Après la DÉMISSION de Lecornu, quelles options pour MACRON ?

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Vingt-six jours d’intenses « réflexions » et de « consultations » tous azimuts pour le former et seulement quelques heures pour le saborder : tel fut le sort éphémère du gouvernement Lecornu annoncé hier soir, dimanche 5 octobre 2025, et démissionnaire dès ce lundi matin sous les coups conjugués des railleries externes des oppositions et des rancœurs internes de sa composante Les Républicains (LR).

Mais sérieusement, qui pouvait croire que la reconduction des inamovibles de la Macronie (Borne, Dati, Darmanin, Bergé, etc.) sournoisement pimentée de la présence en tous points guignolesque de l’ex-ministre de la déconfiture de nos comptes publics Bruno Le Maire comme ministre des Armées pouvait tenir la route plus de cinq minutes ?

Cette déroute confirme à mon sens quatre choses : la classe politique présidentielle actuelle est d’une effarante médiocrité ; plus personne d’un tant soit peu sensé ne souhaite participer à un gouvernement dans les conditions élyséennes et législatives présentes ; aucun des deux grands groupes d’opposition (NFP, RN) ne veut se mouiller dans un gouvernement répondant à Emmanuel Macron de peur de brûler ses cartouches en vue de la présidentielle de 2027 ; et, last but not least, les Premiers ministres se succèdent depuis 2022 (Borne, Attal, Barnier, Bayrou, Lecornu) mais c’est bien Emmanuel Macron qui est sur la sellette.

Fort, ou plutôt faible, d’une popularité qui rase les pâquerettes, et maintenant copieusement instruit de l’impossibilité de faire vivre un gouvernement minoritaire dans le cadre du régime très présidentiel de la Ve République, quelles options s’offrent à lui ?

Emmanuel Macron ayant dit et répété qu’il ne démissionnerait pas en vertu de son élection victorieuse de 2022, il pourrait évidemment faire comme si la démission spectaculaire de Sébastien Lecornu n’était qu’un petit raté de circonstance, une de ces aventures sans signification dont il pourrait aisément faire porter la responsabilité à l’absence de solidarité des Républicains ou au manque d’esprit de compromis au sein de l’Assemblée nationale. Aventure qui serait alors promptement corrigée par la nomination d’un nouveau Premier ministre. Mais pourquoi l’issue de cette tactique identique serait-elle différente ? En réalité, cela signerait un retour à la case départ, ce serait faire et refaire éternellement la même chose pour un résultat prédictiblement identique. Un signe irréfutable de folie, selon Einstein.

Il pourrait aussi envisager une seconde dissolution (la chose est constitutionnellement possible depuis juillet) avec l’espoir de voir une majorité plus robuste se former autour de son nom en jouant sur le barrage à l’extrême droite et le barrage à l’extrême gauche. Des sondages récents tendent cependant à montrer que si le barrage envers la gauche mélenchonienne prend de l’ampleur, celui érigé traditionnellement contre le Rassemblement national ne suscite plus le même enthousiasme. De ce fait, rien ne lui garantit d’obtenir une majorité sur son nom tandis que tout indique qu’on pourrait parfaitement aller vers une cohabitation avec le RN. 

Option ultime, il pourrait se résoudre à démissionner, ce qui entrainerait une élection présidentielle dans la foulée. Outre qu’il a souvent affirmé qu’il accomplirait son mandat jusqu’au bout, il n’existe pas de certitude que son propre parti Renaissance et les autres partis politiques soient fin prêts pour se lancer dans la bataille dès maintenant. Appeler à la démission du président est une rhétorique classique des extrêmes, mais cela reste une rhétorique afin de réunir le plus de suffrages possible le moment venu, pas avant. La dissolution de 2024 avait pris la classe politique au dépourvu, l’obligeant à s’organiser dans la précipitation ; une élection présidentielle programmée aujourd’hui risque de susciter les mêmes réticences et les mêmes reproches de manipulation du calendrier électoral.

Je ne suis pas dans la tête d’Emmanuel Macron. J’ignore quels seront ses choix et ses décisions. Mais ce que je sais de manière certaine, c’est qu’à force de repousser les échéances, la France ne prend pas le chemin du retournement économique et social dont elle a un crucial besoin. À l’inverse, elle accumule les mauvaises notes, les mauvaises statistiques et les mauvais résultats, exacerbant ainsi les frustrations et la colère de ses citoyens. Ce que je sais également, c’est que pour prétendre réformer profondément et efficacement le pays, il faut parler directement aux Français, expliquer ses projets sans chercher à édulcorer la réalité, montrer pourquoi et comment ils leur seraient favorables.

Or parler directement aux Français, cela signifie chez nous revenir à l’élection présidentielle. Soit on attend 2027, soit on se lance sans tarder. Mais il va falloir se lancer un jour, et le plus tôt sera le mieux.


Mise à jour du lundi 6 octobre 2025 à 18 h : Emmanuel Macron a demandé à Sébastien Lecornu de mener d’ultimes négociations jusqu’au mercredi 8 octobre au soir, sachant que Bruno Le Maire ne fait plus partie de l’équipe des ministrables. Petit coup de pression auprès de tous ceux qui veulent tenir jusqu’en 2027.
Mise à jour du lundi 6 octobre 2025 à 19 h : Sébastien Lecornu ne souhaite pas être renommé PM, même en cas de succès des négociations qu’il va poursuivre. Ambiance…
Mise à jour du vendredi 10 octobre 2025 à 22 h : Emmanuel Macron a choisi la première option, celle qui consiste à faire pour une quatrième fois ce qu’il a déjà tenté trois fois sans résultat, en espérant obtenir une issue différente. Une forme de folie. Il a en effet renommé Sébastien Lecornu à Matignon en lui donnant carte blanche. Ce dernier, qui avait dit avoir terminer sa mission, a tweeté qu’il acceptait cette nomination « par devoir ». À suivre…


Illustration de couverture : le président de la République Emmanuel Macron en avril 2022. Photo AFP.

12 réflexions sur “Après la DÉMISSION de Lecornu, quelles options pour MACRON ?

  1. Vous oubliez une alternative que je prédis depuis 15 mois de la part de cet histrion psychopathe. A mon humble avis, cette alternative devrait se concrétiser sous la forme d’une prochaine déclaration télévisée :
    « Françaises, Français. Le parlement que vous avez choisi, rend la France ingouvernable. Une nouvelle dissolution ne changerait rien. Personne ne peut ni ne veut donc gouverner le pays. Aussi j’assume mes responsabilités. Je vais donc en personne, en me dévouant à la tâche, gouverner moi même le pays dans ces circonstances graves qui nous amènent à l’impasse où nous ne pouvons plus disposer d’un pouvoir politiquement responsable et efficace. Aussi à compter de ce jour et selon l’article 16 de la constitution, je prends les pleins pouvoirs. »

    • @Rob: Sans le pouvoir, Macron n’est rien. Son parti ? Qui peut citer une seule figure intellectuelle majeure d’envergure internationale, en dehors de Nathalie Loiseau et du duo MacFly et Carlito ? Ses amis ? Ils le frappaient déjà dans le dos avant son élection, et ils se précipiteront pour achever le blessé dès qu’il chancellera : « Tu quoque mi Bruno, mi Rachida, mi Géraldo, mi tout-le-monde-en-fait ? » Avec de tels amis, pas étonnant qu’il fasse des nuits ultra-courtes. Il doit vérifier sous le lit et dans les placards avant de se coucher en pyjama pare-balles.

      Quant à la justice, aucune inquiétude : elle défendra l’État de droit, c’est-à-dire le droit pour l’État de désigner sa prochaine cible. Si elle s’est montrée d’une prudence et d’une circonspection exemplaires sur certaines affaires sensibles, elle risque fort de retrouver le courage et la clé de l’armoire à dossiers sitôt le puissant devenu faible. Autant franchir le Rubicon.

      • @LéoC: je comprends votre exaspération mais tant que nous n’aurons pas une véritable loi anti squatteurs, il sera difficile de faire prévaloir vos droits et vous risquez de devoir cohabiter encore un moment. Je vous déconseille la baïonnettes, les tribunaux donnent toujours raison au locataire, même post-mortem. Essayez plutôt de trafiquer son compteur Linky ou de bourrer sa boite aux lettres avec des prospectus pour Ma Prim’Renov.

  2. Les pleins pouvoirs, c’est certainement une volonté de Macron dont la mégalomanie est galopante et met le pays en grand danger de ruine morale économique financière
    Le problème est effectivement la grande médiocrité de la classe politique et parallèlement l’inculture des français sur les réalités économiques et géopolitiques (due à la propagande effrénée et démagogique dont ils sont abreuvés et bien sûr à la décadence de l’enseignement)
    Quelques soient les choix institutionnels qui seront faits les solutions sont connues et vous les avez souvent rappelées mais qui aura la volonté et la capacité de les mettre en œuvre ?

  3. Pour m’en tenir à votre : « Option ultime, il pourrait se résoudre à démissionner ce qui entraînerait une élection présidentielle dans la foulée. »
    J’avais déjà entendu quelqu’un évoquer cette possibilité, et il lui fut répondu : « C’est impossible, ils n’auront pas assez de papier ! » J’avoue que j’avais été surprise par le comique de cette réponse qui s’était voulue insistante.
    Mais aujourd’hui, où cette élection présidentielle anticipée prend corps, alors que les élections municipales sont prévues pour les 15 et 22 mars 2026, voici que ce que j’ai trouvé qui semble nous éloigner de la plaisanterie potache que j’avais imaginée :

    https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-2717QE.htm

    • @Mildred: Mais quel courage d’aller fouiller dans les toilettes sèches des questions parlementaires LFI pour en extraire cette angoisse sur les pénuries de papier !! Contrairement à mars 2020, personne ne pillera les supermarchés pour s’arracher les bulletins de vote du Parti Révolutionnaire Bolivarien de Pantin. S’ils veulent du papier, ils n’ont qu’à recycler leurs albums Panini avec Zucman et Rima Hasan. C’est bien le seul usage qu’on pourra en tirer.

  4. Après le week-end de démence collective de notre classe politique, permettez moi de signaler à votre attention la seule parole pleine d’intelligence et d’humilité qu’il m’ait été donné d’entendre, et que j’ai eu bien du mal à retrouver pour vous et vos lecteurs et commentateurs.
    En espérant que cette fois-ci j’obtiendrai les félicitations de Flamby4Ever pour le courage que j’ai mis, une fois de plus, à « fouiller » pour essayer d’exhumer ce qu’on aurait visiblement préféré voir enterré :

    • @Mildred: je n’arrive pas à voir le lien sous votre commentaire, mais je suppose que vous faites référence à la magnifique interview de Bruno Le Maire sur RTL ce dimanche. Quelle vision, quelle clairvoyance et quelle hauteur d’âme ! Cet homme porte son regard bien au-delà de l’horizon, sur un futur que nous ne méritons pas.

      En l’écoutant, je me sentais comme guidé par un phare dressé sur l’océan tumultueux de l’actualité, loin, mais tellement loin des chuchotements étriqués de ses contemporains si médiocres. Oui, je le confesse, c’était beau, presqu’aussi beau que la dissolution.

      Ah, elle aurait eu de une sacrée gueule notre belle armée avec ce stratège visionnaire à ses commandes ! Moi, je vous le dis, l’armée russe on en aurait fait du gravier pour nos contre-allées. A condition toutefois qu’il n’y ait pas trop de vent ce jour-là, parce que Bruno déteste quand les feuilles volent. Il a même dû annuler deux séances de dédicace chez Cultura pour cette raison.

      • Vous avez donc décidé de consacrer votre réponse à « l’ex-ministre de la déconfiture de nos comptes publics », comme le nomme Nathalie. Libre à vous.
        Mais cette fois, vous ne m’avez pas fait rire. Dommage !

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