Menu unique sans viande à Lyon : Ne rêvez pas, les écologistes ne vous laisseront pas le choix

En ces temps de pandémie, de quoi parler sinon du Covid, encore du Covid et toujours du Covid ? Je ne vous cache pas qu’une certaine lassitude s’installe. Mais par bonheur, les hasards de l’actualité nous fournissent de temps en temps de bien jolies petites polémiques. En ce moment, nous sommes gâtés, nous en avons deux ! Et dodues à souhait : celle sur l’islamo-gauchisme à l’université et celle sur le « menu unique sans viande » dans les cantines de Lyon. Intéressons-nous à la seconde.

Notez que le Coronavirus n’est pas totalement étranger à l’affaire. Ou du moins est-il avidement convoqué par le nouveau maire écologiste de Lyon Grégory Doucet pour démontrer la parfaite conformité de ses décisions alimentaires avec le protocole sanitaire renforcé du ministère de l’Éducation nationale applicable à partir du 1er février 2021 (effet variants). Comme les enfants doivent être espacés de deux mètres et installés par classe dans la cantine, il faut aller plus vite dans le service, d’où le menu unique.

Jusque-là, pourquoi pas. C’est d’ailleurs ainsi que se sont organisées la plupart des grandes villes, Lille par exemple :

Vous remarquerez que la ville de Martine Aubry ne néglige aucune occasion de servir des menus végétariens aux enfants, mais elle n’a pourtant pas jugé nécessaire de supprimer la viande pour répondre au nouveau protocole sanitaire : sauté de porc aigre-doux, rôti de porc tex-mex, cuisse de poulet, émincé de dinde, gigot d’agneau, etc. sont au menu unique de Lille.

Mais il semblerait qu’à Lyon (voir menus ci-dessous), il soit impossible de servir de la viande avec la rapidité nécessaire. Il y a de la découpe à faire, de la sauce à ajouter, explique Leslie Brunner, porte-parole de la mairie. D’où le menu unique sans viande. En plus, cela permet de satisfaire les enfants qui ne mangent pas de porc. Et de toute façon, près de la moitié des familles avaient opté précédemment pour le menu sans viande. 

L’argumentation laisse songeur : tout est déjà prêt quand les menus arrivent à l’école depuis la cuisine centrale du fournisseur, il n’y a plus qu’à réchauffer et servir. On voit mal en quoi la viande poserait plus de problèmes que le poisson. Et si près de la moitié des familles favorisent le menu sans viande en temps ordinaire, c’est forcément que plus de la moitié favorisent le menu avec viande… Quant à l’éviction du porc, qui sent en elle-même son petit clientélisme envers les familles musulmanes, en quoi oblige-t-elle à supprimer le veau, le bœuf et l’agneau ?

Face à la bronca que cette décision a provoquée dans l’opposition lyonnaise qui dénonce « un passage en force », puis chez les éleveurs qui se sentent éliminés du « monde d’après », puis chez certains ministres comme Julien Denormandie (agriculture) ou Gérald Darmanin (intérieur), Grégory Doucet a eu beau jeu de rappeler que la même décision prise par l’ancien maire LREM de Lyon Gérard Collomb à l’époque du retour à l’école après le premier confinement n’avait pas soulevé la moindre contestation gouvernementale (vidéo ci-dessous, 02′ 04″) :

Gérard Collomb et d’autres expliquent maintenant que l’an dernier, la situation était tout autre, qu’il avait fallu réagir dans l’urgence, dans un contexte épidémique bien moins clair qu’aujourd’hui.

Pâle riposte, je trouve. Cette affaire expose une fois de plus au grand jour l’esprit étroitement partisan qui dicte la plupart des réactions des politiciens. Dans l’opposition, ils s’opposent ; au gouvernement, ils font corps. Et au final, on a du mal à prendre au sérieux leurs indignations, même s’il arrive parfois qu’elles soient totalement justifiées comme c’est le cas présentement.

Un bémol d’importance cependant dans l’argumentation gouvernementale : pour Gérald Darmanin, « de nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande. » Autrement dit, il existe en France une pauvreté et une précarité qui font que la cantine est un lieu de redistribution nutritionnelle et sociale indispensable. Certes, mais à qui la faute si ce n’est à nos gouvernements, dont l’actuel, qui s’ingénient depuis plus de 40 ans, sous l’influence de la gauche et des écologistes d’ailleurs, à décourager l’entreprise, le libre-échange, la croissance, le travail, et donc finalement l’emploi, le pouvoir d’achat et l’autonomie de trop nombreuses familles ?

Pas d’indignation en revanche chez Barbara Pompili, la ministre de l’écologie, qui, en taxant les propos de ses collègues du gouvernement de « débat préhistorique » et de « clichés éculés » à propos de l’alimentation végétarienne, trouve enfin l’occasion de montrer à la planète écolo dont elle est issue qu’elle n’est pas qu’une simple petite marionnette tout juste bonne à servir de caution verte à Emmanuel Macron, mais qu’elle sait apprécier un bon menu végétarien quand elle en voit un :

Le « choix végétarien quotidien » que la ministre se flatte d’instaurer dans les cantines via la loi Climat et Résilience sera-t-il un vrai choix incluant une alternative qui n’exclura pas la viande, laquelle joue un rôle non seulement nutritionnel mais également culturel dans nos vies d’omnivores ? Là réside à mon sens le fond du problème. Et la question se pose d’autant plus quand on voit comment le maire écologiste de Lyon arrange ses petites affaires.

Il se défend évidemment de tout agenda végétarien caché. S’il s’est résolu à ce schéma alimentaire qui autorise œuf et poisson, c’est uniquement pour se conformer aux « contraintes techniques » imposées par le nouveau protocole scolaire. Mais il a beau dire, ce ne serait pas la première fois que des contraintes techniques lourdement exagérées serviraient de prétexte « acceptable » pour faire avancer une toute autre politique, en l’occurrence celle de la fin de la viande dans notre régime alimentaire. 

Tout comme le maire de Bordeaux Pierre Hurmic souhaitait en finir avec « l’arbre mort » de Noël, nombreux sont les élus écologistes lyonnais qui, en bons anti-spécistes, comptent en finir avec « l’animal mort » dans nos assiettes. Le protocole sanitaire permet de créer un précédent dont la mairie pourra toujours se prévaloir ultérieurement : vous vous plaignez qu’on supprime la viande à la cantine, mais on l’a fait pendant la pandémie pour s’aligner sur le protocole sanitaire de M. Blanquer et tout s’est très bien passé. Voilà ce que M. Doucet pourra dire.

(Ou du moins, voilà ce qu’il pourra dire si son plan n’est pas entravé par le Préfet du Rhône saisi par le ministre de l’Agriculture ou par le référé-suspension annoncé par des parents d’élèves auprès du tribunal administratif de Lyon.)

Procès d’intention ? Eh bien peut-être, on verra. On sait néanmoins que côté clichés écolos, il ne nous a guère épargné depuis son élection. Pour commencer, « l’écologie est le sens de l’histoire ». Vous n’auriez pas le cœur de vous opposer au sens de l’histoire en réclamant de pouvoir choisir votre menu ! Ensuite, le Tour de France est « macho et polluant ». Et puis il y a trop de terrains de foot dans les cours d’école. Beaucoup trop masculin, le foot, et beaucoup trop compétitif. Bref, il est grand temps de passer au budget « genré » ! Etc.

Et voici donc maintenant qu’il est question de s’abriter hypocritement derrière le protocole sanitaire des écoles pour imposer un menu unique sans viande parfaitement idéologique que ledit protocole n’exige nullement. Comment imaginer dès lors que le maire de Lyon pourrait faire preuve de moins d’autoritarisme en d’autres circonstances ? 

Les écologistes tels que M. Doucet et ses coreligionnaires ne comprennent rien à la notion de choix ni à celle de concertation. Ils sont tellement convaincus du bien-fondé supérieur de leurs idées qu’ils ne voient absolument pas pourquoi il faudrait tolérer la moindre position alternative. Pour eux, le progrès consiste avant tout en l’élimination de tout ce qui fait obstacle à leur idéologie, au mépris des libertés individuelles, au mépris de la consultation des autres élus et au mépris des choix de vie des personnes.

Pourquoi garder la viande au programme, pourquoi garder le nucléaire, pourquoi autoriser les OGM, pourquoi aller vers la 5G, pourquoi compter sur l’économie de marché et les échanges, etc. puisque de toute façon, la viande, le nucléaire, les OGM, la 5G, c’est mal pour la planète, et les lentilles, c’est bon pour la planète ? Ça promet.


Sur le mépris affiché des écologistes radicaux pour les libertés individuelles, je suggère la lecture de Le climat ou le nouvel enjeu de la tentation autoritaire (14/03/2019).


Illustration de couverture : Le nouveau maire EELV de Lyon Grégory Doucet instaure un « menu unique sans viande » dans les cantines de sa ville. 

5 réflexions sur “Menu unique sans viande à Lyon : Ne rêvez pas, les écologistes ne vous laisseront pas le choix

  1. Ce n’est que le début, les écolos n’ont pas encore montré toute l’étendue de leur potentiel de dangerosité. Ils feront avec l’économie ce qu’ils ont commencé à faire dans leurs mairies et ils n’auront aucun scrupule. Bienvenue dans la république en marche arrière.

  2. Oui, eh bien ces gens-là devraient s’entraîner pour le nouveau diplôme universitaire de l’Agence de la vache en Inde, laquelle m’a l’air autrement plus vigoureuse que les lavettes de la FNSEA :

    « Rien n’est plus puissant que la protection de la vache et le pouvoir du bœuf pour résoudre les plaies du monde comme la pollution, le crime, la pauvreté, le chômage, la guerre, la famine, la maladie, les inondations. Une société construite autour de la protection de la vache n’a pas ce genre de problèmes. »

    https://www.lejdd.fr/International/Asie/inde-comment-le-president-modi-instrumentalise-la-vache-sacree-4026795

    Okay les escrologistes ? Mangez du boeuf.

  3. « au mépris des libertés individuelles »

    Hélas j’oserais dire que nous ne sommes pas libres sur le sujet, emprisonnés que nous sommes dans notre condition humaine d’omnivore. Depuis des millions d’années l’humain est devenu carnivore et il parait même, à la suite de la découverte de montagnes d’os brisés, que nos ancêtres en suçaient la moelle pour survivre en hiver. Certains en concluent même que cette pratique aurait permis de sauver l’humanité…

    Pendant le Paléolithique, soit durant 99,5 % de notre trajectoire d’hommes, nous avons été des consommateurs de gibier, de poisson et de plantes sauvages à fibres, assez durement acquis.
    https://www.hominides.com/html/dossiers/alimentation-prehistoire-nutrition-prehistorique.php

    Alors les écologistes vont devoir patienter quelques milliers d’années (bon ils s’attaquent aux plus jeunes pour gagner quelques générations mais quand même), avant de changer nos habitudes génétiques au risque de nous faire disparaître car il semble fatal de s’en écarter à court terme.
    Mais comme les plus enragés croient que nous sommes en trop sur la planète, alors…

  4. Le local et surtout le « bio » coûtant plus cher, se passer de viande compense. Même la volaille est supprimée! Quant au merlu et au colin d’Alaska (locaux?), poissons sauvages, c’est encourager la prédation dans le milieu naturel et la pêche au filet ou chalut de fond dans lesquels ils meurent par asphyxie…
    Incohérence complète.

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