Le pape François est décédé ce matin lundi de Pâques 21 avril 2025 à l’âge de 88 ans. Voici l’article que je lui avais consacré en avril 2015, il y a 10 ans, au tout début de son pontificat :
Ce soir (édit : en 2015), ce sera la veillée pascale et demain, Pâques, la fête la plus importante des chrétiens, celle de la résurrection du Christ. Elle est tellement importante, qu’elle est fêtée tous les dimanches sans exception depuis le dimanche où, se précipitant avec des aromates pour donner au corps du Christ les soins dus aux défunts, les femmes ont trouvé le tombeau vide et rencontré un ange qui leur a dit : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? »
Jésus lui-même l’avait demandé à ses apôtres au cours de son dernier repas avec eux, le jeudi de son arrestation : « Vous ferez cela en mémoire de moi. » A ce moment-là, les apôtres n’avaient pas vraiment compris ce qui se préparait et ils se sont même endormis de fatigue et de tristesse pendant que Jésus priait au mont des Oliviers. On a tous tendance à l’endormissement.
C’est exactement – et seulement, je l’avoue – au moment où j’ai écrit dans mon brouillon « le jeudi de son arrestation » que j’ai vraiment commencé à comprendre combien le pontificat du pape François était précieux. En effet, qu’a fait le pape pour le Jeudi Saint, cette année et les précédentes ? Il a rendu visite à des prisonniers, il leur a lavé les pieds et il leur a dit :
« Celui qui est au plus haut doit être au service des autres. C’est mon devoir comme prêtre et comme évêque. Je suis à votre service. Ce signe du lavement des pieds est une caresse de Jésus, qui est venu pour cela, pour servir et pour aider. »
Le pape François s’est mis résolument dans les pas du Christ. Il nous invite instamment à le suivre selon deux axes qui se recoupent et qui reviennent toujours et toujours dans ses propos : faire preuve de miséricorde, et nous décentrer afin d’être présents aux périphéries de la société.
Mon titre @Pontifex_fr, qui est l’adresse du compte X (ex-twitter) français du pape, est une façon moderne de dire « Lettre de soutien au pape François ». De quel soutien le pape François aurait-il donc besoin ? Il jouit d’une grande popularité, y compris au pays de la laïcité névrosée qu’est la France : selon un sondage Odoxa du 13 décembre 2024 pour Le Figaro, 70 % des Français, catholiques ou non, ont une bonne opinion du pape. Ils sont 75 % à apprécier sa simplicité et 69 % sa proximité avec les gens.
Dès son élection et sa première apparition aux yeux du monde, son « Buonasera » complètement simple et naturel, puis sa demande surprenante « Priez pour moi » ainsi que son mode de vie à la Maison Sainte-Marthe, dénué de l’apparat pontifical habituel, lui ont valu la bienveillance de tous les publics de cette planète. Le choix de François comme nom de pape, en référence à Saint François d’Assise, reflète son souhait d’une « Eglise pauvre, pour les pauvres » et c’est aussi « le nom de la paix, et c’est ainsi que ce nom est venu dans (son) cœur. » Il rejoint par là le sentiment des Français qui, dans l’enquête déjà mentionnée, sont 69 % à estimer que le premier rôle du pape consiste à œuvrer pour la paix dans le monde.
Hormis un début de polémique sur son attitude pendant la dictature des généraux argentins dont il fut rapidement acquitté, il avait bien d’autres raisons de plaire. Il ne venait ni d’Italie, ni même d’Europe, mais d’Argentine. Il n’était pas dans les favoris de la presse spécialisée. Il ne venait pas de la curie romaine. Et par rapport à Ratzinger, tout le monde a vite compris qu’il était plus terrain que bibliothèque, plus compassionnel que féru d’orthodoxie. Et tout le monde, je pense, a fini par comprendre aussi que par rapport à Ratzinger, il prêchait exactement le même Évangile, mais avec un style et des mots différents.
Ses premières actions vinrent confirmer les espoirs aussi divers que nombreux placés en lui. Le 8 juillet 2013, en visite à Lampedusa, lieu d’accès européen de nombreux migrants, trop souvent au prix de leur vie, il fustige l’indifférence mondiale à l’égard de ces personnes en recherche de conditions de vie meilleures. Puis en septembre de la même année, à la veille d’un G20 présidé par la Russie à Saint-Pétersbourg, il appelle à une soirée de jeûne et de prière en faveur de la paix en Syrie. Un accord de désarmement interviendra du reste dans les jours suivants.
Selon les termes d’un diplomate en poste à Rome, « le pape souligne les conséquences humaines des situations. » L’enthousiasme pour François est tel que cette même année 2013, soit 8 mois après son élection comme successeur de Pierre, il est élu « Person of the Year » par Time Magazine, en raison de l’attention rapide et profonde qu’il a suscitée chez les jeunes comme chez les moins jeunes, chez les croyants comme chez les non-croyants.
J’aimerais citer également l’invitation totalement originale qu’il a lancée à l’adresse des Présidents d’Israël, Shimon Peres, et de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, afin qu’ils viennent prier pour la paix à Rome avec lui. Ce fut chose faite le 8 juin 2014 comme le montre la vidéo ci-dessous :
En réalité, Jorge Bergoglio, pour l’appeler par son vrai nom, n’est pas là par hasard. Déjà lors du précédent conclave de 2005 qui s’était prononcé pour l’élection de Benoit XVI, il avait reçu le second plus grand nombre de voix, mais n’avait pas voulu faire obstacle à l’élection du Cardinal Ratzinger. J’en déduis qu’il bénéficie depuis assez longtemps de la confiance d’un nombre important de cardinaux, et par ricochet, d’évêques.
Et pourtant, ses appels répétés à ce que l’on prie pour lui, ses déclarations sur la brièveté de son pontificat ou sur la possibilité, ouverte par Benoit XVI, d’une renonciation, me donnent à penser que la tâche qu’il s’est assignée est lourde et qu’il a bel et bien besoin de tout le soutien possible des catholiques pour aboutir.
Il semblerait que Benoit XVI ait préféré renoncer car son âge et sa santé ne lui permettaient plus de mener à bien la réforme de la Curie devenue encore plus indispensable après le scandale Vatileaks. Il s’agissait d’une fuite de documents internes révélant des actes de corruption et de mauvaise gestion du patrimoine de l’Eglise. Ces documents se sont retrouvés dans la presse italienne et l’auteur des fuites n’était autre que le majordome particulier de Benoit XVI. La lourde tâche du pape François, ce sont en fait deux grands projets : d’abord cette fameuse réforme de la Curie romaine, mais également le Synode sur la famille.
Concernant la Curie, François a lancé les opérations dès son élection en 2013, et tout n’avance pas aussi bien qu’il pourrait le souhaiter. En plus d’un audit des affaires financières confié à une équipe internationale du cabinet EY, il a constitué un conseil de huit cardinaux extérieurs à la Curie pour réformer le gouvernement du Saint-Siège. Ceux-ci préconisent la rationalisation des douze conseils pontificaux, les dicastères (équivalent de petits ministères) qui, avec neuf congrégations (doctrine de la foi, cause des saints, culte divin, etc.) constituent la Curie.
Mais, phénomène connu, aucun chef de dicastère ne souhaite voir disparaître le sien. En conséquence, chacun tend à « faire du zèle » afin de se montrer incontournable. Les résistances sont donc très importantes, mais la meilleure chance du pape François réside précisément dans sa grande popularité publique et dans la quasi-unanimité des croyants, et des non-croyants du reste, sur l’absolue nécessité d’améliorer la gouvernance des structures vaticanes.
Les résistances ne se limitent pas à la réforme de la Curie. Les critiques concernent également le style et les manières du pape. Plus grave, elles concernent le fond, et débordent largement le cercle des Cardinaux pour atteindre les Évêques qui sont en première ligne sur l’autre grand chantier du pontificat, celui du Synode des Évêques sur la famille qui s’est réuni une première fois en octobre 2014. Le sujet de l’accès aux sacrements pour les divorcés-remariés, ainsi que celui de l’accueil des personnes homosexuelles, n’ont pas obtenu la majorité des deux-tiers, contrairement aux souhaits du pape. Dans une interview accordée en 2013 aux revues jésuites, il expliquait en effet :
« Un jour, quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question : ‘Dis-moi : Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant ?’ Il faut toujours considérer la personne. »
Cette situation n’est pas définitive, le Synode devant se réunir à nouveau en octobre 2015 pour poursuivre ses travaux.
Les difficultés du pape sont telles, que lors de ses vœux de ce dernier Noël à la Curie, il a adressé un discours particulièrement sévère aux Cardinaux, les mettant en garde contre « quinze maladies » qui sont, entre autres : cœur dur, alzheimer spirituel, schizophrénie existentielle, terrorisme du bavardage, carriérisme et exhibitionnisme. Autant dire que l’ambiance n’était pas à la fête.
Le pape François nous demande donc de prier pour lui. Édit du 21 avril 2025 : c’est ce que je vais faire aujourd’hui, lundi de Pâques et jour de sa rencontre éternelle avec Dieu.
Pour compléter ce portrait du pape François, dont j’ai parfois pensé, notamment sur le climat, qu’il s’occupait trop de politique, je vous propose les lectures suivantes :
· Sur l’encyclique LAUDATO SI’ du pape François (juin 2015)
· Le Pape se prendrait-il pour un simple politicien ? (août 2017)
· CLIMAT : et maintenant, l’alliance de BINOCHE et du GOUPILLON ! (sept 2020)

C’est par vous, chère Nathalie, que j’apprends à l’instant la mort du Pape François !
Je n’en reviens pas ! Ainsi c’est un moribond que l’Église a décidé d’exhiber hier, jour de Pâques, sur la place Saint Pierre !
C’est votre vision des choses, une vision inutilement insultante et méprisante pour le pape, que je ne partage pas, malgré les désaccords que je peux avoir sur certains points avec lui.
Je préfère de beaucoup la vision ci-dessous :
https://x.com/yvesbourdillon/status/1914236149263917538
Loin de moi, l’idée de vouloir insulter qui que ce soit, mais j’espère que vous me pardonnerez de m’être toujours sentie plus en phase avec l’attitude du Pape Benoît XVI qui, reconnaissant son incapacité à bien accomplir le ministère qui lui avait été confié, préféra y renoncer et redevenir Joseph Aloisius Ratzinger.
Il a eu une tâche ardue, remettre la foi et l’ amour des autres au dessus de tout.
Il doit bien y avoir d’autres possibilités d’agir pour le bien des peuples, de l’humanité et délivrer un message de paix universelle sans avoir besoin de recourir à l’endoctrinement des religions.
Il n’est pas heureux de dire du mal d’un mort mais je ne partage pas cette admiration pour le personnage – Bergoglio – et je pense que ce pauvre Benoît XVI a dû bien souffrir pour vivre ce pontificat après sa démission
Bien sûr je respecte la personne du pape Bergoglio, mais ça ne m’empêche pas de voir en lui le digne représentant de ces jésuites sud-américains compagnons de route des théologiens de la libération. Comme l’a écrit un commentateur, il s’est comporté comme une sorte de patron d’une ONG humanitaire en charge des migrants et autres opprimés. Je sais bien l’immense différence entre religion et spiritualité – la sagesse venue avec l’âge me l’a fait comprendre, à moi qui ai été éduqué dans le catholicisme avant de devenir sereinement un athée fidèle à une pratique spirituelle traditionnelle. Mais d’un pape, j’aurais attendu qu’il parle de spiritualité, justement, ou au moins de religion (ce que faisait son prédécesseur). Il semble d’ailleurs, au vu de ses piètres scores éditoriaux, que son « message » avait du mal à intéresser la majorité des catholiques, et même la majorité de ceux qui pratiquent encore le catholicisme. Je crains qu’il ne laisse pas un souvenir impérissable dans la longue histoire du catholicisme romain.