Et soudain, #LecornuMania ! On se demande bien pourquoi.

Mise à jour du vendredi 10 octobre 2025 à 22 h : Emmanuel Macron a renommé Sébastien Lecornu à Matignon. Ce dernier, qui disait avoir terminé sa mission, a tweeté qu’il acceptait cette nomination « par devoir ». On nage en pleine dystopie. À suivre…

L’éphémère Premier ministre démissionnaire Sébastien Lecornu parle quelques minutes au « 20 heures » de France 2 et ça y est : la Macronie a trouvé son nouvel homme providentiel et les Français dans leur ensemble le propulsent du 18e au 7e rang des personnalités politiques les plus populaires ! On loue son abnégation, son humilité, sa clarté, sa classe toute gaullienne, son parler-vrai ; on loue sa fidélité au chef de l’État et ses efforts pour faire émerger un accord de gouvernement garant de lendemains enfin chantants et printaniers !

   
                                       Quelques exemples parmi de nombreux autres.

Avec en plus toutes les apparences d’avoir mené sa mission avec succès puisque, a-t-il déclaré – et ce fut confirmé ensuite par l’Élysée –, tout est en place pour que le président de la République Emmanuel Macron puisse nommer un Premier ministre dans les 48 heures ! Et le tout, de façon complètement désintéressée ; il a dit que sa mission était terminée et qu’il n’était candidat à rien ! Il est PAR-FAIT, on vous dit, tout simplement PAR-FAIT !

Mes amis, on nage clairement en pleine #LecornuMania, même si, au final, elle déborde assez peu des marges du bloc central de l’Assemblée nationale. Et même là, des doutes sur l’opportunité de certaines tractations se sont fait jour.

Car sérieusement, qu’a dit Sébastien Lecornu de si remarquable, et surtout qu’a-t-il fait de si remarquable ? Petite chronologie des événements :

· Le 8 septembre 2025, François Bayrou n’obtient pas la confiance de l’Assemblée nationale. Son gouvernement tombe.
· Le 9 septembre, Sébastien Lecornu est nommé Premier ministre par Emmanuel Macron.
· Du 10 septembre au 5 octobre, soit exactement pendant 26 jours, il consulte les forces politiques afin de former un gouvernement.

· Pendant ce temps, lesdites forces politiques indiquent leurs lignes rouges. À gauche, il s’agit d’abroger la réforme des retraites et d’adopter la taxe Zucman, laquelle occupe l’essentiel du débat public sans qu’on sache exactement où le nouveau PM se situe à ce sujet.

· Et le 5 octobre au soir – après, donc, 26 jours d’intenses cogitations – Sébastien Lecornu annonce son merveilleux gouvernement tout beau tout neuf qui va tout résoudre en France : les inamovibles de la Macronie (Dati, Darmanin, Borne, Bergé, etc.) sont renommés tandis que l’inénarrable ex-ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qu’on croyait définitivement parti vers de nouvelles aventures parce qu’il l’avait dit (comme quoi, les discours…), y fait une entrée fracassante… qui va effectivement fracasser cette nouvelle équipe en quelques heures.

· Le 6 octobre au matin, Sébastien Lecornu présente la démission de son gouvernement et Emmanuel Macron l’accepte. On en est au troisième PM qui tombe dans ce contexte d’Assemblée nationale disloquée en trois blocs dont aucun n’a la majorité absolue et dont tous agissent uniquement dans le but de se retrouver en pole position pour l’élection présidentielle de 2027.

· À ce moment-là, Emmanuel Macron a trois options : nommer un nouveau Premier ministre sur la base d’une majorité à trouver ; dissoudre l’Assemblée nationale ; présenter sa démission. Il se confirme qu’il n’envisage ni la dissolution ni la démission puisqu’il demande à Sébastien Lecornu d’engager d’ultimes consultations/négociations avec les partis politiques afin de voir si une majorité de gouvernement pourrait quand même émerger.

· Le PM démissionnaire s’en acquitte fidèlement les 7 et 8 octobre. Il apparaît rapidement que ses regards se tournent vers la gauche et que la monnaie d’échange pour obtenir un peu de stabilité politique serait la suspension de la réforme des retraites (révélée par Borne, mais dont il avait demandé à Bercy une évaluation il y a déjà quinze jours) et du mou sur le déficit public qui, de 4,6 % dans le PLF initial de François Bayrou pour 2026, n’aurait plus pour condition que de se tenir sagement sous les 5 % du PIB.

· Le 8 octobre au soir, il est ainsi en mesure d’expliquer à la télévision que la majorité absolue de l’Assemblée nationale ne veut pas de dissolution (quelle surprise !) et que tout est dorénavant arrangé pour qu’Emmanuel Macron puisse nommer un Premier ministre d’ici le vendredi 10 octobre.

Et c’est parti pour la #LecornuMania. Presque tout le monde est content. Les Français vont pouvoir continuer de ronronner sans gloire, bien à l’abri de leur croyance que : « La France n’est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs. L’exigence d’entraide et de solidarité plus forte. » (Macron, Lettre aux Français, janv. 2019). 

Je résume : 26 jours pour former un gouvernement ridiculement macronien et 2 jours pour jeter au feu toute velléité de réforme de notre modèle économique et social profondément déficitaire et décevant – voilà l’unique résultat concret de Sébastien Lecornu. Irresponsabilité ? Incompétence ? Pure exécution des ordres élyséens ? Je ne sais. Mais catastrophe, assurément. Et on trouve des gens pour s’extasier !

Car si ce scénario se confirme, les dépenses publiques vont continuer d’augmenter follement, les impôts vont suivre, la croissance va tousser et crachoter, l’emploi va fléchir, les riches et/ou les entrepreneurs et/ou les jeunes diplômés qui n’y ont pas encore pensé vont se poser la question de partir, et même les Français comme vous et moi vont finir par se demander si leur assurance-vie est en sécurité. Ça promet.


Illustration de couverture : Le PM démissionnaire Sébastien Lecornu au « 20 heures » de France 2 le 8 octobre 2025. Photo AFP.

13 réflexions sur “Et soudain, #LecornuMania ! On se demande bien pourquoi.

  1. Immobilisme au point même d’abroger les quelques réformes macronienes qu’on pensait acquises pour déboucher sur un compromis viable, croit-on.
    Seule issue évoquée, (la petite idée qui germe) un gouvernement « technique » peut-être, mais forcément piloté par la BCE à moyen terme.
    Là le réveil va être brutal :
    – Baisse du pouvoir d’achat entre 15 et 30 % pour tous et pas que les riches, vont y perdre aussi ceux qui vont se tirer;
    – L’Etat providence en mode survie minimal induira pour les 10 millions d’individus sur notre territoire perfusés par l’argent gratuit des autres, de se soulever sporadiquement, émeutes et rébellions fréquentes aidés par les bordélisateurs professionnels, à gérer.

  2. Et voilà ! Maintenant, on va devoir se farcir ces dévots de socialistes et la marée d’algues vertes qui leur sert d’alliés. Comme à leur habitude, ils vont nous la jouer revanchards, en multipliant les mesures dites « symboliques » administrées avec ménagement et pondération, c’est-à-dire à grands coups de barre à mine fiscale en pleine tronche.

    Ne manque plus que notre bocal vide national, Flamby. Tout le monde le sait, Flamby c’est Hollande, pas Sarko dont le surnom commercial est Fleury Michon-Mérogis. Macron c’est Orangina, mais pas la peine de secouer, il est déjà bien assez agité comme ça.

    Et dans ce marigot surnagerait Lecornu, un ministre au charisme de parcmètre qui serait adulé par la France entière, si l’on en croit les sondages. Sondages réalisés par les mêmes devins que pour la taxe Zucman. Tout tient à la question pourtant : « Est-ce que vous aimeriez voir plus souvent le corps nu à la télévision ? ». Tout s’explique.

      • @Mildred: Touché ! À mon tour : B8, C8, D8. Logiquement, il ne vous reste plus qu’un sénateur LR en cale sèche, mais vous l’avez bien planqué sur la grille salariale du sénat. Magistral. Vous ne décevez jamais. Si ça vous tente, venez donc sur le blog Mediapart de Marine Tondelier, on y joue des parties d’échecs mémorables. Simplement, il faut annoncer les coups en écriture inclusive, ne mentionner la reine qu’à l’aide de périphrases non genrées et remplacer le mot « pion » par « travailleur·euse de première ligne ».

  3. @Nathalie: Audacieux !! Voire téméraire. Un gambit du roi inversé annonçant une attaque foudroyante. Hélas, chère amie, vous avez négligé une règle fondamentale du jeu d’échecs tel que pratiqué sur le blog de Marine Tondelier : pour davantage d’inclusivité, les pièces noires et blanches sont distribuées aléatoirement dans chaque camp au début de la partie.

    Or, je vous rappelle que, par le plus grand des hasards, votre roi blanc de plus de 50 ans se trouvait encerclé par mon cavalier non blanc et ma tour non blanche (le N-word est également proscrit). Bref, vous étiez déjà échec et mat par simple placement initial.

    Certes, vous auriez pu tenter une intervention astucieuse de votre fou qui, par le jeu des tranches d’imposition progressive, occupait une position de travailleur de première ligne. Mais c’était vite oublier que depuis la taxe Zucman votre fou a préféré s’exiler hors du plateau.

    • Continuez, j’aime vos saillies persifleuses.

      Puisque H16 est évoqué plus haut, vous vous y entendriez très bien avec un de ses fidèles, à la rhétorique féroce et singulière, dont vous pourriez être un émule.

      • @LéoC: Merci pour le compliment ! Je crois beaucoup au commentaire de blog, une niche encore trop sous-exploitée par les professionnels de la production de contenu. Et ça marche ! Tellement, que j’ai dû refuser de participer aux commentaires de « ça chauffe ! », le blog tenu conjointement par Valérie Hayer et son Thermomix. Idem pour « Honnêteté & Rectitude morale », le blog sans concession rédigé par Bruno Le Maire entre deux séances d’auto-admiration devant la glace. Bien entendu, je compte à part le blog d’Antoine Léaument, exclusivement rédigé sur ardoise magique. Sans commentaire.

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