Le Projet de loi de finances (PLF) pour 2026 est toujours en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Si nos députés dans leur ensemble se sont surtout distingués par un véritable festival d’impôts et de dépenses supplémentaires qui reflètent la dimension essentiellement idéologique de leurs idées économiques et politiques, l’un d’entre eux fait exception – et l’on espère sans trop y croire qu’il ne symbolisera pas éternellement l’exception qui confirme la règle. Je veux parler du député d’Eure-et-Loir et ancien ministre macroniste Guillaume Kasbarian.
Macroniste ! Mais, Mme MP, vous êtes sûre que tout va bien ? me rétorquez-vous immédiatement en votre for intérieur. La présidence Macron, c’est quand même peu de réformes des structures, une dette publique augmentée de 50 % depuis 2017, un décrochage notable par rapport aux pays comparables (en éducation, en santé, en richesse produite par habitant, etc.) et la tentation récurrente de brider la liberté d’expression et d’information des citoyens, ajoutez-vous en pensée à l’appui de vos convictions intimes.
Oh, absolument ! Ce constat est aussi le mien, ainsi que vous avez pu le lire à maintes reprises ici. Il n’empêche que M. Kasbarian se démarque de la plupart de ses collègues politiciens, y compris au sein du parti présidentiel Renaissance, par un certain nombre de faits, de votes et de déclarations qui font la part belle tant à l’idée de liberté qu’à celle du nécessaire recul de la sphère d’influence de l’État. Les débats actuels autour du PLF le montrent de façon particulièrement frappante, comme on va le voir, mais déjà en 2023, il faisait voter (avec Aurore Bergé) une loi « visant à protéger les logements contre l’occupation illicite », dite loi anti-squat.

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D’un point de vue libéral, ce texte de loi est très intéressant. Il montre d’abord que le droit de propriété qui figure dans notre bloc de constitutionnalité à travers la DDHC de 1789 est pris au sérieux. Or ce droit, indissociable de la liberté des individus, et notamment de la liberté d’entreprendre, constitue la base de toute activité économique. Qui se lancerait dans un projet demandant des investissements en capital s’il devait craindre à tout moment que ses biens soient volés, dégradés ou confisqués ?
Il permet ensuite d’aborder la question du logement, non pas sous la forme notoirement inefficace du plafonnement des loyers, des quotas de logements sociaux et des réglementations absurdes (type DPE), mais en redonnant confiance aux propriétaires bailleurs afin de les faire revenir sur le marché du locatif privé et de les inciter à rénover et entretenir leurs biens immobiliers.
Je ne vous étonnerai pas en vous disant que Guillaume Kasbarian ne s’est pas fait que des amis avec cette loi. « Nous te maudissons », s’est exclamé le patron de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon. La gauche, toujours au mieux de sa forme quand il s’agit de prendre les problèmes à l’envers, n’a pas manqué de dénoncer bruyamment « l’extrême-droitisation assumée » du député. Un anathème classique chez elle, chaque fois qu’elle sent que le pouvoir de dicter sa loi à la France entière lui échappe.
Il faut dire que Kasbarian ne la ménage pas, cette gauche enchâssée dans ses certitudes, ses échecs et ses dictateurs préférés. N’a-t-il pas poussé l’horreur jusqu’à féliciter Javier Milei pour ses succès politiques et économiques en Argentine ?
Mais surtout, en cette période délicate pour nos comptes publics et notre vitalité future, Guillaume Kasbarian a le bon goût de rappeler un certain nombre de réalités économiques difficiles à entendre dans notre France devenue l’esclave d’un modèle social insoutenable ; il a le bon goût de proposer des amendements en rapport et il a le bon goût de voter les textes du PLF 2026 dans le sens de la baisse (ou non-hausse) des impôts et des dépenses. Petit florilège :
· Sur les prélèvements obligatoires et les dépenses :
· Sur les retraites et la suspension de la réforme de 2023 :
· Sur l’omniprésence de l’État et l’inversion des priorités des politiques publiques :
Le moment me semble particulièrement bien choisi pour citer à nouveau le député et économiste Frédéric Bastiat (1801-1850) qui démontre une fois de plus sa fabuleuse actualité et sa non moins extraordinaire clairvoyance :
« Les finances publiques ne tarderont pas d’arriver à un complet désarroi. Comment pourrait-il en être autrement quand l’État est chargé de fournir tout à tous ? Le peuple sera écrasé d’impôts, on fera emprunt sur emprunt ; après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir. » (Justice et Fraternité, 1848)
.
Dans le même temps, Guillaume Kasbarian s’est efforcé de faire baisser les dépenses au travers d’amendements dont certains ont été votés (par exemple la suppression du Haut-Commissariat au Plan, 10 millions d’euros, c’est peu) et d’autres rejetés (par exemple la fin du chèque énergie, 650 millions d’euros, c’était déjà mieux, mais je rappelle que le déficit public annuel de la France se situe autour de 160 milliards d’euros, un tout autre ordre de grandeur). Des efforts presque inutiles finalement, en tous cas sans écho notable parmi les députés, puisqu’au vu des dépenses et des impôts actés en plus dans le budget, il a annoncé qu’il ne voterait pas « cette copie budgétaire socialiste ». On le prend au mot.
Pour conclure ce panorama en beauté, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter son commentaire d’un amendement totalement bureaucratique présenté par le député de La France insoumise Manuel Bompard, ce qui lui donne au passage l’occasion d’étriller la « vieille lubie marxiste » qu’est le blocage des prix :
Le blocage des prix ? Une vieille lubie marxiste.
— Guillaume Kasbarian (@guillaumekasba) October 27, 2025
Partout où il a été appliqué, cela a toujours viré au cauchemar : pénuries, rayons vides, marché noir… puis in fine explosion des prix.
LFI veut faire de la France un Venezuela 2.0.
🔴 STOP à leur folie collectiviste. pic.twitter.com/QbqlJbSZkm
De telles dispositions sont à l’évidence très alléchantes pour les libéraux. Surtout venant d’un homme disposant effectivement d’un siège à l’Assemblée nationale. Mais elles ne sont pas sans leur part d’ombre. Amender de-ci de-là un budget qui n’a pas pour objet de réformer la France, mais juste d’être voté au nom de la sacro-sainte STA-BI-LI-TÉ politique est une chose ; construire un programme cohérent de sortie du collectivisme socialiste est une tout autre histoire. Une histoire possible, une histoire qu’il faut écrire, mais une histoire qui va demander un courage politique inédit dans l’Hexagone.
Plus préoccupant selon moi, que fait encore Guillaume Kasbarian chez Renaissance ? Arrivé en politique en 2017 dans le sillage de l’élection d’Emmanuel Macron (il avait 30 ans à l’époque), il a probablement pensé comme beaucoup d’autres Français que ce dernier ouvrait la porte à un nouvel espoir de changer la France. Conquis par sa jeunesse, ses discours et son enthousiasme « printanier », il s’est mis « en marche », certainement avec la ferme ambition de faire place aux idées neuves, à l’audace et à l’ouverture sur le monde. Huit ans après, le doute n’est plus permis, c’est un échec, et la nullité des débats actuels sur le budget en apporte un nouveau témoignage éclatant.
Aussi, comme d’ailleurs à David Lisnard, qui détient toujours un titre de vice-président chez Les Républicains (LR), j’ai furieusement envie de lui dire :
M. Kasbarian, vous parlez libéral, vous raisonnez libéral, vous votez libéral. Quittez Renaissance qui ne l’est pas et ne le sera jamais, quoi que vous en disiez. Rejoignez d’autres libéraux, créez un pôle d’attraction du libéralisme qui aura la parole et l’attention des journalistes lors de la prochaine campagne électorale présidentielle de 2027. Rester chez Renaissance créerait un doute irréparable concernant vos dispositions et vos intentions réelles. L’avenir de la France, l’avenir des Français, leur prospérité et leur liberté sont en jeu.
Je vous invite à retrouver cet article parmi les quelque 75 portraits et entretiens de ma petite galerie politique.
Illustration de couverture : le député Renaissance Guillaume Kasbarian. Photo AFP.







Merci, chère Nathalie, de nous donner à nouveau l’occasion de faire la connaissance de l’un de nos 577 députés, et qui plus est, ancien ministre , mais ancien ministre de quoi, que diable ? Je n’en ai pas la moindre idée !
Après nous avoir donné un florilège de prises de position où ce député s’est montré particulièrement « clairvoyant » au point que vous en veniez à le comparer à Frédéric Bastiat, pour conclure, vous écrivez : « que fait encore Guillaume Kasparian chez Renaissance ? »
Car si vous comprenez qu’il soit arrivé en politique « dans le sillage » d’Emmanuel Macron, vous écrivez : « Huit ans après, le doute n’est plus permis, c’est un échec. »
Hé bien non, chère Nathalie, je suis désolée d’avoir à vous contredire, Emmanuel Macron, ce génie de la finance, a été placé à la place où il se trouve, pour faire exactement ce qu’il a fait, et c’est un énorme succès puisque aujourd’hui, il nous met directement sous la menace d’une guerre à haute intensité avec la Russie.
Gageons que ce n’est pas Guillaume Kasparian qui se suicidera pour avoir concouru à ce résultat par son action politique au sein de la Macronie !
« Emmanuel Macron, ce génie de la finance, a été placé à la place où il se trouve, pour faire exactement ce qu’il a fait, et c’est un énorme succès puisque aujourd’hui, il nous met directement sous la menace d’une guerre à haute intensité avec la Russie. »
1. Ne nous faites pas languir, chère Mildred ! « placé à la place où il se trouve » : par qui ? Des noms ! On veut savoir !
2. Pour l’instant, chère Mildred, au cas où ce minuscule détail aurait échappé à votre légendaire sagacité de niveau CM1 (c’est vous qui le dites), le pays qui fait la guerre aux autres en Europe, c’est la Russie.
Par qui, je ne sais pas, mais on ne peut que noter que beaucoup de média, détenus par des milliardaires ont abreuvé la population de unes sur Emmanuel Macron en 2016-2017.
Si ceux-là ne l’ont pas placés à la place où ils se trouvent, ils ont bien aidé à ce qu’il y arrive, et devaient donc bien y trouver leur compte.
@Nathalie :
1. Entièrement d’accord avec vous !
2. Effectivement, tout comme c’est la France qui a déclaré la guerre à la Prusse en 1870, c’est bien la Russie qui a déclaré la guerre à l’Ukraine en 2022. Non à l’Europe d’ailleurs.
Cela dit, l’Europe a brillé par son absence totale de mesures de désescalade : aucun corridor humanitaire, aucun cessez-le-feu, aucune force d’interposition de l’ONU, aucune conférence de paix. Pas le moindre geste en faveur d’un apaisement. Au contraire : livraison d’armes à un pays en guerre (en violation des conventions internationales, mais qui s’en offusque ?), discours belliqueux, sabotage des initiatives américaines et turques. Bref, beaucoup de souffle sur les braises.
Comme dans les couples en crise, la faute n’est jamais complètement d’un seul côté (enfin, presque jamais). Les Russes ne sont pas des enfants de chœur, certes. Mais le point commun de toutes les guerres, c’est qu’elles finissent toujours par s’arrêter. Alors pourquoi ne pas essayer de négocier dans le calme ? Après tout, c’est bien pour cela qu’on a créé l’ONU. En tout cas, qu’est-ce qu’ils nous manquent, Kissinger, Willy Brandt et De Gaulle.
Nous avons raison de redouter l’instrumentalisation de ce conflit à des fins de politique intérieure, que ce soit au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France. La guerre servira, comme tous les états d’exception, de paravent aux pénuries, à la corruption, aux échecs économiques et, bien entendu, au recul des libertés. Let’s give peace a chance, pour une fois.
1. Je ne vous ferai pas languir, chère Nathalie, j’ai un nom : Jacques Attali !
C’est lui l’inventeur d’Emmanuel Macron !
Personne n’ignore qu’il faisait une brillante carrière nationale et internationale, lorsqu’en 2008, à la demande du président Sarkozy – alors qu’il préside une commission bipartisane de réforme de l’économie et de l’État (la commission Attali) – il choisit Emmanuel Macron, banquier à la banque Rothschild, pour en faire l’un des deux rapporteurs.
En 2017, après le retrait forcé de François Hollande (qu’il serait intéressant d’interroger sur le sujet) Jacques Attali soutiendra le candidat d’En Marche : Emmanuel Macron.
2. Si vous voulez vraiment connaître mon opinion de CM2 (n’exagérons rien) sur cette guerre, je vous suggère de lire l’étude du Général (2S) Antoine Martinez
publiée le 20 juillet 2022 et intitulée
UKRAINE – RUSSIE
Du Fantasme à la Réalité – De l’Illusion à la Désillusion
Tout ceci est archi connu, pas vraiment de mystère là-dedans. La commission Attali mandatée par Sarkozy avait pour mission de trouver des pistes pour « libérer la croissance » dans le prolongement / mise à jour de ce qui avait été fait par le Comité Armand-Rueff en 1959-1960 pour examiner les freins à la croissance et proposer des réformes. En 2015, une fois ministre de l’Économie dans le gouvernement Hollande/Valls, Macron en reprend certains éléments dans ce qui a été appelé la Loi Macron pour la croissance et l’activité.
D’autre part, beaucoup de gens soutenaient Macron en 2017. Par exemple Renaud Dutreil, l’auteur du pacte Dutreil pour les entreprises, que j’avais même interviewé à l’époque.
Ce qui m’échappe, c’est en quoi tout ceci avait été décidé pour faire ultérieurement la guerre à la Russie… Mais ce n’est pas du tout le sujet de l’article du jour.
Oups j’avais préparé ma réponse, me voilà doublé :
1. C’est Jacques Attali, gourou extrêmement influent, mais qui s’est toujours trompé dans tout ce qu’il a fait (BERD) ou prévu, qui conseille depuis les années 1980 (48% des sièges) la conversion du parti socialiste (14 % en 2024) qui avait invité le prodige dans sa Commission pour la stimulation de la croissance économique. A l’écoute, Hollande est allé chercher Macron pour son état-major. Puis il l’a nommé ministre de l’Économie, de l’Industrie et des Affaires Numériques en 2014. Avec tout le charme insipide d’un mannequin de magasin, Macron a renversé son collègue le Premier ministre Manuel Valls, rival encombrant pour succéder au patron. Macron gagne l’affection du grand patronat en faisant en sorte que ses réformes anti-travail paraissent jeunes, propres et « progressistes ». Macron est Bilderberg, Young Leader, Fondation Jean Jaurès (Gracques membre de la Commission Attali), facile d’en trouver les membres influents, et aucun mandat électif avant la présidence.
2. La Russie ne fait la guerre qu’en Ukraine, (les incursions drones etc… en dehors de l’Ukraine sont révélés faux et grotesques) pour la seule raison qu’elle ne tolèrera pas un OTAN agressif dans un pays limitrophe. Si c’est de la paranoïa existentielle alors il faudrait tout faire pour la soigner au lieu du contraire. La Russie c’est 17 millions de Km2, le plus grand territoire au monde pour moins de 150 millions d’habts, un CM1 verrait tout de suite où est le pb. La Russie n’a ni les moyens ni encore moins l’intention de faire la guerre à l’Europe sauf provocation évidemment ce qui malheureusement n’apparait pas pour une option invraisemblable.
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« créez un pôle d’attraction du libéralisme »
Ah mais chère Nathalie, je connais même certains députés en exercice qui sont allés en Argentine voir Javier Milei pour examiner le phénomène.
Ensuite il faut un nom (un ou une) avec un grain de folie (plus qu’un grain peut-être) et un slogan simple et fort qui porte (tronçonneuse ou autre) et surtout pas de bla-bla.
Rêvons !
Le Tiercé pour le grand prix du Président 2027:
Knafo, Lisnard, Kasbarian.
Gagnant dans n’importe quel ordre…
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