Edward Snowden : Ayn Rand était sa muse

J’ai déjà eu l’occasion de parler du cas d’Edward Snowden dans un article écrit avec Damien Theillier à propos du rapport entre les citoyens et l’Etat. A travers Socrate d’une part, à travers les idées de Constant et Tocqueville d’autre part, et à travers des exemples puisés dans l’histoire la plus contemporaine, dont l’affaire Snowden, nous posions la question :

Les lois sont-elles un tout d’essence quasi divine qui s’impose absolument, le citoyen étant alors dans une position de dominé par rapport à l’Etat (Socrate) ? Ou bien le citoyen doit-il se penser d’abord comme libre et autonome, puis représenté par l’Etat, qui ne saurait alors exiger de lui, par le « droit », ce qui contrevient aux exigences de la « justice » humaine la plus universelle (Constant et Tocqueville) ? 

Edward Snowden s’est expliqué sur sa décision de divulguer des informations « top-secret » concernant la captation des métadonnées des appels téléphoniques aux États-Unis, ainsi que les systèmes d’écoute sur internet de plusieurs programmes de surveillance du gouvernement américain en disant :

« Mon seul objectif est de dire au public ce qui est fait en son nom et ce qui est fait contre lui. »

Edward Snowden s’est dressé seul contre l’Etat américain. Dans l’article ci-dessous, que j’ai traduit pour Contrepoints, Jeffrey Tucker, auteur libéral, directeur de la rédaction de la Foundation for Economic Education, pense que sa détermination a été inspirée et soutenue par la lecture du roman d’Ayn Rand (1905 – 1982) La Grève (Atlas Shrugged) dans lequel le héros agit car il pense « qu’un homme peut arrêter le moteur du monde. »


Article originalDid Edward Snowden Draw His Main Inspiration from Ayn Rand ?(ici) de Jeffrey Tucker, auteur libéral, directeur de la rédaction de la Foundation for Economic Education (FEE), le 19 septembre 2016.

contrepoints-2Traduction de Nathalie MP pour Contrepoints, le 22 septembre 2016.

Le cas d’Edward Snowden m’a toujours intrigué. Cet homme travaillait dans une énorme boîte qui prodiguait du pouvoir, du prestige et de l’argent en quantité. Il avait atteint la plus haute position professionnelle possible compte tenu de ses compétences. Tout son environnement de surveillance de masse lui montrait qu’il n’y avait pas d’échappatoire possible et exigeait de lui obéissance, dévouement et soumission. Son travail consistait à laisser son individualisme, son intégrité et sa personnalité au vestiaire pour devenir un rouage ultra-fiable dans la lourde mécanique de sa hiérarchie.

Tous ses collègues s’accommodaient de cette situation sans jamais la remettre en question. S’ils s’interrogeaient, c’était purement formel. Une vraie porte de sortie n’existait certainement pas. On ne pouvait que s’adapter, profiter du pouvoir, encaisser l’argent et mourir un jour.

Pour je ne sais quelle raison, Snowden décida de suivre un autre chemin. Seul, sans même consulter ses proches, il s’envola un beau matin en prenant le risque inconcevable de copier les fichiers les plus significatifs. Il les enregistra sur un disque minuscule qu’il cacha dans le Rubik’s cube qu’il portait souvent sur lui. Ayant préparé sa fuite, il sortit tranquillement de la NSA (National Security Agency), prit un vol pour Hong-Kong et y rencontra deux journalistes qu’il avait contactés par email crypté. Ce qu’il leur révéla secoua le monde entier.

Il vécut toute l’affaire dans la peur, mais ne montra jamais d’hésitation. Peu impressionné par le système qui l’entourait, il ne le considérait ni comme un maître ni comme un égal, mais comme une machine qu’il pouvait battre. Il savait que son projet était juste et il l’avait mis à exécution car, à l’inverse de toutes les probabilités admises, il pensait qu’il pouvait faire la différence. On peut dire sans exagérer qu’il a risqué sa vie au service de la liberté.

Pourquoi ?

Qu’est-ce qui pouvait bien l’avoir poussé à faire une chose pareille ? Il n’est pas impossible que nombre de ses collègues y aient songé car ils savaient qu’il était autant illégal qu’immoral de se livrer à une surveillance de masse aussi générale et indiscriminée. Mais seul Snowden est passé à l’acte. Il est proprement extraordinaire de penser qu’à notre époque un homme tel que lui existe.

J’ai suivi l’affaire Snowden avec attention, et elle m’a toujours plongé dans la plus grande perplexité. Il est bien beau de dire qu’il a une forte personnalité, qu’il a agi par principe, qu’il a montré du courage. Mais où a-t-il été chercher tout ça ? Il n’est pas particulièrement religieux. Il semble avoir des penchants libéraux, mais ses convictions politiques sont peu idéologiques. Je me suis toujours demandé quelle inspiration morale avait pu pousser Snowden à faire l’impensable au nom de la vérité.

C’est pourquoi je suis profondément reconnaissant à Oliver Stone pour son nouveau film « Snowden. »

Ayn Rand était sa Muse

Dans les premières scènes, on voit Snowden passer un entretien pour son premier poste à la NSA. On l’interroge sur les livres qui l’ont influencé et il mentionne Joseph Campbell (dont le concept de « voyage du héros » en tant qu’influence de Snowden serait un excellent sujet à creuser). Puis, de façon très révélatrice, il évoque Ayn Rand. Son interlocuteur cite un extrait de La Grève (Atlas Shrugged) : « Un homme peut arrêter le moteur du monde. »

Snowden acquiesce et le film continue.

Nous y voilà ! Cette petite scène éclaire beaucoup de choses. Dans le roman d’Ayn Rand, l’ensemble de la population fait face à un appareil d’Etat gigantesque et totalitaire qui dépouille progressivement les producteurs de richesse avec pour effet d’entraîner toute la société dans la spirale de la pauvreté. Chaque individu confronté à cette machine doit prendre une décision : la rejoindre, la défendre, l’ignorer ou la combattre d’une façon ou d’une autre. Ceux qui empruntent le chemin du courage sont assez avisés pour ne pas s’en remettre à l’appel aux armes. Ils imaginent bien pire : ils se mettent en grève. Ils ne veulent plus que le régime profite de leurs services et refusent de participer à leur propre destruction. Ce faisant, ils rendent un immense service à la société car ils refusent que leurs talents contribuent plus avant à l’oppression générale.

Là est l’explication. Edward Snowden a certainement gardé cette histoire fascinante dans un coin de sa tête. Les lecteurs pourront en témoigner, La Grève a le don de vous plonger dans un univers hautement dramatique où toute l’épopée tourne autour de graves décisions morales à prendre. Les gens sont jugés d’après leur volonté à faire triompher ce qui est juste, à se dresser en tant qu’individus contre des systèmes gigantesques qui d’habitude les font paraître impuissants. Le message d’Ayn Rand, c’est qu’un esprit humain, poussé à l’action par des principes moraux, peut effectivement changer le monde.

C’est précisément en cela que La Grève est un livre complètement différent de tous les autres au sein de la littérature d’après-guerre sur la défense de la liberté contre l’Etat. Ayn Rand plaçait le choix moral de l’individu au sommet de tout. Elle a créé un monde de fiction, un monde sensible et inoubliable, dans lequel toute l’histoire repose sur l’idée de faire ce qui est juste, quels que soient les risques personnels ou les pertes matérielles. (Rand est sottement critiquée au motif qu’elle aurait mis les acquisitions matérielles au premier rang de ses valeurs. La vérité, c’est qu’elle préférait le courage moral à la sécurité, au pouvoir et même à un revenu régulier).

Pourquoi le film fait-il mention de l’épisode Ayn Rand ?

Oliver Stone a réalisé son film en étroite collaboration avec Edward Snowden, lequel apparaît en personne à la fin, et lequel a certainement validé tous les éléments biographiques le concernant, dont celui que j’ai relaté plus haut à propos d’Ayn Rand. Oliver Stone est un producteur connu pour ses idées gauchistes et son penchant pour les théories du complot. Pourquoi a-t-il voulu inclure ce détail biographique dans son film ? Une bonne part du contenu dramatique du film fait la chronique de l’éveil idéologique de Snowden, depuis son patriotisme aveugle jusqu’à ses doutes à l’égard du complexe militaro-industriel. Pour entrevoir la vérité, il lui fallait secouer progressivement son conservatisme et adopter un point de vue plus large.

Il est possible que Stone ait décidé d’incorporer ce petit épisode sur Rand afin d’illustrer le parti-pris conservateur de Snowden et montrer comment il a évolué ensuite face à l’évidence. Je n’en ai aucune preuve, c’est donc pure spéculation de ma part. Mais ce n’est pas complètement exclu, compte-tenu de ce qui est dit de Rand en général, à savoir qu’elle serait une sorte de déesse de la pensée de droite.

Le courage moral

La réalité de l’influence de Rand est cependant très différente. Une des façons de comprendre son livre consiste à l’aborder biographiquement. Etant née en Russie, elle se trouva destinée à vivre sous le despotisme communiste. Si elle avait accepté cette situation, elle aurait vécu puis serait morte dans la pauvreté et l’indifférence. Mais elle aspirait à une existence différente, elle voulait que sa vie compte. Aussi, elle organisa sa propre fuite de Russie, débarqua aux Etats-Unis et vécut brièvement à Chicago.

Elle déménagea à nouveau et démarra une carrière de scénariste à Hollywood, avant d’écrire ses propres pièces de théâtre et de passer au roman. Cette inconnue venue de Russie fit une très belle carrière personnelle et devint l’un des esprits les plus influents du XXème siècle – et elle obtint tout cela sans appartenir à l’université, ni bénéficier d’appuis dans les cercles du pouvoir.

Les plus beaux personnages de Rand suivent exactement la même voie : ils refusent de se laisser embrigader au motif que les dirigeants sont riches et puissants. Au cœur de son message, Ayn Rand nous rappelle sans relâche qu’une personne dotée d’une endurance intellectuelle et morale peut mettre en déroute jusqu’au plus puissant système d’oppression. Cela demande de la ruse, de l’audace et une concentration absolue sur ce que l’on considère comme juste.

Et c’est précisément ce que Snowden a fait. Il a suivi l’exemple de John Galt (NDLT : héros de La Grève). Plutôt que d’arrêter le moteur du monde, il chercha à couper le moteur de l’Etat qu’il aidait à construire. Pourquoi ? Parce que c’était la chose à faire, parce que c’était juste.

Si Oliver Stone a intégré le passage sur Ayn Rand pour montrer combien Snowden s’en écarte, je pense qu’il se trompe gravement. Pour moi, Ayn Rand fut au contraire la muse de Snowden de bout en bout. Et cela me rend extrêmement fier de la puissante influence qu’elle a eue dans ce monde. Bien qu’elle soit décédée en 1982, sa pensée est encore très vivace, quoique largement sous-estimée.

Si je vois juste, on peut dire que Rand participe encore aujourd’hui à rendre le monde plus libre.

Posons-nous une dernière question : Edward Snowden a-t-il fait le bon choix ? Aujourd’hui, il est l’une des personnes au monde dont l’opinion est la plus recherchée, il peut rassembler des foules en tout point du globe, il est un défenseur mondialement reconnu de la dignité humaine, du respect de la vie privée et de la liberté. Grâce aux technologies de l’information il est capable d’atteindre des milliards de personnes. Et il a encore devant lui une vie entière à consacrer à tout cela – grâce au choix qu’il a fait.

Ayn, vous avez encore frappé fort !

(Article de Jeffrey Tucker paru le 19 septembre 2016 sur le site de la FEE)


snowden-ayn-randIllustration de couverture : Edward Snowden et Ayn Rand, photo extraite de l’article de la FEE.

 

10 réflexions sur “Edward Snowden : Ayn Rand était sa muse

  1. Merci, j’ai transmis avec l’intro ci-dessous et, grâce à vous, j’ai décidé de lire le livre et d’aller voir le film. Ayn Rand, une héroïne et la muse de Snowden? : « Ayn Rand nous rappelle sans relâche qu’une personne dotée d’une endurance intellectuelle et morale peut mettre en déroute jusqu’au plus puissant système d’oppression. Cela demande de la ruse, de l’audace et une concentration absolue sur ce que l’on considère comme juste.”… J’aime cette phrase. B

    https://leblogdenathaliemp.com/2016/10/24/edward-snowden-ayn-rand-etait-sa-muse/#more-19513 >

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    • Oui, il a fait le choix de devenir un espion russe, de trahir son pays et de faire un mal incalculable à la sûreté nationale du monde libre. Mais je suppose que puisque c’est un « choix fort », de même que choisir la lessive Ariel aux arômes naturels est un « choix fort », nous devrions nous en réjouir.

      D’après John Schindler, professeur d’histoire militaire, ancien officier de la marine américaine, ancien espion à la NSA, ayant travaillé contre les Russes et pour la sécurité interne de la NSA, Snowden est un espion russe : il est absolument impossible qu’il ait décidé de sa propre initiative de sauter dans un avion un jour, pour faire défection en Russie quelques semaines plus tard : on ne passe pas à l’ennemi comme ça.

      https://20committee.com/2016/06/11/edward-snowden-is-a-russian-agent/

      D’après le général Oleg Kalouguine, ancien chef de l’espionnage étranger au KGB, Snowden est évidemment un espion russe.

      http://venturebeat.com/2014/05/22/former-kgb-general-snowden-is-cooperating-with-russian-intelligence/

      D’après le major Boris Karpichkov, ancien officier du KGB, le SVR avait ouvert un dossier sur Snowden et tentait de le recruter depuis 2007, date à laquelle il se trouvait à Genève pour assurer la sécurité informatique de la CIA. Il vit aujourd’hui à Moscou dans un immeuble contrôlé par le FSB, et malgré ses assertions contraires, il a évidemment transmis à ses nouveaux maîtres le plus gros vol de secrets militaires de l’histoire de l’espionnage.

      http://www.mirror.co.uk/news/world-news/edward-snowden-targeted-russian-spies-3659815

      Comme tous les traîtres occidentaux ayant fait défection en Russie, il est prisonnier sur place. L’histoire montre que l’avenir de ces gens-là est assez sombre : jetés comme des vieilles chaussettes par leurs manipulateurs de la Loubianka quand ils ne servent plus à rien (c’est à dire assez vite), ils s’enfoncent dans le désespoir, l’alcool, et finissent souvent par se suicider ou par être assassinés.

      Mais c’est une belle histoire, le conte de fées de l’homme seul qui se lève, tel un héros libertarien, pour défendre l’individu contre le méchant Etat américain ; une belle histoire minutieusement mise en scène par les services secrets russes, qui connaissent leurs Occidentaux par coeur, savent que ça rentrera comme dans du beurre, et passent leur temps à des opérations de subversion idéologique telles que celle-ci depuis que la Tchéka existe (et même avant).

      D’après Youri Bezmenov, ancien « journaliste » de « l’agence de presse » Novosti dans les années 50 et 60, et en réalité agent du KGB chargé de missions de désinformation en direction de l’étranger, ces opérations de « mesures actives » (expression made in KGB) représentaient jusqu’à 85 % du temps, des effectifs et des budgets des services secrets russes, contre 15 % seulement pour l’espionnage traditionnel (où la Russie a pourtant toujours été fort active).

      Pour séduire les gauchistes, on dressera la statue de Snowden en vaillant adversaire du « complexe militaro-industriel » américain. Pour faire frétiller les libertariens, on fera courir le bruit qu’il était un amateur de Ayn Rand. De même que, pour attirer la sympathie des « experts » et des journalistes occidentaux, le KGB avait inventé la légende de Youri Andropov qui aimait le jazz et le whisky (ce qui était censé signifier qu’il était ouvert à l’Occident). Les médias et les « kremlinologues » occidentaux ont gobé cette belle histoire comme un seul homme, or Andropov ne buvait pas une goutte d’alcool : il était déjà fort malade lors de sa accession au pouvoir suprême en URSS, et cela l’aurait tué.

      Concernant l’amour supposé de Snowden pour Ayn Rand, on constatera que la source est un… film. Un film, faut-il le rappeler, c’est une fiction. C’est un truc inventé de A à Z. Même lorsqu’il s’agit d’un film inspiré par une personne réelle, le fait que l’auteur lui attribue telle ou telle particularité a une valeur probante exactement égale à zéro.

      Je vois de plus en plus de gens, depuis quelques années, qui disent : je l’ai vu dans un film, donc c’est vrai. J’ai vu des trucs se passer de telle façon dans des films de James Bond, donc dans la vraie vie les espions ça doit être pareil (commentaire de blog lu il y a quelque jours à peine). Jusqu’à une période relativement récente, avant que les gens ne deviennent complètement fous, c’était l’inverse : le fait que ce soit dans un film voulait justement dire que c’était n’importe quoi au regard de la vérité.

      Les espions de la Tchéka-Guépéou-NKVD-KGB-SVR (et j’en saute quelques-uns) ont un bon siècle d’expérience dans la couillonnade des Occidentaux. En ce moment, ils jouent de « l’opinion » occidentale comme d’un stradivarius. Les choses n’ont jamais été aussi faciles pour eux.

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  2. Pour moi, le cœur du cœur de la philosophie de Rand – après avoir lu la Grève et la vertu de l’égoïsme – tient en une formule, une conception très profonde et puissante dont tout découle. C’est la suivante. Chacun a reçu en héritage la vie sous une forme qui lui est propre. A chacun de la faire fructifier de la protéger et de respecter la vie chez autrui. C’est à la fois égoïste – responsabilité vis à vis de soi, refus de céder quoi que ce soit de cette vie – et non égoïste – c’est un héritage qui nous dépasse mais qui a son importance dans l’histoire.
    D’où évidemment la révolte contre les parasites et sangsues de toutes sortes. Et en étant cohérent, on peut, en effet, contribuer à combattre les ennemis de cette liberté individuelle incontournable. .

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  3. @ Robert :
    Je ne connais pas les sites que vous citez, mais il n’y est jamais question de faits, seulement de suppositions élaborées selon un certain point de vue, celui d’une défection à l’est. Dans le second, on fait parler un ex-général du KGB en disgrâce, et il ne donne qu’une interprétation personnelle, il n’a aucune info précise sur laquelle s’appuyer. Enfin, dans le Mirror, la thèse est plutôt que Snowden a été piégé une fois arrivé en Russie.
    Les faits qu’on connait :
    – Les Etats-Unis ont révoqué le passeport d’Edward Snowden.
    – Snowden a demandé l’asile politique en Equateur, puis à une vingtaine de pays dont la France qui a refusé.
    – Pour ce qui est du film, Snowden y a collaboré étroitement.
    – Pour les élections américaines de 2012, il a soutenu Ron Paul, républicain libertarien.

    Si Edward Snowden est un vulgaire espion russe, l’avenir le dira. En attendant, le gouvernement des Etats-Unis a bel et bien violé à grande échelle les 4è et 5è amendements et les révélations de Snowden ont ouvert la voie à des réformes éthiques à la NSA.

    @Tino : Oui, et Nicomaque II est précisément le blog tenu par Damien Theillier avec qui j’ai écrit mon article « Socrate vs Snowden. »

    @ Jean-Louis : oui, je pense qu’il faut prendre le terme « égoiste » non pas comme une incapacité à tenir compte des autres, mais comme un appel à user de nos capacités individuelles au maximum, à ne pas les laisser se faire porter de façon anonyme et autoritaire par une organisation collective imposée.

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    • Nathalie,

      Vous avez mal regardé. Les liens que je vous ai fournis sont absolument bourrés de faits. Le genre de faits qu’on trouve difficilement dans les médias et les blogs français, massivement pénétrés par la désinformation russe.

      Quant à votre liste de faits, elle omet les plus importants :

      – Edward Snowden a réalisé le vol de documents secrets le plus important de l’histoire de l’espionnage, soit 1,5 million de documents.

      – Ces documents sont des secrets militaires de grande valeur.

      – Il les a remis à la Russie, et peut-être à la Chine.

      – Cela a été reconnu par rien moins que Franz Klintsevich, le vice-président de la commission de défense et de renseignement du Conseil de la Fédération de Russie :

      https://20committee.com/2016/07/02/the-kremlin-admits-snowden-is-a-russian-agent/

      http://www.npr.org/2016/06/29/483890378/during-tenure-in-russia-edward-snowden-has-kept-a-low-profile

      – Edward Snowden se trouve sur le territoire de la Fédération de Russie, privé de son passeport américain qui a été révoqué, sans aucun moyen de subsistance et avec la perspective de passer le reste de sa vie en prison s’il sort du pays.

      – Après deux ans passés à étudier cette trahison, la commission permanente du Congrès américain sur le renseignement a envoyé une lettre au président Obama, l’exhortant à ne pas gracier Snowden, expliquant qu’il n’est ni un patriote ni un lanceur d’alerte, mais un criminel.

      http://intelligence.house.gov/uploadedfiles/hpsci_members_letter_to_potus_re_snowden-15_sep_16.pdf

      Les commissaires écrivent que la grande majorité des documents illégalement soustraits par Snowden n’ont rien à voir avec la vie privée, mais contiennent des informations sur la défense et le renseignement qui sont d’un grand intérêt pour les ennemis des Etats-Unis.

      Cette lettre est signée par tous les membres de la commission sur le renseignement, qui est composée de Démocrates comme de Républicains. John Schindler souligne à quel point cette unanimité est significative, à l’heure où les représentants des deux partis, au Congrès, « ne sont même pas capables de se mettre d’accord sur le fait que l’eau mouille ».

      – Les documents fournis à la Russie viennent de la NSA. La NSA est chargée de l’espionnage électronique américain à travers le monde. L’espionnage électronique est celui qui fournit le plus grand nombre d’informations, les informations les plus précieuses et les plus secrètes. Loin devant le fameux « renseignement humain » dont tant d’experts improvisés nous rebattent les oreilles.

      La NSA est, de très loin, l’agence d’espionnage électronique la plus puissante du monde. La plus grande partie des attentats islamiques qui ont été déjoués, aux Etats-Unis, l’ont été grâce au renseignement électronique. Depuis la Libération, les Etats-Unis échangent les fruits de leurs opérations d’espionnage avec les pays de l’alliance dite des Five Eyes, dont fait partie la Grande-Bretagne mais, naturellement, pas la France, trop proche des Russes et des communistes.

      Cependant, les services de renseignement français, et plus généralement européens, ont de bons rapports avec leurs homologues américains. Quand des terroristes sont identifiés avant, voire immédiatement après un attentat, c’est, très souvent, grâce au renseignement électronique. Par quel miracle, lors des derniers attentats, en France, la police a-t-elle pu, à plusieurs reprises, identifier très rapidement les auteurs, ou du moins certains d’entre eux ?

      Lorsqu’on entend, dans les médias, que telle arrestation de terroristes a été réalisée, ou que tel attentat a été déjoué, en Europe, sur la foi de renseignements fournis par un Etat étranger, il s’agit, bien souvent, des Etats-Unis. Et, plus précisément, de la NSA. Lorsque la Belgique a paniqué face aux attentats islamiques commis sur son sol, c’est aux services secrets américains qu’elle a fait appel pour l’aider.

      Trahir la NSA, révéler publiquement un certain nombre de ses secrets, en fournir d’autres aux ennemis des Etats-Unis, c’est donc, très concrètement, faciliter les objectifs des ennemis de la France. C’est faciliter le massacre des civils français à domicile. C’est mettre en danger la vie des agents secrets français à l’étranger et des soldats français en mission à l’étranger. Il est très possible que des espions français aient déjà été tués à cause de la trahison de Monsieur Snowden.

      Quant à votre allégation selon laquelle « On fait parler un ex-général du KGB en disgrâce, et il ne donne qu’une interprétation personnelle, il n’a aucune info précise sur laquelle s’appuyer », c’est une plaisanterie qui laisse songeur.

      Vous voulez dire que quelqu’un serait en mesure de dicter à Oleg Kalouguine ce qu’il doit dire ? Je crois que vous ne vous rendez pas compte de qui est Oleg Kalouguine… Vous voulez dire qu’un ex-général du KGB « en disgrâce » serait quelqu’un qui ne serait pas crédible, tandis que s’il était encore au KGB et au service de Moscou, il dirait évidemment la vérité ?

      Pourquoi ne pas prétendre, aussi, que Soljenitsyne étant « en disgrâce » auprès des autorités soviétiques, sa critique du communisme n’est qu’une « interprétation personnelle » de laquelle il convient de se méfier ?

      Oleg Kalouguine est l’ancien chef du KGB, ou plus exactement de sa branche étrangère, ce qui revient à peu près au même. Il n’est pas « en disgrâce » : c’est lui a qui décidé de faire défection. C’est l’un des transfuges les plus célèbres qui ait quitté l’URSS pour le monde libre. C’est l’un des espions russes les plus gradés qui ait jamais risqué sa vie pour rejoindre le camp de la liberté. Suite à quoi, ce n’est pas seulement la « disgrâce » de Moscou qu’il a attirée sur lui (disgrâce qui devrait valoir légion d’honneur pour tout libéral), mais bien une cible qu’il a accrochée sur son dos.

      https://amzn.com/0465014453

      Car on risquait sa vie dans ce sens, et on la risque encore, tandis que ce n’est pas vrai dans l’autre sens : Edward Snowden, malgré le mal qu’il a fait à l’Amérique, ne sera jamais condamné à mort aux Etats-Unis. La CIA n’enverra jamais des agents à Moscou pour l’empoisonner au polonium.

      Kalouguine a passé sa vie professionnelle a recruter des Snowden au service du KGB. C’est l’une des personnes dans le monde qui sont le plus qualifiées pour se prononcer sur la question, et vous mettez sa parole plus bas que les élucubrations d’Oliver Stone, un cinéaste de fiction qui s’est fait une spécialité de réaliser des films de propagande pro-communistes et pro-Kremlin ?

      https://foreignpolicy.com/2014/05/13/oliver-stones-disgraceful-tribute-to-hugo-chavez/
      http://www.thedailybeast.com/articles/2015/01/05/oliver-stone-s-latest-dictator-suckup.html
      http://www.hollywoodreporter.com/news/oliver-stone-lauds-kremlin-funded-939197
      https://rbth.com/arts/movies/2016/09/08/oliver-stone-finishes-documentary-about-putin_628259

      Vous pensez vraiment qu’Oliver Stone est plus compétent, en matière d’espionnage, qu’Oleg Kalouguine (KGB) ? Que John Schindler (NSA) ? Que Franz Klintsevich (GRU) ? Que Hans-Georg Maassen, le directeur du contre-espionnage allemand, qui a lui aussi déclaré qu’il était hautement probable que Snowden soit un agent russe, et que tout cette comédie soit une gigantesque opération d’espionnage couplée à une opération de désinformation, destinée à semer la discorde entre les Etats-Unis et ses alliés européens ?

      Relisez Schindler, historien de l’espionnage et ancien espion lui-même :

      « Since 1917, every single Western intelligence defector to Moscow has cooperated with the Kremlin, on grounds of quid pro quo. There is no known case of a defector not collaborating with the KGB or its successors. If you want sanctuary, you will tell the Russians everything you know. That is how the spy game works. »

      Ca, ce sont des faits historiques.

      Ce n’est pas parce que certains milieux libéraux, aux Etats-Unis, sont infectés par la même vérole poutiniste que l’extrême-droite française, qu’il faut perdre tout bon sens et tout discernement.

      Si le but de Snowden avait vraiment été de protéger la vie privée des Américains contre l’indiscrétion de leur gouvernement, quel besoin avait-il d’aller livrer un gigantesque paquet de secrets militaires à l’un des principaux ennemis des Etats-Unis, et d’aller s’y réfugier ? Quel est le bon sang de rapport ? Et comment se fait-il que des libéraux en viennent à faire le boulot de Poutine ?

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  4. Je précise parce que l’altruisme est une mentalité profondément enracinée dans notre société. Certains accuseront certainement Rand d’être solipsiste. C’est que l’individualisme – et elle entre dans la catégorie – consiste, à la base, à se prendre comme référent. C’est par rapport à soi que l’on juge, apprécie les situations. C’est en fonction de soi que l’on décide, agit. Ensuite, l’objectif peut être l’intérêt d’autrui si les deux premières conditions sont réunies. .

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