Cet été, lisez « Pulp Libéralisme » et consultez le Dantou !

Alors que l’été nous revient, alors que nous allons jouir de plus de temps libre pour nous détendre et nous livrer à des activités de notre choix, j’aimerais vous proposer une lecture de vacances extrêmement originale : Pulp Libéralisme* de Daniel Tourre. Sous-titre : la tradition libérale pour les débutants.

« Original », quand on parle du libéralisme, n’est pas un vain mot. Non seulement Daniel Tourre nous propose de découvrir les « origines » véritables du libéralisme, et pas leur caricature grossière, qu’on pourrait résumer par « loi du plus fort, culte du profit et règne de l’égoïsme », mais il nous engage de plus dans une activité hors de la banalité tant l’environnement français prend soin jour après jour d’éradiquer tout ce qui pourrait nous rapprocher un tant soi peu de l’idée libérale. 

Dernier (et caractéristique) exemple en date, la décision « d’alléger » le programme de SES (Sciences économiques et sociales) en classe de Seconde. Les professeurs qui enseignent cette matière, faisant valoir qu’ils n’arrivent pas à « boucler » le programme, ont fait une demande en ce sens auprès du ministère de l’Education nationale qui l’a acceptée. Or quand on regarde de plus près de quels allègements il s’agit, on s’aperçoit que les thèmes obligatoires vont passer de 5 à 4, aux dépens de celui traitant de la formation des prix sur un marché qui va devenir facultatif. Il est inquiétant de constater que dans notre enseignement de l’économie, les notions essentielles d’entreprise et de marché sont systématiquement écartées au profit d’une approche dirigiste enseignée par des professeurs majoritairement très imprégnés du modèle marxiste et peu au courant de la réalité de l’entreprise d’aujourd’hui.

Le faible niveau de nous autres Français en économie est connu. Inutile de dire que dans ces conditions d’enseignement toujours plus restreintes aux bienfaits de la régulation et de l’Etat, il ne nous restera plus, comme socle de connaissances, que le célèbre théorème de Bouleau & Hollande, in TF1, 2014 : « C’est pas cher, c’est l’Etat qui paie » avec les impôts des autres et la dette des générations futures.

Ainsi, on a une fois de plus la preuve que « la France a développé un climat anti-libéral très prononcé et il est difficile à quelqu’un qui ne s’y intéresse pas spécifiquement d’avoir une image juste du libéralisme. » C’est à partir de ce constat, que chacun pourra faire aisément en arpentant les rayons de nos meilleures librairies, en lisant la presse traditionnelle ou en écoutant 99,9 % de nos hommes politiques, que Daniel Tourre, porte-parole du Collectif Antigone, a décidé de redresser la barre en s’attelant à la tâche de réfuter les uns après les autres les clichés comminatoires régulièrement véhiculés à propos du libéralisme.

Le nom du Collectif n’a pas été choisi au hasard. Antigone est cette héroïne de Sophocle (Vème siècle avant J.-C.) qui s’est révoltée contre l’interdit édicté par son oncle le Roi Créon de donner une sépulture à son frère Polynice. La loi ainsi écrite par Créon lui semble injuste par rapport aux lois suprêmes de l’humanité. Elle sent que sa conscience est en jeu. Alors que Créon lui reproche d’avoir osé violer ses lois, elle répond :

« Je n’ai pas cru que tes édits pussent l’emporter sur les lois non écrites et immuables des Dieux, puisque tu n’es qu’un mortel. »

Pour Antigone, les lois immuables de l’humanité viennent des Dieux de l’Olympe, et prévalent sur toutes les lois humaines qui s’y opposeraient. La tradition libérale s’est bien sûr détachée des Dieux et fait appel à la raison, mais Antigone met ainsi en relief qu’il existe des droits naturels que même le législateur doit respecter, des droits naturels et inaliénables qui dépassent les lois de l’Etat (souvent écrites sous la pression des circonstances), des droits naturels qui nous sont en quelque sorte attachés dès notre naissance. Il s’agit de la liberté, de la sécurité et de la propriété. Chez le libéral classique, l’Etat n’est pas absent, il a au contraire la très haute mission de protéger ces droits naturels. Là se situe l’origine du libéralisme.

Patriotisme économique Pulp LibéralismePulp Libéralisme est organisé en 36 courts chapitres qui répondent chacun de la façon la plus simple possible à un cliché courant sur le libéralisme. Il est enrichi de nombreuses citations d’auteurs libéraux depuis Antigone jusqu’à Mario Vargas Llosa en passant par les théologiens (catholiques, eh oui !) de l’Ecole de Salamanque (XVIème siècle), histoire de nous montrer combien on se trompe en faisant du libéralisme un particularisme anglo-saxon inadaptable chez nous. Sur le plan esthétique, l’auteur a choisi d’illustrer son propos par des vignettes de BD américaines des années 1950 (voir illustration de couverture et image ci-dessus) dont les textes ont été adaptés. Dans la vidéo suivante, Daniel Tourre nous présente lui-même son livre ( 01′ 23″) :

Parmi les clichés remis d’aplomb dans Pulp Libéralisme, citons par exemple : le libéralisme, c’est la loi de la jungle (cliché 5), c’est l’absence de valeurs morales (cliché 7), c’est la vie sacrifiée sur l’autel des profits (cliché 24), c’est le chômage ou l’exploitation (cliché 25), c’est la pollution sans limite (cliché 26), c’est le diktat des banques centrales (cliché 31), et – thème récurrent dans notre exception française – c’est la marchandisation de la culture (cliché 36 et dernier).

J’aimerais plus particulièrement vous dire quelques mots de l’Ecole de Salamanque et apporter des éléments de réponse aux reproches traditionnellement faits au libéralisme sur ses supposés liens avec la droite de la droite (cliché 3 page 21) et sur son tout aussi supposé relativisme (cliché 11 page 55).

1. Daniel Tourre aborde l’Ecole de Salamanque pour démonter son premier cliché qui voudrait que le libéralisme se réduise à l’économie de marché. On a vu grâce à Antigone que ce n’est vraiment pas le cas. Au XVIème siècle, différents théologiens rattachés à l’Université de Salamanque (Espagne) s’appuient sur les travaux de Saint Thomas d’Aquin (qui a cherché à pousser la raison le plus loin possible dans sa tentative d’intelligence de la foi) pour élaborer une théorie du droit de la personne. Ils partent de l’idée que pour Dieu tous les hommes sont égaux et que chaque personne est responsable de son salut. D’où les idées d’égalité devant la loi et de liberté, y compris la liberté de commettre des péchés.

2. Concernant le cliché 3 qui tend à faire faussement du libéralisme une caractéristique de l’extrême-droite, il convient d’abandonner la classification politique sur le mode gauche / droite. Il est beaucoup plus réaliste d’identifier trois grandes familles de philosophie politique : le socialisme, c’est-à-dire la mise en oeuvre planifiée d’une utopie collective qui nie les droits individuels, le conservatisme qui tend à assigner une place à chacun selon l’ordre de la tradition, et enfin le libéralisme classique actuel pour lequel la société s’organise spontanément à conditions que les droits naturels de chacun soient garantis.

Si l’on reprend la distinction gauche / droite, on peut constater que la droite se montre parfois libérale sur le plan économique, et beaucoup plus conservatrice sur le plan sociétal. La gauche est socialiste en économie et plus libérale dans le domaine des moeurs. Quant à l’extrême-droite et à l’extrême-gauche, elles partagent un goût pour la domination d’un Etat constructiviste qui les éloignent à tout jamais du libéralisme. Les libéraux plaident pour un Etat minimal ayant pour vocation de protéger les droits des individus, pas de construire la société selon telle ou telle idéologie. Associer le libéralisme à l’extrême-droite et plus précisément au Front national n’est donc pas simplement une approximation, c’est un contresens radical.

3. L’accusation de relativisme portée à l’encontre du libéralisme (cliché 11) est extrêmement fréquente. Par exemple, à l’automne dernier, Charles Beigbeder a publié sur son blog un article intitulé Etre un libérateur enraciné dans lequel, bien qu’assez enclin à retenir quelques bonnes recettes du libéralisme économique, il considère avec horreur que « le  libéralisme philosophique postule l’équivalence de tous les choix de vie. » On pourra lire ici les réponses que Damien Theillier, Philippe Fabry et moi-même avons apportées à son texte anti-libéral. Oui, fondamentalement anti-libéral car si l’on ne peut s’affirmer libéral en s’opposant à la liberté économique, on a vu que le libéralisme part de bien plus loin que cela, d’une idée de justice fondée sur les droits naturels, et qu’il ne saurait donc se réduire à l’économie de marché.

Ce que Beigbeder et nombre de conservateurs qui pensent comme lui n’ont pas perçu, c’est qu’en aucun cas le libéralisme ne donne un blanc-seing du type « Je fais ce que je veux et j’en ai rien à foutre des autres » ou « J’ai bien le droit de … » Ceci est en réalité non pas un droit mais la revendication du « politiquement correct » actuel bien encadré par l’Etat en fonction des préférences du moment. Dans une société libérale, l’homme n’est pas invité à « faire ce qu’il veut », mais il a la possibilité de « faire ce qu’il veut dans la limite des droits naturels des autres. » Le libéralisme est donc une philosophie du droit naturel basée sur le respect des autres et la responsabilité personnelle.

.         .         .         .        .

Magritte La condition humaine IIRécemment, la famille Pulp Libéralisme s’est enrichie d’une nouvelle version du « Dantou » **, le site internet (gratuit) associé au livre. Ecrit et illustré par Daniel Tourre, le nouveau site internet a été développé par un autre membre du Collectif Antigone, Ludovic Lesage. L’image d’accueil est La Condition humaine II (1935) de Magritte : un tableau sur chevalet installé devant une fenêtre, laquelle s’ouvre sur un paysage qui prolonge le tableau. De la représentation au réel ?

Tout comme Pulp Libéralisme, le Dantou se propose de faire découvrir le libéralisme aux débutants, mais il est organisé différemment. Le libéralisme n’y est pas abordé par réponses à des clichés fréquents, mais par grands thèmes théoriques. Le livre, plus complet et plus riche en citations, est dès lors considéré comme une façon d’aller plus loin et d’approfondir ses connaissances par rapport au Dantou.

Les thèmes traités incluent entre autres : la propriété de soi, le droit à la propriété, les avantages d’un ordre spontané, les prix, la concurrence, la monnaie et les banques, les taux d’intérêt, la théorie autrichienne des cycles. Chaque sujet est présenté avec beaucoup de clarté, mais il est préférable de lire les chapitres dans l’ordre, notamment lorsqu’il commence à être question de monnaie et de banque.

Pourquoi Dantou ? C’est tout simple, il s’agit des premières syllabes de Daniel et de Tourre. Il en résulte un nom agréable et facile à prononcer. N’hésitez pas à dire à vos amis : « Vous voulez découvrir le libéralisme ? Consultez le Dantou ! » Et si en plus il vous prenait l’idée bizarre de profiter de l’été pour découvrir la finance d’entreprise, surtout ne vous gênez pas, consultez La Baraque à Frites !


Pulp Libéralisme* Pulp Libéralisme, de Daniel Tourre, Editions Tulys, 2012. Préface de Damien Theillier. Sous-titre : la tradition libérale pour les débutants.
** Le Dantou :  « Le libéralisme pour les débutants », site internet gratuit. Texte de Daniel Tourre, développement web de Ludovic Lesage.


Pulp Liberalisme de Daniel TourreIllustration de couverture : Un exemple d’illustration du livre Pulp Libéralisme et du site Dantou.fr. Les textes ont été adaptés à des images tirées de BD américaines des années 1950.

3 réflexions sur “Cet été, lisez « Pulp Libéralisme » et consultez le Dantou !

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