La date a enfin été annoncée. Ce sera donc le 15 juillet prochain, soit le moment précis où chacun ferme boutique pour s’évader dans la décompression des grandes vacances, que François Bayrou présentera son grand plan 2026-2029 de retour « à un certain équilibre des finances publiques ». L’idée serait de « toucher le point où la dette n’augmente plus », objectif possiblement réalisable selon lui à la fin de ladite période.
Merveilleux ! Ne dirait-on pas que cette fois, l’exécutif a vraiment pris conscience de la gravité de la situation budgétaire du pays et qu’il va proposer un train de mesures effectives de réduction des déficits, juré, craché ?
Eh bien, non, pas merveilleux. Disons plutôt discours lénifiant, méthode Coué et langue de bois. Quand un Premier ministre vous parle d’un « certain équilibre » en lieu et place d’équilibre et quand il vous assure que tout sera nickel chrome à la fin d’une période de plusieurs années au terme de laquelle il y a peu de chances qu’il soit encore en poste, vous pouvez être sûrs qu’il vous balade dans un mélange de « demain, on rase gratis » et de « après moi, le déluge ».
Ne croyez pas que je me plaise à jouer les Cassandre par pur plaisir de toujours trouver de quoi critiquer le gouvernement et alarmer mes lecteurs. C’est plutôt l’expérience qui parle, une expérience vécue par tous les Français. Lors de sa campagne électorale de 2012, le futur président François Hollande promettait de ramener le déficit public du pays à 3 % du PIB en 2013. L’objectif fut péniblement atteint en 2017 à la faveur d’un petit regain de croissance, ce qui autorisa alors le nouveau locataire de Bercy, Bruno Le Maire, à tabler (dans le PLF 2018) sur un retour à l’équilibre en 2022 :
Alors oui, évidemment, le Covid, le « quoi qu’il en coûte »… Résultat, le déficit public de 2022 fut en fait de 4,7 %. Encore pouvait-on arguer du fait que des événements exceptionnels, imprévus, imprévisibles étaient venus perturber les merveilleux plans bercynois. Sauf qu’en 2023 et 2024, périodes sans la moindre anicroche extérieure ou exceptionnelle, le déficit a continué à se creuser, à 5,4 % puis à 5,8 % du PIB. Ce qui n’a pas empêché Bruno Le Maire d’annoncer en avril 2024 un nouveau plan de stabilité 2024-2027 se terminant sur un déficit tout juste inférieur à 3 % en 2027 :
Facile d’écrire des chiffres agréablement décroissants dans des petites cases. Toujours est-il que François Bayrou semble maintenant vouloir obtenir ces 3 % en 2029. Pourquoi serait-ce plus sérieux que d’habitude ? Sans compter qu’un déficit de 3 % ne signifie nullement que l’on revient à l’équilibre des comptes, mais que l’on reste dans la dérive maximale autorisée par les traités de l’Union européenne. Ce n’est pas comme cela que l’on va stabiliser la dette.
Or dans son dernier rapport extensif sur la situation et les perspectives des finances publiques publié la semaine dernière, la Cour des comptes n’y va pas par quatre chemins. Verbatim (soulignement de mon fait) :
« La France vient de traverser deux années noires en matière de finances publiques. »
« Cette dérive ne doit rien à des circonstances extérieures : elle est la conséquence d’hypothèses trop favorables sur la croissance et les recettes, mais surtout d’une incapacité à maîtriser la dynamique de la dépense et à engager des efforts d’économies pérennes.«
« Elle trouve sa première cause dans une forte progression du ‘cœur’ de la dépense publique (c’est-à-dire de la dépense publique hors charge de la dette et hors mesures exceptionnelles). »
« Alors que tous les autres pays européens très endettés – la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie – ont tiré parti des années d’inflation pour réduire leur ratio de dette publique, la France, dont le déficit (en points de PIB) est désormais le plus élevé de la zone euro, diverge de plus en plus. »
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Pour l’avenir, la Cour déplore que :
« La modeste réduction prévue du déficit en 2025, de 0,4 point, repose exclusivement sur d’importantes hausses d’impôts, dont près de la moitié sont annoncées comme temporaires, et au-delà, sur des prévisions de recettes sans marge de prudence dans un contexte de fortes incertitudes sur la croissance. »
« Les efforts structurels d’économies ont donc une nouvelle fois été reportés et ne sont pas du tout précisés dans la trajectoire pluriannuelle publiée par le Gouvernement en avril 2025. »
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Dans ces conditions, elle estime qu’un retour à la soutenabilité de la dette publique ne sera possible que si la France parvient à retrouver durablement un excédent primaire « d’environ 1,1 point de PIB, ce que le pays n’est plus parvenu à réaliser depuis près de 25 ans. »
Excédent… Un mot qui a déserté les dictionnaires de la politique française depuis belle lurette.
J’en profite pour rappeler que le solde public est la différence entre les recettes et les dépenses prévues dans la loi de Finances. En France, ce solde est perpétuellement négatif, on parle donc de déficit. Au sein de ce déficit, le déficit primaire s’entend avant prise en compte des intérêts dus au titre de la dette publique, tandis que le déficit structurel est le solde dont on retire les éléments conjoncturels sur lesquels le pays n’a pas de prise.
Autrement dit, si le plan de M. Bayrou ne s’attelle pas dès maintenant à la réduction des dépenses structurelles de notre modèle social franco-français, s’il ne s’attaque pas au « cœur » de la dépense publique dans l’État, dans les collectivités territoriales et dans la sécurité sociale, il ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau de plus, et il « exposerait le pays, en cas de défiance soudaine de ses créanciers, à devoir procéder dans l’urgence à des ajustements brutaux et préjudiciables au potentiel de croissance et à la cohésion sociale. » Dixit la Cour des comptes dans son rapport. Le ton est policé, pondéré, urbain, comme toujours, mais ne nous y trompons pas, c’est bien d’une potentielle faillite de l’État qu’elle nous parle.
Un avertissement qui n’a manifestement pas atteint toutes les cervelles du gouvernement. Pas plus tard qu’avant-hier (le 6 juillet 2025), la ministre de la Culture Rachida Dati annonçait que le spectacle vivant bénéficierait d’une enveloppe supplémentaire de 6 millions d’euros venant s’ajouter aux 22 millions déjà actés en septembre 2024. L’idée serait d’aider le secteur à relever « les défis sociétaux, économiques et environnementaux » auxquels il serait dramatiquement confronté. De leur côté, les collectivités territoriales apporteront 7 millions d’euros supplémentaires, ce qui permet à Mme Dati de se réjouir :
« L’État réaffirme son engagement, avec les collectivités. Ce sont, au total, plus de 35 millions d’euros alloués en 2024 et 2025 pour le développement de logiques coopératives et vertueuses. »
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[Parenthèse. À noter que l’avertissement de la Cour des comptes n’a pas atteint non plus toutes les cervelles de l’audiovisuel public. L’article de FranceInfo relatant la même information commence ainsi : « Un soutien financier bienvenu. L’Etat va verser 6 millions d’euros supplémentaires » etc. Celui du Figaro que j’ai mis en lien plus haut attaque directement avec « L’Etat va verser ».]
Je reviens à nos moutons. Trente-cinq millions d’euros face à 170 milliards de déficit, ce n’est rien ! C’est du moins ce que l’on a toujours considéré, et pas seulement dans le financement de la culture. Pensons aux subventions à la presse, aux embauches à la cantine scolaire, aux stages de remise en selle vélo, etc. Jusqu’à arriver aujourd’hui à 3 346 milliards de dette publique.
Dès lors, Rachida Dati fait-elle acte de responsabilité ? On sait surtout qu’elle aimerait bien succéder à Anne Hidalgo à la mairie de Paris. Alors évidemment, dans le contexte de la fronde contre les coupes, aussi minimes soient-elles, dans les budgets de la culture dans certaines (rares) régions, elle cherche à montrer son meilleur profil culture-friendly aux électeurs de la gauche parisienne… De quoi conforter son agenda personnel, certainement pas le redressement du pays.
Bref, les comptes publics de la France vont à la dérive tandis que les ministres que cela devrait préoccuper se comportent en irresponsables. Ça promet.
Illustration de couverture : la ministre de la Culture Rachida Dati et le Premier ministre François Bayrou dans le contexte du rapport de la Cour des comptes sur les dérives de nos finances publiques.


Bayrou n’est pas connu pour son courage ni pour ses compétences, Labarrere qui le battait systématiquement aux municipales de Pau disait qu’il était trop paresseux
Ne comptons donc pas sur lui pour engager les réformes structurelles dont le pays a besoin pour réduire sa dette
Article particulièrement intéressant dont on pourrait reprendre bien des thèmes pour les commenter. Ce matin je m’arrêterai sur celui des 3% de déficit autorisé.
Lorsque vous écrivez : « Sans compter qu’un déficit de 3% ne signifie nullement que l’on revient à l’équilibre des comptes… » on ne peut que vous donner raison. Aussi permettez-moi de m’étonner que personne, jamais, ne remette en cause l’acceptabilité de ces 3% de déficit et encore moins ne se pose la question, ni ne nous rappelle qui – et quand, et dans quelles conditions – a décidé que 3% de déficit était acceptable pour nos finances publiques ?
Entièrement d’accord, pourquoi 3% ?
Cette approche explique pourquoi pas un budget n’a été voté à l’équilibre depuis… 1974 !
Histoire des 3% qui sonnait bien aux oreilles de François Mitterrand puis Jean-Claude Trichet puis les Allemands :
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20101001trib000554871/a-l-origine-du-deficit-a-3-du-pib-une-invention-100-francaise.html
Dans notre situation, pour faire baisser la dette, il faudrait retrouver durablement un excédent primaire évidemment.
Les Suisses avaient introduit un frein à l’endettement par l’article 126 de la Constitution fédérale en 2003 puis connu sept années de forte croissance en gardant des taux d’investissements publics relativement stables 1,2% à 1,3%.
On y subventionne beaucoup moins les spectacles, la presse, les embauches etc…
Le PIB par tête de la Suisse est aujourd’hui 2,5 fois le nôtre, la dette à 30%, le chômage à 2,4% (droit du travail de 30 pages), trois des cinq plus grandes entreprises européennes sont suisses, excédents budgétaires et commerciaux répétés, etc…
Mais c’est un petit pays et les Suisses sont des beaufs, hein !
Merci, Tino, pour ce lien d’enfer au sens littéral du terme. Et c’est depuis ce moment très précis que les comptes de la France sont à la dérive.
@Tino: Le déficit sous Macron, c’est comme le chômage sous Mitterrand : on a tout essayé, sauf ce qui marche.
Problème réglé.
La vraie question, au fond, la seule qui compte, en tout cas pour ceux qui décident (nous, on ne nous demande rien), c’est : comment rester au pouvoir ?
Pas d’inquiétude. On peut faire confiance à notre leader suprême. Il lui reste bien une ou deux grenades dégoupillées à balancer dans les coins.
Ça ne résoudra rien, évidemment (le déficit ? entre nous, qui ça intéresse encore ?), mais ça pourrait lui valoir ce petit « soutien » qu’il a récemment réclamé à ses troupes. Pour « dans deux ans, dans cinq ans et dans dix ans ».
Dans deux ans ? Tiens tiens… Erdoganisation ? Poutinification ?
Enfin bon, tant qu’on ne liquide pas les figures de l’opposition, tout va bien.
Si tout vous semble sorti d’un mauvais film d’anticipation, ne touchez à rien. Ce n’est pas une panne de votre télé. C’est un dysfonctionnement temporaire validé par décret.
@Lionel
Pourriez-vous développer votre idée lorsque vous écrivez : « Enfin bon, tant qu’on ne liquide pas les figures de l’opposition, tout va bien. » ?
Car pour ce qui me concerne, j’ai non seulement l’impression qu’on s’acharne, en haut-lieu, à vouloir les « liquider », mais aussi que certaines « figures de l’opposition » ont décidé d’en finir – comme Denécé ou Marleix – avant liquidation !
Liquider tout ce personnel politique qui bavarde à longueur de semaine pour se faire croire utile et engager la rupture comme celle réalisée par les Suisses relatée plus haut ou celle de Javier Milei en Argentine. Oter à l’Etat tout ce qui n’aurait jamais dû le concerner mais les Français le veulent-ils seulement ?
C’est pourquoi le traumatisme est nécessaire, le défaut de paiement est urgent !
@Mildred: Oula ! Sujet sensible. Par précaution, évitons les vrais pseudos. Je serai Flamby4Ever et vous MissRatched. C’est plus discret.
J’essaie de contenir ma paranoïa, vraiment. Mais c’est difficile quand chaque nouvelle loi ressemble à un concours de tir aux pigeons contre les libertés. Tiens, au fait : coucou la CNIL, si vous nous lisez entre deux audits de consentement RGPD. Sérieusement, vous faites quoi pendant ce temps, à part nous harceler avec vos pop-ups de cookies indigestes ?
« Mais non voyons, cher @Flamby4Ever, il n’y a aucun souci à ce que l’administration compile l’ensemble de vos opinions politiques, philosophiques et astrologiques. Comprenez que ça leur sera bien utile le jour où ils auront besoin de monter un dossier contre vous. Ce qu’il faut vraiment surveiller, c’est cette pub Amazon, là en bas à gauche de l’écran, celle pour des gélules de Nausicalm et qui est apparue après que vous avez cherché « Big Mac saindoux et frites » dans Google. Là, oui, démocratie en danger ! »
Entre nous, si j’étais opposant politique et lanceur d’alerte en 2025, je glisserais mon smartphone dans une casserole en plomb et je communiquerais avec mon éditeur uniquement par signaux de fumée chiffrés. M’est avis que les conversations privées des opposants sont devenues aussi transparentes que les intentions bienveillantes de nos dirigeants.
Pour revenir à votre question, chère @MissRatched : est-ce que notre régime en est à l’étape 9 de son processus d’Erdoganisation après avoir allègrement franchi les étapes 6, 7 et 8 ? Franchement, difficile à dire. J’ai l’intuition qu’on flirte déjà avec l’étape 11 (le coup d’État), mais je préfère rester prudent. Je ne lis toujours pas dans le marc de café, seulement entre les lignes de la loi SREN, et croyez-moi, c’est encore plus inquiétant.
De Miss Ratched à Flamby4Ever
Je vous ai reçu 5/5 !
Il me semble qu’une nouvelle étape – est-ce la 10 ou déjà le début de la 11 – a été franchie avec ce rapport de l’INSEE sur la sous-occupation des logements.
Quoiqu’il en soit, ouvrons l’oeil et restons vigilants !
Rachida Dati cherche à séduire la « gauche culturelle » pour gagner Paris….
Elle va perdre.
Il faudrait un jour que les candidats de droite comprennent qu’ils ne gagnent jamais quand ils veulent être plus bobo que les bobos.
Lorsque NKM s’est présentée, elle a fait la même erreur. Elle a redressé (trop tard) la situation uniquement lorsqu’elle a compris qu’il fallait montrer l’explosion de la fiscalité et de la dette.
Même topo au niveau national.