Javier Milei triomphe. La gauche française en plein déni.

Mise à jour du 10 janvier 2026 : le Secrétaire américain au trésor Scott Bessent a annoncé que l’Argentine avait remboursé les 20 milliards de dollars que les États-Unis lui avaient avancés en octobre dans le cadre d’un swap de devises. Un prêt complémentaire de 20 milliards de dollars fourni par des banques privées s’est finalement concrétisé début janvier, mais pour 3 milliards de dollars seulement et via trois banques privées européennes (Santander, BBVA et Deutsche Bank).

Dissonance cognitive aiguë chez nos éminents caciques de gauche. L’horrible Javier Milei, vous savez, ce président argentin ultralibéral à la limite du fascisme – eh bien, vu le traitement infâme qu’il inflige à ses concitoyens, il n’aurait jamais dû gagner les élections de mi-mandat de dimanche dernier. Et pourtant, voilà qu’il domine le match avec plus de 40 % des voix contre 32 % pour l’alliance des péronistes, alors que tous les sondages annonçaient le triomphe inéluctable de ces derniers.

Une « victoire surprise », donc, qui ne peut avoir qu’une seule explication logique : les 20 milliards de dollars promis fin septembre par Donald Trump pour soutenir la monnaie argentine, additionnés à 20 milliards supplémentaires en fonds privés annoncés tout récemment par le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent ont constitué une ingérence majeure dans les élections, avec pour effet d’en modifier significativement le résultat. Ajoutez une abstention massive et le tour est joué.

Telle est notamment la position du président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée nationale Éric Coquerel (vidéo ci-dessous, 3′ 02″), une position qu’il partage avec le Parti socialiste et le journal l’Humanité dans une unité de vue des plus touchantes. Rien de tel qu’un ennemi commun pour renouer avec les joies de l’union en politique !

Sauf que, d’une part, il est difficile de parler de « victoire surprise » si l’on prend la peine de consulter les résultats des sondages successifs réalisés par différents sondeurs depuis de nombreux mois (voir le tableau ci-dessous, extrait de l’encyclopédie Wikipedia en espagnol).

Et sauf que, d’autre part, on n’observe pas de renforcement du parti de Javier Milei dans les intentions de vote (en violet) depuis que les deux fois 20 milliards des Américains ont été mis sur la table. On constate même que l’alliance péroniste (en bleu) arrive plus souvent en tête depuis ces annonces, ce qui tend à indiquer que les motivations du vote ne relèvent pas uniquement de ce facteur.

Examinons maintenant les autres récriminations de M. Coquerel.

Selon lui, le taux d’abstention « extrêmement fort » observé lors de ce vote (32 %) traduit plus une défaillance de l’opposition péroniste qu’une victoire de « la politique très autoritaire et ultralibérale de Javier Milei ».

À l’entendre, ce dernier n’a rien gagné du tout, mais pour la prochaine fois, et pour les futures élections françaises peut-être, petit conseil sans frais de M. Coquerel : les socialistes doivent impérativement se présenter avec un programme de gauche d’une grande radicalité pour motiver efficacement les électeurs. On pense immédiatement aux mesures phares du socialisme bolivarien : hausse du salaire minimum, abaissement de l’âge de la retraite, hausse des pensions, emplois publics par milliers et subventions à gogo ! Autrement dit, tout ce qui a coulé le pays et dont une majorité d’Argentins ne veulent plus.

Que la gauche qualifie le libéralisme argentin d’ultra et d’autoritaire n’a rien de surprenant ; tout ce qui n’est pas 100 % socialiste doit être immédiatement relégué dans les tranchées nauséabondes de l’extrême droite, histoire de décourager toute curiosité à l’égard d’autres façons de faire de la politique. Mais il n’est pas faux de dire que nombre d’Argentins anciennement acquis au péronisme, notamment dans les banlieues pauvres de Buenos Aires, n’ont pas eu envie de se déplacer pour apporter une fois encore leur soutien à ce mouvement perclus de corruption et responsable d’une inflation à trois chiffres.

Et puis, contrairement à ce que prétend Éric Coquerel, la politique de Javier Milei n’a pas eu que des « effets économiques très mauvais ».

Certes, le peso argentin, même dévalué dès décembre 2023, montre des signes de faiblesse depuis que le contrôle des changes a été levé en avril dernier (d’où l’importance du prêt du FMI et du swap de devises avec les États-Unis), mais le président argentin avait promis de faire baisser l’inflation et il a tenu parole : de 211 % en rythme annuel à la fin de 2023, au moment où il accédait à la présidence, elle est tombée à 32 % en septembre 2025, toujours en rythme annuel. 

Du côté des finances publiques, les dépenses ont été considérablement diminuées – Milei parle d’un « ajustement » de 5 points de PIB – ce qui a permis au pays de dégager un solde budgétaire légèrement positif dès 2024. Dans le même temps, la dette publique est passée de 155 % du PIB en 2023 à environ 85 % en 2024. Mais bien évidemment, rien de tout ceci n’intéresse notre gauche piketto-zucmanienne. Seuls comptent les impôts qu’il est possible de soutirer aux ultrariches afin de clientéliser puis contrôler les électeurs. Et tant pis si une telle politique ne débouche que sur de la pauvreté partout où elle est appliquée.

À ce propos, M. Coquerel prétend que « la politique très autoritaire et ultralibérale de Javier Milei » a provoqué une hausse dramatique de la pauvreté en Argentine. Selon lui, elle ne cesse d’augmenter. Or les chiffres de l’INDEC, c’est-à-dire l’équivalent de notre INSEE, nous indiquent que le taux de pauvreté est passé de 41,7 % au second semestre 2023 à 52,9 % au premier semestre 2024 puis à 38,1 % au second semestre 2024 et à 31,6 % au premier semestre 2025. Autrement dit – mais la gauche n’aime pas que ce soit dit – ce taux est dorénavant inférieur de 10 points à ce qu’il était quand Javier Milei est arrivé au pouvoir (ajouts en vert de ma main) :

Une fois de plus, la réalité ne corrobore pas les fantasmes de la gauche piketto-zucmanienne. Ses plus brillants économistes avaient annoncé que la politique de Javier Milei serait synonyme de « dévastation ». Non seulement il n’en est rien, mais les Argentins en redemandent.

Assez comiquement, Éric Coquerel déploie une méthode toute trumpienne pour se sortir de sa dissonance cognitive. Il prétend qu’il a d’autres informations, il prétend que les chiffres de l’INDEC, rebaptisés « chiffres de Milei », sont faux, en vertu du fait qu’ils sont « contestés par les organisations sur place ». Des organisations compatibles avec ses croyances et opinions, j’imagine, et qui, de ce fait, sont seules habilitées à dire où se situe la vérité. 

Tout est tellement simple chez les socialistes (et chez tous leurs clones « de tous les partis », comme disait Hayek) ! Ils ont toujours raison et les autres ont toujours tort. Pas question de permettre au réel de renverser ce dogme.


Illustration de couverture : Éric Coquerel (LFI) commente la victoire électorale de mi-mandat du président argentin Javier Milei.

14 réflexions sur “Javier Milei triomphe. La gauche française en plein déni.

  1. Eric Coquerel a récemment montré son incompétence économique en confondant Chiffre d’Affaires et Résultats d’une entreprise.
    Il a continué en soutenant l’inepte taxe Zucman.
    Il est dans la même confusion en employant, dans la même locution, « ultra-libéral » et « autoritaire », c’est à dire un oxymore (terme dont il faut peut-être lui expliquer la signification).
    Et c’est à ce demeuré que des minables combinaisons d’appareils ont confié la commission des finances….

      • Oublions nos élus et concentrons nous sur les dépenses de l’ état car c’ est de là que viennent tous les maux. Comment peut-on accepter un état qui ne protège plus, que l’ école n’ enseigne plus etc et surtout un état qui n’ écoute plus.

      • @ reddef
        Le poids des dépenses publiques, je ne parle que de ça depuis 10 ans que je tiens ce blog.
        Il est bon également de relever et décrypter les propos des élus qui détiennent un rôle institutionnel central dans notre vie politique. Coquerel n’est pas un élu lambda, il est président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale ! Tout ce qu’il raconte impacte la France d’une façon ou d’une autre. La vigilance s’impose.

  2. D’accord avec le reddef, en insistant sur l’école car c’est le plus important à long terme.

    Une mesure simple, même pas du niveau législatif sauf erreur, serait de faire sauter la limitation à 20 % des enseignants dans le privé sous contrat. Bien sûr il y aurait une fuite du public vers le privé, mais à nombre de postes égal, c’est une économie, un poste privé étant moins coûteux pour l’État.
    Mais surtout, les parents ne sont pas fous et s’ils estiment que l’éducation est meilleure dans telle ville dans le privé, c’est qu’il y a probablement du vrai.

    Une autre mesure ne nécessitant pas de dépenses, mais dont je ne connais pas le niveau juridique de décision, est de donner aux chefs d’établissement le choix de leurs enseignants.

    Les deux mesures sont complémentaires, par exemple en cas d’échec d’un chef d’établissement public autonome les élèves fileront vers le privé, ce qui sera le signal d’alarme, et le sauvetage de l’éducation de ces élèves

  3. Au chapitre de la manipulation des chiffres par les « penseurs » de gauche, voici un bel exemple avec l’inénarrable Axel Kicillof, figure de proue du péronisme et puissant gouverneur de la province de Buenos Aires. Probablement bouleversé par la victoire de La Libertad Avanza dans son fief, il fait un calcul audacieux. Au plan national, 30% d’abstentions + 30% de votes péronistes (Fuerza Patria) = 60% d’opposants à Milei. Donc le péronisme a gagné. Quand on sait que ce subtil mathématicien a été ministre des finances d’Argentine…

      • @YvesMontenay: Ah non, pitié, ne me lancez pas sur l’Éducation Nationale. La dernière fois, ça a fini en colloque sauvage de trois jours sur la terrasse et les voisins ont dû écrire au préfet pour demander l’évacuation des lieux.

        Ceci dit, j’ai travaillé le sujet. Mon IA maison a modélisé des scénarios alternatifs de réalité éducative. Dans le plus fascinant, les dinosaures dominaient toujours la planète et enseignaient les cours d’EVARS. Imaginez un stégosaure expliquant l’importance du consentement, pendant qu’un T‑Rex tentait, avec ses petites pattes maladroites, d’enfiler un préservatif sur un concombre bio.

        Dans un scénario plus délirant encore, et immédiatement rejeté par l’algorithme pour manque flagrant de plausibilité narrative, la France se hissait au milieu des classements PISA et TIMSS.

        Bref, tout ça a fini à la poubelle et j’en suis venu à la conclusion suivante : 1) il faut en finir avec le centralisme bureaucratique Rendons la main aux régions, aux départements, voire aux boulangers de quartier, ils connaissent les enfants, eux. 2) il faut briser l’entrisme trotskyste, en finir avec le projet gramsciste des partis marxistes français (LFI, France Télévision, Assemblée Nationale, Club Dorothée, etc.).

        Et c’est là que réapparaissent nos dinosaures de la simulation. On pourrait opportunément les grimer en députés LFI et leur coller des pancartes « Convergence des luttes ». Ensuite, on n’aurait plus qu’à les lâcher dans les séances pédagogiques de l’Education Nationale, celles qui commencent et se terminent par « Tous ensemble, Tous ensemble, ouai ! ouai ! ». Au moins eux ont une excuse pour leur cerveau de la taille d’une noix.

      • @Nathalie: Éric Coquerel incarne ce communisme si fier de lui qu’il en a gommé le nom de ses affiches et de ses slogans. Il faut dire qu’on parle d’un fléau qui a ravagé toutes les nations ayant eu le bonheur de l’expérimenter. Ce qui m’étonne, c’est qu’on en soit arrivé au point où ces dangereux idéologues naguère cornerisés sont devenus les modérés de la politique française. Une fois j’ai vu le petit moustachu de la CGT sur RTL. J’ai cru que c’était le journaliste. Où est Elkabach quand on a besoin de lui ? Ah oui, c’est vrai, il est mort lui aussi.

  4. Bon on peut se défouler sur Coquerel mais qui se souviendra du sbire dans 2 ans ?
    Sans doute faudrait-il aussi s’interroger sur le rôle et la crédibilité de nos médias traditionnels. Le système politico médiatique dominant peint la réalité comme il voudrait qu’elle soit et non comme elle est. Donc l’erreur narrative systémique aboutit à chaque fois à une surprise feinte (?), un cycle qui s’entretient depuis une trentaine d’années, maintenant à son paroxysme.
    L’ensemble est assorti d’un vocabulaire assez primaire, confus, oxymore, (même le journal Le Monde) ainsi par exemple le qualificatif « extrême droite » facilite le discrédit. Pourtant l' »extrême droite » de Milei, je prends, alors que l' »extrême droite » de la mère Le Pen, je préfère qu’elle retourne à ses chats. Comme quoi si on gratte un peu !
    Et pour l’amalgame Trump, Meloni, Orban, Milei, l’internationale conservateur, il y a certes des complaisances mais des différences nationales très importantes de leurs situations géopolitiques respectives et donc idéologiques.
    Enfin le swap de 20 Mds pour soutenir le pesos, Donald Trump a prévenu qu’il ne « perdra pas son temps » avec le pays si Javier Milei perdait les élections de mi-mandat. Trump voit dans l’Argentine une aire d’appui et d’exemple dans une Amérique latine qui le préoccupe par son hostilité politique et narcos et par ailleurs pour tenter de contenir les relations commerciales de l’Argentine avec la Chine.
    Les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts !

  5. « L’Argentine pourrait finalement ne pas avoir besoin d’un prêt bancaire, a déclaré mercredi le directeur général de JPMorgan Chase JPM.N Jamie Dimon, ajoutant que le président argentin Javier Milei fait du bon travail pour réorganiser l’économie en difficulté du pays.

    « Il y a environ 100 milliards de dollars de capitaux étrangers qui pourraient bien revenir en Argentine », a déclaré M. Dimon lors d’un entretien avec Reuters à Detroit. « De grandes entreprises souhaitent y investir maintenant. »

    « Si Milei pouvait continuer à mettre en œuvre ses politiques jusqu’à la fin de son mandat, et peut-être pour un second mandat, il pourrait transformer l’Argentine », a déclaré M. Dimon, qui a rencontré Milei le mois dernier à Buenos Aires. Il a qualifié le président de « force de la nature » et a cité la réduction de l’inflation et la croissance économique de l’Argentine. « 

      • @Nathalie/@Tino: Milei incarne cette alliance rare entre anti-conformisme et rigueur intellectuelle. Lorsqu’il a remis en cause ce qu’il avait appris, il n’a pas cédé à la facilité du slogan. Bien qu’universitaire accompli, il est retourné aux études. Il a lu et relu les classiques du libéralisme, creusé les fondements, affronté les contradictions. Cette ascèse intellectuelle lui a forgé une doctrine d’acier, cohérente et assumée.

        À l’inverse, ceux qui nous gouvernent, parés du sceau du sérieux, ont fait le choix inverse : ils ont troqué la profondeur de pensée contre le conformisme de leur caste et les idées prédigérées de leur milieu. Leur sagesse apparente n’est souvent que la répétition policée d’une doxa qu’ils n’ont jamais véritablement interrogée.

        La France n’a pas besoin d’un homme fort. Elle a besoin d’une élite intellectuellement armée. Elle a besoin de sortir du conformisme. Merci à toi, Javier Milei, de prouver au monde que cet espoir est viable.

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