XI JINPING : politique Zéro Covid à Shanghai – la goutte de trop ?

Info du 20 mai 2022 : Depuis le début du confinement à Shanghai, les recherches internet sur les procédures d’émigration ont explosé. Riposte du gouvernement : depuis le 12 mai, il a durci encore un peu plus les conditions de sortie du territoire.

Il y a moins d’un an, en juillet 2021, le Secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) et président de la République populaire de Chine Xi Jinping avait toutes les raisons d’être heureux : non seulement c’est à lui qu’est revenu l’honneur de célébrer le 100ème anniversaire du PCC, mais surtout, c’est lui et aucun autre de ses prédécesseurs depuis Deng Xiaoping qui a réussi à impulser et incarner la troisième ère du glorieux socialisme chinois. Un socialisme « moderne », inspiré de Mao et de Deng malgré leurs contradictions et leurs parts sombres respectives, et sublimé dans une nouvelle doctrine socialiste unifiée appelée… « pensée de Xi Jinping ».

Côté part sombre, on pourrait évoquer le massacre de la place Tiananmen ordonné par Deng en juin 1989. Mais ce n’est pas ce point qui chiffonne le plus le nouvel homme fort de Pékin. Deng avait eu aussi l’idée saugrenue de limiter le mandat des présidents chinois à deux quinquennats. Un véritable affront infligé à Mao, président à vie, que Xi Jinping s’est empressé de laver en faisant voter en 2018 une modification de la Constitution lui permettant de rester au pouvoir au-delà de ses deux quinquennats présidentiels 2013-2018 et 2018-2023. 

C’est justement en novembre prochain, lors du XXè congrès du PCC, que tout va se jouer, à commencer par son maintien à la tête du parti. Or voilà que la pandémie de Covid est venue introduire quelques grains de sable gênants dans des rouages qu’il avait pourtant pris grand soin de bien huiler.

Oh, je ne me fais guère de souci pour la carrière de Xi Jinping. Il saura s’imposer, exactement comme il a su imposer la méthode policière chinoise à Hong Kong grâce à la loi de sécurité nationale adoptée à l’unanimité par le Parlement chinois puis promulguée dans la foulée par ses soins le 30 juin 2020, en rupture totale avec l’accord de maintien de l’État de droit britannique pendant 50 ans après la restitution du territoire à la Chine en 1997.

Les chefs d’accusation listés dans la loi, punis principalement par des peines de prison à perpétuité sans appel – le « séparatisme », le « terrorisme », la « subversion » et la « collusion avec des forces extérieures et étrangères » – sont tellement vagues et les arrestations si nombreuses que les craintes de l’opposition hongkongaise pro-démocratie et de bon nombre de juristes de les voir appliqués à seule fin de museler toute dissidence anti-Pékin dans l’ancienne colonie britannique s’avèrent totalement justifiées. 


Des policiers avertissent les habitants de Hong Kong des peines encourues s’ils ne se conforment pas à la loi de sécurité nationale. Mars 2021.

Dernièrement, le 11 mai 2022, c’est le cardinal catholique Joseph Zen, 90 ans, qui a été arrêté, puis libéré sous caution en attente de son procès prévu le 26 mai. Son crime : avoir collecté des fonds pour financer la défense de militants pro-démocratie de Hong Kong, activité requalifiée par les autorités en « collusion avec des forces étrangères » – occidentales, autrement dit états-uniennes, cela va de soi. Pour faire bonne mesure, quelques jours auparavant, Pékin a choisi John Lee, policier anciennement patron de la sécurité de Hong Kong qui fut fort actif dans l’application consciencieuse de la nouvelle loi, pour prendre la tête de l’exécutif de la ville.

Mais ce n’est pas cela qui pourrait perturber la confiance des Chinois du continent – du moins de l’écrasante majorité d’entre eux – à l’égard de leurs dirigeants. La modernisation de la Chine a eu lieu, entrainant une hausse notable du niveau de vie depuis les réformes économiques de Deng. Mais il n’a jamais été question qu’elle s’étende aux droits politiques et aux libertés individuelles comme l’a fort éloquemment prouvé Tiananmen, et comme le confirme de façon plus douce mais néanmoins inéluctable le contrôle social de tous les instants qui prévaut en Chine à la faveur des possibilités offertes par la technologie du big data.

En revanche, la légitimité du pouvoir central pourrait en prendre un coup si les besoins de base de la population n’étaient plus assurés. Or le confinement total type « Zéro Covid » mis en œuvre à Shanghai depuis le début du mois d’avril face à la contagiosité du variant omicron est en train d’envenimer sévèrement les relations entre les populations confinées et les autorités.

Manque catastrophique de nourriture, quartiers fermés, mises à l’isolement, quarantaines autoritaires qui séparent les familles, confinement des travailleurs dans leur usine, surveillance de la population avec drones et robots, un patient bien vivant d’une maison de retraite mis par erreur dans un sac mortuaire – les habitants de la ville la plus vaste et la plus moderne de Chine commencent à douter de la capacité des autorités à juguler la crise et le font savoir (par des concerts de casseroles à leurs fenêtres, publiés sur les réseaux sociaux et immédiatement censurés).

Du reste, d’après la banque japonaise Nomura, ce ne sont pas seulement les 25 millions d’habitants de Shanghai qui étaient confinés partiellement ou totalement en date du 10 mai, mais 290 millions de personnes réparties dans 41 villes et représentant potentiellement 30 % de l’activité économique du pays. Sans surprise, cette dernière s’en ressent lourdement. En avril 2022, la production industrielle chinoise a chuté pour la première fois depuis la fin du lockdown de Wuhan en mars 2020 (de 2,9 %), tandis que les ventes de détail se sont repliées de 11,1 % après une première alerte à -3,5 % en mars (chiffres en glissement annuel).

Mais pas de quoi pousser Xi à altérer sa lutte contre le Coronavirus, apparemment. Le 5 mai dernier, lors d’une réunion du Comité permanent du bureau politique du PCC qu’il préside, il a redit avec force que rien ne devait contrecarrer les efforts entrepris pour éliminer tous les cas de Covid :

« Nous avons gagné la bataille pour défendre Wuhan, nous serons certainement en mesure de gagner la bataille pour défendre Shanghai ».

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Une bataille qui passe aussi par une « lutte sans merci contre toutes les tentatives de déformation, de mise en doute et de rejet des politiques chinoises contre le Covid » est-il précisé dans le compte-rendu officiel de la réunion. Autrement dit, le contrôle du Coronavirus selon Xi Jinping et le PCC ne saurait exister sans l’assistance d’un étroit contrôle de l’information et des opinions. Pas question de laisser dire que les autorités sont dépassées par leurs propres décisions.

Et c’est là que le sort des Chinois rejoint celui des habitants de Hong Kong. Ces derniers, paraphrasant une célèbre phrase apocryphe de Churchill, pourraient facilement dire à leurs congénères de la République populaire : vous avez voulu la sécurité économique au prix de vos libertés individuelles et finalement vous n’avez ni libertés ni sécurité économique. La fin des confinements suffira-t-elle à rétablir la confiance des Chinois ? On verra.

Mais il y a clairement matière à leçon politique dans l’expérience épouvantable qu’ils sont en train de vivre. Une leçon qui vaut aussi pour nous :

La liberté ne se découpe pas en morceaux. Il n’y pas la prospérité économique garantie par un autocrate présumé un peu vite omniscient d’un côté ; et tout le reste, la liberté d’expression, d’opinion, d’information – ces folles lubies d’occidentaux décadents – de l’autre. Car il n’y aura jamais de réel bien-être économique et social s’il n’est pas possible de faire savoir à l’autocrate qu’il se trompe quand il se trompe. Or les autocrates, craints et isolés dans leur bunker, se trompent toujours.


Illustration de couverture : Distribution de colis de nourriture à Shanghai le 7 mai 2022. Photo AFP.

16 réflexions sur “XI JINPING : politique Zéro Covid à Shanghai – la goutte de trop ?

  1. Deux zones géographiques et deux politiques sanitaires distinctes pour faire face à une agression virale commune, il est permis de s’interroger. L’occident se vaccine, certains disent trop alors que la Chine isole drastiquement ses citoyens.. J’aimerais être une petite souris chinoise pour savoir si les hauts dirigeants du parti communiste ne seraient pas un tantinet vacciné (shuuut – secret défonce)..

    • Cette opposition n’existe que dans votre imagination. Evidemment que les Chinois sont vaccinés, et pas seulement leurs dirigeants. A ceci près qu’ils utilisent leurs propres vaccins, et que ceux-ci sont peu efficaces.

      • Au moins autant que celui que l’on vous force à accepter dont l’inefficacité est patente et les effets parfois mortels sont soigneusement cachés au grand public

  2. L’histoire se répète dans ce pays :

    La Campagne des Quatre Nuisibles, ou quand Mao Tsé-Tung veut tuer tous les moineaux de Chine!

    La Campagne des Quatre Nuisibles (droits politiques, libertés individuelles, séparatisme, …..), ou quand Xi Jinping veut éradiquer la Covid de Chine!

  3. Il est imprudent d’employer l’expression de zéro Covid au sujet de la Chine. Cela laisse entendre que le seul choix, en matière de lutte contre la pandémie, est entre le zéro Covid et le quelque chose-Covid. Ce n’est pas le cas.

    Lutter contre une épidémie exige bien sûr l’emploi de plusieurs armes simultanées : les différents degrés de confinement, la vaccination depuis qu’elle est disponible, et les masques.

    De plus, la stratégie du zéro Covid peut s’employer dans un cadre démocratique, ou dans un cadre non démocratique. Les résultats sont différents dans les deux cas. Ils sont excellents, par exemple, dans le cas de la Nouvelle-Zélande, avec 19,45 décès pour 100 000 habitants (contre 227,61 pour la France).

    https://coronavirus.jhu.edu/data/mortality

    Je répète : grâce à sa stratégie zéro Covid, la Nouvelle-Zélande a eu 11 fois moins de morts, rapportés à sa population, que la France.

    Je ne compare pas la Nouvelle-Zélande à la Chine, car les statistiques chinoises dont nous disposons sont, à l’évidence, grossièrement trafiquées et sous-évaluées.

    En revanche, la Nouvelle-Zélande n’a pas eu besoin, pour obtenir ces excellents résultats, de recourir à des procédés intolérables : affamer sa population, par exemple, ce qui a conduit, en Chine, au décès par la faim d’au moins un enfant, séparé de ses parents et enfermé dans son logement.

    Les pays démocratiques qui ont appliqué le zéro Covid ont fini par abandonner cette politique avec l’arrivée du variant Omicron, trop contagieux pour être bloqué de cette façon. De plus, lorsque ce variant a fait son apparition, les effets économiques et sociaux du zéro Covid s’étaient manifestés depuis si longtemps que la poursuite de cette politique était devenue problématique.

    Mais une autre différence entre la Chine, et les pays démocratiques qui ont appliqué le zéro Covid, est que ces derniers ont bien vacciné leurs ressortissants.

    En Chine, non seulement les vaccins locaux, seuls autorisés pour des raisons politiques, sont moins efficaces que les vaccins occidentaux, produits dans un cadre démocratique et libéral, mais les réticences à la vaccination sont beaucoup plus fortes qu’en Occident et même qu’en France.

    Les personnes âgées, en particulier, sont beaucoup moins nombreuses à être vaccinées. Le respect traditionnellement voué aux vieux est, dans ce cas, un désavantage : il rend difficile la contrainte ou la forte incitation (du type du passe vaccinal français), même dans le cadre d’un régime dictatorial.

    Du coup, les autorités chinoises, de façon surprenante, bien loin de persécuter les vieux qui refusent le vaccin, offrent des cadeaux à ceux qui l’acceptent.

    https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/zero-covid-pourquoi-la-chine-n-a-pour-l-instant-pas-d-autre-choix_2172260.html

    https://www.europe1.fr/sante/covid-19-lefficacite-du-vaccin-chinois-remise-en-cause-4085144

    https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/covid-19-la-chine-veut-vacciner-plus-de-seniors-pour-sortir-de-la-strategie-zero-covid_5090416.html

    • Si leurs vaccins sont peu efficaces, cela ne veut pas dire que les notres le sont, le nombre de personnes ayant eu leurs 3 doses et ayant tout de même été malades est là pour le prouver. Quant à dire que ces personnes ont moins de formes graves, Omicron ne fait pas de formes graves, sauf pour les personnes à comorbidités, les seules qui peuvent avoir intérêt à se faire vacciner. Et si la politique zéro covid de la Chine est coercitive, ce n’était pas vraiment idéal chez nous, avec des soignants « suspendus » sans droits ni revenus, traités comme des chiens et des non-citoyens. Bravo la démocratie.! Alors, ne donnons pas trop de leçons…

      • @ sberauds

        « Si leurs vaccins sont peu efficaces, cela ne veut pas dire que les notres le sont. »

        Nos vaccins sont efficaces, les vaccins chinois ne le sont pas.

        « Le nombre de personnes ayant eu leurs 3 doses et ayant tout de même été malades est là pour le prouver.  »

        Non, cela ne le prouve pas.

        « Omicron ne fait pas de formes graves, sauf pour les personnes à comorbidités… »

        C’est un mensonge.

        « ..les seules qui peuvent avoir intérêt à se faire vacciner. »

        C’est un mensonge.

        « Si la politique zéro covid de la Chine est coercitive, ce n’était pas vraiment idéal chez nous. »

        En temps de catastrophe, il n’y a pas de politique idéale. Si vous le croyez, c’est que vous êtes un communiste. Le communisme ne marche pas. Le communisme, c’est mal.

        « …avec des soignants « suspendus » sans droits ni revenus… »

        C’est une excellente chose.

        « …traités comme des chiens… »

        C’est un mensonge. Un salarié qui n’obéit pas aux ordres est renvoyé, c’est normal.

        « …et des non-citoyens. »

        C’est un mensonge. Le droit de vote ne leur a pas été retiré. Cela étant, cela pourrait être une bonne idée.

        « Bravo la démocratie. »

        La démocratie ne consiste pas à désobéir aux lois votées démocratiquement. Cela, ça s’appelle le communisme, la tyrannie, l’anarchie, la loi de la racaille, tout ce que vous voulez, mais sûrement pas la démocratie.

        « Alors, ne donnons pas trop de leçons… »

        Donnons, au contraire, des leçons de liberté et de démocratie à la Chine et au monde entier. Montrons en exemple notre gestion de l’épidémie, infiniment préférable à celle de la Chine ou de la Russie, pour ne citer que ces deux-là.

        Toutes mes félicitations. Il n’y a, littéralement, pas un mot de vrai dans votre commentaire.

      • @ Artiste

        Vous racontez des sottises sans vous donner la peine de présenter le moindre fait ni argument.

        Je me renseigne aux meilleures sources. Il n’y a pas de propagande officielle en France sur le Covid. En revanche, il y a un certain nombre de propagandistes négationnistes du Covid dans votre genre.

        Mais ils ont perdu la partie. Vous êtes dans les poubelles de l’histoire. Didier Raoult est renvoyé, en butte à des poursuites judiciaires et ses amis aussi. Le Covid a été maîtrisé grâce à la science, et en dépit des menteurs dans votre genre.

  4. « Je répète : grâce à sa stratégie zéro Covid, la Nouvelle-Zélande a eu 11 fois moins de morts qu’en France ». Ok pour la Nouvelle-Zélande on verra la suite pour conclure définitivement…
    Sauf que la Suède a eu une stratégie du laisser faire par les professionnels soignants et uniquement eux, avec des résultats qu’on peut aussi comparer :
    France 29,381,085 148,516 0.5% 227.61
    Sweden 2,504,894 18,897 0.8% 187.11

    Contrairement à la France et à la plupart des pays du monde, le gouvernement suédois n’est pratiquement pas intervenu dans la gestion de la crise sanitaire. C’est l’autorité de santé publique qui s’est occupée de tenir la population informée et de faire des recommandations.
    Les scientifiques suédois se sont basés sur l’un des principes fondamentaux d’Hippocrate: Primum non nocere. Ne pas nuire. Que ce soit à la santé y compris la santé mentale, l’économie ou la société dans son ensemble.
    «Nous arborons cette drôle d’attitude moderne de considérer la mort comme un échec plutôt que comme une partie de la vie, explique Johan Norberg, écrivain suédois et senior fellow du think-tank libertarien Catho Institute. Les autorités suédoises ont très vite compris que le seul moyen de se débarrasser au plus vite de ce virus était de bâtir une solide immunité naturelle renforcée par le vaccin opportunément.

    On pourra lire aussi l’analyse critique de Jesús Huerta de Soto en 4 parties :
    https://www.contrepoints.org/2021/05/30/398339-impact-economique-de-la-crise-covid-letatisme-impossible-4
    « Les gouvernements nous font croire qu’en raison des connaissances plus approfondies et de la supériorité intellectuelle supposées que présentent leurs assesseurs scientifiques par rapport aux citoyens ordinaires, ils ont le droit de façonner la société à leur guise à l’aide d’ordres coercitifs. »… »cette connaissance n’est ni donnée ni statique, mais varie sans cesse grâce à la capacité innée de création propre à l’être humain et en raison du changement continuel des circonstances environnantes, ce qui produit un double effet sur les autorités : elles sont toujours en retard car l’information maigre et déformée qu’elles reçoivent est déjà obsolète une fois qu’elles ont pu la digérer ; et leurs ordres pour le futur ne peuvent pas viser juste car celui-ci dépend d’une information pratique qui n’est pas encore apparue car pas encore créée. »

    Et d’abord pourquoi le vaccin et pas des soins avec médicament, hein ? Qui le sait puisque le vaccin n’est manifestement pas la panacée.
    A-t-on seulement tiré des enseignements de la période pour opérer quelques modifications structurelles ? Ben non puisque la technostructure est largement fière et même que notre Véran affirme : »On a acquis tous les outils pour lutter efficacement contre cette pandémie ».
    Je ne sais pas si c’est de la propagande mais on tout cas, cherchez pas on est au top ! Que cela soit compris une fois pour toute.
    Et nous sommes très loin d’avoir payé l’addition (des centaines de milliards) économique et sociale, pour cette succession d’improvisations autoritaires étatiques !

    Et pour les perspectives chinoises, elles ne sont guère optimistes :
    https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/La-Chine-le-grand-bond-en-arriere

    • @ Tino

      Vos objections n’en sont pas.

      Vous tentez de nier l’efficacité du sévère confinement néo-zélandais à l’aide du prétendu exemple suédois. Mais il ne prouve rien.

      Les chiffres que vous donnez, que je présumerai exacts, montrent une chose : la Suède a un bilan infiniment plus mauvais que la Nouvelle-Zélande, et un peu meilleur que la France.

      Par conséquent, ils confirment l’efficacité de la méthode zéro Covid.

      Il est faux de dire, ou de suggérer, que la Suède n’aurait pas confiné, et que cela serait la raison d’un meilleur résultat par rapport à la France, ou à d’autres pays. La Suède a bel et bien confiné. Elle l’a fait différemment d’autres pays, beaucoup moins dans un premier temps, revenant vers un confinement plus conforme à la moyenne par la suite.

      Mais elle a infiniment moins confiné que la Nouvelle-Zélande. D’où ses mauvais résultats, aussi mauvais, en ordre de grandeur, que les nôtres.

      Il n’est pas non plus interdit d’émettre l’hypothèse qu’à législation égale, un Suédois s’est davantage auto-confiné qu’un Français. Le Suédois est plus discipliné et plus respectueux de l’intérêt général que le Français. Il est nécessaire d’examiner l’influence de ce facteur dans toute étude prétendant mesurer l’efficacité des mesures sociales anti-Covid.

      Vous dites :

      « Contrairement à la France et à la plupart des pays du monde, le gouvernement suédois n’est pratiquement pas intervenu dans la gestion de la crise sanitaire. C’est l’autorité de santé publique qui s’est occupée de tenir la population informée et de faire des recommandations. »

      Cela relève de l’idéologie. Le gouvernement serait par essence mauvais, tandis que « les médecins » seraient par essence bons.

      Cela n’a pas de sens. Une autorité de santé publique, c’est un organisme gouvernemental. Tandis qu’un gouvernement qui décide sur une épidémie le fait évidemment sur le conseil des médecins.

      « Les scientifiques suédois se sont basés sur l’un des principes fondamentaux d’Hippocrate: Primum non nocere. Ne pas nuire. »

      Arrêtez avec ce cliché de bistrot. Hippocrate est un gros con, et ce n’est pas grâce à lui qu’on soigne les gens. Plus précisément, ce que vous dites est faux : le but de la médecine, ce n’est pas de ne pas nuire : c’est de soigner. Et, dans le cas d’une épidémie, de prévenir.

      Par ailleurs, tous les médecins du monde (praticiens et chercheurs) appliquent de surcroît, en effet, le principe que le remède ne doit pas être pire que le mal. Ce n’est nullement l’apanage des médecins suédois.

      Vous ajoutez :

      « …Ne pas nuire. Que ce soit à la santé y compris la santé mentale, l’économie ou la société dans son ensemble. »

      Je suis désolé de vous le dire franchement, mais ce point de votre raisonnement est malhonnête. Vous faites un amalgame. Le rôle des médecins, pas plus en Suède qu’ailleurs, n’est de prendre des décisions « pour ne pas nuire à l’économie ». Cela, c’est justement le rôle des gouvernements.

      D’ailleurs, vous vous tirez une balle dans le pied en disant cela. Vous tentez de démontrer qu’il fallait avant tout ne pas nuire à l’économie, et tant pis pour les morts. Si telle est votre opinion, alors vous devriez justement défendre l’intervention gouvernementale, ayant barre sur celle des médecins.

      Et cette intervention a évidemment eu lieu, partout. Je n’ai pas besoin de me plonger dans le cas de la Suède pour savoir que le gouvernement suédois aussi a pris des décisions relatives à l’épidémie. C’est évident.

      Quant à la santé mentale, elle passe évidemment après la santé physique, et ça, c’est le rôle des médecins de le dire. Aucun médecin n’hésitera entre de vagues dépressions et des morts. Il choisira les dépressions.

      « Nous arborons cette drôle d’attitude moderne de considérer la mort comme un échec plutôt que comme une partie de la vie, explique Johan Norberg, écrivain suédois et senior fellow du think-tank libertarien Catho Institute. »

      Ah tiens, maintenant, ce ne sont plus les médecins qui doivent décider, ce sont les « senior fellows de think-tank libertariens » ? C’est quand ça vous arrange, dites-moi…

      Cet « argument », omniprésent chez les négationnistes covidiques, procède d’une mentalité d’assassin, je le dis sans détours.

      La mort n’est pas un échec, c’est une partie de la vie : qu’est-ce que vous nous cassez les couilles avec la Shoah ?

      La mort n’est pas un échec, c’est une partie de la vie : pourquoi on s’emmerde à chercher un remède contre le cancer ?

      La mort n’est pas un échec, c’est une partie de la vie : bon ben finalement, je vais passer au rouge, s’il y a un piéton qui traverse à ce moment-là, ce sera un échec et ça fait partie de la vie.

      De l’art bien français de se gargariser de mots, sans réaliser les énormités que l’on sort.

      Cet argument n’est qu’une façon d’habiller un égoïsme radical : moi je m’en sortirai, je suis immortel, donc peu importe que mon comportement irresponsable (non confinement, non vaccination, pas de masque, désinformation scientifique…) cause des morts. C’est tant pis pour leur gueule, c’est un échec, ce sont des losers, dommage pour eux.

      Cette attitude est franchement répugnante. Incidemment, elle est idiote pour quiconque est un libéral convaincu, et tente de convaincre les Français de la pertinence de ses idées.

      Certes, on peut remporter des points à court terme par démagogie, à l’occasion de la pandémie, auprès de certaines personnes. Mais comment les convaincrez-vous lorsqu’il s’agira de défendre la baisse des allocations, la diminution du nombre des emplois publics et la privatisation ?

      En leur disant : bah ! vous êtes chômeurs, cons et sans ressources ? ben c’est un échec, c’est la vie, tant pis pour vous ?

      Je viens de faire un tour, pour la première fois depuis longtemps, sur le site de H16 : cet homme, qui avait commencé comme un blogueur libéral, et conserve cette étiquette, a plongé dans le complotisme le plus abruti. Conjointement avec ses commentateurs.

      Il consacre un billet, lui aussi, à la politique chinoise de zéro Covid. Il se tord le cerveau en quatre pour trouver quels peuvent bien être les motifs du gouvernement chinois pour cette politique. De façon axiomatique et sans examen, il part du principe que cela ne peut pas être… pour lutter contre le Covid, qu’il s’agisse là d’une politique malavisée ou non. C’est forcément autre chose : pour niquer l’Occident, pour masquer la crise immobilière…

      Tout, sauf ce que les faits nous montrent : un Etat dictatorial qui refuse des vaccins occidentaux plus efficaces que les siens n’a aucun scrupule à utiliser des méthodes tyranniques pour lutter contre une épidémie.

      Et il n’y a pas un seul commentateur pour contester le présupposé du blogueur : le but de Pékin ne peut pas être de lutter contre le Covid. Il y a forcément un but caché, un immense complot qui nous échappe.

      Il serait temps de se rappeler que le libéralisme repose, entre autres choses, sur la pensée rationnelle.

      Et il repose aussi sur la morale chrétienne. Qui ne dit certainement pas : bah, les morts du Covid, riennafout’, ça fait partie de la vie. Elle dit au contraire : chaque vie a un prix infini.

      • Autrefois l’autorité de santé publique était celle du ministère de l’intérieur, il s’agissait de sécurité préventive et curative, point c’est tout. Le ministère de la santé est devenu impératif au fur et à mesure que nos gouvernants sont devenus moins libéraux et plus socialistes, tiens donc !
        On n’a pas besoin de cet empilement de machins inutiles (hautes autorités et comités de crétins grassement payés par nous en plus) :
        Médecins et gouvernements chacun son boulot pour d’abord ne pas nuire (j’insiste), c’est pourtant le bon sens non ?

        Je ne vois pas où j’aurais écrit que les médecins s’occuperait d’économie en Suède ou ailleurs. Par contre les gouvernements doivent s’exercer à ne pas nuire à l’économie, c’est plutôt rare mais s’en rendent-ils compte ?
        Or, prendre des décisions qui nuisent à la liberté d’une telle ampleur (jamais rien de tel sans doute dans l’histoire de l’humanité), pourraient encore s’accepter face à l’incertitude et la méconnaissance d’un phénomène mais une fois la surprise (supposée ou réelle) passée, vous avez vu quelque chose qui ressemblerait à un bilan d’opération, juste pour évaluer ce qui pourrait prévenir d’envisager à nouveau de telles extrémités ?
        Moi rien même pas une esquisse. Donc on pourra encore polémiquer un certain nombre d’années sur la meilleur conduite à tenir et tous les inutiles garder leur poste.

        Et H16 a bien le droit de s’interroger sur les motivations de l’enfermement de Shanghaï, les autorités étant les as du camouflage prouvé antérieurement à maintes reprises et donc il peut y avoir des hypothèses non complotistes ne vous déplaise. Surtout que les affaires vont assez mal en Chine (pas que) et qu’il va être impérieux de contenir les agitations sociales en souffrance dont la violence sera proportionnelle à la durée de camouflage et de l’accumulation de facteurs éminemment explosifs, à commencer par le fait de pouvoir bouffer. Et c’est tout à fait rationnel ça !

      • Robert, je me marre…
        Vous étiez le premier à dire qu’il ne fallait pas comparer petits pays et grands pays pour la gestion du COVID (pourquoi, mystère) et là vous nous sortez la NZ 😀
        Côté statistique il semblerait que vous faites l’impasse sur les variables cachées

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