Militance, vraiment ?

Suite à mon article du 11 mars sur certaines désinvoltures (désinvoltances ?) et insuffisances du gouvernement, j’ai reçu un unique commentaire. Unique, mais pas sans résonances intéressantes. « Quelle militance ! » m’a-t-on lancé. Le mot est peu courant, nouveau peut-être, mais tout ce qu’il porte de lourde réprobation proférée sur un ton cool-sympa est assez clair. Dois-je vraiment faire repentance si, chaque fois que j’allume mon ordinateur et clique successivement sur les principaux titres de la presse en ligne, je tombe sur des informations d’une abracadabrance à faire dresser les cheveux sur la tête ? Depuis le début de la semaine, la moissonnance est d’abondance. En voici une sélection résumée en six instances qui n’incitent pas à la réjouissance : navrance, bpifrance, surveillance, réformance, voyageance et pompe à phynance. 

NAVRANCE, c’est celle de Jean-Marc Ayrault à propos de l’affaire Florange/Arcelor-Mittal. Dans un entretien accordé au journal Ouest-France ainsi que dans un reportage réalisé par sa propre fille, l’ancien premier ministre de François Hollande revient sur la gestion de ce dossier qui s’était soldée par la fermeture des hauts-fourneaux de Florange en Moselle, contrairement aux promesses de François Hollande pendant sa campagne électorale et contrairement aux assurances réitérées d’Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif (ce titre à lui seul pourrait déjà justifier une certaine militance, me semble-t-il). « Cette affaire est une affaire navrante, mais révèle aussi un dysfonctionnement entre l’Élysée et Matignon » explique Jean-Marc Ayrault. Et il enfonce le clou : le dossier Florange « était suivi par le cabinet du président de la République, par son secrétaire général adjoint (aujourd’hui ministre de l’Économie) Emmanuel Macron, et Arnaud Montebourg, en dehors de Matignon. Et puis quand ça a commencé à être un peu difficile, un peu compliqué, il est revenu à Matignon, quand on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de repreneur, que la nationalisation, ce n’était quand même pas une option sérieuse. » Il n’y a pas cinquante façons d’interpréter les propos de Jean-Marc Ayrault, il n’y en a qu’une : ils confirment que Hollande, Macron et Montebourg ont dit et fait n’importe quoi !

BPIFRANCE, c’est la Banque publique d’investissement créée, ou plutôt concaténée fin 2012 par le gouvernement Ayrault à partir d’Oséo (financement des PME), de la Caisse des dépôts Entreprises (CDC Entreprises) et du Fonds stratégique d’investissement (FSI). Selon son Directeur général Nicolas Dufourcq, ses missions consistent à accompagner directement les TPE, PME et ETI tout au long de leur cycle de vie, investir dans des secteurs stratégiques d’avenir (écologie, biotechnologies, transition énergétique, économie sociale et solidaire – of course), et agir en partenariat avec les régions. En visite dans les locaux de la banque ce lundi 16 mars, François Hollande s’est félicité de ses bons résultats (elle a augmenté ses volumes de prêts de 30 % entre 2013 et 2014) et lui a demandé « d’accompagner, voire de précéder et même d’accélérer la reprise économique qui s’annonce ». Des observateurs attentifs s’inquiètent néanmoins de l’emprise de la banque sur le marché du financement des entreprises, allant jusqu’à penser que loin de compléter le travail des banques, elle est en train de s’y substituer, avec pour effet pervers de déformer complètement ce marché tant c’est la course à l’augmentation des encours de prêts. Les banques finissent par n’intervenir que lorsque Bpifrance est présente, ce qui constitue de facto le début d’une nationalisation rampante du crédit, avec tout ce que cela comporte de décisions plus politiques qu’économiques.

SURVEILLANCE, c’est l’un des grands moyens du projet de loi sur le renseignement qui sera présenté demain jeudi en Conseil des ministres. Si le projet est adopté, et il le sera car la droite semble prête à le voter, les services de renseignements pourront infiltrer et surveiller les terroristes potentiels grâce à des autorisations administratives, sans passer par une décision judiciaire. Comme le fait remarquer l’hebdomadaire Le Point, voici une loi qui ignore le droit. A ceux qui justifient volontiers ce type de loi, eu égard aux risques élevés d’attaque terroriste dans le pays, rappelons d’abord que les lois similaires effectives aux Etats-Unis telles que le Patriot Act ont abouti à mettre sous surveillance des millions de personnes sans aucun résultat valable. Surtout, demandons-nous si nous sommes plutôt Goebbels, ministre de la propagande de Hitler : « Si vous n’avez rien à vous reprocher, alors vous n’avez rien à cacher » (argument classique des pro-surveillance) ou plutôt Benjamin Franklin, un des pères fondateurs des Etats-Unis (pays qui semble s’être légèrement éloigné de ses motivations originelles) : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ».

REFORMANCE, c’est le projet de Najat Vallaud Belkacem pour l’Education nationale dont elle est ministre. La réforme du collège qui devrait entrer en vigueur en 2016 est tout entière tournée vers les apprentissages « utiles » et « réalistes » sans apporter plus de considération aux apprentissages fondamentaux qui font cruellement défaut aujourd’hui. Le latin et le grec seront supprimés en tant qu’options pour être introduits dans toutes les classes au titre lénifiant d’initiation. Les cours « élitistes » tels que classes européennes et bilingues seront autant que possible fermés. Si les établissements pourront avoir la maîtrise de 20 % de leur emploi du temps, ce sera uniquement au profit d’activités « transversales » ou « pluridisciplinaires », alors que l’approche thématique qui en découle a largement fait ses preuves dans la déstructuration des connaissances des élèves. En clair, un certain nombre de lacunes telles que manque d’enseignements fondamentaux structurants (méthode syllabique, chronologie etc…) ont été identifiées au collège, comme au primaire d’ailleurs, et toute la réforme consiste finalement à les renforcer au motif du combat pour l’utile et contre l’élitisme.

VOYAGEANCE, c’est ce que ne veut plus la Mairie de Paris pour ses écoliers des classes maternelles et primaires. Conférence de Paris sur le climat oblige, Anne Hidalgo ne sera pas la dernière à lutter contre le réchauffement climatique. Aucune action, si petite et insignifiante soit-elle, ne sera négligée. Dans un accès de préchi-préchance aigüe, elle a décidé que c’en est fini du voyage de fin d’année en autocar pour les élèves de grande section qui vont rejoindre le CP à la rentrée suivante. Les écoles primaires sont également concernées. Dorénavant, toutes les sorties devront se faire en métro. Autant dire, vu le nombre sans extravagance des autocars en jeu, que ces mesures n’auront en réalité aucun impact sur les émissions de dioxyde de carbone. Elles aboutiront beaucoup plus sûrement à priver les enfants de leur sortie piscine ou de leur visite-récompense du château de Chambord, ces déplacements devenant ingérables et chronophages avec une classe entière de jeunes enfants en transports en commun. Quand on pense que la loi Macron envisage purement et simplement de libéraliser les transports en autocars. Belle cohérance !

Campagne départementales MJSPOMPE A PHYNANCE, c’est l’outil industriel du Parti socialiste qui ne risque pas de connaître le sort des hauts-fourneaux de Florange. Le MJS ou Mouvement des jeunes socialistes nous en rappelle toute la subtilité dans une campagne d’affichage sans ambiguïté en vue des prochaines élections départementales qui, rappelons-le, se présentent assez  mal pour le parti au pouvoir. Ton frère, ta cousine, etc… a besoin de l’accompagnement d’un conseil départemental de gauche pour : s’acheter un équipement de foot, avoir droit à des tarifs progressifs adaptés aux revenus de ses parents à la cantine, prendre gratuitement le bus, créer une entreprise dans le secteur de l’économie sociale et solidaire, pouvoir rester vivre chez soi, passer son permis de conduire. Remarquons d’abord que pour le MJS comme pour Bpifrance (voir plus haut) une entreprise est avant tout sociale et solidaire. Il ne s’agirait pas non plus qu’elle fasse des profits afin d’investir par elle-même dans son développement. Préférons de beaucoup la solidarité de l’impôt des autres qui rentrera sous forme de subventions dans les entreprises sociales et solidaires ! Remarquons ensuite que les Conseils départementaux de gauche ne se voient qu’une seule mission : dépenser, et ne considèrent les électeurs que comme des récipiendaires passifs des largesses de l’Etat. Toujours plus d’impôt, toujours plus de dette, ne sont pas des considérations qui vont arrêter les élus territoriaux socialistes à quelques jours des élections. Car bien sûr, tout est gratuit, c’est l’Etat qui paye ! J’appelle ça de l’incurie clientéliste.

MILITANCE, vraiment ?  Non.  Stupéfiance, consternance, et désappointance.


Illustration de couverture : Vue générale du défilé du 1er mai 1937 à Paris. Auteur non identifié.

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