Retour dans notre vraie-FAUSSE DOULCE France

Ce qu’il y a de bien avec le président américain Donald Trump, c’est que lorsqu’il fait un peu tout, n’importe quoi et son contraire en l’espace de quelques jours, cela se voit et cela s’entend. Il est donc assez facile pour ses contradicteurs d’horizons variés de dénoncer pêle-mêle l’inanité économique de sa politique douanière, le capitalisme de connivence qu’il entretient ouvertement avec ses soutiens politiques, sa propension à transformer des coupes budgétaires fédérales légitimes en revanche idéologique aigrie sur le camp d’en face et l’impérialisme de la menace qu’il répand abondamment à ses frontières.

C’est tellement visible, c’est tellement bruyant, c’est tellement immédiatement destructeur qu’on peut s’attendre à une correction prochaine tout aussi massive (correction qui a du reste commencé à prendre forme sur le dossier ukrainien).

Rien de tel dans notre « doulce » France. Les propos des dirigeants politiques sont toujours lénifiants jusqu’à la flatterie hypocrite et leurs actions ne se conçoivent que sous la forme d’aides financières ou réglementaires déversées sur les pauvres petites personnes désemparées que nous sommes. Chez nous, il n’est jamais question que de « protéger » les citoyens à tous les stades et tous les moments de leur vie. Il n’est jamais question que de promettre que l’État stratège, nounou et providence que le monde entier nous envie (sans jamais l’avoir adopté à ce point) a compris leurs angoisses et va parer à tout de la naissance à la mort.

Au nom supérieur du bien, du beau et du bon, naturellement. Au nom de l’élimination impitoyable du laid, du méchant et des mauvaises pensées, naturellement. Au nom supérieur de l’égalité et de la fraternité, naturellement.

Au nom supérieur de la liberté et de la prospérité, en revanche, rien n’est moins sûr. D’une part, la part « liberté », parce que tout ce juste bonheur égalitaire, social et solidaire finit par corseter les individus dans un système où leurs initiatives personnelles s’amoindrissent au profit de décisions formelles venues d’en haut sur ce qu’il est bon de dire, de faire et de penser ; et d’autre part, la part « prospérité », parce qu’il se traduit très concrètement en une cascade d’impôts, de dette publique et de bureaucratie envahissante et tatillonne qui affecte négativement l’innovation, la création et la dynamique économique.

Jour après jour, imperturbablement, la France s’enfonce dans le chômage, les faillites d’entreprise, les déficits de sa protection sociale et la décrépitude de ses services publics les plus emblématiques comme l’Éducation nationale et les hôpitaux, le tout avec la douteuse satisfaction d’être du gentil côté de l’histoire. On pense au catéchisme vert, au catéchisme contre le nucléaire civil (de côté-là, les choses commencent à évoluer), au catéchisme de la discrimination positive et de l’égalité homme-femme en entreprise. Autant de bons sentiments dont les joyeux effets attendus n’ont rien de franchement flagrant, si ce n’est créer encore plus de réglementations micro-managées à respecter, encore plus de taxes à payer et encore plus d’injustices à subir.

Or contrairement à ce qu’il se passe aux États-Unis aujourd’hui, tout ceci se fait à bas bruit, sans éclats de voix ni positionnements tonitruants, doucement mais sûrement, depuis plus de cinquante ans. Oh, bien sûr, on entend souvent les oppositions de droite ou de gauche clamer haut et fort leurs désaccords à l’Assemblée nationale ou dans les médias. Mais il s’agit la plupart du temps de s’opposer à de très timides mesures de réduction des dépenses qui n’auront finalement pas d’effet sur l’ensemble du système, ainsi qu’on l’a fort bien vu lors des débats sur le PLF 2025.

On aurait pu penser cependant qu’avec l’effacement du parapluie militaire américain automatique, la brutale mais salutaire prise de conscience qu’il allait dorénavant falloir assumer l’intégralité de notre défense nationale nous pousserait à réviser sérieusement nos priorités et nos fonctionnements en matière de gouvernance et de dépenses étatiques. Eh bien, non. Augmenter le budget de la défense, d’accord, mais surtout sans toucher aux retraites et sans toucher à notre modèle social. Bref, sans toucher à l’inébranlable train-train de la politique française ni à ses petites actions du quotidien mêlant flot continu de dépenses et nominations de complaisance à la tête de comités parfaitement inutiles.

C’est ainsi qu’au moment précis où le trio Trump-Vance-Musk semait la panique dans le monde à force de déclarations outrancières et de revirements aussi autoritaires que brouillons, on apprenait chez nous – exemple parmi beaucoup d’autres – que le ministère de la Culture de Madame Rachida Dati avait jugé bon d’accompagner, autrement dit de financer et de définir au millimètre les adaptations des marchands de presse à l’évolution de leur secteur d’activité. Concrètement, une nouvelle enseigne, « un signe distinctif plus moderne, plus attractif, qui incarne le dynamisme et la diversité des points de vente » (dixit la ministre), sera mise en place sur les façades de toutes les maisons de la presse avec la bénédiction satisfaite du ministère et aux frais des contribuables.

Outre que l’on peine à voir en quoi la nouvelle enseigne, terne et peu lisible, sera plus favorable à la diffusion de la presse que la précédente, rappelons qu’en matière de dépenses publiques, l’abondance inépuisable des petits ruisseaux superflus finit par faire de très très grandes rivières tout autant superflues.

Au même moment, on assistait également à une vaste opération de recasage politique parfaitement indigne de la part de qui n’a que les mots dignité, transparence et démocratie à la bouche. Après la nomination du « fidèle » macroniste Richard Ferrand comme président du Conseil constitutionnel, il a encore fallu subir celle de Clément Beaune à la tête du Haut-commissariat au plan en succession du Premier ministre François Bayrou, celle de Sarah El Haïry en tant que Haut-commissaire à l’enfance (poste créé pour l’occasion) et celle de Barbara Pompili comme ambassadrice à l’environnement. Tous sont d’anciens ministres de Macron, les trois premiers ayant été battus lors des dernières élections législatives. 

La République irréprochable et printanisée qu’on nous vendait en 2017 est décidément loin, très loin…


Illustration de couverture : Carte « douce France ».

11 réflexions sur “Retour dans notre vraie-FAUSSE DOULCE France

  1. Merci Nathalie, c’est toujours un grand plaisir de vous lire. Concernant votre réflexion sur la prospérité il y a un trait moderne qui ne cesse de m’étonner: l’idée qu’on pourrait faire de la redistribution sans richesse. Naguère, on connaissait le théorème de Schmidt: « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. »
    C’était une évidence pour tout le monde y compris à gauche (et même pour les communistes, eux avaient le sens du travail).
    Mais aujourd’hui il semble qu’une majorité à gauche prône le droit à la paresse, nous explique que la valeur travail c’est d’extrême droite, qu’il faut diminuer encore plus le temps de tavail, baisser l’âge de la retraite, etc. jusqu’au ministre de l’économie qui a récemment déclaré que les entreprises vont devoir s’habituer à de moindres profits.
    Comment tous ces gens pensent-ils financer la solidarité ? (sans parler du réarmement) Pour distributer des parts du gâteau, il faut d’abord commencer par faire un bon gâteau.
    A la place, se développe cette idée complètement délirante (et politiquement dangereuse) que si les choses vont mal c’est parce qu’une minorité au sein du corps social (qualifiés de termes fortement stigmatisants comme « ultra-riches » ou « fascistes ») piquent l’argent des autres. On a vu comment ça se finit quand des politiciens dénoncent une classe de parasites. Les récentes affiches de LFI en donnent d’ailleurs un avant-goût.
    Je dois avouer que je n’en reviens pas de tant de connerie.

  2. Merci Nathalie pour ce texte rafraichissant et tellement vrai à en pleurer. Les dirigeants politiques français sont incapables de prendre des décisions économiques et financières courageuses pour remettre notre pays sur les rails. Touchez pas aux « acquis ». Nous avons tellement de vaches sacrées qu’on ne peut pas toucher que nous ne faisons rien. A part les nominations des amis, pas grand chose. F. Mitterrand disait déjà que le seul pouvoir du président était de nommer ! Oui il faut que tout change pour que rien ne change (Le Guépard).

  3. Le temps est peut-être venu d’admettre que les politiciens d’hier, d’aujourd’hui et vraisemblablement de demain pensent d’abord à eux, ensuite à leur carrière et comme le temps n’est pas élastique ils n’ont plus de temps à consacrer à la France et à leurs cons..citoyens.

  4. Il est sans doute opportun de se rabibocher par une nouvelle enseigne, avec les ruraux dont une bonne proportion de ne peut plus gagner les villes cause ZLE.
    En l’espèce, ce n’est plus une injustice c’est du sadisme (plaisir obtenu que par la souffrance infligée) car sans le dispositif ZLE les véhicules indésirables sont de toute façon en voie de disparition à très moyen terme.
    Dans les deux cas, ne rien faire aurait du être le choix d’une vraie douce France.

    • @Tino: on peut quand même s’interroger sur la réception de la nouvelle enseigne par les ruraux. Comme le remarque Nathalie, cette enseigne est franchement médiocre, à la fois terne et illisible. La mention du terme « ruralité » dans la comm gouvernementale est purement démago. Si le pouvoir souhaite que la population revienne vers la presse, la première action à faire est de cesser les subventions afin de réduire l’effet Marconi (« la voix de son maître »).

      Par ailleurs, comme vous le soulignez fort justement, les ZFE, mais également l’arrêt du thermique à l’horizon 2035 ou encore la sinistre loi climat qui sort chaque année des centaines de milliers de logements du parc locatif, sont des inepties législatives qui se traduiront par une baisse de l’activité économique, par une augmentation des prix (des véhicules et des logements) et par l’exclusion des moins fortunés d’entre nous. L’extrême gauche fasciste n’en demandait pas tant !

  5. La France est depuis longtemps le royaume du clientélism, de la bourgeoisie inculte et sûre d’ elle, d’ un peuple resté gaulois avec ses qualités et défauts.
    L’ Amerique et non pas Trump nous donne un coup de pied au derrière bienvenu et nous rappelle que les relations internationales sont toujours des rapports de forces économique, diplomatique, financier, militaire et culturel.

    • @Mildred: je vous rejoins sur ce sentiment qu’il faudra toucher le fond avant de pouvoir repartir de l’avant, tant semble s’éloigner, chaque jour qui passe, le moindre espoir d’amélioration. Chaque évolution actuelle (dégradation démocratique, maximalisme fiscal, emprise étatique, détérioration des services de base rendus à la population, mise en place de l’euthanasie !!, etc) se fait selon un mécanisme de cliquet: il n’y a jamais moyen de revenir à une position antérieure qui serait bénéfique, c’est au contraire la fuite en avant permanente. Cela donne l’impression qu’il n’y aura pas de vraies réformes tant que la France ne sera pas en cessation de paiement.

      • Comme pour répondre à votre « impression qu’il n’y aura pas de vraies réformes tant que la France ne sera pas en cessation de paiement » voilà qui devrait vous conforter dans votre idée, puisqu’on me dit dans l’oreillette, qu’à cause de notre dette – (de 340 milliards d’euros aujourd’hui) – qui nous a coûté 48 milliards l’an dernier, 67 milliards cette année, et probablement 85 milliards en 2027, certain économiste connu prédit que la France sera sous tutelle du FMI dès l’hiver prochain.
        Qui vivra, verra !

      • @Mildred: oui, vous avez raison de pointer le scénario d’augmentation de la charge de la dette comme le plus crédible du défaut de paiement. Toutefois, il y a deux raisons pour qu’il ne se produise pas aussi rapidement qu’attendu : 1) la France est « too big too fail », nos dirigeants comptent sur nos voisins pour la sauver malgré eux. 2) il n’y a pas de tabous pour le pouvoir actuel, ils se serviront sans vergogne dans les comptes.

      • @Lionel

         » 2) il n’y a pas de tabous pour le pouvoir actuel, ils se serviront sans vergogne dans les comptes. »

        Ce sera dans nos poches, les vôtres, n’en doutez. Prochainement d’ailleurs.

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