Ne dites pas ENSAUVAGEMENT, vous passeriez pour un facho…

En début de semaine, le quotidien régional Sud-Ouest nous rapportait le fait divers suivant qui s’est déroulé à Bordeaux le 22 août dernier :

« Il était environ 20 h 30 samedi soir quand un jeune homme d’une vingtaine d’années traversait tranquillement le cours de la Somme. Trop tranquillement aux yeux de cet automobiliste qui arrivait en contresens et qui s’est trouvé contraint de ralentir. Excédé, il a d’abord fait mine d’accélérer avant de continuer sa route. C’est alors qu’il est revenu sur ses pas, qu’il est sorti de sa voiture et qu’il a porté un violent coup à la mâchoire du piéton, l’envoyant au sol. »

Le conducteur et son frère qui l’accompagnait se sont ensuite empressés de prendre la fuite mais ils ont été appréhendés le lendemain par la police grâce à deux témoins qui avaient eu la présence d’esprit de relever le numéro d’immatriculation du véhicule. Quant au jeune homme agressé, il a été transporté à l’hôpital dans un état gravissime entre la vie et la mort.

Vous avez envie de dire : quelle cruauté, quelle violence, quelle barbarie ! Et vous commencez à trouver que Gérald Darmanin n’avait pas tout à fait tort quand il déclarait peu après sa nomination à la tête du ministère de l’Intérieur :

« Il faut stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société. Il faut réaffirmer l’autorité de l’État, et ne rien laisser passer. »

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Vous le pensez d’autant plus que, de l’agression d’un chauffeur de bus à Bayonne décédé des suites de ses blessures aux tristement habituels casseurs qui ont pris d’assaut les Champs-Élysées dimanche soir dernier dans la foulée de la finale de la Ligue des Champions, en passant par l’adolescente bosniaque de confession musulmane molestée et tondue par sa famille parce qu’elle voulait épouser un Serbe chrétien, l’été a été émaillé d’atteintes violentes aux personnes et aux biens totalement incompatibles avec l’idée que la plupart des citoyens se font d’un État de droit conscient de ses missions régaliennes tel que la France devrait l’être. 

Eh bien, ne dites surtout rien et abstenez-vous si possible de penser. Car même si ce sont effectivement les mots qui conviennent – et encore, sont-ils assez forts pour exprimer le dégoût que l’on ressent devant l’inhumanité d’un fait divers aussi sordide ? – il se trouve, Mesdames et Messieurs, que l’expression « ensauvagement » nous ramène ni plus ni moins aux heures les plus sombres de notre histoire.

Pour le dire comme le journal Le Monde, ce terme a été « popularisé ces dernières années par l’extrême-droite, Marine Le Pen en tête » et pour le dire comme France Inter, entre autres bons apôtres du politiquement correct, il appartient à « un champ lexical emprunté à l’extrême-droite ».

Et voilà le piège gentiment installé : sous prétexte que l’extrême-droite s’engouffre systématiquement dans toutes les failles sécuritaires du pays, sous prétexte qu’avec l’immigration de masse elle en a fait son principal cheval de bataille dans sa conquête de l’opinion, il faudrait faire comme si cette situation délétère n’existait pas et comme si la moindre velléité de faire acte de fermeté face à la délinquance relevait uniquement d’une vision fasciste de la politique. 

Un piège qui fonctionne à merveille : plus nos dirigeants plient sous l’intimidation dans la crainte d’être accusés de courir après le Rassemblement national, plus ils remettent à plus tard toute décision de faire respecter la loi sans états d’âme mal placés malgré leurs promesses réitérées à chaque nouvelle occurrence qu’ils ne laisseront plus jamais rien passer, plus ils laissent le champ libre à l’extrême-droite dans le débat sur la sécurité, plus nos bienpensants diplômés en remettent une couche dans leur dénonciation de l’infâme idéologie sécuritaire qui s’installe. Cercle vicieux.

Un seul fait divers ne suffit évidemment pas à caractériser un « ensauvagement » de la société, ce terme impliquant une progression dans le temps de la dégradation de l’ordre républicain. Une série noire, aussi fournie et aussi horrible soit-elle, non plus. Mais il existe d’autres repères, les enquêtes de victimation(*) intitulées Cadre de vie et sécurité (CVS) notamment, qui rendent compte année après année de l’augmentation de la délinquance en général et des faits de violence en particulier.

Il s’avère en effet qu’après une année 2017 peu glorieuse, si peu glorieuse que même le journal Le Monde, généralement peu enclin à s’attarder sur ces questions vulgairement sécuritaires, titrait carrément sur la « forte hausse » des cambriolages et des violences, on a eu droit à une année 2018 similaire et qu’on déplore maintenant une année 2019 fort peu réjouissante selon les premiers chiffres divulgués en début d’année par le Ministère de l’Intérieur (tableau de gauche ci-dessous). Comme les taux de dépôt de plainte (tableau de droite) ont tendance à baisser, la situation est en réalité plus préoccupante qu’il n’y paraît :

               

Il s’avère en outre que les Français sont instamment demandeurs d’une meilleure prise en compte de leur sécurité, à tel point que parmi les thématiques jugées prioritaires en vue des élections municipales de mars dernier, la sécurité des biens et des personnes arrivait en tête avec un score de 47 % (55 % en Ile-de-France) quand l’environnement (second rang) n’était cité que par 35 % des personnes interrogées et que les thématiques « sport, culture, loisirs » ne dépassaient pas les 15 % (sondage Odoxa de décembre 2019).

Avec la crise du Covid-19, cet ordre a été bouleversé au profit des inquiétudes économiques, de la crainte du chômage et des thématiques liées à la santé, ce qui se comprend aisément, mais la demande de sécurité reste élevée.

Peu importe donc que l’expression « ensauvagement » fasse partie du vocabulaire de l’extrême-droite. Aux yeux de toute personne attachée à la défense des droits naturels des individus que sont la liberté, la sécurité et la propriété, seule devrait compter la réalité qu’elle recouvre.

Pourra-t-on compter sur Gérald Darmanin pour donner une consistance effective à la détermination farouche qu’il affiche volontiers dans la presse sur ce sujet central de son nouveau ministère sous les indignations et sarcasmes des vertueux d’opérette, y compris au sein du parti présidentiel ?

Après avoir enchaîné caprice et chantage pour cumuler son poste de maire avec son poste de ministre, Gérald Darmanin a annoncé cette semaine qu’il allait démissionner ce samedi de son mandat à la mairie de Tourcoing pour ne rester que simple conseiller municipal. Commencerait-il à comprendre que le ministère de l’Intérieur requiert plus que quelques apparitions télévisuelles fortes et médiatiquement calculées ?

Malheureusement, on ne peut s’empêcher de constater qu’au soir de la Ligue des Champions, les 3 000 policiers mobilisés pour l’occasion autour des Champs-Elysées ont manifesté nettement plus d’empressement à distribuer des PV pour non-port du masque qu’à mettre un terme aux fracassages de vitrines et autres dégradations de véhicules qui se déroulaient au même moment dans le même périmètre.

Déjà très habile en discours gorgés de louables intentions du temps où il était ministre du budget, Darmanin flanqué de son comparse Bruno Le Maire a pourtant abandonné une à une toutes les mesures susceptibles de faire baisser la dépense publique et il nous a finalement laissé au pied de la pandémie de Covid-19 dans une situation budgétaire des moins saines contrairement à ce qu’il prétend.

J’aimerais me tromper, mais de là à penser qu’il en ira de la sécurité des biens et des personnes exactement comme il en fut des comptes publics, il n’y a vraiment qu’un tout petit pas. 


(*) Ni sondage sur un échantillon représentatif de 1 000 personnes, ni comptage des dépôts de plaintes, les enquêtes de victimation sont menées auprès de 16 000 ménages métropolitains dont les membres (de 14 ans ou 18 ans et plus, selon les questionnaires) sont interrogés en face-à-face au cours du premier semestre de l’année n+1 sur les événements de l’année n.

Ce type de suivi de la délinquance privilégié aujourd’hui par les spécialistes nous vient des États-Unis d’après le constat que toutes les victimes ne déposent pas plainte et que toutes les plaintes ne subissent pas le même traitement administratif d’un lieu à un autre et d’une année à une autre. 


Illustration de couverture : Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin rend hommage au chauffeur de bus tué à Bayonne le 5 juillet 2020. Capture d’écran.

11 réflexions sur “Ne dites pas ENSAUVAGEMENT, vous passeriez pour un facho…

    • Tentative de génocide serait plus précis.

      Guerre civile suppose que les parties ont une légitimité identique à la souveraineté sur un territoire. Ce n’est pas le cas. Ici, nous avons une invasion, suivie d’une tentative de prendre le pouvoir par tous les moyens, y compris le meurtre de masse.

      Les agissements décrits ici sont systématiques. L’envahisseur applique des méthodes identiques, sans concertation préalable apparente. Cela est précédé de déclarations d’intention dépourvues d’ambigüité. Les actes de ces gens se conforment à leurs paroles. Ils couvrent toute la gamme imaginable, de la simple insulte au meurtre accompagné de torture et de viol.

      Que faut-il de plus pour que l’opération de génocide soit constituée ?

      Le mot d’ensauvagement est bien faible pour décrire cette réalité. Par ailleurs, le fait qu’il ait été employé d’abord par l’extrême-droite montre que l’extrême-droite est une bonne et belle chose, et non l’inverse.

      Dans mon monde, les gens qui ont raison sont plus estimables que ceux qui ont tort. Dans le monde du politiquement correct, l’ennemi est désigné d’avance, puis tout est prétexte à le diaboliser, même lorsqu’on lui emprunte ses idées et son vocabulaire.

      Je rappelle qu’il y a quelques décennies seulement, les communistes noirs antillais se plaignaient d’un prétendu « génocide par substitution de population », perpétré chez eux par les Français blancs, sous prétexte qu’un certain nombre de fonctionnaires de cette race venaient s’installer « chez eux ».

      A cette aune, l’immigration-invasion que nous subissons va bien au-delà du simple génocide. Aucun fonctionnaire métropolitain blanc, installé aux Antilles, n’a jamais tué les Noirs locaux à coups de poings pour leur faire comprendre qui était le maître.

  1. Vous nous parlez d’un « piège qui fonctionne à merveille ». Or il fonctionne d’autant mieux qu’on n’y trouve ni ruse, ni tromperie, pourtant inhérents à l’existence de l’idée qu’on se fait d’un « piège ».
    Vous demandez : « Pourra-t-on compter sur Gérald Darmanin pour donner une consistance effective à la détermination farouche qu’il affiche…? » La réponse est non ! Car la seule question qui vaille serait : « Pourquoi des millions d’électeurs préfèrent voter RN plutôt que LR (ou LREM ce qui revient à peu près au même) ? »
    Personnellement j’avais déjà posé cette question – au temps du FN et du RPR – en 1986, au cours d’un dîner de notables de province présidé par Lucien Neuwirth, juste après les élections législatives où Mitterrand avait favorisé par la loi, l’élection d’une trentaine de députés du FN, mais où le diktat du parti était : pas d’alliance avec le FN. La question avait cependant provoqué pas mal d’agitation dans le public.
    Pour la petite histoire : alors que la réunion se terminait, l’épouse de Neuwirth m’avait saisie par les épaules, entraînée et plantée devant son mari, disant : « Tu trouves pas, Lulu, quelle a raison, la petite ? »
    Sa réponse fut étrange : je n’ai pas entendu le son de sa voix. Il s’est contenté de me sourire gentiment et, pinçant ma joue entre son pouce et son index, de la secouer doucement comme on le ferait à un enfant qui avait dit une bêtise.

  2. C’est Maurice BERGER, psychiatre, qui a analysé la violence pathologique, et plus particulièrement celle des enfants et des adolescents et qui a analysé assez précisément ces comportements de sauvage ou barbare. Il prouve que les sujets sont inconscients de la gravité de leurs actes et font finalement assez peu de différence entre le bien et le mal. Connaissent-ils le bien d’ailleurs ?
    http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/a-tout-un-chacun/item/3924-aux-racines-de-la-violence

    Il y a là un problème d’éducation et à voir le comportement de certains parents avec leurs enfants, on peut déjà pronostiquer la population qui va émerger dans dix ans, peut-être d’autre sauvages.
    Ce terme d’ensauvagement même s’il est réel ne suffit pourtant pas à mon avis pour diagnostiquer la situation.

    La recrudescence des délits et violences de tous ordres et la tendance de long terme pour la France qui nous place en pole position européenne, dépasse massivement la découverte d’un ensauvagement.
    Il suffit de se reporter aux chiffres d’Eurostat pour le prouver ; de même une justice (qui comprend le domaine pénitencier) parmi les plus pauvres d’Europe, suffit à expliquer le laxisme répressif.

    Guerre civile, nous n’en sommes pas encore là heureusement.

    Je trouve très regrettable le réflexe droitard qui exagère le remplacement de civilisation fantasmagorique, génocide, ou que tout cela serait dû à l’immigration. C’est pour moi une autre façon de noyer le poisson pour ne rien faire. D’une part on a aucune statistique reconnue pour prouver qu’il y a lien entre immigration et délits même si c’est probable, d’autre part si demain on arrêtait totalement toute immigration, il y a fort à parier que la tendance ne serait pas inversée avant plusieurs années. On se met juste à lancer un observatoire sur l’immigration en espérant qu’il fonctionne…
    https://www.causeur.fr/pour-un-debat-democratique-sur-limmigration-180348

    Donc au point où nous en sommes, l’Etat doit engager une répression drastique de tolérance zéro même si par ailleurs et indépendamment, l’éducation et l’immigration sont à traiter mais ce sont des remèdes de long terme voir de très long terme indépendants.

    On commence par une poubelle brulée = une semaine de prison et ainsi de suite on monte en gamme avec un plan urgentissime pour la construction de prisons. Il n’y a pas besoin de lois supplémentaires.
    Ça c’est du concret et pas des grandes philosophies ou des réflexions bidons sur les civilisations.

  3. Je vais être franc, j’ai passé deux semaines à Vienne et Bratislava, ce fut un dépaysement total. J’en suis rentré il y a 10 jours.

    Le plaisir des yeux et le repos de l’âme; une sérénité chez les habitants, une tranquillité de l’esprit lorsque vous déambulez dans les rues animées de ces deux villes.

    Ce plaisir de voir que des jeunes femmes ravissantes, légèrement vêtues, sans encombrement vestimentaire pour cause de chaleur estivale, ne risquent rien en petit groupe, sans renfort masculin, quels que soient le quartier et l’heure de la nuit.
    Sans qu’elles n’aient même conscience que ces périls existent ailleurs, à 1000 km à l’ouest de chez elles. De ce qu’elles risqueraient.

    Je suis rentré sans goût, sans plus reconnaître ce pays que j’habite. Il m’est devenu étranger au point que j’exhorte mes fils à partir car je tremble désormais à chaque fois qu’ils sortent sur Bordeaux puisque nous y vivons.
    Votre billet, Nathalie, nous rappelle douloureusement, que même ma ville, encore tranquille il y a quelques années, devient également un repaire de sauvages.

    Les pantins ridicules que nous plaçons au pouvoir depuis trop longtemps sont la cause de cette déliquescence de toute autorité. Le pouvoir régalien n’est plus qu’une vaste mascarade. Une justice qui, plus encline à la clémence de principe envers la crapule atavique, rudoie plus volontiers le contribuable honnête qui encourt les foudres de la prédation fiscale par le concours routier des farces de l’ordre, plus disposées à alléger votre portefeuille qu’à se trouver où elles seraient bien plus nécessaires, dans ces quartiers émotifs où elles auraient un peu plus de fil à retordre.

    Comme aucune volonté politique n’est capable ni désireuse de faire changer la peur de camp, j’ai choisi d’envisager le départ définitif si cela m’est encore possible à mon âge.

    Voyage de prospection en mai prochain, avec mon fils cadet. L’aîné y sera déjà puisqu’il y part dans deux mois.

    J’aurais dû y rester, il y a 30 ans. On ne fait pas toujours les choix les plus judicieux.

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