qui nous entoure et une certaine méconnaissance/inculture concernant les problèmes économiques qu’il commente;
    2) elles s’appuient sur une lecture bien trop politique des évangiles. Dire que le chrétien ne doit pas chercher le profit à tout prix et s’attacher à autre chose qu’à l’argent et aux biens matériels relève essentiellement d’une question éthique.
    La conséquence de tout ça, ce n’est pas de dire que le libéralisme est « compatible » avec le christianisme (et je trouve le titre du bouquin de Charles Gave un peu gonflé, pour être franc), mais juste que les croyants qui se veulent socialistes, étatistes, bref constructivistes fassent la démonstration politique, sociale et économique du bien fondé de leurs propositions et cessent de se planquer derrière le magistère de Rome.

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  10. Charles Gave a écrit un pamphlet, il n’a pas beaucoup de prétentions, il s’amuse à démontrer que c’est pourtant simple : « Dieu ne sait compter que jusqu’à un ! Dieu ne s’intéresse ni aux masses ni aux nations ni à l’Histoire, avec un H majuscule. Si l’on en croit Jésus, Dieu ne s’intéresse qu’à chacun d’entre nous, un par un, et veut développer avec chacun d’entre nous une relation individuelle…l’amour va d’une personne à une autre. C’est tout. Il n’y a pas d’amour collectif. Il n’y a pas d’amour de l’humanité ».
    La religion chrétienne n’est en rien un ensemble de lois et de préceptes à suivre. Ce n’est pas la Torah, encore moins le Coran. A fortiori le socialisme est hors jeu par définition :
    « Ce n’est plus l’ascèse individuelle, pendant l’action, qui est à l’origine de la morale, comme dans le Christianisme, c’est le résultat collectif, à l’arrivée. »
    En ces temps de campagne électorale posez la question à un socialiste :« A ton avis QUI crée des emplois ?» Et amusez vous du du spectacle.

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  11. Bonjour,

    Lisant ce billet bien senti de Nathalie MP, je me faisais la réflexion que je devais absolument mentionner le livre de Charles Gave :

    @ 1_ Nathalie MP : avec Tino, Philippe S. Robert et moi-même, nous sommes trois à nous référer à ce livre dans cette conversation. Comme ce livre est court (186 pages) et écrit dans un style alerte, ce serait intéressant que vous nous en livriez votre analyse.

    @ 2_ Nathalie MP : dans le même ordre d’idées, puisque vous citez la Nouvelle-Zélande, je vous recommande le livre du haut fonctionnaire français Xavier de Lesquen « État de choc, un pays sans fonctionnaire » aux éditions Éditea -2008- , dans lequel il livre ses expériences et ses réflexion de missions de deux ans en Nouvelle-Zélande : savoureux et instructif !

    @ 3_ Nathalie MP : Enfin, en réponse à Bouju, vous écrivez : « Pas facile, et je suis la dernière personne capable de ça, car beaucoup trop timide ». Vous vous sous-estimez certainement. À cet égard, considérez Agnès Verdier-Molinié de l’IFRAP qui aujourd’hui passe très bien la rampe lors de ses interventions sur les plateaux de télévision, alors que ses premières prestations d’interviewée étaient très mauvaises lorsqu’elle a démarré il y a quelques années. Vérifiez … L’on s’améliore très vite avec l’entraînement même s’il est manifeste que les débuts peuvent être rudes !

    @ Ben de Tok : vous avez raison, le titre de ce livre de Charles Gave est gonflé, il reconnaît d’ailleurs avoir sur le fond beaucoup élagué son livre sur les conseils de ses premiers lecteurs et de son éditeur. Mais ma foi -si j’ose dire- nous avions bien eu il y a de nombreuses années de cela  » L’Évangile au risque de la psychanalyse  » , alors …

    @ tous : le libéralisme est présenté comme une doctrine économique en France, et particulièrement dans le système scolaire français, quand dans les pays anglo-saxons, il est enseigné et reconnu comme une philosophie du Droit ou une branche de la Morale, ce qu’il est effectivement. Dès lors, sommes-nous tous bien sûrs de parler de la même chose et de pouvoir dans nos discussions avec les uns et les autres – pas nécessairement ici – progresser dans nos réflexions mutuelles ?

    Cordialement à tous.

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  12. @ Ben de Tock
    « que les croyants qui se veulent socialistes, étatistes, bref constructivistes fassent la démonstration politique, sociale et économique du bien fondé de leurs propositions » : finalement, que quiconque, croyant ou pas, qui se veut socialiste … , fasse la démonstration du bien fondé …
    Regardons les résultats au lieu de toujours s’autoriser de « bonnes » intentions pour excuser en permanence des échecs patentés.

    @Tino et @ Eric Monard :
    Bon, je vais regarder le livre de Charles Gave !

    @ Eric Monard :
    Libéralisme : En effet, ne soyons pas réducteurs. Je m’efforce de montrer qu’il s’agit d’une philosophie de la justice, même si bien sûr les exemples de l’actualité me poussent à aller plus vers l’aspect économique.

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