Présidentielle 2027 : le SOCIÉTAL n’est vraiment PAS la priorité

Gabriel Attal avait fait sourire il y a quelques semaines, quand il avait déclaré dans un grand entretien accordé à l’hebdomadaire Le Point : « Je pense savoir comment il faut présider la France. » Maintenant que le voilà officiellement candidat à l’élection suprême de 2027, je m’interroge : a-t-il vraiment réfléchi autant qu’il le dit et autant qu’il le faudrait avant de prendre sa décision ? J’ai un doute, car à peine avait-il annoncé sa candidature qu’il remettait sur le tapis la question de la gestation pour autrui (GPA). Un hors-sujet des plus inquiétants, selon moi.

En réalité, cet article ne concerne ni spécialement Gabriel Attal, ni spécialement la GPA. Il concerne l’avenir de la France, alors qu’une élection présidentielle, une de plus après tant d’occasions ratées de réformer notre système économique et social en profondeur, va décider prochainement de son sort jusqu’en 2032, et alors que le pays s’enfonce lentement mais sûrement dans le malaise social, la dette publique, le chômage des jeunes et la stagnation économique, c’est-à-dire dans le non-avenir.

Qui mieux que notre Premier ministre Sébastien Lecornu pour illustrer les niveaux de renoncement et de paralysie auxquels nous sommes arrivés ? Il ne dispose d’aucune marge de manœuvre pour mettre en place un soutien carburant, même provisoire, même limité, en faveur des foyers les plus précaires, alors que la guerre en Iran a renchéri le prix du pétrole et du gaz. C’est triste à dire, mais la France n’a plus les moyens de faire face aux secousses venues du monde extérieur. Elle est à sec, elle s’étiole et se dévitalise jusqu’au coma profond qui, de l’hôpital à l’école et de la recherche à l’industrie ou l’agriculture, menace de tout assécher.

Au point où nous en sommes (par notre propre faute, à force de vouloir faire du social et du misérabilisme à propos de tout, à force de nous répéter de façon aussi obsessionnelle qu’erronée que notre modèle social est le meilleur du monde), chaque nouvelle initiative étatique se solde obligatoirement par plus de déficit, donc plus de dette. Un boulet insoutenable pour nous, et injuste pour nos enfants.

Ainsi que je l’écrivais déjà en 2017, la France a aujourd’hui toutes les caractéristiques désolantes d’une star qui s’empâte, d’une diva qui se laisse aller, d’une caricature grotesque de beauté, de volupté et de dynamisme révolus. Rien n’est plus déprimant que de voir une belle chose se désagréger lentement tout en se racontant des histoires sur sa splendeur. Or c’est la France de 2026. Croissance : 0 % – Chômage : 8,1 % – Déficit public : 5 % (espéré dans le budget) – Dette publique : 3 482 milliards € soit 117,4 % du PIB.

La situation est si alarmante et les efforts qu’il faudra consentir pour sortir de l’ornière sont si élevés qu’on ne peut que se demander si la classe politique a pris la bonne mesure des enjeux. Parler de GPA deux jours après avoir officialisé sa candidature comme le fait Attal n’est clairement pas le bon signal à envoyer aux Français. Il n’est certes pas le premier à agir ainsi ; c’est un travers extrêmement fréquent, surtout à gauche, de vouloir faire la preuve de sa haute stature morale et/ou de son ouverture d’esprit et/ou de sa radicalité décoiffante pour engager un quinquennat.

Avec le risque de ne faire que cela, en oubliant tout le reste, non sans avoir violemment clivé le pays au passage.

Je pense par exemple à l’ex-Premier ministre socialiste espagnol José Luis Zapatero (2004-2011). La première partie de son gouvernement fut surtout marquée par des réformes sociétales telles que le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, la régularisation massive des sans-papiers et la protection des femmes contre les violences conjugales. Par chance, il avait hérité d’une situation économique enviable grâce aux réformes libérales de son prédécesseur José Maria Aznar. Mais faute d’avoir poursuivi en ce sens, le taux de chômage qui était tombé à 10 % à son arrivée s’est remis à augmenter pour dépasser 20 % en 2011, ce qui lui valut un renvoi en bonne et due forme de la part des électeurs espagnols. Certains lui reprochaient ses mauvais résultats économiques et les autres le sanctionnaient pour les mesures d’austérité qu’il avait dû finir par prendre, en contradiction manifeste avec ses gentilles promesses de campagne.

Je pense aussi au premier texte d’Emmanuel Macron : une loi de moralisation de la vie publique censée mettre fin aux « affaires » et inaugurer une présidence irréprochable. Elle fut même signée devant les caméras de télévision sous les regards attendris des ministres concernés et l’approbation des citoyens naïfs. Et après cela, l’état de grâce des fameux cent jours était passé et plus grand-chose de véritablement impactant n’a été entrepris, même pas la moralisation de la vie publique, on le mesure sans ambiguïté aujourd’hui.

Non pas que les sujets sociétaux soient à écarter systématiquement. Dès lors qu’il ne s’agit ni d’interdire ni d’obliger, tout en restant dans le cadre inébranlable du respect de la personne humaine, il y a certes lieu de réinterroger certains interdits. Mais je pense simplement que les Français jouissent aujourd’hui en ce domaine de droits appréciables, que les nouveaux droits auxquels on songe maintenant s’adressent à des publics de plus en plus étroits et que, de plus, la tendance consiste hélas à vouloir les faire financer par la collectivité.

Je pense surtout que le moment ne s’y prête guère. D’une part parce que cela constitue une sorte de distraction qui permet de remettre les mesures économiques difficiles à plus tard ; et d’autre part parce que les réformes auxquelles il faudrait s’atteler de toute urgence, des réformes libérales de baisse des dépenses publiques par transformation de notre modèle social, vont demander beaucoup de pédagogie, beaucoup d’explications sur le pourquoi et le comment et beaucoup d’efforts de la part des Français. Il y faudra un pays rassemblé et enfin convaincu de la nécessité de se réformer de la cave au grenier.

Or rien ne divise plus la société que les réformes sociétales. Commencer par proposer un débat sur la GPA ou, à l’inverse, commencer par dire qu’on va revenir sur le mariage pour tous et l’avortement, puis prétendre réformer notre modèle économique trahit un vrai manque de sérieux. Il n’existe qu’une priorité en France pour le mandat qui s’annonce : la remettre sur ses pieds économiques afin qu’elle retrouve création de richesse, pouvoir d’achat, innovation et estime de soi. Des objectifs qui exigent le respect de la propriété privée, le respect des choix individuels et le rétablissement de la sécurité des biens et des personnes.

Dès lors, tout candidat sincèrement désireux de sortir la France de son marasme actuel devra impérativement tout dire avant pour pouvoir tout faire après, agir dès les débuts du quinquennat car ensuite la crédibilité est perdue et plus rien n’est possible, et avoir le bon sens de ne pas toucher au sociétal, ni dans un sens ni dans un autre. Voilà qui serait prometteur.


Illustration de couverture : présidentielle 2027, objectif Élysée. Capture d’écran BFM.

7 réflexions sur “Présidentielle 2027 : le SOCIÉTAL n’est vraiment PAS la priorité

    • Déprime ? C’est dépassé…
      Désespoir, plutôt.
      On dit que l’espoir fait vivre, mais que dit-on du désespoir ?
      Google, notre « ami » propose (j’ai élagué) :
      Accablement, affliction, angoisse, chagrin, consternation, contrariété, déception, dégoût, désappointement, désillusion, désolation, détresse, douleur, prostration, résipiscence, regret, souffrance, tourment… mais j’aime à lire la chronique de Nathalie, car avec elle, il y a toujours… de l’espoir.
      Quant au pantin évoqué ce jour, il n’est que minable (et indigne).

  1. Attal veut faire oublier qu’il a été un exécutant zélé de la décrépitude économique morale politique du pays pendant dix ans de macronisme
    Comme il n’a rien à proposer et notamment en matière économique il noie le poisson avec la gpa, ce qui me paraît une grossière erreur de communication car sauf quelques individus méprisant le corps des femmes personne n’en veut

  2. Le sociétal et les bouteilles plastiques ne sont effectivement que des distractions hors sujet.
    La combinaison des taux d’emprunts élevés et d’une croissance faible devraient assez vite, avant l’élection de 2027 peut-être, provoquer un atterrissage brutal excluant un maximum de futilités.
    Tous ceux qui ont participé aux gouvernements de Macron devraient avoir perdu toute crédibilité (j’espère) et être exclus.
    Certes, « tout candidat sincèrement désireux de sortir la France de son marasme actuel devra impérativement tout dire avant pour pouvoir tout faire après » mais pour me convaincre il faudra dire avec qui et comment c’est à dire avec un programme précis, ordonnancé, structuré et selon des modalités institutionnelles incontestables.
    Pour perdre encore du temps, nous ne sommes toutefois pas l’abri de zigotos genre Alexis Tsipras et Syriza (Grèce), voyez à qui je pense !

  3. La campagne présidentielle, c’est ce moment de pure démence où l’électeur entame son parcours de transition vers la lectrice Harlequin. Il se débarrasse avec fougue du peu de lucidité qui lui restait pour s’abandonner voluptueusement aux candidats qui le couvrent de serments exaltés. « Je serai différent… Avec moi, tu ne souffriras plus… Cette fois, promis, on reconstruit l’hôpital. »

    Alors l’électeur pleure à chaudes larmes de groupie hystérique, la morve au nez, puis se mouche bruyamment dans sa carte d’électeur, et dépose sa preuve d’amour dans l’urne, avec un petit rouge à lèvres en bas à droite (pardon, à gauche).

    Sauf que ce n’était pas un Harlequin, pas même un téléfilm de Noël sur TF1 où la jeune avocate new-yorkaise sauve une biscuiterie artisanale. C’était plutôt une dark romance contemporaine. Et sitôt l’élection passée, l’amant berné entonne l’hymne des amours qui cognent : « Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny, moi j’aime l’amour qui fait boum ! » Non, ce n’était pas le grand amour. C’était juste une brute, un mac, un trottoir, et toi qui fais boum.

Laisser un commentaire