Audiovisuel public : une réforme pour réformer les esprits

Si l’on en croit l’enquête annuelle IFOP sur « les Français et le libéralisme » publiée hier par le journal l’Opinion, 49 % des personnes interrogées estiment qu’Emmanuel Macron est le meilleur représentant des idées libérales. Rien n’est plus faux, comme le prouve abondamment le projet de réforme de l’audiovisuel public présenté lundi 4 juin dernier par la ministre de la Culture Françoise Nyssen.

Un tel résultat, qui place Macron au firmament des libéraux hexagonaux, ne peut venir que d’un malentendu complet chez la moitié des Français sur ce qu’est véritablement le libéralisme. Ou alors de l’adoption inconsciente du concept véhiculé tant et plus par ses opposants les plus virulents qui le brocardent perpétuellement d’un ultra-libéralisme qu’on peine à discerner dans les faits.

• Les faits, ce sont les comptes publics et les réformes que le gouvernement nous débite avec une régularité d’horloge depuis un an. Il est vrai que certaines mesures envisagées ou adoptées étaient hautement souhaitables depuis très longtemps – je pense surtout à la fin du recrutement au statut des cheminots et à l’introduction d’une dose de sélection pour l’accès à l’université .

Mais la réalité oblige à dire que les structures dans lesquelles nous vivons en sont fort peu affectées malgré l’abondance des discours auto-laudateurs (à sonorité libérale parfois, c’est vrai) qui émanent régulièrement de l’exécutif. Champ sociétal ou champ économique, l’Etat reste partout à la manoeuvre. Il garde ses monopoles dans la santé, les retraites et l’éducation, il se montre « volontariste » (terme lénifiant qui signifie « autoritaire ») sur les questions d’environnement et de climat, sur l’égalité homme femme ou sur l’objet social des entreprises.

S’il est bien question – Union européenne oblige, et c’est heureux – de baisser les dépenses, diminuer les déficits et réduire la dette, on est très loin d’obtenir des résultats significatifs, alors même que la croissance extérieure sur laquelle Macron comptait pour y parvenir sans effort commence à se tasser après le petit sursaut observé fin 2017.

• Arrive la réforme de l’audiovisuel public, et le même scénario se reproduit. Les opposants, SNJ (Syndicat national des journalistes) et CGT en tête sont déjà en train de pousser les hauts cris devant ce qu’ils appellent la casse du service public et l’évident manque de moyens qui accompagne cette réforme. Bref, ultra-libéralisme encore et partout !

Pourtant, un rapport parlementaire divulgué au même moment pointe un modèle social dispendieux et peu efficient qu’il serait urgent de revoir en profondeur. En particulier, il met en relief le nombre excessif de cadres par rapport aux salariés, la faible polyvalence des salariés, le temps de travail nettement inférieur à ce qui est pratiqué dans le privé (chez TF1, les journalistes travaillent 11 à 18 jours de plus par an !) et les coûts des productions internes allant de trop chers à exorbitants.

Or pour l’instant, les annonces de Françoise Nyssen restent extrêmement générales en ce qui concerne les financements et la gouvernance. Selon ses propres dires, elle a donné la priorité aux contenus et à la « transformation de l’offre, parce que c’est ce qui concerne le public aujourd’hui. » Le reste est reporté à 2019.

Quant à la compression des dépenses, qui ne sera annoncée officiellement qu’à l’été, l’objectif serait de gagner 200 millions d’euros à l’horizon 2022 sur un budget total de 4,4 milliards d’euros annuels dont 3,9 à la charge des possesseurs d’une télévision via la redevance (soit environ 40 % du budget du ministère de la Culture ; voir ci-contre). Ce n’est pas excessivement renversant.

Outre la fermeture de France 4 et la mise à l’étude du maintien ou non de France Ô (outre-mer), deux chaînes dont les audiences sont confidentielles, il s’agit donc essentiellement de développer le numérique, faire jouer les synergies entre les différentes chaînes et les différentes société, augmenter la part des programmes régionaux de France 3 et introduire (très prochainement) deux nouvelles plateformes type Netflix, l’une consacrée aux arts et à la culture et l’autre dédiée aux programmes pour la jeunesse (vidéo, 02′ 05″) :

Si cette réforme s’annonce donc des plus superficielles, tant sur le plan de la conservation des structures que sur celui de la quasi « sanctuarisation » des dépenses, ce qui la classe déjà très loin du moindre libéralisme, elle brille aussi par le constructivisme sociétal que le gouvernement entend mettre en oeuvre sans complexe à travers les contenus.

Dès le début de son discours, François Nyssen a donné la dimension qu’elle ambitionnait pour l’audiovisuel public : « un média global à vocation universelle ».

A aucun moment il n’est question de se dire que l’Etat n’a rien à faire dans l’information, le divertissement et la production culturelle. A aucun moment n’ont surgi des interrogations sur le fait que les ministères de la Culture sont d’abord apparus en Europe dans des Etats totalitaires à des fins évidentes de propagande. A aucun moment, la ministre ne s’est avisée que la vaste emprise de l’Etat sur l’audiovisuel aboutit à un formatage de l’offre d’information et à un déclin de la variété et de la qualité des propositions culturelles.

Tout à l’inverse, elle cherche à consolider voire étendre cette part étatique. Exactement comme la chasse aux « fake news » et comme le Pass culture destiné aux  jeunes, il est question que l’Etat, qui a déjà le monopole de l’Education et qui subventionne déjà abondamment la presse, demeure l’architecte principal, le censeur indispensable du bon goût et de la vérité dans l’offre d’information et de culture.

La création n’est pas oubliée. Dans le nouveau monde d’Emmanuel Macron, elle continuera à dépendre puissamment de l’Etat :

« Les médias de service public resteront les premiers partenaires de la création audiovisuelle française. »

.
Conclusion évidente, à aucun moment l’état d’esprit qui préside à cette réforme n’est libéral. C’est devenu particulièrement visible lorsque la ministre a déclaré avec fierté (vidéo, 1′ 01″) qu’il existe au niveau de l’Etat une volonté politique forte de changer les mentalités :

« Le pays des Lumières, sur ce sujet de la diversité, est hautement réactionnaire. Avec une volonté politique sans ambiguïté, notre média engagé changera les mentalités sur le terrain. »

.
Non seulement la France est qualifiée de « réactionnaire » sur le sujet de la diversité – ce qui ne semble pas absolument exact – mais Mme Nyssen le déplore au nom de l’esprit des Lumières dont la France porte le flambeau depuis Montesquieu et Voltaire.

Afin d’éclairer à nouveau la France, afin de la faire passer de l’ombre glaciale du repli identitaire et de la domination de « l’homme blanc de plus de 50 ans » à la brillante lumière du « vivrensemble », le gouvernement a décidé d’instrumentaliser l’audiovisuel public afin d’imposer les rapports sociaux et les comportements souhaitables selon ses propres canons.

Autrement dit, au nom des Lumières, l’Etat compte imposer sa loi et sa morale, il compte décider autoritairement ce qu’il convient de faire et de penser.

Pourtant, rien n’est plus éloigné de l’esprit des Lumières que cette présomption étatique (« présomption fatale », dirait Hayek). Au contraire, les Lumières ont abouti à défaire l’individu des contraintes sociales, politiques ou religieuses qui pesaient sur lui d’en-haut sans qu’il ait la possibilité d’y adhérer (ou pas) de son propre chef, entravant son développement aussi bien intellectuel qu’économique. Tout ceci a débouché sur la remise en cause de la monarchie absolue et sur une demande de liberté religieuse, de liberté de conscience, de liberté de la presse et de liberté d’expression.

Avec l’audiovisuel « engagé » de François Nyssen, on tourne résolument le dos à ce grand mouvement de libération. On n’en revient peut-être pas à l’absolutisme d’antan, mais on plonge à coup sûr dans le constructivisme sociétal progressiste le plus officiel, je dirais même le plus revendiqué, selon la croyance que si quelque chose semble bon à ceux qui détiennent le pouvoir, il faut aussitôt l’imposer à tous afin d’accélérer l’émergence d’un homme nouveau.

L’idée même d’audiovisuel public est en contradiction complète avec le libéralisme. Loin d’en constituer une remise en cause, même limitée, la réforme proposée par le gouvernement accentue, confirme, institutionnalise le constructivisme progressiste qui règne dans l’audiovisuel public et sous-tend sa politique de façon récurrente. 

Après l’épisode « fake news », on découvre sans réelle surprise mais avec inquiétude qu’il s’agit surtout de réformer les esprits. A croire que dans l’esprit d’Emmanuel Macron « pensez printemps » signifie en réalité « pensez bien, pensez comme moi. » 


Sur ce sujet, je vous invite à lire également : Sans l’État, qui ferait émerger des « médias engagés » ? du blogueur h16 et Réforme de l’audiovisuel : nouvelles menaces sur la liberté d’expression ? par Frédéric Mas.


Illustration de couverture : La ministre de la culture Françoise Nyssen annonce les grandes lignes de la réforme de l’audiovisuel public le 4 juin 2018. Photo AFP.

13 réflexions sur “Audiovisuel public : une réforme pour réformer les esprits

    • Absolument !
      Et moi j’en profite pour recaser une de mes citations préférées :
      Lord Acton (1834-1902) : « Few discoveries are more irritating than those which expose the pedigree of ideas »
      (Peu de découvertes sont plus irritantes que celles qui révèlent la paternité des idées – Cité par Hayek en exergue de son Introduction de La Route de la Servitude).

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  1. Aux USA il n’y a pas de ministère la Culture. C’est sans doute pour ça qu’il n’y a pas de production cinématographique, pas de chaines de télé ni de radio, pas de musées, pas de spectacle vivant, pas d’artistes peintres ou sculpteurs, pas d’architectes… on se demande vraiment comment ils survivent dans des conditions pareilles 😉

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  2. Nathalie, puisqu’on vous dit que Macron, c’est le libéralisme extrême. Vous ne lisez donc pas la presse, vous ne regardez pas la télé ? 😉
    Plus sérieusement, il est illusoire de croire qu’on va pouvoir réformer radicalement le mammouth N°2, issu de l’explosion de l’ORTF sous Giscard. Il faut laisser du temps au temps comme disait l’autre.
    Au moins, ça ne commence pas par une réforme de la haute autorité CNCL CSA , pour bien affirmer le contrôle du pouvoir ….

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  3. Maxime Tandonnet a l’air aussi très remonté :
    http://www.atlantico.fr/decryptage/reforme-audiovisuel-public-quand-ministre-culture-se-met-en-tete-reeduquer-francais-reactionnaires-avec-argent-bien-maxime-3413905.html/page/0/1
    Du coup j’ai toujours la chanson qui me trotte : « Tu penses que j’m’en aperçois pas » Ti-cul Lachance de G Vigneault :

    (du concert historique du 13 août 1974 à Québec)
    Un peu subversif mais il faut ce qu’il faut en l’occurrence !

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  4. Je me félicite de ne pas avoir cet appareil depuis quarante ans. L’outrecuidance de ce ministre qui veut dispenser du prêt à penser est hallucinant de mépris de ses concitoyens. Sa Weltanschauung a le mérite d’être claire, elle fait partie de l’élite qui doit guider le troupeau débile, forcément débile, à coup de schlague si besoin est.

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  5. Un peu d’histoire littéraire et politique pour trouver références et comparaisons avec le délire constructiviste du pouvoir actuel….
    La rééducation de Français « hautement  » réactionnaires,c’est l’équivalent des thérapies qui étaient destinées à traiter les phobies des dissidents dans l’ex-URSS…
    La « protection » contre les méchantes « Fakes news » sont dignes des oxymores orwelliens de 1984,où l’esclavage c’est la liberté…
    Tout ceci est cohérent…

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  6. Excellent article, mais je vais jouer sur les mots du titre.
    « Audiovisuel public : une réforme pour réformer les esprits »
    Premièrement, j’aurais (aussi bien) écrit : une réforme pour reformer les esprits, c’est à dire reprendre la formation des élèves quand ils étaient formés, façonnés par l’Education Nationale.
    Ensuite, le verbe réformer (le second) fait surtout penser à l’action de mettre au rebut. En restreignant libertés et responsabilités, les dirigeants se satisfont de citoyens moutons et amorphes.

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  7. Bonsoir à tous et merci pour vos commentaires.
    Y a-t-il des réponses à la question posée par Anankè ? C’est facile (et facile à trouver sur internet) – mais clairement déconcertant pour le « camp du bien ».
    Notez bien que si je brocarde beaucoup le « camp du bien » progressiste (disons plutôt socialiste, car côté progrès… il y a beaucoup d’obscurantisme), c’est avant tout parce qu’il tient le haut du pavé du politiquement correct, et pour ça Macron n’a rien à envier à Hollande ; mais comme vous le savez, « Un camp du bien peut en cacher un autre » et « Comme Hayek, I am not a conservative ».

    @ fm06 : En effet. Le mécénat et les dons y sont beaucoup plus développés, de même que le financement direct par la billetterie des spectateurs. Ceci n’empêche pas ce pays d’être un leader culturel mondial, pas seulement dans la culture de masse, mais également dans des domaines de création et de recherche pointus et beaucoup plus variés que lorsque l’Etat est seul à s’en occuper.
    Et qu’on ne nous dise pas que cette culture est nulle, car les Meryl Streep et autres grandes consciences d’Hollywood ne seraient certainement pas d’accord.

    @ Pheldge : « Laisser du temps au temps » : c’est pourtant ce qu’on fait depuis longtemps sans résultat.
    Ceci dit, en tant que libérale, je m’interroge (et je déprime) : Je suis d’avis qu’il faut laisser la société évoluer à son rythme. Or le dernier baromètre sur le libéralisme publié cette semaine par l’Opinion (lien au début de l’article) montre une société française qui compte très majoritairement sur l’Etat pour s’occuper d’un peu tout : santé, éducation, loisirs et activités culturelles, notamment ! Selon ce sondage, les Français sont 42 % à vouloir que l’Etat intervienne plus et 27 % à vouloir qu’il intervienne autant (et on sait que son intervention est déjà colossale !) Ce n’est pas mon petit blog qui va faire évoluer les choses. J’ai l’impression qu’on ne va nulle part.

    @ Tino : merci pour la musique !

    @ Le Gnôme : Je n’ai pas la télé non plus. On l’avait chez mes parents. Mon père l’avait achetée car il voulait regarder « Les Thibault » qui avait été tourné en feuilleton. Début des années 1970, vous vous en rappelez peut-être. J’en ai un bon souvenir.

    @ Galatine : les termes de la ministre induisent en effet une notion de rééducation des plus désagréables.

    @ Calvin : « je vais jouer sur les mots »
    Mais je vous en prie, cher ami, jouez, c’est de votre âge ! (si vous me permettez de jouer à mon tour sur la position juvénile qui vous est assignée sur un autre blog du fait de votre pseudo !)

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  8. Si j’en crois le graphique, il suffirait de supprimer le ministère de la Culture, pour n’en laisser qu’un secrétariat d’Etat au patrimoine qu’on rattacherait à ce qu’on veut (le ministère des Gommes et des Crayons, par exemple) : on diviserait alors la dépense par 10. Soit 9 miyards d’économisés. (Je ne vois pas bien à quoi correspond le 1,6 miyard de « dépenses fiscales », mais la tuyauterie étatique a de ces mystères…)

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  9. Audiovisuel public ou privé : même médiocrité, mêmes journalistes, même traque à l’homme blanc et à la fake news (le bobard qu’ils ne se gênent pas de propager quand ça les arrange).
    De temps en temps, un petit miracle, comme hier soir sur France 5, le documentaire sur les trésors des vignobles français.
    Sinon on zappe vaguement sur les 3 chaînes d’information continue.
    Même la publicité du temps de cerveau disponible ne montre plus que des voitures, toujours des voitures et encore des voitures. Toutes interchangeables. Et jamais leur prix depuis que les concessionnaires sont devenus banquiers, la publicité indique juste le montant mensuel du crédit.

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  10. « l’Etat, qui a déjà le monopole de l’Education »
    Je ne comprends pas. Vous pouvez confier l’éducation de vos enfants à un établissement d’enseignement privé, sous contrat ou libre, ou à un précepteur, ou l’assurer vous-même. Certes, l’Etat vérifie que les enfants reçoivent une éducation, mais je n’ai pas connaissance que cela aille au-delà des savoirs de base.

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    • Vous confondez la théorie et la réalité. Théoriquement, toutes les options que vous énumérez sont possibles. Dans les faits, il n’est pas sérieux de prétendre qu’elles sont à égalité.

      L’école privée sous contrat, qui constitue l’écrasante majorité du privé, n’est pas du tout privée : ses enseingants lui sont fournis par l’Education nationale, et elle est contrainte de suivre ses programmes. Les parents qui veulent y mettre leurs enfants payent deux fois : une fois, par leurs impôts, pour l’école publique qu’ils n’utilisent pas, parce qu’elle est atrocement mauvaise, et une fois pour l’école privée, parce qu’elle l’est un peu moins.

      Dire qu’il y a égalité entre l’école privée et l’école publique, c’est un peu comme si vous disiez qu’il n’y a pas de monopole d’Etat en URSS, parce que, certes, on vous autoriserait à acheter une BMW (si vous arrivez à vous la payer…), mais à condition d’avoir acheté, avant, une Ziguli produite par le combinat Maurice Thorez (que vous payerez les yeux de la tête, et que vous n’aurez même pas le droit de conduire).

      Concernant l’école privée hors contrat, elle constitue une minuscule minorité du secteur libre, l’Etat lui applique mille vexations, et elle est tellement hors normes que les gens la regardent de travers.

      Quant à instruire ses enfants soi-même, c’est réservé à ceux qui sont suffisamment instruits pour cela, et suffisamment riches pour avoir le loisir de le faire tout en travaillant comme des boeufs par ailleurs, pour payer les impôts confiscatoires que l’Etat exige. Ou pour « payer un précepteur », comme vous dites benoîtement. Qui a les moyens, sociaux, intellectuels et financiers, de trouver et de payer un précepteur, en France, aujourd’hui ? Ca existe, un fournisseur de « précepteurs » ? Vous avez une adresse ?

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