Mon voyage autour de ma chambre

Edit du mardi 31 mars 2020 : Je suis sortie de l’hôpital jeudi dernier 26 mars, mais j’y suis retournée dès le week-end pour une poussée de fièvre. Je suis finalement rentrée à la maison hier soir lundi 30 mars.

I.

En 1790, alors qu’il a 27 ans, le jeune officier Xavier de Maistre, ressortissant du duché de Savoie, est mis aux arrêts pendant 42 jours dans la citadelle de Turin pour une sombre affaire de duel avec un officier piémontais. Il transforme sa réclusion en une sorte de voyage dont il raconte les étapes, les vicissitudes et les points de vue d’exception dans un court récit intitulé Voyage autour de ma chambre. Lire la suite

First Amendment : valable pour Trumbo, valable pour tous

Le film Dalton Trumbosorti sur nos écrans français il y a à peu près un mois, est un très joli morceau de cinéma. Des acteurs parfaits, placés dans des décors et des costumes parfaits, servis par une photographie parfaite, interprètent une histoire vraie d’autant plus parfaite qu’elle s’appuie sur le ressort universel qui fait les bons scénarios et émeut le public : le combat difficile mais finalement victorieux d’un homme contre un système oppresseur qui lui demande sans ménagement mais sans succès de renier sa conscience. Les Etats-Unis ont soudainement oublié leur First Amendment, mais le First Amendment, garant de la liberté d’opinion et d’expression, symbole des sociétés libres et ouvertes, a finalement triomphé. Lire la suite

Guizot ou le libéral incomplet

En regroupant récemment les articles que j’ai consacrés à des penseurs libéraux dans une page dédiée, je me suis demandé si je ne devrais pas y joindre aussi celui que j’avais intitulé « Chère Najat, le libéralisme s’intéresse aux questions sociales » dans lequel je récapitulais la large part que les ministres et les députés libéraux français du XIXème et du début du XXème siècles avaient pris dans le développement de nos lois sociales, à propos de l’instruction publique, du travail des enfants ou du droit syndical, par exemple. J’y ai finalement renoncé, estimant qu’il y était plus question d’application que de théorisation libérale. Cependant, la place importante de François Guizot (1787-1874) dans ces évolutions me pousse à m’intéresser plus spécialement à lui, homme clef de la Monarchie de Juillet de 1830 à 1848, même si sa chute politique, liée à son refus d’élargir le suffrage censitaire, voire de l’abandonner au profit du suffrage universel, parait fort peu libérale.  Lire la suite

Benjamin Constant : j’écris ton nom, Liberté !

Il y a 250 ans, le 25 octobre 1767, naissait Benjamin Constant.

Je feuillette souvent mon livre Aux sources du modèle libéral français(*). Il couvre une vaste période allant de l’Ancien Régime à nos jours et j’aime le consulter pour préciser des repères historiques ou théoriques et pour y chercher des références. Récemment, au hasard des pages, je suis tombée sur cette citation de Benjamin Constant :

« Restez fidèles à la justice, qui est de toutes les époques ; respectez la liberté, qui prépare tous les biens ; consentez à ce que beaucoup de choses se développent sans vous, et confiez au passé sa propre défense, à l’avenir son propre accomplissement. » (De l’esprit de conquête et de l’usurpation, 1814)

Ce petit texte est dense. Il couvre presque tout ce qu’on pourrait dire sur le libéralisme. Je crois qu’il mérite qu’on s’y attarde, puis qu’on se penche sur l’auteur lui-même et ses apports au courant libéral. Entre Turgot (XVIIIè) et Bastiat (XIXè) dont j’ai déjà parlé, se glisse, ou plutôt se déploie, Benjamin Constant, homme de lettres, homme politique et irréductible ami de la liberté.  Lire la suite

« Les 2 Républiques françaises » de Philippe Nemo

J’ai déjà parlé de Philippe Nemo dans ce blog et j’ai grand plaisir à récidiver tant j’apprécie la façon à la fois claire et approfondie avec laquelle il explique et analyse les enjeux de philosophie politique auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.

Philippe NemoNé en 1949, Philippe Nemo a étudié à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud et a soutenu sa thèse d’Etat en sociologie sous la direction du célèbre sociologue Raymond Boudon. Philosophe et historien des idées politiques, il enseigne actuellement à ESCP Europe et à HEC Paris. De tendance libérale, il a contribué à mieux faire connaître la pensée de Friedrich Hayek en France et cherche à promouvoir la philosophie libérale classique dans le contexte universitaire français très concentré sur les doctrines marxiste et keynésienne.  Lire la suite

Frédéric Bastiat : le libéralisme dans la peau

Info du 5 août 2019 : En prévision du 10ème Week-End de la Liberté (auquel je vais participer comme conférencière) organisé du 20 au 22 septembre 2019 par le Cercle Frédéric Bastiat, je vous propose de lire ou relire l’article que j’avais consacré à cet économiste libéral aussi clairvoyant dans ses analyses que peu conventionnel dans son expression !

Après avoir visionné une intéressante vidéo de l’Institut Coppet sur les politiques de l’emploi analysées à travers les sophismes économiques dénoncés par l’économiste et homme politique libéral français Frédéric Bastiat (1801-1850), j’ai tapé par curiosité « Frédéric Bastiat » dans Google Recherche d’images. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que la très grande majorité d’entre elles nous présentaient un portrait de l’économiste associé à des citations traduites en anglais, preuve du vif intérêt qu’il suscite dans le monde anglo-saxon, preuve aussi de la relative indifférence dans laquelle il est tenu dans son propre pays. Lire la suite

Le 4 juillet 1776 : la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis

Comment un conflit fiscal déboucha sur un grand texte politique qui déclara pour l’éternité que les hommes naissent égaux et que la vie, la liberté et la recherche du bonheur font partie de leurs droits inaliénables.

Chaque année le 4 juillet, les Américains célèbrent leur fête nationale aussi appelée Independence Day. Elle commémore la signature de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis le 4 juillet 1776 par les représentants des treize(*) colonies britanniques d’Amérique du Nord, qui faisaient ainsi sécession avec la Grande-Bretagne de façon unilatérale. Le différend initial entre la métropole et ses colonies portait sur des impôts supplémentaires que l’Angleterre entendait lever en Amérique.  Lire la suite

Vous connaissez l’histoire du Mont Chaberton ?

C’est l’histoire d’une victoire dans la défaite.

     ——–>     Cet article a également été publié le lundi 8 juin 2015 sur       icone_redacteur3

Il y a tout juste soixante-quinze ans, notre pays vivait le mois de juin 1940 et tout ce que ces mots comportent de tristesse, de renoncement et d’abandon dans notre Histoire. Juin 1940, c’est la défaite d’une France qui n’a pas voulu voir venir l’avalanche du IIIème Reich sur l’Europe. Non pas que la France était mal préparée ou sous-équipée sur le plan militaire. C’est plutôt que, seulement vingt ans après la Première Guerre mondiale, elle a voulu croire à la paix de toutes ses forces, tout comme en 1938 Daladier et Chamberlain ont voulu y croire, alors qu’ils signaient les Accords de Munich qui démantelaient la Tchécoslovaquie et la livraient à Hitler, sans contrepartie sauf une vague promesse de paix.  Lire la suite

Le prodige de l’Europe

Je suis une européenne convaincue, je préfère vous le dire d’entrée de jeu. Je vois le rapprochement des pays d’Europe, six d’abord, vingt-huit maintenant, non seulement comme une nécessité économique, mais comme un bienfait pour la paix et la prospérité, pour l’avenir et pour le monde, à tel point que j’en fait presque une question de principe. Lire la suite

Je suis française et le libéralisme m’attire. C’est grave, docteur ?

Ou la contribution riche et précoce de Turgot à la théorie de l’économie libérale

—->    Cet article a également été publié le jeudi 21 mai 2015 sur       logo-cp  

Parmi les reproches qui sont souvent adressés au libéralisme depuis la France, il en est un qui n’a pas de rapport avec le fond de sa pensée mais avec ses « terres » d’origine si l’on peut dire. Le libéralisme serait adapté à la psychologie anglo-saxonne mais ne pourrait pas s’acclimater correctement en France, pays jugé, non seulement historiquement mais aussi essentiellement, centralisateur, absolutiste et colbertiste. La preuve : le père indiscutable de l’économie libérale est le philosophe écossais Adam Smith (1723-1790).

Or la France a eu tout au long du XVIIIème siècle un rôle considérable dans l’enrichissement des thèses libérales. Citons en particulier Montesquieu qui, dans L’esprit des lois (1748) notait : « Il se trouve que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers. » Adam Smith lui-même s’est inspiré assez largement des travaux de son contemporain français Anne Turgot (1727-1781). C’est de ce dernier que j’aimerais parler aujourd’hui. Lire la suite