Brexit et conséquences : Theresa May sera-t-elle Prime Minister ?

Mise à jour du lundi 11 juillet 2016 : Encore une petite bombe dans le processus de désignation du nouveau leader du Parti conservateur et futur Premier ministre britannique : alors qu’il ne restait plus dans la course que Theresa May et Andrea Leadsom (voir article ci-dessous), cette dernière a finalement décidé aujourd’hui de jeter l’éponge. Elle a notamment indiqué que les soutiens dont elle disposait au Parlement lui semblaient trop faibles pour la fonction envisagée. Mais il semblerait que sa remarque à la presse sur le fait que Theresa May n’avait pas d’enfants donc qu’elle serait, selon elle, moins impliquée dans le futur du pays, soit assez mal passée dans le public comme au sein du Parti conservateur, et ait joué un large rôle dans sa décision finale.
Theresa May a été désigné chef du Parti conservateur dans l’après-midi, et le Premier ministre David Cameron a indiqué qu’il présenterait sa démission à la Reine mercredi 13 juillet après les questions de la Chambre des Communes au Premier ministre.
Theresa May, qui s’est déclarée « humbled and honoured », sera donc bien Prime Minister. Elle pourrait entrer en fonction dès ce mercredi 13 juillet 2016 dans la soirée.


contrepoints-2Le verdict est tombé hier soir (jeudi 7 juillet 2016) : après deux tours de vote, les députés conservateurs britanniques ont sélectionné Theresa May, actuelle ministre de l’Intérieur (199 voix), et Andrea Leadsom, actuelle ministre de l’Energie (84 voix), dans la course pour la tête du Parti conservateur et le poste de Premier ministre. Le ministre de la Justice Michael Gove (46 voix) est éliminé. Il reste maintenant aux 150 000 adhérents du Parti à départager les deux candidates par correspondance pendant l’été. Le successeur effectif de David Cameron, une dame en l’occurrence, sera officialisé le 9 septembre 2016. Une dame de fer ?

♠ Retour en arrière. Il y a deux semaines, jeudi 23 juin 2016, les électeurs britanniques se sont prononcés à 52 % en faveur du Brexit. Le lendemain, le Premier ministre David Cameron, initiateur du référendum mais partisan du maintien dans l’Union européenne, a pris acte de son échec et présenté sa démission. Il faut donc lui trouver un successeur. Jusqu’au 30 juin 2016, date limite de dépôts des candidatures, celle de Boris Johnson, ardent partisan du Brexit, semblait aller de soi, à tel point que Theresa May, peu avant la déclaration de Johnson, a nettement orienté l’essentiel de son propre discours de candidature de manière à s’en différencier.

Michael GoveMais en quelques heures tout a changé. Michael Gove (photo ci-contre), actuel ministre de la Justice et Brexiter convaincu aux côtés de Boris Johnson, avait répété jusqu’à très récemment (intéressante vidéo, 01′ 56″) qu’il ne se voyait pas du tout dans le rôle de Premier ministre et qu’il existait au Parti conservateur des gens bien mieux « équipés » que lui pour assumer cette fonction. Le matin de ce 30 juin terriblement politique, il a soudain annoncé sa candidature, renvoyant brutalement (mais à contre-coeur) Boris Johnson à sa relative incompétence pour négocier et organiser le Brexit :

« Boris is not capable of building that team and providing that unity. And so I came reluctantly, but firmly, to the conclusion (…) that I had to stand for the leadership of the Conservative party. (Michael Gove, 30 juin 2016)

Boris n’est pas capable de souder l’équipe nécessaire pour la tâche qui nous attend. J’en suis donc venu, à contre-coeur mais fermement, à la conclusion que je devais me présenter pour prendre la tête du parti conservateur.

Le même matin, alors que les partisans de l’ancien maire de Londres l’applaudissent avec enthousiasme lorsqu’il entre dans la salle où ils s’attendent tous à sa déclaration de candidature, Boris Johnson, lançant sa « punch line » comme un coup de théâtre, renonce à se présenter :

I must tell you, my friends, (…) that having consulted colleagues, and in view of circumstances in Parliament, I have concluded that person cannot be me. (Boris Johnson, discours de renoncement, 30 juin 2016)

Je dois vous dire, mes amis, (…) qu’après avoir consulté mes collègues et considérant la situation au Parlement, j’ai conclu que cette personne (capable de devenir premier ministre) ne pouvait pas être moi. » 

.
Le lendemain, la une du Daily Mail, journal conservateur et populaire qui soutient la candidature de Theresa May, nous donne une bonne idée de l’ambiance qui règne au Royaume-Uni : le Parti conservateur est en flamme, Gove a poignardé Johnson et le sang a coulé dans la pire trahison politique jamais vécue depuis la chute de Margaret Thatcher :

Si Michael Gove a clairement entravé les ambitions de Boris Johnson, la candidature de ce dernier était devenue cependant moins évidente au fil de la campagne du Brexit. Plusieurs bévues outrancières, notamment sa comparaison du projet européen avec celui d’Hitler, lui avaient fait perdre beaucoup de soutien et avaient par contraste donné à Gove plus de visibilité et de popularité. Après le vote sur le Brexit, il soulignait dans une tribune publiée par le Telegraph combien le Royaume-Uni faisait partie de l’Europe et il disait vouloir prendre en compte les souhaits des partisans du maintien dans l’UE. Cette retenue soudaine n’avait pas manqué de susciter quelques moqueries dans son camp comme chez les opposants : « Boris a finalement révélé son jeu. Il veut rejoindre l’Union européenne », a pu ironisé un député travailliste anti-Brexit.

Une semaine après le « bloody » 30 juin, la situation est à nouveau assez différente. Theresa May est toujours la favorite des députés conservateurs et a augmenté son score entre les rounds de mardi (165 voix) et hier jeudi (199 voix). En revanche, Michael Gove, a rapidement perdu du terrain jusqu’à se trouver hors course. Il n’avait obtenu que 48 votes en sa faveur mardi et s’est retrouvé hier avec seulement 46 voix malgré sa manoeuvre de dernière minute consistant à vouloir débaucher les soutiens de May pour faire barrage à Leadsom à propos de laquelle il se disait « sérieusement effrayé » de la voir accéder au poste de Premier ministre. Ce Mister Gove n’est décidément pas très sympathique et il s’est pris un joli retour de bâton.

Andrea LeadsomQuant à Andrea Leadsom, 53 ans, candidate sortie du rang et récente en politique (elle est député depuis 2010 et membre du gouvernement depuis 2014), elle a vu ses soutiens parlementaires passer de 66 à 84. Ouvertement pro-Brexit, elle a reçu l’appui de Boris Johnson et n’exclut pas de nommer Nigel Farage (UKIP) dans son équipe de négociation avec l’UE. Il faudra peut-être songer à brosser son portrait d’ici la rentrée, car si la situation a bougé à la vitesse de la lumière au Parlement, le pays réel n’a pas oublié qu’il y a seulement deux semaines, il a voté pour le Brexit.

♣ Il se trouve que Theresa May a réussi à traverser la campagne du Brexit dans une zone qu’on pourrait qualifier de « Ni-Ni ». Connue auparavant pour être plutôt euro-sceptique, elle s’est ralliée sans effusion au Premier ministre David Cameron par « loyauté gouvernementale. » Convaincue que les conservateurs veulent plus qu’un simple « Brexit PM », c’est-à-dire plus qu’un Premier ministre qui ne s’occuperait que de négocier la sortie, elle apparait maintenant comme la personne la plus indiquée pour assurer à la fois la cohésion du parti et les négociations de sortie, car, ainsi qu’elle l’a immédiatement déclaré :

« Brexit means Brexit. The campaign was fought, the vote was held, turnout was high and the public gave their verdict. There must be no attempts to remain inside the EU, no attempts to rejoin it through the back door and no second referendum. » (Theresa May, discours de candidature*, 30 juin 2016)

Brexit signifie Brexit. La campagne s’est déroulée, le vote a eu lieu, la participation fut élevée et les électeurs ont rendu leur verdict. Il ne doit y avoir aucune tentative de rester dans l’UE, aucune tentative d’y revenir par une porte de derrière, et pas de second referendum.

Elle ne peut cependant ignorer que lors des deux précédentes investitures, les militants de base, les « grassroots conservatives », ont voté contre le choix exprimé initialement par les députés, notamment en portant David Cameron à la tête du Parti en  2005. Elle ne peut ignorer non plus qu’Andrea Leadsom est susceptible d’attirer les votes de tous ceux qui souhaitent avoir comme Premier ministre une personnalité ayant effectivement fait campagne pour la sortie de l’UE. L’habile neutralité dont elle a joué pendant la campagne du Brexit est diversement appréciée sur le terrain.

Elle s’est de plus aliéné des soutiens dans tous les camps en se montrant particulièrement vindicative dans ses options de négociation de sortie de l’UE, mettant sur la table le renvoi des 3 millions de nationaux de l’UE résidant actuellement au Royaume-Uni. Il s’agit selon elle d’une annonce parfaitement naturelle car autrement il serait à craindre que le pays soit envahi de migrants européens avant que la sortie ne soit pleinement concrétisée. Le sujet de la fermeture des frontières est brûlant et Theresa May l’aborde par l’extrême, alors qu’Andrea Leadsom s’est démarquée d’un tel argument.

On ne dispose pas encore de sondages sur la course qui s’annonce. La semaine dernière, avant le premier tour de vote des députés, l’institut Yougov avait testé la candidature May contre ses quatre opposants en lice à ce moment-là et elle arrivait largement en tête dans tous les cas de figure, obtenant au pire 63 % des voix des militants contre 31 % pour Leadsom.

Née en 1956, diplômée d’Oxford en géographie, elle est mariée sans enfant. Après ses études, elle a travaillé à la Banque d’Angleterre puis elle est parvenue à se faire élire comme député de la circonscription de Maidenhead (région de Windsor) en 1997. Par la suite, elle a occupé différents postes dans les « shadow cabinets » du Parti conservateur.

Parmi les caractéristiques que la presse anglaise aime bien relayer à son sujet, citons son « famously exotic taste in shoes » (BBC), ainsi que la remarque du député conservateur Kenneth Clarke, enregistrée par erreur après son passage sur Sky News en début de semaine :

« Theresa is a bloody difficult woman but you and I worked with Margaret Thatcher (laughs). (…) I get on all right with her … and she is good. »

Theresa est une femme fichtrement difficile, mais toi et moi avons travaillé avec Thatcher (rires) (..) je m’entends plutôt bien avec elle … et elle est douée.

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Douée, sérieuse, efficace, fille de pasteur pour ainsi dire, un peu comme Angela Merkel. Sa longévité au ministère de l’Intérieur parle pour elle. A ce poste depuis 2010, elle a réussi ce que d’autres avaient tenté sans succès : réformer la police et extrader le prêcheur islamiste radical Abu Qatada vers la Jordanie.

Bien que très clinique dans son comportement, sans véritable support idéologique à part la fidélité à la ligne de son parti, elle s’est cependant distinguée en prenant fait et cause pour l’égalité des sexes, la représentation des femmes au Parlement et le mariage pour les homosexuels. En 2002, elle prenait ses pairs du parti Conservateur à revers en leur assénant sans ménagement que pour beaucoup d’électeurs ils représentaient un « nasty party » (un parti méchant), déclaration qui ne fut pas sans laisser quelques traces. Selon un ministre actuel, Theresa May serait « dull, boring, ambitious » (terne, ennuyeuse, ambitieuse).

Ambitieuse, Cameron le sait depuis un moment, lui qui a dû affronter plusieurs menaces de mise en minorité lors de son premier mandat. Profitant alors de la relative faiblesse du Premier ministre, Theresa May commença à apparaitre comme un recours possible. Selon un professeur de  sciences politiques à la London School of Economics :

« Elle joue habilement avec l’image de Thatcher, celle d’une femme ferme bien ancrée à droite, à l’inverse de celle de l’homme faible lié avec les centristes que représente Cameron. » (2013)

Mais les choses n’ont pas tourné tout à fait comme prévu, Cameron étant réélu en 2015 avec la majorité absolue.

Aujourd’hui, Theresa May fait la course en tête pour le poste de Premier ministre en basant sa candidature sur trois axes. Comme elle l’a dit dans son discours de candidature*, comme elle l’a écrit dans The Times le même jour, et comme elle l’a répété brièvement hier soir après sa victoire dans le second et dernier vote des députés :

We need proven leadership : 1. to negociate the best deal for leaving the European Union, 2. to unite our party and our country, and 3. to make Britain a country that works not for the privileged few but for everyone. (Theresa May, 7 juillet 2016)

Sur ce dernier point, taclant au passage l’adversaire qu’elle pensait avoir en la personne de Boris Johnson (« some need to be told that what the government does isn’t a game ») elle s’est prononcée pour repousser le rétablissement de l’équilibre budgétaire à 2020 et elle considère que si l’Etat doit être « petit » il doit aussi être « fort » car il existe des domaines :

« where capitalism is not helping to provide opportunity for all, where it is losing public support, where there are gross abuses of power, we need to reform it. » (Theresa May, The Times, 30 juin 2016)

Là où le capitalisme échoue à fournir des opportunités à tous, là où il ne bénéficie plus du soutien du public, là où il y a des abus de pouvoir manifestes, nous devons le réformer.

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Il me semble donc que si Theresa May joue d’une certaine ressemblance avec Margaret Thatcher en cherchant à se montrer ferme et décidée, elle s’en différencie aussi beaucoup. Contrairement à son illustre aînée, elle n’a pas la tâche de faire passer son pays du socialisme à la liberté.

Elle a compris au contraire que les Brexiters, souvent des catégorie oubliées des bienfaits de la mondialisation, étaient en recherche de plus de protection à tous les points de vue. C’est le message qu’elle s’applique à faire passer depuis qu’elle a abandonné sa neutralité de bon aloi dans la campagne du Brexit pour en épouser les revendications dans sa campagne au poste de Premier ministre.


* Discours complet de candidature de Theresa May, 30 juin 2016 (17′ 11″) :


Theresa May Londres 27 juin 2016 AFPIllustration de couverture : Theresa May, actuel ministre de l’Intérieur de David Cameron, devant la résidence du Premier Ministre au 10 Downing Street, 27 juin 2016 – Photo AFP.

11 réflexions sur “Brexit et conséquences : Theresa May sera-t-elle Prime Minister ?

  1. Excellente analyse. Encore une fois, merci. Je ne pense pas que les français du R-U soient menacés, mais TM cherche à rassurer les britanniques installés en Europe (notamment chez nous en France). Cordial souvenir, Béatrice Valleix >

    Aimé par 1 personne

  2. Nathalie,
    ce Gove, capable de comparer le « projet européen avec celui d’Hitler’, ce n’est pas raisonnable : Hitler a développé de « IIIème Reich » sur une base nazie,
    Angela réussit (avec le soutien de ce [mot censuré] de Hollande) à fonder le « IVème Reich » sur une base « démocratique » … dans le but de nous faire profiter « des bienfaits de la mondialisation »
    Cela n’a évidemment rien à voir !
    Nathalie, ne soyez pas fâchée !

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  3. Tant qu’elle ne donne pas « asile politique » à nos élites socialistes hollandistes et tout et tout, sans compter les ultra socialos gauchistes, alors, elle n’aura pas à avoir peur des français de souche qui feront de leur pays le 2ème pays à sortir de la main mise financière des administrateurs non élus de l’administration de la Commission Européenne. Car la pensée du peuple anglais mettant en avant le déferlement de masses orientales et africaines sur l’Europe et en particulier vers l’Angleterre est réelle.
    Et les français de souche partagent « exactement » la même problématique. Car si ces masses de peuplades incompatibles à nos valeurs « morales, historiques, économiques et religieuses et plus encore » viennent à s’incruster en Europe, s’en est fini de chacun des pays « hôtes voire obligatoirement accueillants suivant monsieur Junker ». Tous les budgets sociaux « exploseront » tous les budgets « sécuritaires » imploseront, tous les corps constitués de l’État (encore français) seront « décérébrés » (il n’y a qu’à voir la gestion des forces de l’ordres pour les « nuits de boues » et ceux relatifs aux manifestations des partisans du moustachu cégétiste).
    Alors, si les anglais veulent mettre une femme 1er Ministre, ce sera très bien pour eux. Et cela pourra par contre coup, permettre aux français « encore » doués de raison pragmatique comme les anglais, de voter avec 55% pour une femme à la direction du pays de France et de Navarre. Et les vagues migratoires « seront taries » et les très hauts responsables bruxellois seront « démis et punis » et les peuples européens reprendront leur destin respectif en main, et les turcs resteront chez eux, et la « grande Europe ou plutôt les ‘États Unis d’Europe » rêve chimérique d’un banquier français (monsieur Jean Monnet) sera mis aux oubliettes de l’Histoire, car « ils » avaient « oubliés » les peuples européens indigènes autochtones tout simplement. On ne refait pas l’histoire des États Unis d’Amériques en Europe avec des billets de banque sans « symboles nationaux » et en considérant que l’européen moyen est « juste capable » de « consommer ». Fallait écouter France Culture entre 11h et 12h aujourd’hui pour comprendre le cauchemar européen.

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  4. Vous omettez le facteur le plus important dans cette histoire : Theresa May aime-t-elle les chats ? Il y a toujours un chat officiel au 10, Downing Street. Churchill aimait les chats, Thatcher aussi, Blair non. On a vu le résultat.

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  5. ce sera des chats Siamois. Un chatain clair en Angleterre et une chatte blonde en France.
    Et « Honnis qui mal y pense » diront les anglais et les français. De toute façon, la femme est l’avenir de l’homme, disait Ferré et la Déesse de la Guerre, de la Pensée, des Armes et de la Sagesse n’est-elle pas Athéna?. Alors vive les femmes.

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  6. Arrivé au bout de ce très long texte qui ne va peui-être pas à l’essentiel : Il n’y a pas de « brexiter » convaincu. Il y a juste des vizirs qui veulent être calife à la place du calife.

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  7. Je vais vous dire une chose : vu de ma cabane, tous ces événements frappent par le caractère parfaitement naturel et paisible dont la Grande-Gretagne a choisi son destin.

    Un problème fondamental se pose, on vote, on décide, le résultat est à l’opposé des attentes (et des souhaits) de la moitié du monde habité, quelques jours plus tard les institutions en place ont désigné celui de leurs chefs qui sera chargé de mener à bien la décision du peuple, pouf, pouf, c’est plié.

    En somme, les choses se sont passées exactement à l’inverse de la façon dont les décrit la « sagesse populaire » française : les Anglais ne savent pas ce qu’ils veulent, c’est le bordel, tout le monde se défile, ils auraient mieux fait de nous écouter et de nous obéir puisque nous, Français, nous savons tout mieux que tout le monde, et d’ailleurs s’ils se plantent maintenant ce sera bien fait pour leur gueule et on n’a jamais pu les encadrer, etc.

    Ce prétendu « bordel », c’est la façon dont les choses se passent habituellement en France. Les Français ne savent pas ce qu’ils veulent, ils réclament une chose et son contraire, ils élisent un type puis le couvrent d’ordure parce qu’il a fait ce qu’ils ont demandé, rien ne se décide jamais parce que ça défrise toujours les petits intérêts individuels de quelqu’un quelque part…

    En somme, nous avons un magnifique exemple de projection, où le pervers accuse sa victime des vices dont il est lui-même affublé.

    Oui, bien sûr, il y a eu une violente lutte de personnes à l’issue du vote, mais c’est parfaitement normal en politique. Ce qui n’est pas normal, c’est de faire comme si cela n’existait pas. L’essentiel est que l’affrontement soit transparent (il l’a été), et qu’il soit rapidement résolu (c’est le cas).

    Toute cette affaire rappelle que l’Angleterre est la plus ancienne démocratie du monde — la Grèce ne compte pas, la civilisation grecque antique a cessé d’exister depuis deux mille ans, et les Grecs contemporains ne sont nullement les héritiers de cette civilisation, sinon sur le mode nostalgique.

    Ne parlons pas de la France, qui sait théoriser la démocratie, mais pas l’appliquer. Les Etats-Unis sont l’autre pays, non pas du fromage, mais de la démocratie. Certes, ils l’ont quelque peu malmenée depuis un certain temps, mais l’esprit démocratique demeure, solidement implanté au sein d’une partie de la population, au moins celle qui a des racines anciennes (tout est relatif).

    Aujourd’hui, la démocratie parle anglais.

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