Vendredi 1er mai 2015 : Fête du travail et Chômage en fête

Mise à jour du 1er juin 2015 : Les chômeurs en catégorie A annoncés aujourd’hui sont 26 200 de plus en avril 2015 et le nombre total de demandeurs d’emploi dans cette catégorie se monte à 3 536 000 à fin avril 2015 soit une hausse de 641 000 en trois ans. Rebsamen a déclaré : la politique du gouvernement «a permis de limiter les effets de la crise pour de très nombreux Français» !


Si le gouvernement, jamais en peine de trouver un amusement récréatif pour donner un peu de movida à ses projets, voulait vraiment aller jusqu’au bout de la mise en scène permanente qui caractérise de plus en plus ses annonces politiques, je lui conseillerais volontiers d’ouvrir une ligne téléphonique sur le modèle du 3699 de l’horloge parlante. Une voix suave, celle de Julie Gayet, par exemple à tout hasard, nous dirait :

Nous sommes le Vendredi 1er mai 2015. Au quatrième top il y aura exactement 26 200 chômeurs de plus (mise à jour du 1er juin 2015) en catégorie A depuis les derniers chiffres connus de mars 2015, date à laquelle ils étaient plus de 3,5 millions. C’est très bon signe, ça augmente moins qu’avant. Laissez-nous faire, on s’occupe de tout.

Le premier mai, c’est la fête du travail, mais, allez savoir pourquoi, dès que j’entends travail je pense chômage. Le fameux engagement de François Hollande de retourner la courbe comme une crêpe avant décembre 2013 n’y est sans doute pas pour rien.

L’ensemble des chiffres de mars 2015 ainsi que les variations sur un mois et sur un an sont disponibles dans le rapport de la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du gouvernement). Pourquoi s’appeler Direction de l’animation de la recherche et pas simplement Direction de la recherche, mystère. Encore un effet ludique et récréatif probablement. Malgré tout, ce rapport mensuel mérite d’être consulté. Un vrai livre des records :

Si l’on tient compte des catégories B et C qui recensent les personnes ayant eu une faible activité et ayant fait une démarche positive de recherche d’emploi, on arrive à 5 290 500 chômeurs en France métropolitaine et 5 590 600 en comptant l’Outre-Mer. Et si l’on tient compte des catégories D et E qui concernent les personnes avec ou sans emploi n’ayant pas fait des actes positifs de recherche d’emploi, on est à 5 948 100 chômeurs en France métropolitaine. Je n’ai pas trouvé le chiffre équivalent avec l’Outre-Mer, mais il me semble qu’on peut dire sans se tromper beaucoup qu’à fin mars 2015, la France comptait 6 millions de chômeurs tout compris.

On voit aussi que les cessations d’inscriptions pour défaut d’actualisation se montent à 207 800 personnes. Elles étaient 210 000 en mars 2014. Cela signifie qu’en fait le nombre de chômeurs est systématiquement minoré d’un paquet de 200 à 210 000 personnes selon les mois.

Sur un an, l’augmentation du nombre de chômeurs de longue durée, c’est à dire plus d’un an, a été de 10,1 % en France métropolitaine, celle des hommes et femmes âgés de plus de 50 ans a été de 9,5 %. Ces résultats sont d’autant plus accablants qu’ils ciblent des catégories que le candidat François Hollande avaient spécialement privilégiées dans ses promesses de campagne, avec le contrat de génération notamment, lequel a été peu ou prou abandonné en court de route tant il était complexe et inopérant.

Et donc chaque mois, le pauvre ministre du travail est obligé de venir devant les Français et les journalistes pour annoncer les chiffres du chômage et les commenter. Pauvre ministre, façon de parler. Disons que je n’aimerais pas être à sa place, mais après tout, personne n’a forcé François Rebsamen à être ministre. Surtout ministre du travail. L’idée d’avoir un portefeuille, d’être appelé Monsieur le Ministre, d’entrer dans l’histoire de France ni plus ni moins, devait être bien séduisante et donner toutes sortes de frissons intéressants.

Sauf que maintenant que Hollande a fait ses promesses ridicules, les yeux dans les yeux des Français, il faut s’y coller et annoncer. Et chaque mois, François Rebsamen trouve une nouvelle idée géniale pour expliquer que les politiques mises en place portent leurs fruits. A force de triturer les chiffres, à force d’additionner hier avec avant-hier et de diviser par l’âge du capitaine, on finit par trouver des résultats présentables, qu’on pourra commenter savamment sans trop avaler son chapeau.

Ce mois-ci, on constate que sur trois mois l’augmentation augmente moins qu’avant. Les mois précédents, il y avait toujours une catégorie sur laquelle on pouvait s’extasier. Et certains mois, on pouvait même compter sur un bug informatique chez SFR pour enclencher un semblant de baisse. Le Huffington Post s’est amusé à dresser la liste des excuses favorites de notre gouvernement. Excellente lecture en ce jour de fête du travail.

Hélas pour nos dirigeants, malgré toute leur ardeur à nous divertir et à nous convaincre que leurs politiques marchent à merveille, une autre courbe se montre particulièrement difficile à inverser : c’est celle de la cote de confiance du chef de l’Etat. Selon un sondage TNS Sofres paru lundi 27 avril, seulement 16 % des français font confiance à François Hollande. C’est d’autant plus désastreux que les chiffres du chômage n’avaient pas encore été divulgués quand les personnes ont été interrogées.

Apparemment, les effets médiatiques tels que la grande interview sur Canal+ et les déplacements en France ne semblent pas produire une forte impression sur les Français, qui continuent de bouder assez tranquillement François Hollande, tout en semblant accepter assez passivement les effets délétères de sa politique, inexistante sur certains points, trop existante sur d’autres.

Dans cette dernière catégorie, citons à nouveau la réforme du collège et la loi renseignement. Ajoutons les droits de vote doubles que l’Etat vient d’arriver à obtenir des actionnaire de Renault et les grands projets industriels qu’Emmanuel Macron est en train de concocter dans son bureau comme le premier Montebourg venu, à base d’interdiction des licenciements.

On attend avec impatience le retour du plan quinquennal et la création d’une toute nouvelle direction au sein de Bercy : la Direction de l’animation du plan de redressement productif industriel et citoyen. Pour un ancien banquier d’affaires de la banque Rothschild qui doit faire ses preuves de socialisme, ce serait un bon plan. Et il faut faire vite, le congrès du Parti socialiste arrive à grands pas.


1-MAI-SCBon 1er mai à tous. Le muguet que j’ai mis en illustration, c’est un cadeau rien que pour vos yeux 🙂

4 réflexions sur “Vendredi 1er mai 2015 : Fête du travail et Chômage en fête

  1. Merci Nathalie pour cet article (et les précédents), c’est mordant, créatif, juste, dans le mille et tellement drôle 🙂 et ça me donne envie de reprendre le journalisme.

    Bisous à toute la famille depuis le Thalys !

    Aimé par 1 personne

    • Merci Olivier. J’avoue que sur ce coup-là j’ai eu du mal à résister à la tentation. J’ai attendu patiemment le 1er mai pour publier car j’avais mon titre en tête de puis quelques jours et l’inspiration me vient souvent par les titres.
      Bonne journée à toi.

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  2. Pingback: Vendredi 1er mai 2015 : Fête du travail et Chômage en fête | Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

  3. Pingback: Fête du travail, le travail n’est pas à la fête! | brunobertez

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