Pensées vagabondes devant la tombe familiale (II)

Debout devant la tombe familiale, j’ai commencé à prier, mais très vite ma prière s’est envolée vers des chemins de traverse. Ils m’ont d’abord menée jusqu’à Kant (Partie I) et me conduisent maintenant à Ploërmel et au Livre des Rois. 

La foi chrétienne est une affaire intime qui n’a de sens que si elle est le fait d’un individu libre de choisir. Ainsi ai-je conclu hier la première partie de cet article. C’est pourquoi la polémique née de la récente décision du Conseil d’Etat de faire enlever la croix de la statue du pape Jean-Paul II à Ploërmel me désole.


Cette statue est un « don » du sculpteur russe Zurab Tsereteli datant de 2006. Dans un portrait de l’artiste écrit en 2004, Le Point signale que s’il ne demandait jamais d’argent, c’était le maire de Moscou de l’époque (déchu pour corruption aujourd’hui) qui payait les oeuvres et les offrait à la ronde en disant : « Moscou vous offre une oeuvre du sculpteur le plus connu au monde. C’est un cadeau. » Un cadeau bien embarrassant.

Au vu des photos diffusées dans la presse, j’ai immédiatement trouvé « l’oeuvre » d’une lourdeur achevée. Le pape a pour ainsi dire été mis sous cloche, écrasé qu’il est sous une arche en béton monumentale digne du meilleur style soviétique (voir ci-dessus). Quant à la croix objet du litige, elle surmonte l’arche d’une hauteur équivalente à celle de la statue proprement dite. Pardonnez-moi, mais j’ai du mal à ne pas y voir un prosélytisme municipal, peut-être inconscient, mais parfaitement hors de propos.

Remarquons que Jean-Paul II est présenté dans une attitude très caractéristique, en habits religieux, portant une croix sur son col et les mains croisées en signe de prière. Même sans l’arche, le socle et la grande croix, il serait difficile d’échapper au fait qu’on se trouve face à un homme de foi chrétienne.

S’agissant d’un hommage rendu à une personnalité historique internationale qui se trouve avoir été pape, tout ceci n’est nullement contesté.

Une statue similaire du même artiste, mais sans arche ni croix, a été inaugurée à Paris près de la cathédrale Notre-Dame en 2014 (voir photo ci-dessus). Non seulement ça n’a choqué personne, mais sur le plan esthétique, sur le plan de la fidélité à la personnalité représentée, comme cela paraît plus judicieux !

Mais le problème n’est pas artistique. La même statue, aussi laide soit-elle, érigée dans le jardin du presbytère sur des fonds privés ne prêterait pas à polémique. Le problème vient du fait qu’une autorité publique a décidé de placer cette mise en scène religieuse particulièrement démonstrative dans un lieu public et que le financement de son installation et de son entretien est réalisé par l’impôt.

Or dans notre pays, les autorités politiques à quelque niveau que ce soit n’ont pas à soutenir une préférence religieuse quelle qu’elle soit. Ainsi que le stipule l’article 1 de la loi de 1905 sur les principes de la séparation de l’Eglise et de l’Etat :

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. »

Compte tenu des termes de cette loi, le Conseil d’Etat ne pouvait pas prendre d’autre décision que celle qu’il a prise, à savoir enlever la croix. Il s’agit de l’application de l’article 28, lequel lui a permis en juillet dernier de statuer sur la conservation d’une croix dans un cimetière :

« Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions. »

Il s’ensuit que l’article 28 vaudrait tout autant si une municipalité entreprenait de percher un croissant de 3 km de haut sur une personnalité musulmane plantée au milieu d’une place publique. 

On peut certainement déplorer les nombreux « accommodements » plus ou moins déraisonnables auxquels de nombreux édiles se sont livrés à des fins purement clientélistes envers leurs administrés de religion musulmane, mais on ne peut pas reprocher au Conseil d’Etat de faire appliquer une loi qui a justement pour but de faire respecter la neutralité religieuse des pouvoirs publics.

Et l’on ne peut se plaindre de la disparition des repères chrétiens si par ailleurs personne ne va à la messe, si jamais aucun parent n’est disponible pour faire une heure de KT par semaine, si personne ne se préoccupe de participer au denier du culte  et si, globalement, nos « racines chrétiennes » ne sont convoquées que dans un rapport de force de pur affichage vis-à-vis de l’Islam où la foi n’a guère de place.

Face aux prétentions de l’Islam politique, face à la barbarie des islamistes – et, croyez bien que je ne minimise rien de tout cela – brandissons notre Constitution, accrochons-nous à la DDHC de 1789, appliquons nos lois sans trembler, mais n’enrôlons pas Dieu.

J’ai déjà eu l’occasion de donner mon sentiment sur les crèches dans les mairies ou les conseils généraux. J’y vois une « dysneylandisation » des symboles du christianisme plutôt que la glorification de leur sens profond, et une emprise hors de propos du politique sur le religieux. Quand je lis que pour le maire de Ploërmel, la statue « est un atout touristique indéniable pour la commune », je ne suis pas loin du compte.

Et quand je vois la taille de la croix, genre j’ai plus de cylindres que toi, je ne peux m’empêcher de penser à ce passage du Livre des Rois :

« À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. »

Au prophète Elie, homme impatient, impulsif, souvent colérique, qui voudrait convertir tout le monde dans l’instant car il s’inquiète de l’influence du culte de Baal, Dieu montre ce qu’il n’est pas : ni ouragan, ni tremblement de terre, ni feu. Mais il montre ce qu’il est : un doux murmure, quelque chose de fragile et modeste qui ne s’impose pas avec fracas. Mon royaume n’est pas de ce monde a confirmé Jésus, fils de Dieu né dans une étable.

C’étaient les idées qui se bousculaient hier dans ma tête, alors que j’arpentais en silence le cimetière familial. Ce n’est que mon avis et je peux me tromper.


Illustration de couverture : Croix dans un cimetière – Photo : © AFP Stéphane de Sakutin.

4 réflexions sur “Pensées vagabondes devant la tombe familiale (II)

  1. Bonjour,
    Merci à vous de partager ces belles pensées vagabondes c’est un plaisir toujours renouveler de vous lire.
    Apaisantes, réconfortantes, bienveillantes, et quelques fois cela remet les idées en place.
    Bien cordialement.

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour,
    complètement votre analyse. Seuls les identitaires trouveront à la contester mais serviront par ce biais les intérêts des hommes et femmes politiques opportunistes. La religion vaut mieux qu’une affaire de gros sous et les plus bigots dans cette polémique sont, comme vous le dites, ceux qui se désintéressent le plus des valeurs de la religion.
    Pierre Billet

    Aimé par 1 personne

  3. C’est effectivement fort lourdingue, comme monument, et nullement représentatif de la personnalité de Jean Polski. Pardon, Jean-Paul II.

    En revanche, le style de l’oeuvre, comme celui du bonhomme, est très poutiniste. Il est venu en Porsche Cayenne, à l’inauguration ?

    Si vous cherchez de la spiritualité chez les sculpteurs contemporains, regardez plutôt du côté de Georges Jeanclos (ses terres cuites, pas ses bronzes). Qui, lui, s’appelait effectivement Jeankelowitsch.

    Aimé par 1 personne

  4. Si le maire de Ploërmel s’est fourvoyé, c’est son problème et pas celui des catholiques. Si la croix est retirée, un seul peut se plaindre, c’est l’auteur de l’oeuvre. A ce moment là il peut demander de refuser qu’elle subsiste en ayant perdu son intégrité et demander dommages et intérêts…..
    Beaucoup de cinéma médiatique pour occuper des journaleux que nous subventionnons.

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