Au moment où j’écris (lundi 16 mars au matin), ce confinement n’est pas encore acté. On lit dans la presse que le gouvernement « réfléchit » et l’on apprend qu’Emmanuel Macron doit à nouveau s’exprimer devant les Français ce soir à 20 heures. Des rumeurs de confinement limité à la région parisienne circulent. De quoi se demander finalement à quoi a bien pu servir l’intervention solennelle d’Emmanuel Macron devant les Français jeudi soir dernier.
Le Président a certes annoncé la fermeture de tous les établissements scolaires et universitaires, mais seulement à partir d’aujourd’hui – histoire de donner un peu de cohérence au maintien des élections hier, j’imagine. Puis les jours suivants, comme acculé par surprise par la croissance exponentielle du nombre de cas et de morts, le Premier ministre a égrené de nouvelles mesures (sur les commerces non indispensables et sur les cinémas, bars et restaurants) qui font douter à la fois de l’état de préparation effectif des administrations compétentes et de la prise de conscience du gouvernement quant à la gravité de la situation.
On se rappellera qu’à peine en poste, et alors que la France comptait encore peu de morts du coronavirus, le ministre de la santé Olivier Véran plastronnait sur la solidité de notre système de santé. Depuis, ce qu’il se passe à Mulhouse où les services de réanimation sont au bord de la rupture montre que ce n’est pas exactement le cas.
Quant à la prise de conscience, si elle a manqué du côté du gouvernement, elle semble faire défaut aussi du côté des nombreux Français qui hier encore se réunissaient en packs serrés dans les lieux habituels de détente du week-end comme si de rien n’était.
Non pas qu’on ait à ce stade tout le recul nécessaire sur l’épidémie pour avoir un avis complètement balisé de ce qu’il faudrait faire médicalement et administrativement pour la combattre efficacement tant on se trouve dans une situation hors du commun.
Mais l’on dispose cependant des exemples des pays qui nous ont précédés de quelques semaines, la Chine, la Corée du Sud, Singapour, l’Italie, et l’on ne peut s’empêcher de penser que toutes ces mesures qui sont mises en place au compte-goutte, comme s’il fallait changer le moins de choses possibles à notre mode de vie, comme si l’on pouvait continuer à aller au théâtre dans la plus parfaite insouciance – on ne peut s’empêcher de penser, donc, que ces mesures, c’est il y a dix jours qu’il aurait fallu les prendre.
En revanche, ce que nos politiciens n’ont pas oublié de faire, c’est de penser à la façon d’utiliser le coronavirus pour mieux asseoir leur agenda politique.
Dans cette perspective, la première intervention télévisée d’Emmanuel Macron s’explique beaucoup mieux. En fait, elle s’inscrit même dans le prolongement parfait de la politique menée depuis la crise des Gilets jaunes. Le coronavirus n’est qu’une crise supplémentaire qui confirme la direction prise vers plus de collectivisme et plus de dépenses publiques.
Toutes ces lourdeurs que le candidat Macron disait avoir identifiées en France sont passées aux oubliettes, tout ce « penser printemps » et tout cet esprit startupeur dont il fallait dorénavant s’imprégner, également.
Il n’est plus question que de la beauté de notre Etat-providence et du dévouement de nos soignants – des soignants en colère depuis des mois devant le délabrement de l’hôpital public qui se voient maintenant promettre opportunément à la faveur de la crise sanitaire que tout sera fait pour le maintenir et l’embellir « coûte que coûte ».
Or comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, nous sommes déjà au sommet de tout cela parmi les pays développés, avec une dette publique très élevée et pas le moindre petit excédent à l’horizon, contrairement à nos voisins allemands. Derrière la question récurrente des « moyens », se profile surtout celle de l’efficacité de notre modèle de santé. Or ce dernier n’est pas libéral, il est collectiviste.
Mais Macron va plus loin. Alors que, comme je le disais, on manque encore de recul sur cette épidémie, lui sait déjà que « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond, à d’autres est une folie » et qu’il va falloir repenser intégralement notre mode de développement vers moins de marché et plus d’étatisme.
Au stade de collectivisme follement élevé où nous en somme en France, faut-il s’attendre à voir les idées pratiquement soviétiques du député de la France insoumise François Ruffin, finir par triompher ?
Avec le cynisme méprisant qui lui est coutumier, ce dernier nous a offert hier soir le tweet le plus indécent et le plus révélateur du moment :
« Cette crise est aussi une fenêtre pour nous : réquisition, plafonnement des prix, etc. Dans de tels moments, les esprits sont comme une pâte un peu molle, où l’on peut faire passer des idées neuves. »
Cette crise est aussi une fenêtre pour nous: réquisition, plafonnement des prix, etc. Dans de tels moments, les esprits sont comme une pâte un peu molle, où l'on peut faire passer des idées neuves. Associations, syndicats, partis, soyons à ce rendez-vous!https://t.co/miTbSWWxvl
— François Ruffin (@Francois_Ruffin) March 15, 2020
Les esprits sont comme une pâte un peu molle ! Alors pétrissons, pétrissons, il en restera toujours quelque chose ! Autrement dit, profitons de la détresse des gens face à une crise inédite pour mieux leur faire avaler un agenda politico-économique digne du Gosplan dont on connaît pourtant le fabuleux succès… La classe ! Il est vrai qu’avec son plafonnement du prix des gels hydro-alcooliques et ses réquisitions de masques, Macron a ouvert la voie, sans que l’on constate la moindre amélioration de la disponibilité de ces biens. Comme c’est curieux…
En ces circonstances de crise sanitaire grave et inédite, on n’attend qu’une seule chose de nos dirigeants : qu’ils soient pragmatiques, pas idéologues ; qu’ils prennent les mesures nécessaires pour circonvenir l’épidémie. C’est pratiquement une mission régalienne, car il en va de notre sécurité, de notre intégrité physique, et de ce point de vue, les mesures de confinement temporaires, pour coercitives qu’elles soient, me semblent amplement justifiées dans les conditions épidémiques que nous connaissons aujourd’hui en France.
Il sera temps et il sera nécessaire de tirer les leçons de cette crise quand nous aurons le recul suffisant sur les conséquences sanitaires, économiques et sociales effectives, mais voir le Président et moult politiciens à sa suite en profiter pour mieux asséner à des Français désemparés un agenda profondément collectiviste alors qu’ils n’ont pratiquement encore rien fait pour endiguer l’épidémie, c’est non seulement hallucinant, c’est indécent.
