La colonisation, un « bloc » ?

Sommaire :
1. Qu’a dit Emmanuel Macron ?

2. Opportunisme et hémiplégie des réactions outrées
3. Rappel de quelques faits de la France colonisatrice
4. Point de vue des libéraux
Conclusion avec François Mauriac, ardent anticolonialiste

contrepoints-2Les riches heures d’Emmanuel Macron semblent s’évanouir doucement. Son étoile sondagière brille moins. Après avoir atteint une seconde place manifeste dans la course présidentielle, il doit maintenant la partager avec François Fillon, non par hausse de ce dernier, mais par baisse des intentions de vote en sa faveur. 

La politique mystique aurait-elle trop duré ? C’est ce que pense Ségolène Royal. « Il faut un programme au bout d’un moment ! » aurait-elle confié en privé. Se serait-il montré trop compréhensif à l’égard des manifestants de la Manif Pour Tous, fâchant toute la gauche jusque dans les rangs qui se sont ralliés à lui après la victoire de Hamon ? Ou bien aurait-il déshonoré la France lors d’un déplacement en Algérie le 14 février dernier en parlant de « crime contre l’humanité » à propos de la colonisation ?

1 • C’est ce dernier point que je voudrais examiner aujourd’hui. Le tollé que sa déclaration a soulevé à droite et à l’extrême-droite fut immense et continue de retentir. Il est vrai que si Emmanuel Macron s’était borné à dire « la colonisation est un crime contre l’humanité », on aurait toutes les raisons de l’accuser de vouloir faire du racolage électoral auprès des populations françaises d’origine algérienne.

Mais cette phrase intervient dans un contexte beaucoup plus vaste.

Avant d’aller plus loin, deux choses. Tout d’abord, j’aimerais bien préciser que je ne soutiens nullement Emmanuel Macron, comme en attestent les nombreux articles que je lui ai consacrés et comme devrait achever de vous en convaincre le dernier en date Avec Macron, le changement, c’est mollement ! Mais comme blogueuse indépendante, je ne m’interdis pas de me trouver parfois en accord avec des adversaires politiques. Et ensuite, j’aimerais vous demander, chers lecteurs, de bien vouloir regarder la vidéo ci-dessous en entier (03′ 22″) :

Je pense comme de nombreuses personnes que le terme « crime contre l’humanité » est particulièrement mal choisi. Elaboré pendant le procès de Nuremberg, le concept juridique qu’il recouvre fait bien évidemment penser à l’extermination des Juifs menée systématiquement par le régime nazi. Il est aisé de constater toute la différence entre les réalisations françaises en Algérie, incluant la construction de routes, hôpitaux, écoles etc.., et l’unique issue accordée aux juifs, c’est-à-dire l’esclavage et la mort dans des camps de concentration. De retour en France, Emmanuel Macron a admis s’être trompé sur ce point, précisant qu’il aurait plutôt fallu parler de « crime contre l’humain. » Dont acte.

On lui a aussi fait grief d’avoir préalablement tenu des propos beaucoup plus positifs sur la colonisation, comme s’il cherchait maintenant à se livrer, toujours à des fins électorales, à une concurrence victimaire en faveur des Algériens. En novembre dernier, il déclarait au Point :

« Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie. »

Cet argument anti-Macron ne tient que si l’on n’a pas fait l’effort de prendre connaissance de l’ensemble de sa déclaration. Dans les deux instances, il dit la même chose : parallèlement à la barbarie, il met en avant une autre histoire au sein de la colonisation, celle de ces hommes et ces femmes qui ont oeuvré sincèrement en Algérie pour apporter notamment éducation et encadrement sanitaire :

« Il y a des hommes et des femmes qui ont voulu faire une autre histoire, il y a eu des passeurs qui portaient mieux qu’eux (l’Etat français et certains représentants) la colonisation. »

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Enfin, chaque fois qu’il est question de colonisation, il est de bon ton de fustiger la « repentance » éternelle à laquelle on veut nous astreindre, alors que nous autres Français de 2017 n’y sommes pour rien. Mais Macron n’a pas dit cela. Analyser son Histoire sans se voiler la face, considérer les pages sombres avec autant d’attention que les pages glorieuses pour en tirer peut-être une leçon pour le futur, tout ceci est l’indice d’un pays fort et n’a rien à voir avec une culpabilité perpétuellement ressassée qui serait au contraire le symptôme d’un pays immobile.

Selon moi, le fond de la déclaration d’Emmanuel Macron lors de cette interview revient à dire que oui, la colonisation a été une barbarie, mais que parmi tous les Français envoyés en Algérie, beaucoup ont fait de leur mieux et ont mis le meilleur d’eux-mêmes au service de la colonie et des indigènes. Aujourd’hui, s’il est préférable de regarder notre Histoire en face, il n’est pas constructif de tomber dans la repentance forcenée, il faut au contraire regarder vers l’avenir pour construire une relation saine et favorable à nos deux pays :

« Il y a eu de la barbarie parce que la colonisation est un acte de domination et de non-reconnaissance de l’autonomie d’un peuple, mais en même temps je ne veux pas qu’on tombe, tout en reconnaissant ce crime, dans la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien. Voyez, c’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble. »

« Il y a eu des crimes commis et il faut réparer ça, c’est ce travail que je ferai. (…) En même temps, je veux construire un avenir, mais un avenir volontaire et volontariste. »

Bien sûr, Emmanuel Macron semble avoir une vision très étatiste de l’avenir entre la France et l’Algérie. En futur Président stratège, il se déclare prêt à diriger des partenariats dans tous les domaines possibles, « sur le plan académique, sur le plan économique, sur le plan énergétique, sur le plan sécuritaire ». C’est un point sur lequel je ne peux le rejoindre.

2 • Toujours est-il que ses propos, trop légèrement écoutés, ont immédiatement été perçus comme une formidable opportunité de querelle électorale. On pourrait croire naïvement que le débat ouvert avec la campagne pour l’élection présidentielle est une occasion d’éclaircir les grandes questions qui taraudent la France aussi bien sur son passé que sur son avenir. Il n’en est rien. Les homme politiques qui se plaignent régulièrement que leurs propos sont détournés, caricaturés ou décontextualisés n’ont rien de plus pressé que de faire aux autres ce qu’ils n’aiment pas qu’on leur fasse.

C’est ainsi que Monsieur Fillon, victime lui-même d’un acharnement médiatique outrancier concernant la « brutalité » et le « catholicisme » de son programme, points sur lesquels j’ai cherché à remettre les pendules à l’heure, non content de nous avoir donné un aperçu de son niveau moral élevé sur le mode « tout le monde le fait » à propos des emplois présumés fictifs de sa femme, n’a eu aucun scrupule à entonner la chanson de toute la droite et l’extrême-droite sur le mode : c’est indigne, Emmanuel Macron attaque la France, attaque son drapeau, attaque ses militaires, attaque ses fonctionnaires et les milliers de colons qui se sont dévoués corps et âme pour l’Algérie.

Tout comme Florian Philippot et moult bonnes âmes qui se sont immédiatement senti le devoir de donner des leçons d’Histoire à l’ex-ministre de l’économie, il ne veut retenir que la partie qui flatte notre identité nationale. Dans la foulée des propos d’Emmanuel Macron la colonisation a soudain pris une allure riante et pleine d’amour dans laquelle surnagent un compte-rendu statistique inattaquable de kilomètres de routes, d’écoles et d’hôpitaux :

« C’est un crime contre l’humanité les routes qu’on y a laissé, les écoles qu’on y a mis, les hôpitaux qu’on a construit, la langue française laissée en héritage, la culture française ? » (Philippot)

Pour Philippot, Macron manque de « colonne vertébrale ». François Fillon a repris exactement la même expression dans son interview « J’irai jusqu’à la victoire » donnée deux jours plus tard au Figaro. On se demande qui fait du racolage électoral.

Il a beau nous expliquer que l’histoire n’est pas binaire, qu’il faut la regarder avec lucidité, qu’il faut la prendre dans son intégralité, page sombres avec pages lumineuses, ce qui est du reste exactement la position de Macron, il pense cependant qu’on ne construit pas une Nation « si on ne commence pas par présenter aux enfants, à l’école, une vision globale et positive de leur pays et de son histoire ».

Je dirais que le niveau de complexité et de détails apporté à l’enseignement de l’Histoire doit dépendre de l’âge des enfants, mais dans l’ensemble, je considère que son idée ne forge pas une Nation forte qui a réussi à surmonter ses moments douloureux pour regarder vers l’avenir avec une expérience complète, elle forge du rêve, elle forge du nationalisme.

En assistant à cette séquence passablement hystérique, j’ai eu l’impression que la droite, par pur opportunisme électoral, s’appropriait soudain le thème de la colonisation et voulait l’imposer selon les mêmes codes que ceux que la gauche cherche à imposer à propos de la Révolution française. François Mitterrand disait : « Faut-il dire, comme Clemenceau, « la Révolution est un bloc » ? J’y inclinerai, pour ma part », signifiant ainsi qu’il n’y a pas à faire le tri entre les acquis positifs (fin de l’absolutisme royal et DDHC, par exemple) et la Terreur, cette dernière étant d’après la gauche le prix à payer pour préserver les acquis positifs.

La colonisation est-elle devenue ces derniers jours le « bloc » de la droite, est-elle devenue un tout insécable et à l’abri de toute critique, dans lequel on ne considère plus que les bonnes choses et on fait silence sur les mauvaises ? La droite a toujours résisté, à juste titre, à la conception socialiste de la Révolution française, elle ne s’est jamais privée d’en condamner haut et fort la dérive sécuritaire et totalitaire. Ce faisant, elle n’a jamais eu l’impression, bien au contraire, de manquer de patriotisme parce qu’elle faisait acte de justice. Pourquoi en irait-il différemment de l’épisode douloureux de la colonisation ?

3 • Rappelons que le corps expéditionnaire qui débarqua à Alger le 14 juin 1830 y avait été envoyé sur un prétexte futile pour redonner du prestige au règne chahuté de Charles X. C’est du reste une motivation classique : quand ça va mal à l’intérieur, essayons de faire diversion en envoyant nos militaires faire quelques conquêtes hors des frontières. La guerre se termine en 1848 par l’annexion de l’Algérie à la France. On estime les morts à 500 000 personnes de chaque côté.

Rappelons qu’à côté des écoles etc…  les indigènes d’Algérie, bien que Français, n’ont jamais eu le même statut que les citoyens Français à part entière. Ils n’avaient pas le droit de vote et devaient se plier au Statut de l’indigénat prévoyant à leur encontre 27 infractions spécifiques telles que interdiction de réunion ou interdiction de quitter sa commune sans permis de voyage. La naturalisation était théoriquement possible, mais complètement découragée :

« Un indigène vient trouver un administrateur, un maire de village et lui dit : “Je veux me faire naturaliser ”. L’administrateur ou le maire lui répond : “Qu’avez-vous besoin de vous faire naturaliser ? Vous aurez des difficultés dans votre famille, votre femme n’y tient pas sans doute, votre gendre vous cherchera des querelles. »

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Rappelons que dans un grand discours sur la politique coloniale à la chambre des députés en 1885, Jules Ferry, très bien imité ultérieurement par Jaurès ou Zola, tenait les propos suivants :

« Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

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Rappelons que de nombreuses manifestations des indigènes ont été écrasées dans des proportions sans commune mesure avec les faits initiaux comme à Sétif le 8 mai 1945 lors d’une célébration de la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. L’enquête diligentée depuis la métropole n’a jamais pu être vraiment menée et les autorités ont fait semblant de voir dans les manifestants « des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne ». Le nombre de morts a été évalué par la suite à 102 du côté des colons et à une fourchette de 20 à 30 000 du côté indigène.

Rappelons enfin que l’Etat français, sous la houlette de François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, a institutionnalisé la torture pendant la guerre d’Algérie, provoquant du reste la démission de Pierre Mendès-France du gouvernement Mollet, car il était complètement opposé à cette politique.

4 • Tous les courants politiques sont mouillés dans cette affaire, de la droite sous Charles X à la gauche sous les IIIème et Vème Républiques. Pour leur part, les libéraux sont hostiles à la colonisation (à l’exception notable d’Alexis de Tocqueville), exactement pour les mêmes raisons morales que celles avancées par Macron : c’est un acte de domination et de non-reconnaissance de l’autonomie d’un peuple.

Les libéraux mettent aussi en avant l’aberration économique que cela représente. Frédéric Bastiat en a fait la démonstration limpide dans le chapitre X intitulé L’Algérie de son ouvrage Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas (1850). Ce qu’on voit, c’est la maison construite, c’est le port creusé en Algérie avec les cinquante millions de Francs obtenus par l’impôt et dépensés par le gouvernement. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est que cet argent n’est plus utilisable en France, ni par l’Etat, ni par le contribuable, aurait-il eu la possibilité de le garder pour faire travailler lui-même boulangers, agriculteurs etc.. pour la satisfaction de ses besoins.

L’économiste Jean-Baptiste Say (1767-1832) a évolué sur la question au cours de sa vie, mais il est arrivé à la conclusion qu’aucune opération de colonisation ne saurait se comparer au libre commerce entre des nations libres :

« Les vraies colonies d’un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. (…) Ces peuples alors deviennent pour vous des amis utiles, et qui ne vous obligent pas de leur accorder des monopoles onéreux, ni d’entretenir à grands frais des administrations, une marine et des établissements militaires aux bornes du monde. Un temps viendra où l’on sera honteux de tant de sottises, et où les colonies n’auront plus d’autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout au dépens des peuples. » 

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En 1952, alors que les soubresauts de la décolonisation meurtrissent la France, François Mauriac (1885-1970) se lance dans le journalisme à travers un genre littéraire nouveau, le Bloc-Notes qu’il tiendra jusqu’à sa mort dans différents journaux, dont le Figaro et l’Express.

Comme Bernanos a dénoncé dans Les grands cimetières sous la lune (1938) le soutien de l’Eglise catholique espagnole aux exactions du camp nationaliste du général Franco pendant la guerre d’Espagne – et il ne s’est pas fait des amis, l’écrivain bourgeois catholique qu’est Mauriac se dégage de tout esprit de clan pour exprimer ce que sa foi dans le Christ et son esprit de justice universelle lui commande. Il condamne la colonisation, il condamne l’iniquité de la justice française à l’égard des indigènes, il dénonce la torture. Et il reçoit en retour des menaces de mort et une impressionnante collection de lettres d’injures anonymes .

Pour lui, même les pires horreurs du FLN ne sauraient justifier les abaissements moraux de l’Etat français. Il en va de l’honneur du pays. Voici ce qu’il disait, et ce sera ma conclusion en guise de justification pour cet article dont je prie qu’on excuse la longueur inhabituelle :

« Certains nous reprochent de ne mettre l’accent que sur ce qui s’accomplit d’horrible, au nom de la France, en Afrique du Nord, et de taire tout ce que nous subissons nous-mêmes de la part d’adversaires sans pitié. Qu’ils le comprennent enfin : la crise de la justice déborde largement l’Afrique du Nord. […] les tortures, la séquestration arbitraire, la loi violée par les magistrats, cette décadence effroyable de la justice chez nous concerne les Français, en dehors et au-dessus de toutes les conjonctures particulières. »


algerie-colonie-francaiseIllustration de couverture : Page consacrée à « l’Algérie colonie française » dans l’Atlas national illustré des 86 départements et des possessions de la France (1854) de Victor Levasseur, ingénieur polytechnicien et géographe.

21 réflexions sur “La colonisation, un « bloc » ?

  1. ET N’OUBLIONS PAS QUE L’ALGERIE A CONNU UNE HISTOIRE ET CULTURE RICHE AVANT LA CONQUETE DES ARABES ET L’IMPOSITION DE L’ISLAM PAR LA FORCE, PAS PAR CONVICTION, QUI A DETRUIT CETTE CULTURE INDIGENE. SANS DOUTE C’ETAIT PLUS VIOLENT QUE LA COLONISATION, MAIS PERSONNE EN PARLE!

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    • L’islam a été imposé par la force dès le début et partout, mais ça ne change rien à la situation de la France et des pays colonisateurs en général. L’alignement sur le plus bas ne peut pas constituer une politique qui prétend en plus « apporter la civilisation. » La civilisation apportée au bout du fusil, ça ne vaut rien. Comme disait Chirac à propos de la guerre en Irak (et pour une fois je trouve qu’il a cent fois raison) « On n’exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé » (2003).

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      • « On n’exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé »

        Bah, c’est juste faux. En 1944, les Anglais, les Canadiens et les Américains, ils ont exporté la démocratie dans quoi ? Des paniers d’osier portés par de douces jeunes filles ?

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  2. Nathalie le terme « crime contre l’humain » ne veut rien dire. Le terme « crime contre l’humanité » par contre a une signification bien précise. « La torture, la séquestration arbitraire, la loi violée par les magistrats » sont des crimes commis contre des personnes. Ce sont ne sont pas des crimes contre l’humanité. Les mots ont un sens.

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  3. Difficile de résumer l’histoire du maghreb en quelques lignes. Le peuple le plus ancien qui habitait ses territoires étaient les berbères. Leur royaume s’étendait du Maroc jusqu’à la Libye. Ils ont vécu en paix relative avec les romains pour qui seule la côte méditerranéenne avait une importance. Lorsque les arabes ont conquis le territoire, ils n’ont fait que remplacer ce qui restait des peuples romains ayant subi les différentes invasions. Il n’est pas du tout sûr que ceux-là aient été convertis par la force tel était l’état de déshérence politique et religieuse. Les berbères demeurait la seule force politique de poids d’ailleurs ce sont eux qui avaient commencé la conquête du sud de l’Espagne elle-même en déshérence contrairement à la légende qui veut que ce soient les arabes !
    L’Algérie n’existait pas en 1830, ce sont les français qui l’on inventée au détriment d’une partie du territoire du Maroc d’ailleurs.
    Les peuples concernés étaient sous colonisation ottomane qui ont entretenu pendant plusieurs siècles soumission et ignorance. Cherchez un seul monument, école ou bout de mosquée ottomane en Algérie est inutile. Ils n’ont rien laissé ! Pendant 3 siècles tout de même, Ils ont vécu en taxant les peuples d’origine (arabes et berbères) et sur le piratage régulier des flottes et des côtes européennes; Sardaigne, Sicile et Italie y avait droit deux fois par an en moyenne.
    Si les français n’y étaient pas rentré, d’autres candidats l’auraient fait : italiens, allemands, espagnols, belges hollandais ou anglais et peut-être de façon moins « idéale » (au sens idéalisme républicain). Ceci du fait de l’énorme décalage civilisationnel et donc d’un « appel d’air’ conséquent. Les mauvaises langues diront que l’Etat français avait une dette de plusieurs millions de francs envers le dey d’Alger depuis la révolution et dont le remboursement était exigé par lui en 1830.
    Durant cette colonisation, le contribuable français y a laissé beaucoup de son argent au détriment d’infrastructures sur le territoire national pour très peu de retour sur investissement. D’ailleurs le solde est plutôt négatif si on se reporte aux statistiques et bilans économiques de l’INSEE qui existent sur la période.
    Macron au lieu de tenir ces propos inutiles et malhonnêtes sauf très bassement électoralistes, ferait mieux de se poser la question de pourquoi les pays du Maghreb nous voient aujourd’hui sur le déclin non sans une certaine amertume car ils avaient jusqu’à peu, tendance à (trop) nous prendre comme exemple.
    D’autres en profitent, chinois et russes. Ainsi se fait l’histoire et surtout l’avenir. Gouverner c’est prévoir; ce que Mr Macron ne sait certainement pas faire…

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  4. Analyser l’histoire en omettant les mentalités de l’époque ne peut aboutir qu’à des contresens. Il est vain d’approuver, ou de désapprouver des événements dont il est difficile de voir les motivations avec les yeux d’aujourd’hui. On peut les analyser, les étudier, comme une chose qui a été, mais qui n’est plus. C’est aussi inutile que de juger la conquête de la Gaule par Jules César. L’étude de l’histoire demande de la distance, et non des jugements à l’emporte-pièce.

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  5. @ fm06
    Ai-je dit que « crime contre l’humanité » était le terme qui convenait ? Non. J’ai même dit le contraire.
    Quant à « crime contre l’humain », pour moi cela arrive chaque fois qu’on se comporte de façon inhumaine, chaque fois qu’on oublie qu’on a affaire à un être humain en face de nous. Trop facile de dire que ça n’a pas de sens.

    @ Tino
    Mon article n’est pas sur l’histoire de l’Algérie. Il est sur le fait colonial français. Comme dit Mauriac : « en dehors et au-dessus de toutes les conjonctures particulières. »

    @ Robert
    C’est vrai que les Iraquiens ont imploré les Américains de venir leur casser la gueule en 2003. Désolée, pas d’accord, situations incomparables.

    @ Gnôme
    Ca devait être bien les massacres vendéens, vus avec les yeux de l’époque. Ca devait être bien la bataille d’Eylau, vue avec les yeux de l’époque, ça devait être bien la Terreur, ne la jugeons pas, regardons avec les yeux de l’époque, etc…

    L’étude historique de la colonisation en Algérie montre que l’aventure coûte très cher à la France en budget et en soldats, que dès 1840 des voix nombreuses à la chambre demandent l’arrêt de cette entreprise aberrante, que le clan des jusqu’au-boutistes l’emporte, que le général Bugeaud est envoyé en Algérie et qu’il se lance dans une mise-à-sac systématique du pays avec massacres et pillages. Les 500 000 morts côté indigènes sont à rapprocher d’une population estimée à l’époque à 3 millions d’habitants ! Et il y a eu aussi 500 000 morts chez les Français de 1830 à 1848 ! Surtout essayons de regarder tout ça avec les yeux de l’époque !

    Et maintenant une citation supplémentaire. J’ai parlé de Tocqueville farouche partisan de la colonisation. Voilà sa jolie prose, totalement d’époque :
    « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre » (Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie. Oeuvres complètes, Pléiade)

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    • @ Nathalie

      « C’est vrai que les Irakiens ont imploré les Américains de venir leur casser la gueule en 2003. Désolée, pas d’accord, situations incomparables. »

      Justement. C’est Chirac qui compare ce qui est incomparable, en généralisant abusivement. Il est faux de dire que la force militaire ne permet pas de faire régner la liberté. C’est ce que je voulais dire. On ne va tout de même pas nous ressortir l’Irak jusqu’à la fin des temps. C’est fini, la deuxième guerre d’Irak. Maintenant, il y en a une troisième en cours. Elle a lieu contre l’Etat islamique. Alors, celle-là, il faut la mener ou pas ? Elle est susceptible d’instaurer, ne disons pas la démocratie, mais un peu plus de paix et de liberté, ou non ?

      Les nazis n’avaient certainement pas imploré les Alliés de venir leur casser la gueule. Quant aux Irakiens, il faudrait réétudier l’histoire : il est fort possible qu’il y en ait eu un certain nombre pour se féliciter de l’invasion américaine. Ce n’est pas comme si la vie sous Saddam Hussein était un lit de roses. Il y avait des sections entières de la population qui étaient sauvagement persécutées.

      Plus généralement, je suis très réticent face à la gloriole française qui se félicite de s’être opposée à l’invasion américaine de l’Irak. Peut-être ne fallait-il pas y aller. De là à ériger en symbole de vertu et de courage le décision de ne pas faire la guerre, c’est un peu facile. Ca ressemble quand même beaucoup à un éloge de la lâcheté.

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  6. Le fait colonial ne peut pas être sorti de l’histoire et des mentalités de l’époque comme le dit le Gnôme.
    Et d’ailleurs que valent nos mentalités d’aujourd’hui face à l’histoire ?
    Ce fait colonial est anti-libéral assurément mais nous avons le recul, c’est quand même facile pour nous de le juger ainsi que pour Mauriac.

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    • J’aime beaucoup cette délicatesse des gens de droite pour l’étude de la colonisation. Je n’avais pas remarqué la même pour des faits assurément attribuables à des socialistes bien estampillés socialistes.
      Le livre noir du communisme existe, mais à vous lire, on se demande si les auteurs ont bien pris en compte les mentalités de l’époque …
      Est-il seulement possible de faire de l’histoire ?
      Prenez Napoléon : des éléments d’organisation intérieure de la France, une aventure de conquête européenne meurtrière et complètement inutile : c’est trop facile d’en parler car on a le recul ?
      Désolée, mais je vois un 2P2M gros comme une maison dans cette affaire, et je ne soutiens pas ce genre d’attitude.

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      • Personnellement je n’aurais pas plus d’indulgence pour le fait colonial que pour les guerres napoléoniennes ou les ravages du communisme, il s’agit de violences étatiques dans tous les cas. Il s’agit juste d’y mettre un soupçon de relativisme sur les intentions du départ et les résultats à l’arrivée ou plutôt à la sortie.
        Ce que je trouve particulièrement exécrable de la part de certains et en particulier de Mr Macron c’est cette propension à casser la dignité d’un peuple en insistant inutilement sur certains épisodes de son histoire ou en affirmant que sa culture ou son art n’ont jamais existé.
        Ces propos, quasiment les mêmes mots pour mots, ont été tenus par la bande Obama-Clinton et les autres (Pierre Bergé&co). Du coup Macron s’est ainsi démasqué comme mondialiste-globaliste. C’est une créature de l’Etat profond qui vise à l’instauration d’un être mondial. Le contrôle du récit de notre histoire par exemple, est le noyau essentiel de ce que Washington décrit comme sa « puissance douce » (soft power). Et pour ceux qui ne font pas preuve de docilité, nous savons leur tordre le bras a dit Obama.
        N’y voyez aucune espèce de complot, il s’agit d’une puissante idéologie parmi d’autres. Chateaubriand avait déjà discerné dans ses Mémoires: « La folie du moment est d’arriver à l’unité des peuples et de ne faire qu’un seul homme de l’espèce entière… ».
        Ceux-là dans leurs intentions ont des finalités qui rangent notre « colonialisme » dans l’amateurisme.
        Du coup, nous voilà rebouclés, bien loin du respect des peuples et d’un idéal libéral !

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  7. Chère Madame,

    Vous écrivez sous l’emprise de la « soumission » aux États-Unis et maintenant à l’Algérie FL-Haine.

    Que pensez-vous de Deir Yassin ? Et de la belle idée de Theodor Herzl ?
    Que pensez-vous de la colonisation de la Gaule ? Et de celles de la Judée par Rome (nécessaire au christianisme) ? Et de celle des villes grecques ?
    Que dire de la colonisation de l’Europe par les américains en 45 ? Reader’s Digest, Luky Luke et Elle puis Play Boy.. Et de celle des russes de Staline ? Fallait-il pousser les Polonais et les Ukrainiens. Fallait-il coloniser les vieilles terres germaniques avec des slaves dans l’hiver de 45-46 ?
    Et que dire des villes rasées en Normandie et reconstruite dans le style béton. Idem pour la belle Allemagne rhénane
    Et, à propos, que pensez-vous du Pape François de Lampedusa : il veut une colonisation de l’Europe par le Sud. Source de drames, de malheurs, de meurtres de guerres… à l’infini
    Et de celle des Britts en Irlande ?
    Toute colonisation engendre des crimes et des guerres. Alors stoppons VITE l’immigration-colonisation.
    Alors, DEMANDONS A BERGOGLIO DE NOUS ÉVITER DES DRAMES EN EUROPE.
    Demandons à la Gauche moralisatrice de nous laisser vivre sans mosquées dans le paysage comme dans la plaine de Neauphle ou seule pointe un mosquée :
    photo ici

    LE PAPE DOIT POUVOIR COMPRENDRE : ICI C’EST PAS LA PAMPA ARGENTINE !
    Il y avait des gens AVANT.

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  8. Nathalie, je trouve votre article trop « clinique »… à vouloir à tout prix mettre en valeur le Libéralisme.
    Je suis un peu gêné (j’ai peut-être une sensibilité particulière sur ce sujet ).
    L’histoire n’est qu’une suite de colonisation et de soumission de peuples, jusqu’à une période récente. Qui se sont toutes faites avec des distributions de bisous comme chacun sait ! Et ça me fatigue de voir que les critiques et reproches vont toujours dans le même sens.
    Je me permets de vous conseiller de lire cet article de « le Point », journal, pas vraiment de droite :
    http://www.lepoint.fr/histoire/l-algerie-francaise-expliquee-a-emmanuel-macron-16-02-2017-2105382_1615.php#xtmc=colon&xtnp=1&xtcr=7
    vous y lirez par exemple, que la cruauté n’était pas l’apanage des seuls colonisateurs. Après, je pense qu’il est temps d’arrêter de chercher des arguments dans un sens ou un autre. La colonisation de l’Afrique, et ici de l’Afrique du Nord a eu lieu au XIX ème siècle. le XX ème a vu la décolonisation, j’espère qu’au XXI ème , on peut essayer de passer à autre chose.

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    • « La cruauté n’était pas l’apanage des seuls colonisateurs » : qui a dit le contraire ?
      Mais comme dit Mauriac : « les tortures, la séquestration arbitraire, la loi violée par les magistrats, cette décadence effroyable de la justice chez nous concerne les Français, en dehors et au-dessus de toutes les conjonctures particulières. »

      « on peut essayer de passer à autre chose. » : ça fait partie de ce que Macron a dit : « je ne veux pas qu’on tombe, tout en reconnaissant ce crime, dans la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien. »

      J’écris pour apporter de la nuance et récuser le 2P2M que la droite manie avec une aussi belle dextérité que la gauche. Je suis bien tranquille que tous ceux qui ont votre opinion n’auront jamais de problème à voir dénoncer les crimes du communisme.

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      • J’ai relu le plan de l’article … Je reconnais que je suis assez prompt à m’emballer sur ce genre de sujet, bicauze ma « créolitude » et mon « ultra marinitude » comme dirait Ségo. 😉

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  9. Je suis très surpris que ni le texte ni les commentaires ne mettent l’accent sur le fait que l’Algérie a été, non seulement une « colonie de domination », mais surtout une colonie de peuplement, notamment par des Alsaciens après la défaite de 1870. On rapporte des propos de gouvernants, des considérations , de philosophes, mais pour la plupart, les Français (et Espagnols, et Italiens, etc) établis en Algérie n’avaient pas pour but d’éduquer et soigner les indigènes ni d’ailleurs de les gouverner et les exploiter, ils y étaient pour y vivre. C’est ce qui fait le caractère dramatique de tout débat sur l’Algérie. Imagine-t-on Macron, ses suiveurs et ses contradicteurs tenir les mêmes propos sur le Canada (il est vrai que les Indiens n’y sont pas au pouvoir), le Sénégal, le Vietnam … ou la « France des Outremers » (il parait qu’il faut dire comme ça.)
    Les points de vue de pieds-noirs et de maghrébins seraient les bienvenus.

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    • Bonjour,
      Je crois que la nuance a été apportée, de nombreux Français se sont installés en Algérie pour y vivre. cf citation Macron.

      Mais le sujet de l’article n’est pas là. Il faut différencier les Individus des volontés de l’Etat. Je parle de la colonisation réalisée par l’Etat français, je parle de la façon strictement superficielle dont les propos de Macron ont été traités, de la façon complètement hémiplégique avec laquelle la droite y a répondu comme si la colonisation de l’Algérie avait été la page la plus glorieuse de notre histoire, et de sa prétention à en faire une sorte de territoire historique réservé et intouchable.

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