USA : Sanders ou le SOCIALISME périmé d’un IDÉOLOGUE démodé

Mise à jour du mercredi 8 avril 2020 : Bernie Sanders a annoncé ce jour qu’il se retirait de la course présidentielle américaine, laissant ainsi le champ libre à Joe Biden pour affronter le Président sortant Donald Trump lors des élections de novembre prochain.

Après le Super Tuesday(*) de mardi 3 mars dernier, il apparaît clairement que la course présidentielle américaine de 2020 a toutes les probabilités de se jouer entre trois candidats : Joe Biden et Bernie Sanders qui restent seuls en compétition pour l’investiture démocrate, et Donald Trump, Président sortant républicain qui se représente.

Petite parenthèse en passant : trois candidats, trois hommes, trois septuagénaires. Une bien jolie leçon à l’encontre de tous ceux qui s’accrochent au formalisme de la parité dans toutes les dimensions possibles. Les résultats de Bernie Sanders montrent qu’il n’est pas nécessaire d’être « jeune » pour obtenir le vote des moins de 30 ans tandis que la débâcle d’Elisabeth Warren prouve qu’il n’est certainement pas suffisant d’être une femme pour attirer le vote des femmes. Il semblerait que le talent personnel des candidats, leur charisme, leurs idées, etc. aient aussi un rôle à jouer. Étonnant non ?

Mais pour en revenir à la primaire démocrate, les résultats du Super Tuesday n’ont pas été sans surprendre nombre de commentateurs. On attendait Bernie Sanders, ce député puis sénateur du Vermont depuis 1991 qui fut déjà candidat (malheureux) en 2016 contre Hillary Clinton, qui se dit « socialiste » et qui enchante à ce titre la jeune députée Alexandria Ocasio-Cortez, 29 ans, ainsi que tous les jeunes progressistes du Parti démocrate.

Il est vrai qu’il avait dominé les trois premières étapes de la primaire démocrate, mais il est vrai aussi qu’elles n’avaient attribué qu’une centaine de délégués sur 3 979 au total. Difficile de lire une tendance à ce stade, d’autant que dès la quatrième étape en Caroline du Sud, l’ancien vice-Président d’Obama Joe Biden, candidat démocrate modéré ayant les faveurs de l’establishment du parti, s’était offert une belle victoire en remportant 48 % du vote populaire contre seulement 20 % pour Sanders.

À l’issue du Super Tuesday, il semblerait que Biden, renforcé par les désistements de Pete Buttigieg et Amy Klobuchar en sa faveur, confirme sa remontée(*) et prenne la première place de la primaire malgré la victoire de Sanders en Californie. Il ne reste cependant pas loin de 62 % des délégués à attribuer d’ici l’été, donc rien n’est véritablement joué pour l’instant, si ce n’est que Biden et Sanders vont sans nul doute se livrer un âpre combat pour obtenir l’investiture. Dès la semaine prochaine, la primaire dans le Michigan (125 délégués) donnera plus d’indications sur le rapport de force.

Sans doute déçu, car il comptait aussi sur le Texas qui est finalement revenu à Joe Biden, Bernie Sanders reste malgré tout très combatif dans le discours qu’il adresse à ses soutiens au soir du Super Tuesday :

« Je vous le dis avec une confiance absolue : nous allons gagner la primaire démocrate et nous allons battre le Président le plus dangereux de l’histoire de ce pays. »

La seconde partie de la phrase n’est pas anodine. Pour la plupart des commentateurs, pour la direction du Parti démocrate et pour Trump lui-même – qui se frottait les mains par tweets interposés à l’idée d’avoir Sanders en face de lui, la candidature du sénateur du Vermont, trop radicale, trop « socialiste », risque d’entraîner la défaite des démocrates face à Trump. Mais du point de vue de Sanders, en 2016, le Parti démocrate a choisi un candidat modéré pour battre Trump et finalement Trump a été élu. Une erreur à ne pas renouveler, en le choisissant lui plutôt que Biden.

Or choisir Sanders, à supposer qu’il puisse ensuite gagner face à Trump, c’est sauter à pieds joints dans la dystopie socialiste classique qu’on a vu à l’œuvre de l’Angleterre socialiste des années 1970 à la France du Programme commun de la gauche de 1981, en passant par Cuba et le Venezuela. Autrement dit, la recette infaillible pour obtenir à brève échéance la faillite du pays et l’appauvrissement de ses habitants.

On peut ne pas aimer Trump, regretter sa propension au déficit public, donc à la dette publique, ainsi que les alertes qu’il fait peser sur le commerce international. Il n’en demeure pas moins que les États-Unis jouissent actuellement d’un taux de chômage de 3,5 %, le plus bas jamais enregistré depuis 50 ans, et que les salaires y ont crû de 3,5 % en 2019, dont 4,4 % pour les salaires du premier quartile (les 25 % les plus bas) alors que l’inflation était de 1,6 % environ.

Bernie Sanders aimerait croire que ce dernier point est dû à la hausse du salaire minimum à 15 $ en différents lieux des États-Unis, mais c’est très loin d’être le cas. Selon un économiste interrogé par le New York Times, plus des deux tiers de la hausse s’expliqueraient par les tensions sur le marché du travail. Comme aux Pays-Bas, comme au Royaume-Uni, le dynamisme de l’économie a amené le pays au plein emploi et il en résulte des difficultés pour recruter, ce qui pousse les salaires à la hausse.

Dans ce pays qui tourne donc plutôt bien, Bernie Sanders s’est mis en tête d’apporter sa Révolution, convaincu qu’il est, depuis toujours, que le capitalisme, peu importe la qualité de ses résultats, est une construction qui ruine les âmes et corrompt la société. Le simple fait qu’il existe des milliardaires est pour lui le symptôme d’un terrible échec politique.

D’où un empilement de mesures à côté desquelles même Jeremy Corbyn pourrait passer pour un modéré : hausse du salaire horaire minimum de 7,25 $ à 15 $, couverture médicale gratuite pour tous et interdiction des assurances de santé privées, éducation scolaire et universitaire gratuite pour tous et effacement de la dette des étudiants, protectionnisme, emplois garantis, division par deux de la fortune des milliardaires en 15 ans, distribution de 20 % des titres des sociétés aux salariés (Corbyn n’en est qu’à 10 %), limitation des hauts salaires et Green New Deal pour passer au 100 % renouvelable dans l’électricité et les transports d’ici 10 ans.

Un programme qui pourrait atteindre 60 000 milliards de dollars en 10 ans, soit plus que le doublement des dépenses fédérales. Comment serait-il financé ? Par les riches, le 1 %, les milliardaires et les grosses entreprises détestées, à travers des taxes sur la fortune, sur l’extrême-fortune, sur les écarts de revenus, sur les transactions financières, etc.

Et ne serait-il pas entièrement financé, que cela n’aurait aucune importance car Bernie Sanders a vite compris tout l’intérêt de la modern monetary theory (MMT) ou « nouvelle politique monétaire » développée par sa conseillère économique Stephanie Kelton. Même s’il prend la précaution de s’abriter derrière l’aura de Franklin Roosevelt, son New Deal et son Second bill of rights dont beaucoup d’éléments se retrouvent dans son propre programme – droit à un emploi décent, à un salaire décent, à un logement décent, à une retraite décente, à l’éducation et à la santé – il s’agit purement et simplement de laisser filer la dette à force de dépenses publiques volontaristes dans la plus pure tradition keynésienne.

Une tradition qui n’a jamais fait ses preuves nulle part, ainsi que nous le rappelait Jacques Rueff dans son article « La fin de l’ère keynésienne ». C’est d’ailleurs à cela qu’on en déduit que la Révolution de Bernie Sanders est purement idéologique car fondée sur des réalisations concrètes qui n’existent que dans son imagination puissamment adverse au capitalisme.

Au-delà de la référence à Roosevelt, en se proclamant « socialiste démocratique », Sanders tend à faire croire qu’il n’est en rien différent des social-démocraties scandinaves et qu’il n’aspire qu’à appliquer leurs recettes. Pourquoi ce qui a marché chez elles ne pourrait-il pas fonctionner aux États-Unis ?

Le problème, c’est que si le modèle scandinave fut effectivement fondé dans les années 1970 sur un État-providence très redistributif, il a dû être réformé assez sérieusement à partir des années 1990 en raison des grandes difficultés où l’avaient entraîné ses dépenses publiques illimitées et ses déficits constants (cas de la Suède, par exemple). Réformes d’inspiration… libérale incluant déréglementation et privatisation de certains services publics et règles strictes concernant les finances publiques.

En 1963, alors qu’il avait 22 ans, Bernie Sanders a passé plusieurs mois dans un kibboutz israélien à proximité d’Haïfa. À cette époque, les kibboutz fonctionnaient sur le modèle des kolkhozes soviétiques d’où venaient beaucoup de migrants juifs, et selon des témoins de l’époque, le kibboutz du jeune Sanders ne faisait pas exception. L’URSS était perçue comme un modèle et collectivisme et égalitarisme y étaient de règle.

À lire le programme présidentiel que M. Sanders compte éventuellement appliquer à partir de 2021, on ne peut s’empêcher de penser qu’il est encore totalement sous l’emprise de ce modèle. Mais là encore, terrible anachronie. Il est vite apparu que le modèle soviétique appliqué aux kibboutz avait surtout pour effet d’attiser les rancœurs, générer de la pénurie et précipiter la faillite. Aujourd’hui, ils ont renoncé à leurs principes égalitaires d’origine pour se transformer en véritables entreprises privées soucieuses d’utiliser au mieux leurs ressources.

Le monde change, mais Bernie, lui, n’a pas changé. Ça promet.

(*) Super Tuesday du mardi 3 mars 2020

Étape de la course à l’investiture du Parti démocrate en vue des élections présidentielles américaines du mardi 3 novembre 2020. Elle se déroule dans 14 États à la fois (dont les États très peuplés de Californie et du Texas) et elle concerne l’attribution de 1 357 délégués sur un total de 3 979, soit un gros tiers. Avant cela, seulement 155 délégués avaient été attribués.

À l’issue du Super Tuesday, Joe Biden (modéré) disposerait de 670 délégués et Bernie Sanders (radical) de 589 (résultats estimés). Avec 97 et 104 respectivement, Elisabeth Warren (radical) et Michael Bloomberg (modéré) sont de fait hors course. Le dernier a d’ailleurs annoncé hier qu’il se retirait en faveur de Joe Biden tandis que Warren « réfléchit » [Edit 5 mars, 16 h50 : selon le NYT, elle va se retirer.]



L’investiture est obtenue à partir de 1 991 délégués, soit la majorité absolue. Si aucun candidat n’y parvient, 771 « super-délégués » libres de voter comme ils l’entendent (personnalités et cadres du parti) participeront à un second tour lors de la Convention démocrate des 13 au 16 juillet 2020 à Milwaukee dans le Wisconsin. Le candidat ayant rassemblé plus de 2 376 délégués sera alors officiellement désigné.

Vous pouvez suivre le « compte délégués » des candidats en temps réel à l’aide du tableau du site RealClearPolitics ou celui de NPR.


Illustration de couverture : Bernie Sanders en campagne pour les Primaires démocrates en vue de l’élection présidentielle américaine de 2020.

10 réflexions sur “USA : Sanders ou le SOCIALISME périmé d’un IDÉOLOGUE démodé

  1. Nathalie, là, nous sommes chez ces pauvres Américains du Nord qui n’ont pas encore atteint notre stade où la SS etatisée pour tous, est la règle. Tant qu’on ne regarde pas ce qu’elle ponctionne dans l’économie, elle peut séduire les esprits simples.

  2. Madame MEYER, je m’interroge. Qu’attendent les électeurs de Sanders, que leur manque-t-il dans ces USA si prospères ? Vous connaissez mieux que moi le proverbe chinois « si une personne a faim… » Que n’ont pas dans leur assiette ceux qui sont attirés par le programme de Sanders. Est-ce un condiment ou l’essentiel ?

  3. « Le simple fait qu’il existe des milliardaires est pour lui le symptôme d’un terrible échec politique. » : le sieur Sanders préfère sans doute les simples millionnaires comme lui (si j’en crois de nombreux articles de la presse ricaine, qui ne sont peut-être pas tous malveillants) ou comme celui que le Canard enchaîné appelle « Méchancon », son équivalent dans l’enrichissement sans motif réel.

  4. Ah la taxation des riches, le gros balourd des candidats qui lavent plus blanc que blanc que gobent les blaireaux de tous bords !

    D’abord les riches sont déjà taxés un maximum. En faisant les comptes on en déduirait plusieurs centaines de fois ce que paient les plus pauvres, limite spoliation.
    https://fr.irefeurope.org/Publications/Les-chiffres-cles/article/Etats-Unis-les-1-les-plus-riches-payent-39-6-du-total-des-impots-et-taxes

    Et puis imaginons qu’on leur confisque une grosse partie de leur fortune qui est souvent constituée d’actions dans l’entreprise dont ils sont propriétaires : La confiscation entrainerait immédiatement un crash du prix de ces actions sans doute fatal pour l’entreprise et les milliers d’emplois qui vont avec, + les réactions en chaîne.

    Il vaut mieux pas toucher aux riches, l’histoire montre qu’on est perdant à chaque fois. Hélas la fable est toujours crue des ignorants ou des paresseux.

  5. Un article développant la thèse que Sanders est beaucoup plus socialiste que Corbyn, qui, déjà…

    https://capx.co/bernie-sanders-is-far-more-radical-than-corbyns-labour

    Bernie Sanders a fait son voyage de noces en URSS. De même que Jeremy Corbyn était parti en vacances en mobylette en Allemagne de l’Est, avec sa fiancée Diane Abbott (laquelle vient d’être éjectée de son poste de « ministre de l’Intérieur » de l’opposition) :

    https://www.washingtonpost.com/politics/inside-bernie-sanderss-1988-10-day-honeymoon-in-the-soviet-union/2019/05/02/db543e18-6a9c-11e9-a66d-a82d3f3d96d5_story.html

    Des communistes enragés, qui citent l’URSS et le Goulag en exemple, ont été débusqués au sein de l’équipe de campagne de Sanders :

    https://usefulstooges.com/2020/01/28/another-bernie-bro-whos-a-gulag-fan

  6. Le communisme n’a plus de nom que progressisme.c’est déjà un beau progrès-sisme depuis la chute de l’URSS
    Cela serait une sacrée vengeance de Staline et consorts que le communisme réussisse aux USA et cela ferait drôlement plaisir à toute notre gôche surtout aux médias

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