Quelques mots sur la Grèce

Mise à jour du dimanche 5 juillet 2015 au soir : Le référendum proposé par Alexis Tsipras demandant au Grecs de dire s’ils acceptent ou non le dernier plan d’aide de leurs créanciers a été gagné à 61,3 % par le NON, avec une participation de 62,5%.
Mise à jour du vendredi 10 juillet 2015 : C’est probablement pourquoi Alexis Tsipras a présenté hier soir, jeudi 9 juillet, ses propres propositions de réformes qui reprennent en tous points les demandes de ses créanciers. Comprenne qui pourra. Ou plutôt, on comprend que, quels que soient les délires populo-nationalistes de toute une frange d’intellectuels hors-sol, Alexis Tsipras est aussi médiocre en Premier Ministre qu’en joueur de poker, simplement parce que, comme disait la regrettée Margaret Thatcher, « there is no alternative ».
Mise à jour du lundi 13 juillet 2015 : Un accord a été trouvé entre la Grèce et ses créanciers : un troisième plan d’aide de 82 à 86 milliards d’euros d’ici 2018 en échange de réformes profondes sur la TVA, les retraites etc.. Exit le Grexit. Mais est-ce que la Grèce va vraiment pouvoir redémarrer dans ces conditions, ou est-ce qu’on  va se retrouver au même point dans 3 ans ? Et surtout, est-ce que les Grecs vont accepter cet accord si manifestement conforme à celui qu’ils ont refusé dans le référendum ?

Comme je l’ai dit à la fin de l’article ci-dessous, il me semble qu’il aurait fallu associer le plan de réformes à un montant minimum judicieux d’allègement de la dette afin de ne pas plonger la Grèce indéfiniment dans la récession. Le risque maintenant, c’est d’avoir à déplorer un défaut total dans trois ans, contre un abandon de créance partiel et calculé aujourd’hui.


Réponse amicale à la réponse de Bruno Bertez.

J’ai hésité à me lancer dans cet article, d’abord parce que la situation de fort endettement de la Grèce est un sujet difficile sur le plan technique. Comme je ne suis nullement une autorité en matière monétaire, mes « quelques mots sur la Grèce » risquent de prendre un aspect aussi prétentieux que malavisé. Mais comme le dit Bruno lui-même, les peuples européens n’ont pas été consultés. Réparons cette erreur : je fais partie du peuple, on ne me consulte pas, mais je me sens fondée à dire quand même quelques mots :).

Autre motif d’hésitation : la question grecque, même cantonnée à des cercles de discussion restreints compte tenu de ses aspects indéniablement complexes, semble soulever des réactions extrêmement passionnelles, comme le débat sur l’Europe, du reste. Il se trouve que j’ai déjà parlé de l’Europe. Je peux bien faire un petit pas de plus, d’autant que j’ai aussi consacré un article à la situation grecque.

Je m’explique sur la « Réponse à la réponse » : Bruno a écrit un billet intitulé « Tsipras capitule, brave petit » qu’il a conclu par « L’euro est une machine diabolique, on en a encore plus la preuve ce jour, l’intégration monétaire est une machine à tuer les démocraties. » En commentaire, j’ai réagi dans les termes ci-dessous, ce qui a amené Bruno à rédiger un nouvel article pour développer son argumentation :

Mon commentaire : « Je ne suis pas sûre de cela (vous le savez). Je n’ai guère de compétences techniques sur la monnaie (et c’est bien possible que ça invalide tout mon commentaire), mais supposons que la Grèce ne soit jamais entrée dans l’UE ni dans l’Eurozone. Est-ce que ça aurait changé quelque chose au comportement des Grecs et de leurs gouvernements successifs ? Est-ce que le FMI n’aurait pas eu à venir à la rescousse comme pour la France (avec son Franc bien à elle) en 1983 ? »

J’ai donc finalement décidé d’aborder à nouveau ce sujet, poussée en cela par l’actualité la plus récente. En effet, le Premier Ministre grec Alexis Tsipras, en pleine discussion avec les ministres de l’Eurogroupe et ses trois créanciers principaux (Pays de l’UE, BCE et FMI), a décidé ce week-end d’abandonner la table des négociations et de faire trancher par référendum dès le dimanche 5 juillet prochain les dernières propositions de sauvetage de ses créanciers (= nouvelle injection de liquidités contre engagements de réformes). Mieux, il a appelé ses compatriotes à dire « un grand non à l’ultimatum » européen. Dans l’immédiat, la Grèce se trouve donc dans l’impossibilité de rembourser au FMI 1,6 milliards d’euros dus aujourd’hui. De plus, les banques ont été fermées hier afin de mettre un terme aux retraits massifs effectués par la population depuis quelques semaines.

Salué par les uns (par exemple Jacques Sapir) comme un retour de l’esprit démocratique en Europe, ce nouveau rebondissement est vu par les autres (Jean Quatremer) comme l’aboutissement de la démagogie irresponsable dont Tsipras fait montre depuis la campagne électorale qui l’a mené au pouvoir le 25 janvier dernier. Je conseille vivement la lecture comparative des deux articles donnés en liens dans ce paragraphe. Le premier tourne philosophiquement autour de la notion de démocratie sans assortir sa démonstration du moindre fait précis ou daté ou chiffré. Il ne voit dans les malheurs de la Grèce que les mensonges et la dictature de l’Union européenne. Le second, à l’opposé, s’abstient de toute philosophie, il donne des faits et procède à une reconstitution historique de la dégringolade grecque qu’il attribue aux politiques dépensières et clientélistes mises en place dès le début des années 1980 par les gouvernements grecs, parti socialiste au pouvoir en tête. Bien que consciente que tout n’est pas noir ou blanc, je me range sans ambages dans la seconde catégorie.

Tout en étant une « européiste convaincue », comme dit Bruno, je ne songe nullement à fermer les yeux sur les déficits de gouvernance que l’Union européenne a véhiculé et véhicule encore dans sa configuration actuelle. Outre les petites tracasseries sur l’homogénéisation du fromage qui déplaisent fort aux Français, l’Europe a surtout commis une faute originelle, celle de l’élargissement réalisé trop vite avec trop de pays. La Grèce est sans doute le meilleur exemple d’un pays qui n’aurait jamais dû rentrer dans l’UE et dans l’Euro, d’autant que cette intégration s’est faite sur la base de chiffres trafiqués donnant à croire que sa situation budgétaire était sous contrôle. Un peu plus de number crunching et un peu moins d’enthousiasme lyrique du côté de l’Europe auraient peut-être permis d’entrevoir la réalité sous les apparences. Mais il est simplement impossible de vouloir maintenant faire croire que les Grecs seraient entrés contraints et forcés dans l’UE.

Dans mon commentaire rapporté ci-dessus, je commets effectivement une petite erreur. La situation de la Grèce aurait été légèrement différente si elle n’était pas entrée dans l’UE, au sens où les banques ne lui auraient jamais accordé des conditions d’endettement aussi favorables. De fait, la Grèce a bénéficié de la « caution » allemande et le tort des banques fut de ne pas chercher plus loin, laissant les prêts s’accumuler dangereusement sur la tête d’un petit pays de moins en moins solvable. Notons que les créanciers privés ont accepté une restructuration ayant abouti à l’effacement de plus de la moitié de leurs créances.

Une fois ces concessions posées, il me semble utile de rappeler qu’un prêt se concrétise entre un prêteur et un emprunteur, et que ce dernier n’est nullement exonéré d’exercer aussi ses responsabilités. La situation d’endettement de la Grèce ne s’est pas créée à son insu et ses dirigeants successifs n’étaient pas de pauvres innocents peu familiers avec les questions d’argent et abusés par des banquiers cupides. Doit-on tenir l’Europe ou les banques privées responsables du fait que les prêts n’ont pas assez servi à l’investissement de long terme et aux réformes structurelles et se sont retrouvés dans des bulles immobilières ou des voitures de luxe ? Quand, d’un côté, on entend l’Irlande, qui s’est sortie d’une situation assez similaire, inciter la Grèce à suivre son exemple en adoptant une politique de rigueur budgétaire, ou quand, de l’autre côté, on voit comment la France est gouvernée à grand renfort de dépenses, embauches de fonctionnaires et emplois aidés, on peut difficilement croire sérieusement que « depuis vingt ou trente ans maintenant, l’Europe a compensé son déficit démocratique par la distribution de crédit, finançant des dettes contre l’abdication de la souveraineté » (Serge Federbusch).

Il me revient à l’esprit l’histoire de la société Eurotunnel (années 1980). Le prix de l’action a d’abord caracolé, à la grande satisfaction des petits porteurs, puis il s’est effondré. Des particuliers sont venus se plaindre qu’on les avait abusés, qu’ils avaient mis tout leur patrimoine là-dedans, que maintenant ils étaient ruinés et que ce n’était pas de leur faute. Je pense que ces personnes n’ont vu que l’appât facile du gain sans vouloir considérer le risque, ou sans savoir, mais la bêtise et l’ignorance ne peuvent être une excuse. Et un jour, il faut accepter d’encaisser sa perte. C’est vrai pour tout le monde en toutes circonstances.

Les choses grecques en étant où elles sont, que faut-il faire ? Peu de réponses à cette question chez les commentateurs officiels, très doués pour expliquer aujourd’hui ce qu’il aurait fallu faire hier. Parlons de demain.

La dernière proposition des créanciers consistait à injecter à nouveau des liquidités afin de permettre à la Grèce de faire face à son échéance d’aujourd’hui avec le FMI et à donner un peu d’oxygène pour les mois à venir. En échange, les Grecs devaient s’engager à faire des réformes budgétaires, fiscales etc… qui ne seraient en fait rien d’autre qu’un ajustement budgétaire drastique mais nécessaire après les folles dépenses inutiles des décennies passées.

Si Alexis Tsipras gagne son référendum, c’est-à-dire si les Grecs rejettent ce plan de sauvetage, cela signe le défaut sur la dette et la sortie de l’UE et de l’Euro. Ce sont les autres européens qui auront à supporter l’impéritie grecque. J’ai du mal à voir où est le progrès démocratique. Tous les gouvernements européens ont été élus aussi légitimement que Syriza. Quant à la Grèce, elle regagnera à court terme des marges de manoeuvre, mais s’il s’agit d’appliquer le programme sur lequel Tsipras a été élu, ça ne durera pas longtemps. Son crédit sur les marchés financiers sera très fortement et très durablement entamé et il ne lui restera alors peut-être que la solution du rapprochement avec la Russie.

Mais il parait que les Grecs tiennent à l’Euro. La possibilité qu’ils acceptent le plan contre l’avis de Tsipras existe. Une telle éventualité constituerait une énorme victoire de l’UE dont les exigences se retrouveraient alors plus que légitimées. Cependant, je crois que ce serait une erreur de la part des européens de pousser exagérément l’avantage reconquis sur la Grèce. En réalité, tout le monde sait que dans la configuration où sa dette atteint presque deux fois son PIB, il lui est pratiquement impossible de redémarrer, quels que soient les efforts consentis. Chaque nouveau plan de sauvetage est aujourd’hui une fuite en avant qui rajoute de la dette sans parvenir à faire repartir la production.

L’intransigeance européenne est surtout dictée par la crainte de voir se former un effet d’entraînement et un effet domino. L’idée, c’est d’aider la Grèce à repartir sans lui faire croire que plus on gouverne mal plus on a gain de cause. Une solution consisterait à accepter une part d’abandon de créance, ou proposer un moratoire de très long terme sur une partie de la dette, qui laisserait malgré tout un niveau d’endettement élevé pour maintenir la pression à se réformer. Passer intégralement l’éponge, ce n’est pas possible, ni vis-à-vis des grecs, ni vis-à-vis des citoyens des pays prêteurs, ni vis-à-vis d’autres pays que la solution du défaut souverain pourrait tenter, mais accepter une restructuration minimum est sans doute la seule solution optimale pour tout le monde. Si au passage on constate une certaine remontée des taux d’intérêt dans leur composante prime de risque, on ne pourra que se réjouir en songeant que ça refroidira les ardeurs dépensières d’un certain nombre de pays, à commencer par la France qui, de son propre chef, s’approche tous les jours un peu plus de la situation grecque.


Illustration de couverture : Drapeau grec.

9 réflexions sur “Quelques mots sur la Grèce

  1. Bravo Nathalie.

    Pourquoi bravo? parce que vous chutez sur …. ce que demande Varoufakis, une restructuration minimum qui n’effacerait absolument pas la dette, mais l’échangerait contre une autre à plus long terme, avec des taux plus bas et une franchise de remboursement de 3 à 5 ans. C’est l’idée que l’on toujours utilisée dans le passé, celle du Swap de dettes:

    Il ne s’agit pas d’effacer la dette, mais de rendre sa valeur actuarielle plus basse afin de la rendre supportable; En parallèle , il s’agit de mobiliser ce qui reste encore de ressources Grecques non pour rembourser les usuriers, mais pour faire redémarrer le pays. L’idée est, au lieu de brader ce qui reste de bijoux de famille, l’idée est de les mobiliser financièrement, de les mettre au service de la collectivité, de s’en servir comme gage pour garantir le redémarrage.

    La Grèce ne peut redémarrer que si le système composé de l’état et des banques peut à nouveau créer du crédit productif: Je précise bien productif de richesses, d’investissements et d’emplois. Ce que je viens de décrire et que vous acceptez à 50% dans votre chute, est exactement le plan de Varoufakis. L’imbécile de Quatremer n’a même pas compris la logique économique profonde des propositions de Varoufakis. On ne peut lécher les bottes et se relever pour se cultiver en même temps. Les meilleurs, les vrais économistes, ceux qui qui ne sont pas salariés des banques et des institutions ploutos, sont d’accord sur ce point: le plan de Varoufakis est cohérent et il permet de relancer la production de richesses en Grèce et ainsi d’envisager de payer la dette restructurée. Avant de payer toute sa dette, il faut produire. Même DSK, entre deux parties carrées et deux tribunaux, le dit.

    il faut vraiment que j’aime votre travail pour continuer à vous lire sachant que vous appréciez Quatremer.

    Au passage ce que vous dites sur les prêts est faux :

    « Une fois ces concessions posées, il me semble utile de rappeler qu’un prêt se concrétise entre un prêteur et un emprunteur, et que ce dernier n’est nullement exonéré d’exercer aussi ses responsabilités ».

    Vous tombez dans le piège de l’unification mystifiante , qui vous fait considérer que l’emprunteur c’est le peuple! Vous tombez dans le piège de la pub d’Europe 1 qui veut vous faire croire : « vous, c’est nous ». pour mieux exploiter votre crédulité. Non, Europe 1 ce n’est pas vous, c’est Lagardère , et sa famille, ses chevaux de courses etc . Bientôt vous allez tomber dans le piège L’Orèal : « parce que je le vaux bien ». La aussi on est dans l’unification mystifiante, entre le produit qui est cher, le client qui croit se valoriser en l’achetant et la société qui est la seule à réellement se valoriser en Bourse en augmentant ses profits.

    Le but de la pensée critique est de décaper, de dissoudre à l’acide ces unifications qui sont , c’est vrai, le propre de la pensée bourgeoise.

    Tenez un autre exemple: Je vois sur un panonceau sur une résidence pour les copains du pouvoir, de la Mairie de Paris, et autres dominants:
    « Ces logements ont été financés par votre Mairie ».

    Analysons:
    -c’est de l’usurpation, car ce sont les contribuables qui ont financé, la Mairie de Paris qui prend 100 et n’en restitue que 60 car il y a tous les planqués qui croquent légalement et illégalement , la Maire de Paris est un parasite, pas un bienfaiteur.

    -c’est une opération idéologique de mystification qui fait croire qu’une entité « Mairie de Paris » existe et qu’elle est généreuse, elle offre des logements sociaux. En réalité, il n’ y qu’une bande de copains et coquins. Donc on doit l’aimer. Donc quand le Maire mettra sa photo avec la propagande pour les prochaines élections, on devra, par glissement, aimer le Maire.

    Aux USA, la pudeur règne encore et quand on voit des panonceaux de ce genre, on ne voit pas « telle entité finance ceci », on voit « your tax dollars at work ». Bravo, cela est sain.

    Le ressort de la démocratie, c’est le pari de l’intelligence. Ce pari qui, seul la rend défendable . C’est la possibilité de faire progresser les gens, de les élever, d’élever leur conscience sociale et politique. Ceux qui s’appuient sur l’ignorance, la propagande et les mystifications ne méritent pas le nom de démocrates. Non la fin de justifie pas les moyens, même si c’est pour faire avaler la mauvaise pilule européenne.

    Je reviens à votre texte . Non l’emprunteur, c’est l’état et celui qui a la signature, c’est le gouvernement. Il y a des groupes, des dominants, des gens qui ont le pouvoir de décision et de mensonge et d’autres qui ne l’ont pas. Il y a des classes pour parler à l’ancienne; l’unification qui est l’un des ressorts de la domination, est l’un des trucs de la pensée positive, mécaniste. Elle est idéologique.

    C’est l’unification scélérate qui justifie le positionnement politique d’un Juppé qui veut nous faire croire à la troisième voie, cette troisième voie fascisante ou les groupes sociaux abandonnent leur identité pour se fondre dans la masse, fascinés par la parole et les promesses du Chef. Faites taire vos divisions, acceptez MA VERITE et tout va s’arranger.

    Si on avait dit au peuple:
    -attention nous allons dépenser de l’argent que nous n’avons pas,
    -cela va vous faire plaisir et donc vous allez voter pour nous,
    -mais cet argent il va falloir le rembourser, avec intérêts en plus.
    -Par ailleurs sachez que cet endettement pour jouir et consommer ne sera plus disponible pour investir et préparer l’avenir de vos enfants.
    -Enfin sachez qu’à un certain stade, la dette asservit, enchaine.
    -Vous mangez votre pain blanc, plus tard vous devrez manger le pain noir.

    Croyez vous que l’on aurait pu accumuler 400 milliards de dettes?. Qu’est ce qui est le plus coupable, le banquier qui a toutes les statistiques, tous les mathématiciens, tous les économistes pour le conseiller ou le peuple qui a la naiveté de croire ce que la classe politique lui dit, c’est à dire que l’on rase gratis?

    Nos démocraties sont fondées sur l’escroquerie, l’escroquerie est institutionnelle. Elle consiste à toujours escamoter les prix à payer, à ne présenter que l’actif, jamais le passif: Tout a un prix dans le monde réel, mais pas dans celui de nos démocraties. Donc il faut que ce prix revienne sous une forme magique, tombé du ciel, c’est à dire tombé du ciel des Allemands. « Il faut rembourser », comme le fameux « il pleut »! Cela devient un impératif dont se saisissent les bourgeoisies kleptos.

    Je soutiens qu’un peuple, comme un enfant , n’est responsable que si son choix est éclairé, c’est la raison pour laquelle je critique votre affirmation. Dans le cas de la dette souveraine, je démontre dans un autre texte que les chefs ne satisfont leur volonté de puissance, leur jouissance des richesses, des honneurs, du prestige et des femmes que par un système de tiers payant et ce tiers payant c’est le peuple. Vous qui vous annoncez comme libérale, devriez relire tout ce que le gourou du libéralisme , Friedman écrit sur le système du tiers payant. C’est un de ses dadas.

    Le contrat de prêt est signé entre le gouvernement en place et les banques, pas entre le peuple et les banques. Le peuple est dans la double situation de tiers recevant maintenant et de tiers remboursant plus tard. Mais même cela est faux, unification mystifiante, car le peuple qui jouit maintenant, n’est pas le même que celui qui va devoir assurer le remboursement: On achète les votes actuels en créant de la dette maintenant, mais le tiers payant qui n’a rien demandé et qui ne recoit rien si la dette est improductive, ce tIers payant à venir, est spolié.

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    • Bonjour Bruno, et merci de soutenir le débat.

      « Vous tombez dans le piège de l’unification mystifiante, qui vous fait considérer que l’emprunteur c’est le peuple ! »

      En principe, dans la droite ligne des philosophes des Lumières, on a forgé l’outil du suffrage universel afin de se doter de représentants « à notre image » et on a introduit le multipartisme politique et la notion d’opposition, non seulement pour multiplier les expressions politiques, mais aussi pour limiter les mystifications des uns et des autres. Quand en effet le rôle de l’opposition n’est plus tenu, les possibilités de mystifications existent. Et c’est d’autant plus vrai lorsque les gouvernements ont une emprise tentaculaire sur tous les aspects de la vie des citoyens.

      Je vous suis lorsque vous dites que la démocratie c’est le pari de l’intelligence, mais faut-il absolument considérer que le peuple n’est pas éclairé ? Tant que les hommes sont en formation entre 0 et 20 ou 25 ans, la société doit les éclairer, c’est le rôle des parents et de l’école, mais parvenus à l’âge adulte, il me semble qu’il faut les considérer tous comme responsables et les inciter à se renseigner à diverses sources et à utiliser leurs facultés de choix et de décisions. Oui, les gouvernements grecs ont agi de telle et telle façon, mais les citoyens, ceux qui étaient favorables aux majorités successives, peuvent-ils sérieusement dire qu’ils n’y sont pour rien ? Doit-on prendre les gens à ce point pour des idiots, qu’ils en viendraient vraiment à croire toutes les promesses électorales qui leur sont faites ? Le « mystifié » est moins mystifié que désireux de l’être, car le revers de la médaille lui est aussi présenté.

      Par ailleurs, si l’on considère que le peuple doit être éclairé, qui va pouvoir se considérer comme suffisamment éclairé soi-même pour prendre une position en surplomb par rapport à ses concitoyens ? On arrive là à la notion de despote éclairé et on risque de n’obtenir finalement qu’un despote qui voudra façonner un peuple à sa convenance.

      Remarquons enfin que Syriza en campagne n’a absolument pas tenu un discours de vérité aux grecs. Il les a flattés et a voulu dissoudre tout esprit de responsabilité en leur disant : « les puissants de Bruxelles etc.. veulent vous asservir dans la dette, moi Tsipras, je vais vous libérer. » Il a été brillamment élu. Je crois que malheureusement votre discours peut être largement retourné contre Syriza qui se présente comme l’exemple de la démocratie des peuples en Europe.

      En tout cas, si unification mystifiante il y a, je vois une excellente façon de la limiter : il suffit de réduire la surface de contact entre le peuple et l’Etat, c’est l’idée du libéralisme. Si l’Etat se cantonne à son rôle régalien, ses possibilités de dépenses incontrôlées diminuent et il n’a plus à s’endetter pour faire plaisir à telle ou telle catégorie de personnes. Bref, le libéralisme (le vrai, pas mâtiné d’amitiés énarquiennes et de connivence en tout genre) est la solution à tous les problème, y compris ceux de tiers recevant et tiers remboursant. Mais, oui, chaque individu doit être prêt à prendre ses responsabilités, pas à s’en remettre pour tout à l’Etat.

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      • Chère Madame, votre réponse mériterait un commentaire plus étayé, particulièrement au sujet du concept « peuple ». Pour faire simple, j’ose écrire que le « peuple » représente de tous temps une masse, pas formée d’idiots, mais de personnes qui pour différentes raisons ne participent pas forcément activement aux affaires politiques. Pourtant, ces personnes pourraient être définies comme libérales, le boulanger fait du bon pain, le maçon des maisons solides, etc. Chacun vacant à son affaire et au développement de ses intérêts bien compris, tout le monde s’en portera mieux. L’Etat est là pour favoriser le bon commerce et la main invisible fera le reste. Bien évidement que le politicien est mû par une éthique et par le souci du bien-être de chacun dans cette société. Et si j’étais membre de cette société, j’aimerais pousser ce libéralisme à la mode spartiate (né citoyen de Sparte) pas d’héritage, pas d’éducation élitiste pour certains, etc. On vient au monde nu et à armes égales, égalité des chances. Ou il y a encore une autre possibilité : tu ne convoiteras pas ce qui appartient à ton voisin et en plus tu l’aimeras. Là aussi on voit que durant des centaines d’années, on a essayé de partager cette notion de l’amour de l’autre mais apparemment sans grand succès. Comme je l’ai noté dans mon premier commentaire, il y a de la souffrance (comme dans de nombreux pays) en Grèce et notre histoire occidentale me rend certainement plus sensible à ce « peuple ». Le « peuple » aspire à vivre dignement selon les standards européens. Si les gens doivent apprendre à s’aimer, les peuples aussi, au moins à s’entre-aider. La crise financière grecque est insignifiante économiquement (2% du PIB de la zone euro) parlant, le véritable sujet est politique. Il apparaît que que les souverainetés sont perdues, même au niveau régalien par exemple de battre monnaie… Il apparaît qu’un petit pays, et son petit « peuple », n’est plus maître chez lui. C’est un peu vite dit et la chute est très réductionniste j’en conviens. De ce fait, je me permets de vous renvoyer aux positions prises ces derniers jours par des économistes tels que MM. Piketty, Attali est DSK au sujet de la dette grecque et de constater que les allégations de MM. Tsipras et Varoufakis ne sont pas dénuées de pertinence. Avec mes cordiales salutations.

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      • @ Claude Jenny : Bonjour Monsieur et merci pour vos commentaires.

        La souveraineté de battre monnaie a été perdue de façon consentie. Les taux d’entrée dans l’euro ont peut-être été mal ajustés, mais les monnaies nationales doivent aussi couvrir de grandes différences de développement économique. Entre le Rhône et les Hautes-Alpes par exemple, ou entre l’Italie du Nord et du Sud, quelles disparités ! Le dollar recouvre également des Etats de fortunes économiques diverses. Il n’y a aucune raison que les frontières nationales soient les seules frontières monétaires possibles. Je trouve qu’on met trop de lyrisme nationaliste dans les monnaies, ce ne sont que des instruments. La souveraineté peut s’exercer autrement, notamment en essayant autant que possible de conduire des politiques qui s’inscrivent dans un cercle vertueux. Les 51,6 milliards d’euros de dette française supplémentaire au 1er Trim 2015 n’ont rien à voir avec l’intégration européenne et tout avec des politiques franco-françaises dépensières sans limite, d’autant que dans le même temps l’euro se dévaluait relativement au dollar.
        
Le peuple grec n’est pas le seul peuple d’Europe et il a bénéficié comme les autres de la redistribution européenne. Aujourd’hui-même, on m’a parlé d’une société de Boulogne sur Mer dans le bar et la daurade qui s’est trouvée en grandes difficultés du fait de la concurrence de sociétés grecques qui pouvaient aligner des prix imbattables (et hors marché) grâce aux subventions européennes qu’elles recevaient. (je suis personnellement contre l’idée de toute subvention à quelque entreprise que ce soit).
        Ceci dit, je suis pour un abandon partiel de la dette grecque comme je l’ai expliqué à la fin de mon article. Bien sûr c’est une chose qu’on ne fait qu’une fois et qui repose sur la bonne foi du débiteur. A ne proposer qu’après un oui au référendum de ce jour.

        Dernier point : ce référendum est-il si démocratique ? Annoncé en pleine crise des négociations dans un contexte très émotionnel, organisé en si peu de jours : est-ce une façon noble de recueillir l’avis de sa population ? J’y vois beaucoup de mise en scène dramatique et de manipulation.

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  2. Le crédit a de tout temps été une misère du monde : « Tous les 50 ans, vous déclarerez une année sainte et proclamerez l’affranchissement de tous les habitants du pays… chacun d’entre vous rentrera dans son patrimoine, chacun d’entre vous retournera dans son clan » (Lv. 25,10). L’éthique voudrait que l’on réfléchisse à la déviance « capitaliste-libérale » et de sa recherche permanente à endetter les personnes et les nations….et des suites logiques de la mise en place de cet engrenage qui ne profitera toujours qu’à une élite…. L’Europe et le peuple grec en Mars 2014 : « 34,6% de la population vit dans la pauvreté ou dans l’exclusion sociale, ou est susceptible d’y glisser (chiffres 2012).
    Depuis le début de la crise, le revenu disponible des ménages a chuté de 30%.
    34,8% des ménages grecs ont des arriérés à l’égard de l’Etat, des banques, de la sécurité sociale ou d’autres services publics.
    Plus de 40% pensent qu’il ne seront pas en mesure de remplir leurs obligations financières cette année.
    Le Service public de fourniture d’électricité coupe l’approvisionnement électrique de près de 30.000 familles et entreprises chaque mois en raison de factures impayées.
    Depuis le début de la crise, le chômage a augmenté de 160%. Près de 3,5 millions d’employés travaillent pour soutenir 4,7 millions de chômeurs et d’inactifs.
    Les chômeurs reçoivent une indemnité de chômage de 360 euros pendant les 12 premiers mois de leur chômage. En conséquence, seulement 15% des 1,4 millions de chômeurs reçoivent des prestations. Les travailleurs indépendants (25% du nombre total de personnes actives) n’ont pas droit à ces prestations.
    Les transferts sociaux devraient être réduits de 18% cette année. Le budget de la santé a été réduit de 11,1% entre 2009 et 2011. Aucun pays de l’OCDE n’a réalisé une coupe aussi importante sur ce budget.
    La pension moyenne de base se monte à moins de 700 euros, et depuis 2010, elle a été réduite d’un quart. Il est prévu que ce montant soit encore réduit de moitié sur les prochaines années.
    Pour 48,6% des ménages, la pension est la principale source de revenus.
    Selon une étude de l’Université d’Athènes, 12,3% des Grecs souffrent de dépression clinique. Ils n’étaient que 3,3% en 2008.
    Environ 800 000 personnes vivent sans accès aux soins de santé et dans certaines régions, des organisations humanitaires telles que Médecins du Monde ont dû se substituer au système de santé national pour fournir des soins et des médicaments aux personnes les plus vulnérables.
    La réduction du nombre de seringues et de condoms disponibles pour les toxicomanes a provoqué une forte hausse des cas d’infection au VIH, les faisant passer de 15 en 2009 à 484 en 2012.
    Les chercheurs notent également une augmentation de 21% du nombre d’enfants mort-nés, qu’ils ont attribuée aux restrictions d’accès aux soins prénatals.
    La mortalité infantile a augmenté de 43% entre 2008 et 2010.
    Enfin, le taux de suicide est également en hausse, et alors qu’on en avait compté 400 en 2008, on a dénombré 500 cas de suicides en 2011. »

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  3. OUI!
    Vite que l’on restaure la pratique des Jubilés.

    Le capital non productif doit être périodiquement détruit, c’est un obstacle à la marche en avant de nos systèmes économiques.

    Le capital dépassé, périmé, doit être détruit, c’est la loi du capitalisme, et c’est cette loi, dure, qui valide sa légitimité.

    Le capital qui ne remplit plus sa fonction doit disparaitre et les capitalistes qui le possèdent doivent retourner à la case départ, c’est dur, mais c’est la loi du système, la loi de la destruction créatrice. Un serpent ne survit que de sa mue.
    Le capitalisme est devenu critiquable parce qu’il triche. il ne s’applique pas à lui même la dure loi qu’il applique à ses salariés: il les met au rencart, mais il n’accepte pas, lui, d’être mis au rencart et de perdre son droit à prélever.

    Avec un système dissymétrique, rien d’étonnant si tout dysfonctionne et se pervertit:. On maintient partout des fausses valeurs, par la violence, la propagande, la création monétaire, etc.

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  4. Honnêtement je ne comprends pas toujours les articles de B. Bertez sur le B. A Lupus. Autant parfois ils me paraissent extrêment lucides, sur la surveillance généralisée et la dérive vers un état big brother par exemple, autant quand il s’agit d’économie il m’arrive d’osciller entre théorie du complot et barré à l’ouest. Mais encore une fois je ne prétend pas tout comprendre, bien au contraire.

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    • Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul… l’article auquel répond Nathalie, ainsi que le (trop) long commentaire lisible ici, développent une argumentation classique de la gauche de la gauche: la dette est illégitime donc il n’y a pas lieu de la rembourser; les banques sont coupables de tous les maux; les capitalistes sont accusés d’écraser le peuple…

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  5. Pingback: Nos démocraties reposent sur l’obscurantisme, pas sur l’intelligence Par Bruno Bertez | Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

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